LETTRE CCLV
Bonheur derhumiliacion. Certains livres prohibés, non à cause de la doctrine, mais à cause de l'abus qu'on en fait.
DIEU SEIL
Monsieur, Dieu seul. Dieu seul en trois personnes,
etc. Vous m'éci'ivez de bien bonnes nouvelles du côté des hu'uiliations qui peuvent m'arriver, si on a défendu tiuelques-uns ue nos livres. Ah! qu'il fait bon être humilié [lendant sa vie, humilié en sa mort, et humilié après sa mort ! C'est le partage que le Sauveur do tous les honnnes a pris. Il est encore tous les jours humilié par les offenses de ses |>roprcs di-ciple-*, et il passe pour un imposteur parmi les infidèles.
Comme les décrets de la Sainte-Inquisition ne sont jioint reçus en France, ils n'y obligent |)oint ; et ainsi on n'y est pas sujet aux peines qu'ils portent, jl les faut révérer, car ils sont faits avec de bons motifs : mais on peut y lire les livres qu'ils défendent, quand ce sont de bons livres, comme le livre du Chrétien intérieur. On défend dans ce tribunal plusieurs excellents et saints livres : ce n'est pas à raison de la doctrine, car ils ne seraient |)as bons; mais à cause de l'abus qu'on en fait. C'est ipar cette raison que l'on y a défendu, à la fin du siècle dernier l'Ecriture sainte en langue vulgaire; et sainte Thérèse, qui vivait dans un (lays oii les déciets île l'Inquisition sont reçus, dit qu'elle fut mortifiée de ne la pouvoir jilus lire. Il y a deux livres du P. Seurin'que l'on y a défendus ; et cependant il» sont a[)prouvés par .Mgr. l'évêque de Meaui, que personne ne peut avoir pour suspect. On y a défendu encore plusieurs livres qui jusqu'à préseul ont été, pour ainsi dire, canonisés par une estime générale, et par la pratique. On m'a envoyé la lettre pastorale de Mgr l'évênue de Cambrai : je n'ai l)oinl encore vu celle de Mgr l'archevêque de Paris dont vous me parlez.
Je n'ai point oui dire que la Tie du P. Surin fût défendue ; mais cela pourrait biea être. On pourrait encore avdirdéfendu deux ou trois autres de nos livres écrits avant le quiétisme ; car il est vrai que présentement il faut prendre de certaines jirécautions auxquelles on ne pensait pas. C'est ce qui m'a fait corriger le livre /^e /'oraiso» réimprimé il y a quelques mois, et y mettre une addition qui, ce me semble, doit ôler foutes les dillicultés. On avait bien mis les livres du B. Jean de la Croix tout de nouveau à l'Inquisition ; et on allait les examiner encore, lorsque le P. général des . Carmes Déchaussés leur fit faire attention à l'estime que l'on en marque dans les leçons de son office qui sont ap(irouvées : cela fut cause qu'ils les redonnèrent sans examen.
Je n'ai point encore su que l'on ait défendu mes livres : mais qu'ils soient presque tous défendus, c'est ce qui ne se peut }ias. Comment défendre l'amour de Jésus au saint sacrement ; l'autre livre De l'amour de Noire-Seigneur Jésus-Christ ; La dévotion aux saints anges ; La science sacrée du christianisme ; La science et la pratique du Chrétien ; L'adoration de la divine Providence ; La sainteté de Vétat ecclésiastique ; Le res-
UI6) C'est avec iuslice que lonies les créatures j'aniieraient contre moi.
01 UYRF.S COMPLF.TFS DK BOUDON.
peel dû aux e'gtises ; La présence de Dieu jutrloul; Le malheur du monde, et plusieurs autres qui ne me vieiiiienl })a* |iréscnieiiiciit à l'esi)rit. La matière de ces livres est tout 0])posée aux sf-ntiuieiils des (]uiélistes.
Les religieuses de Magni vous sont oliligées. Assurément notre bon Sauveur sera glorifié, et son Immaculée Mère, que vous y alliez quelquefois. Je suis bien aise en notre Seigneur de la visite de M. votre grandarchidiacre que vous maiiprenez.
