‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 41 sur 436 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De non abandon parfait à la divine Providence dans l'union avec N<'lr€-Sei<jueur Jesua-Christ.

Jésus-Christ dit à son Père, en entrant dans le monde, enseigne le grand Apôtre aux Hébreux, c'est-à-dire, lorsqu'il fut formé dans le [lur sein de la Vierjic, sa mère -.je viens, il est écrit de moi, dès le commencement du livre, que je dois accomplir votre volonté {llebr. X, 5-7); et saint Luc (xxui, 46) rapporte que dans le temps qu'il ea sortit, criant à haute voix, il dit : Mon Père, je recommande mon esprit entre vos mains ; et que, disant cela, il expira. Ce divin Sauveur proteste en saint Jean, qu'il ne peut rien faire de soi-même que ce qu'il voit faire au Père, et que tout ce ([ue fait son Père il le fait avec lui {Joan. vni, 28) : il assurait qu'il ne parlait |ias de soi-même, mais que c'était son Père qui l'avait envoyé, qui avait ordonné lui-même ce qu'il devait taire, et comment il devait paiier; que les choses donc qu'il disait, il les «lisait comme son Père les lui avaient dites [Joan. vi, 6); que sa viande était de faire sa volonté et d'accomplir son œuvre; enlin, qu'il faisait toujours ce qu'il lui plaisa t. [Juan, iv, Sk.) Il est impossible de voir une plus grande dépendance ni un plus p.irfait abandon que celui de l'aimable Jésus, qui ne faisait pas la moindre petite action, et ne disait pas une parole par soi-même; qui entre et qui sort du monde se laissant entièrement aux oidres de la providence de son Père; qui s'y laisse sans réserve pour être visité des pasteurs et des mages, pour être circoncis, pour être porté en Jérusalem, jiour aller et demeurer en Egypte, pour en revenir, pour être baptisé au Jourdain, pOiir être tenté au désert, pour inôcher, [loiir mourir en croix ; qui n'avaiirait ni ne retardait ce qu'il avait à faire, demeurant dans la paisible attente de l'heure que son Père avait ordonnée. Mais quel plus grand abandon à la divine Providence que celui où il a été durant trente années, vivant dans la retraite, caché dans la jiauvre boutique d'un artisan, y faisant le métier de charjientier, lui qui était venu au monde pour y donner la lumière à tous les hommes; et qui, enfin, mourut >ur un gibet?

A[)rès ces vérités, comment le Chrétien, qui les croit, pourra-t-il s'inquiéter de tout ce qui lui peut arriver de plus affligeant.? comment sa i>aix ne sera-t-elle pas immuable, se reposant doucement dans le sein de la divine Providence? Je ne suis pas surpris si le P. Seurin a écrit : « Mon âme est

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L'HOMME m OiEU. — PMIT. H.

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élalilie «laps nnc grnndp rnnli.'ince, cl n'o>l portée ?i rien eiiln^prciulro de; soi-môino. iua\s d'alliT -elnii roidin de la divine Provid pnre (jiii dispose de tout. Je me conlirme d'e (dus en plus de me laisser h ses soins sans aucune réserve, [lour tout ce qui me regarde, cl île vivre dans son entière dépendance; j'irai de l)on cœur partout où elle me mènera; je ne saurais entier dans aucune déliaiit-e de la coiuluite d(> Notrc-Sei:j,neur, et je ne vois rien sur la terre (]ui puisse nie donner quelque crainte, mal;;;!!.'' toute l'éloqueniHî de certains prudents et timides, qui sont fécoiuis à fournir de mauvaises conjectures sur des [«ieds de mouches; car je crois que Noire-Seigneur, en tout ce qui nous arrive, fait entièrement son ouvrage [lour notre grand bien. »

Voici quelques-unes des maximes de ce grand homme sur ce sujet: 1. Il faut que l'esprit de l'homme se perde doucement dans les soins de la divine Providence, jiarmi la diversité Je toutes sortes d'événements, lui remettant tout sans [.eine , laissant les honiiiies dire et penser ce qu'ils voudront; la plus douce perteque nous pouvons fan-e e>t celle de nous-mêmes en Dieu, alJÎmaîU en lui tout ce que nous sommes.