Je salue voire bon ange, etc.
A Evreux, ce 18 de décembre, jour de fête de l'attente du dirin enfantement de Notre- Dame, l'admirable Mère de Dieu.
LETTRE CCLVL
Al MÊME.
Patience de sainte Lidwine. Mort de ta Mère du Saint-Sucrement, son éloge.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Sa divine providence, ma toujours trèsbonne et très-fidèle mère, veut que je reçoive votre lettre aujourd'hui en passant par Evreux, dans le cours de nos visites, le 13 d'avril, la veille de 1h précieuse mort de sainte Lidwme, vierge, bienheureuse et mille fuis heuieuse d'avoir été l'une des plus malheureuses persoiuies de la terre, et par ses maladies qui ont duré jusqu'à sa mort, et par sa pauvreté, et par ses humiliations, et fiar les calomnies, éiant môme traitée d'hypocrite et de troaipeuse dans ses dévotions, Hiallraitée par une belle-sœur qui cependant était nourrie elle et ses bellessœurs des aumônes qu'on lui faisait, avec tant de cruauté qu'elle lui crachait au visage et la chargeait d'injures. Oh! que les saints sont heureux dans l'éternité gloi'ieuse, et qu'ils sont malheureux dans la vie piésente! J'estime à une faveur très-spéciale, celles que les Carmélites de Bruxelles m'ont faite (le me donner un petit ossement de son saint corps qu'elles ont entier. La reine d'Espagne, pour avoir une pareille faveur, eut besoin d'un bref du Pape.
Je bénis ia divine Providence de ce que vous m'avez appris le mort de la Révérende Mère du Saint Sacrement, afin que je me souvienne d'elle au saint autel et avec le divin secours je ne l'y oublierai pas, olfrant ie sacrifice de notre paix pour son âme avec soin et assiduité. J'ai de grandes obligations à sachante et j'en dois avoir beaucoup de reconnaissance (117.) C'était une personne d'une grande grâce, et singulièrement jirévenuedes bénédictions delà douceur de Nolre-Sfigneur et de son immaculée Mère Vierge. Elle était plus âgée que moi de dix ans. Présentement j'ai tous les jours la (olique et ne suis guère eu état d'écrire des Vies; mais je dois bien i)enser à la mort.
(117) La Révérende Mère Callieriiie de 15ar, connue suus le nom de sœur Meciililde du Saiiil-Sacrenient, mourut à Paris le 6 avril 1 ti98, dans le monastère desBéuédiciiiiesdu Salni-Sacremeiil, âgée de 83 ans.
Je doute que 1 on écrive contre le prélat dont vous me parlez, et j'espère à Paris, si la divine Providence m'y conduit, v pouvoir lire les lettres de Mgr de Cambrai.
Il faut recommander votre all'aire au cœur de notre lion Sauveur et de son immaculée Mère, et aux saints anges. Je le ferai d'une grande volonté de ma part avec le secours divin.
Les Mères de Magny viennent de m'écrire et me prient de vous bien su[)plier de ne les pas oublier. Elles n'ont point reçu de ré|ionsedu grand vicaire de Pontoise; mais à moins qu'il ne fasse une défense, ayant été approuvé par un autre grand vicaire "sans restriction, je crois que vous pouvez confesser les religieuses qui sont dans la peine, particulièrementà raisondu besoin extrême oii elles sont ; car dans leur état, elles sont comme si elles n'avaient pas de confesseur.
J'ai reçu le tableau des saints anges, j'espère encore faire deux autres plus petits de la Irès-sainle \'ierge et de saint Taurin.
Je salue voire bon ange, etc.
LETTRE CCLVJL
Oublier ce qui nous regarde, pour ne considérer que Dieu seul.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, Sauveur de tous les hommes. C'est toujours dans cette union que je vous écris, commençant par ce qu'il y a de plus pressé dans votre lettre. Les personnes dont vous me [larlez sont dignes de la dernière compassion. J'ai lu la lettre ([u'on vous en a écrite ; il me semble que la mère supérieure est plus excusable que les autres ; mais. Monsieur, leur -tlal crie bien fort au secours, et en vérité vous ne devez^pas le leur dénier. Jamais, Monsieur, ne nous considérons en rien : jamais no pensons aux bons ou mauvais traitements que l'on nous fait. Tâchons d'entrer dans un oubli général de tout ce qui nous regarde jiour ne plus regarder que Dieu seul; heureux oubli oiî l'on se perd pour ne plus trouver que Dieu. Considérez un peu sérieusement les (raiteuients qu'un Dieu fut homme a reçus des hommes, et au lieu de s'en rebuter, après sa mort il se donne encore à eux plus que jamais; et nonseulement il demeurera avec eux, comme pendant sa vie conversante, mais il multi- [diera sa présence en toutes sortes de lieux sur la terre. Voilà, Monsieur, ne que nous devons regarder, sans nous amuser à considérer ce qu'on nous fait ou nous ne fait pas.
Donnez-vous bien de garde donc de ne
fias aller voir ces pauvres âmes; faites-le-
Il y avait, «lopuis plus de 30 ans, entre elle et Boudon une iiiliiiie liaison de giàce et de cliaiité, conimi) on le voil par plusieurs lettres qui nous restent d'elle, a;lressées à Bondon dès avant (iti'il ffit prêtre.
LETTRES. — A M. lîOSGL'ERARD.
leur espérer et prenez voire temps pour cela. Je ne sais de quel Père cordelier elles jiarlonl ; mais je serais bien étunné si c'est celui-là que je leur avais indiqué. Car, jusqu'ici il ma paru dans des sentiuienls bien opposés à ceux qu'il a l'ait paraître. Je ne sais pas trop si|e 11 es doivent récrire à Mgr l'arche vaque.Vous examinerez la chose s'ilvous plaîl.
M. de la Roche ^H8), non-sealcmeni ne m'aurait pas fait de la |ieine, mais un singulier plaisir en Noire-Seigneur, de me dire mon mal et le |!éril où il me met ; et je vous assure. Monsieur, qu'un des doux entretiens que je puis avoir entre nous, est de parler de la mort, parce que c'est une pensée séparante des créatures et unissante à Dieu seul, notre unique bonheur. Le mot que vous me marquez dans voire lettre, est une sorte de mot que je n'entends point, lorsque vous me parlez du poumon : mais mourir de celte manière, subitement ou autrement, tout nous doit être dans une sainte inditférence ; seulement que Dieu seul soit gloritié. Vous m'avez fait charité de m'en avertir et je vous en remercie ; personi\e ne me l'avait dit. Nous mourons tous les jours, nous voyons les autres mourir, et cependant on ne veut point parler de la mort : voilà le dérèglement de l'honmie.
C'est une ciiose fâcheuse de laisser (lerJre les fondations qui sont un secours pour des âmes qui brûlent dans le feu, et c'est une cruauté plus grande que celle de tous les barbares. Ceux qui en sont cause en rendront un com|)te terrible à Dieu. Cependant que faire dans l'aflaire dont vous me parlez? Entreprendre ut^ procès dont le succès n'est pas certain et troubler le bien de la paix dans une paroisse? lime semble qu'il est bon que vous entriez en accommodement.
Voici une lettre. Monsieur, que je [ircnds la liberté de vous adresser pour le second couvent de la Visitation. J'ai quelque raison pour ne la pas adresser par la poste. C'est une maison avec qui je n'ai pas grand rapport. Cependant l'on ne mande la mort d'une bonne religieuse avecqui j'avais une liaison particulière en Notre-Seigneur. Je vous envoie dans ma lettre le formulaire des indulgences qu'on peut gagner pour les âmes du purgatoire avec la remarque qui est au bout-
Je n'ai pu lire ce que vous avez écrit au commencement de votre lettre touchant la croix. S'il n'y avait que deux ou trois jours nécessaiies pour me faire un bandage, ce serait un grand secours de la divine Providence; mais je doute fort que cela se puisse faire. 11 faut du temps pour l'essayer et remédier aux difficultés et mettre toutes choses en état. Je salue votre bon ange à notre ordinaire, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Rouen, et de toutes les personnes qui y sont et je suis dans un profond respect, etc.
Je vous écris le ode mai, jour de la Translation du grand saint Ouen, l'un de mes patrons et le jour de la veille de saint Jeai!
(118) Médecin de Roiieu.
(119; Mais, Itétus! U vieil homme vi: encore eit moi.
Porte-Latine, le grand saint de ma dévotion dès ma plus tendre jeunesse.
Ne manquez pas, s'il vous [ilaît d'écrire et de consoler ces pauvrosfilles etde lesassurer. avec le secours divin que vous irez les voir.
LETTRE CCLVllL
Af MÊME.
Ardeur de Bondon pour l'ane'antissentenl chrclien,
DIEU SECL.
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois ()ersonneî, etc. Oui, Monsieur, toujours Dieu seul ; et après cela rien, rien du tout, (^ar, (juepourrais-je vouloir au ciel et en la terre que lui seul, et en lui-même, et dans toutes ses créatures et en moi-même : Sed proh dolor ! adhuc in me vivit relus homo (119.) Ce sont les paroles du saint livre de rimiiarionde Nûtre-Seigneur, qui ne me conviennent que trop et bien iiiaUienrf uscment. Cependant; ou il faut cesser d'être, ou il faut que Jésus- Christ soit toutes clioses ; ou il faut cesser de vivre, ou il ne faut plus vivre que de la vie de Jésus-Christ.
Je vous écris le 7 du mois, le jour de la précieuse mort d'un homme de Dieu seul, le saint homme le P. de Condren, qui a été vraiment une nouvelle créature en Jésus-Christ, in Cliristo nova crcalura, et dont l'on a pu dire qu'il semblait qu'Adam n'avait point péché en lui. Il y a plus de i6 ou 47 ans que la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fldèle mère, me fait aller à son tombeau sacré, oîi dejiuis peu une p.ersonne d'une singulière vertu, possédée du démon, étant allée en dévotion, comme je lui avais conseillé, a été délivrée, et Notre- Seigneur a promis qu'il y ferait de grandes grâces; il y a, dis-je, tant d'années que j'y vas deuiander la grâce de l'anéantissement chrétien, et je me trouve toujours subsister en moi-même. Je viens encore d'otl'rir le très-divin sarriliee, pour remercier la suradorable Trinité d'avoir donné à son Eglise un liocnme si anéanti, et la jirier que sa divine grâce, jiour laquelle elle m'a tant fait souiiirer, ne soit point inutile en ma misérable personne. Non, Monsieur, il ne faut l>lus être, il ne faut plus vivre : Jésus doit être tout, Jésus doit vivre en nous.
Vous m'avez donné une sainte joie en Noire-Seigneur, et je n'en connais point d'autre véritable, de me parler de saint Jean l'Evangéliste : dès ma jeunesse, la divine Providence m'a appliqué à ce saint d'une manière extraordinaire; elle m'applique aussi singulièrement aux saints anges. Je salue tous ces célestes esprits, qui sout les tutélaires de la ville et du diocèse de Rouen, et les saints qui en sont les patrons et des personnes qui y sont, mais très-particulièrement le bon ange qui vous garde, le priant qu'il augmente ses soins, atiu que le règne de Dieu s'établisse en vous, et que l'aJorable Jésus y vive et y domine pour jamais.
Je vous remercie du soin que vous jire-
(KUYUES COMPLETES DE BOUDON
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in'z lies livres du bienheureux Jean de la Croix. Vous aurez la bonté, ((uand vous les enverrez, de me marquer ce qu'il faudra pour le libraire. On trouve que notre bon Sauveur donne une bénédiction spéciale à ce livre : tâcbez de l'indiquer quand il y en aura de venus. On achève d'imprimer le livre que la divine Providence nous fait donner au public, De la dévotion à Vimmaculée Viertje, Mère de Dieu. Ce livre ayant été examiné et approuvé, l'approbateur de M. le chancelier qui l'avait approuvé, s'en fait encore apporter deux fois toutes les feuilles à mesure qu'on les imprime, pour les réexaminer; et il y ôte et ajoute, comme il le trouve à propos : il le fait par zèle, de peur qu'on n'y trouve à redire ; il ne manquera donc pas d'être examiné.
Je ne savais pas que l'on eût déféré ce que l'on a écrit contre l'amour désintéressé; mais on mande du 7 décembre, de Rome, que tous les docteurs désapprouvent généralement ce que l'on a dit contre le pur amour, comme l'université de Salamanque s'était déclarée pour le livre de M. de Cambrai. L'on m'écrit que l'on a tiré à Paris douze propositions de ce livre, qui ont été censurées par pi us de 60 docteurs de la Faculté de Paris. 11 n'y a encore rien de jugé à r.ome. M. de Cambrai répond à tout; mais on arrête ses lettres à Paris et l'on en a qu'avec peine. Il a cité dans l'une de ses réponses l'approbation de M. de Meaus du livre de Dieu seul.
Quand vous aurez plusieurs lettres .iu P. Daniel, je dis des nouvelles, car j'ai .es autres, je vous supplie, si vous le pouvez, de rue les envoyer. Je suis convaincu de la vexation diaboliijue dans la sœurdeSaint- >:tienne, et j'ai de très-bonnes raisons pour le croire dans l'autre. Si on ne peut pas les assister souvent, cela ne doit pas empêcher de le faire quand on le peut. Si vous pouvez aussi avoir la lettre de l'abbé d'Allemagne, je vous prie de me la faire tenir.
Je demeure avec bien du resjject, etc.
LETTRE CCLVUI bis.
L'orgueil est le plus grand de nos maux, et un mal irès-commun. Soumission de M. de Cambrai. Infirmités de Boudon.
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes.
C'est dans cette divine union que nous trouvons le remède à tous nos maux, dont le plus grand est l'orgueil, et dont les elfets sont plus terribles, puisqu'il nous met dans l'état lamentable où un Dieu nous résiste : Superbis rssistit. [Jac. iv, 6.) Cependant c'est un vice commun à tous les hommes; et je crois vous l'avoir dit, l'humble et le grand saint François Xavier disait que ceux qui pensaient n'en point avoir, étaient ceux
qui en avaient du plus fin. Mais quand le démon obsède ou possède quelqu'un, conmie il est le prince de l'orgueil, son opération diabolique se mêlant avec la corruption qui est dans l'homme, l'orgueil y paraît d'une manière alTreuse. Je [lense qu'il y a de la vexation diabolique dans la personne dont vous me parlez, et je ne la crois point trompeuse : mais je ne voudrais pas penser que je ne puisse bien me tromper, car ce serait un etfet de l'orgueil que je prie notre bon Sauveur, ]iar ses anéantissements infinis et les humiliations de sa très-sainte Mère, do détruire en moi. J'ai rapporté dans le livra De roraison, qu'un solitaire qui me disait bonnement qu'il avait le don du discernement des esprits (et l'exiiérience le faisait voir), se trompait cependant beaucoup, comme notre bon Sauveur le lui fit connaître ensuite, en condamnant l'état d'un autre solitaire qui était très-saint. J'ai encore connu une personne d'une grande oraison, de laquelle l'un des plus éclairés serviteurs de Dieu, de notre siècle, disait qu'elle n'avait jamais été trompée, qui, venant à Paris, fut trompée jiresque aussitôt dans le jugement qu'elle porta de 1 oraison d'une religieuse. Mais saint Grégoire le Grand remarque qu'il y a eu des prophètes qui se sont trompés, pensant parler par l'Esprit de Dieu, lorsqu'ils parlaient par leur propre esprit. Nous avons su sur ce sujet deox hommes miraculeux, dont j'ai eu la grâces d'en connaître un, qui tous deux ont été trompés en des choses qu'ils assuraient Tout cela nous fait voir que ce qui nous ;-.nparuent est l'humiliation, c'est de nous humilier en toutes choses : hélasl il est grand temps que je commence.
Je ne doute point que l'humiliation qui est arrivée à M. de Cambrai ne serve beaucoup à sa sanctification, car i est serviteur de Dieu. Sa prompte et parfaite soumission donne une grande édification , et le roi même a témoigné on être très-édifie.
La grande difficulté qui se trouve à permuter une cure, est de mettre celle que l'on quitte entre les inains d'une personne trèsdigne : on ne peut jias faire un mal, quand il s'agirait de la conversion de tout le monde. Un curé qui ne réside pas n'autorise pas la non-résidence, qui est étroitement défendue jiar les conciles.
L'on a, dans le diocèse, de fâcheuses impressions contre vous, au sujet de ce qui vous est arrivé, quoiqu'on ne vous l'ait pas témoigné. Je craindrais, je dis je craindrais, que cela, dans l'occasion, n'eût quelques suites pour les diflicultésque l'on vous pourrait faire, et que l'on ne fait pas à d'autres. Si M. de Montigni vous pouvait procurer quehiue bénéfice simple, c'est ce iiui vous conviendrait. \n reste, tous les saints ensemble, avec tout le zèle qu'ils ont pu avoir de travailler jiour le salut des âmes, n'ont pas approché de celui de notre bon Sauveur, qui cependant a demeuré, de "33 ans qu'il vécu , 30 ans sans rien faire au dehors, jiar l'ordre de son Père.
J'ai bien su latiion de ia |iersonne ilont vous parlez, qui rcji'la In sainte liostie à Rouen, et les [jcrscnnes qui coniriiuiiiaienl avei: elle, pour l'empêcher; à l'é^jani de celles qui ne sont pas trompeuses et que le démon aj^itc véntalilenient, il n'agit pas toujours en la même manière. Un grand anhevôque avant donné ordre à \in ruré d'un mérite distingué d'exonisor quelipies personnes, (pii sont vérilalilement possédées, et dont l'on en a des mar(|ues assurées, le démon n'a (loint paru, ainsi ce monsieur a |in croire (jue ce n'était (pj'illusion.
Je crois que Notre-Seigncur sera glorifié si vous [louvez m'envo\er les lettres nouvelles contre les jansénistes; on en a l>esoin ici.
M. Blouët de Camilli a passé par ici. 11 m'a dit mie M. le premier président lui avait demande ce que c'était que la fille ])rison- Hière, et il l'a examinée lui-même ; et el.le lui a dit : (il y aune demi-lirjne d'elfacée dans f original.) Pour ce qui regarde la magie, qu'il ne se mêlait pas de cela, et i! ne l'avait pas interrogée là-dessus. On verra l'issue de la chose : M. Blouët n'a pas bonne opinion ni d'elle ni du (le nom est encore efface), après avoir lui-même examiné les choses, comme vicaire de l'évêque.
L'état où je suis est d'avoir mal aux pieds, au genou, une descente, mal au dos, un rhumatisme sur le bras, thixion sur les yeux et les oreilles. Que la divine Providence, ma toujours très-bonne et Irès-lidèle Mère, en soit bénie à jamais. Je crois (ju'elle me conduira à Paris pour la veille de la fête de saint Jcan-Ba| liste , et qu'elle me logera chez M. Thomas, conseiller au Châtelet, jirès la place Maubert.
Je salue votre bon ange, etc.
A Eireitx, ce 29 de mai (1699) . fêle de sainte J'héodosie, martyre.
LETTRE ceux.
Al MÊME.
llitinh'.cs senliiiienls (/ii" Rnitd:m arait de lui-iuhr.e.
DIEU SEUL
Monsieur, ■ uieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Je n'ai point de paroles pour vous expliquer les sujt>ts intinis que j'ai de me tenir, avec le secours de Notre-Seigneur, de sa très-sacrée Mère, ma bonne dame et maîtresse, et des bons anges, mes fidèles prolecteurs, de me tenir, dis-je, dans le rien et au-dessous du rien. Je vois dans ma vie des excès d'une ingratitude qui ne soutire point de comparaison, des inutilités lamentables, et d'autre part, des excès d'une miséricorde infinie de Dieu tout bon et tout miséricordieux, qui ne s'est point rebuté, qui ne m'a point délaissé, qui m'a accablé de ses grâces, et qui continue encore sans cesse à m'en accabler. Que j'ai sujet de prendre pour mon cantique : Miscricordias Domiui
(120) Je chaulerai éleniellemeut la mi.iéricortle du OMlVRES COUPI.. DE R0LD0\. IJI.
leurks. — a ». noscrEnARD ;;(;î
in œternum catilabn (l'iO) ! (]e mo ser.'il une consolation en ce Dieu loiit bon , et je n en connais et n'en veux jamais avoir d autre, d'avoir le l»ien de vous aller voir et de nous entreteinr du royaume de Dieu ; mais je n'en suis jias daris le pouvoir. Je vous supidie, dans l'occasion, de bien saluer de ma part la mère Madeleine, des Carmélites.
Qu'elle prie que je ne sois plus, afin que l'adorable Jésus soit toutes choses.
Hier on [larlait contre les curés qui allaient prêcher hors de leur paroisse, comme d'un grand abus ; vous voyez bien que cela ne {(juviendiail pas à votre dessein , qui pourrait encore trouver quelques diflicnltés particulières à raison de l'imiiression que l'on a contre vous, quand même on ne le marquerait pas. Je crois que M. V aucel vous a parlé bonnement.
Le dessein dunl vous me parlez pour le Trésor et Magny me paraît bien j.our la gloire de notre bon Maître et de noire bonne Alaîlresse; il n'y aurait qu'à voir si cela pourrait bien s'exécuter. 11 me semble que vous pourriez rester un mois au Trésor, car deux seraient un temps qui peut-être paraîtrait trof) long; mais voici une pen.-ée qui me vient : vous iiournez aller au Trésor disant (jue ce serait pour quelque temps, sans le dét.Tminer, et vous verriez, y allant, comme les choses iraient, et suivant cela vous pourriez prendre vos mesures; mais je crois que Noire-Seigneur en serait glorifié. Vous pourriez de là aller à Magny ; mais ne vous étonnez pas si ce que vous y ferez avec la grâce de Notre-Seigneur n'a pas l'efl'et que vous voudriez bien. Je connais présentement un grand serviteur de Notre-Seigneur qui a |)lusieurs j)ersonnes possédées sous sa conduite , auxquelles il s'applique fortement, mais la vexation diabolique continu;^ toujours. 11 nous faut adorer les desseins de la divine Providence, sans le vouloir pénétrer.
A votre égard. Monsieur, vous ne jjouvez pas mieux être que d'être prêt à tout, à faire et à ne rien faire, vous laissant entre les mainsdelaiiivine Providence, qui saura bien accomplir ses desseins. Ah! que je me suis bien trouvé de m'y être laissé (lar ses miséricordes infinies I C'est un bon exercice qu'elle vous donne du côté de vos trésoriers. A l'égard de la sépulture dans l'archidiaconé d'Evreux , et dans la ville et dans les campagnes, on enterre les trésoriers gratis. Si l'usage était contraire à Rouen, il le faudrait suivre, mais, à ce que je crois, comme vous, il ne l'est pas; c'est pourquoi je les laisserais enterrer, .\pparemment le juge séculier en connaîtrait, si on intentait un procès.
Je plains la pauvre femme qui plaide contre monsieur le curé de Saint-Thomas, C'est une personne qui gagne sa vie |iar son travail , elle perd son gain en [daidant et il lui en coule de l'argent, et elle n'a point d'autre ressource que ses bras. C'est uour une af-
'ieisncur. I P^al. lAxwiii, I.)