2. Tout est ordonné pour le bien de ceux qui ont remis tous leurs soins entre les ruains dans la divine Providence; Dieu, n'abandonnera jamais rien de ce qui les regarde; souve.'it il les aidera par des moyens oii ils ne pensent pas; il les assistera même jiar des voies qui semblent leur être contraires : mais ceux qui ne sont qu'à demi à Dieu se rendent indignes de recevoir les grands secours de son aimable providence.

3. Les surprises, en fait de la divine Providence, sont encore [dus douces que les choses que nous pouvons prévoir, parce qu'il n'y a rien de plus doux que la parfaite dépendance de la divine volonté; et s'y soumettre entièrement tout à coup sans voir, au lieu de délibérer, c'est une marque de grande dé[iendance.

4. Il faut se fonder sur un principe indubitable , qui est que, lorsque rous entreprenons une chose pour Dieu en sa pure vue el jiar sa conduite, nous sommes tellement en sa divine providence qu'il emploie sa bonté, sa sagesse, sa jmissance jjournous; en sorte qu'il ne nous arrive, qu'il ne peut rien nous arriver . qui ne soit pour sa gloire et pour notre bien.

5. C'est une grande vérité que je sais par mon expérience, que jamais rien n'arrive, quelque mal que ce puisse être, que Dieu permette , qu'il ne tire quelque sujet d'un grand bonheur pour la personne qui soutfre,.et d'un lel fruit que ce ne iui soit une occasion particulière de louer et de reuiercier la divine Providence pour jamais. Les plus grandes peines sont des eU'tits des plus grandes grâces et des plus grandes obligations que nous lui ayons ; il n'y a rien que uous devions plus estimer que les couiis qu'elle nous donne, qui

nous éloignent iilus de nous-mfimes, du monde et de toutes les choses que le monde aime.

G. Les grands eiTets d'une Providence extraordinaire; commencent lorsque nous sommes les plus destitués des mu\ens ordinaires, Dieu les [iroportionnant à nos besoins; il les augmcnti! h mesure que ceux des créatures manquent. Jvuiiais Dieu n'est jibis dans un cœur, que lorsipie les créatures s'y trouvent moins.

7. On ne saurait dire combien la vie est heureuse au milieu de tout ce qu'il y a de îilus affligeant, quand l'amour et la confiance fiossèdent un cœur; mais où trouvera-t-on une vive foi dans ce monde, iiour s'attendre h Dieu et s'y confier |iarmi les maux intérieurs et extérieurs de la vie? ce serait une douceur incomparable quo ce bien. Quelles déluges, quelle paix, quel repos, de connaître l'avantage qu'il y a de se rendre à tous les ordres «le la divine Providence, et d'y demeurer avec resjiect, soumission et amour! disons une bonne fois , Amen : Que voire volonle' , mon Dieu, soil faite en la terre comme nu ciel (Matth. VI, 10); c'est-à-dire, comme nous le pouvons expliquer en celle oraison, dans nos corfjs comme dans nos esprits.

8. Ceux qui ne se confient pas entièrement à Dieu, en ignorent la bonté, la sagesse et la [niissance; tous ceux qui conjiaitroiit véritablement Dieu, espéreront en lui. Eh ! qui a jamais espéré en lui , et soit demeuré dans la confusion ?

9. J'ai été l'objet d'une désolation universelle, délaissé pour servir de jouet aux hommes et aux diables, et pour en être touraienté cruellement ; cependant tout ce que je puis dire de Fa conduite de la divine. Providence, est que je n'ai point de paroles pour en déclarer la bonté : qui se lie en Dieu, quand il aurait été, pour ainsi dire, dévoré de l'enfer , triomijhera de toutes choses.

Voilà quelques maximes de ce fidèle serviteur de Notre-Seigneur et de son immaculée Mère , louchant l'abandon où il faut être aux ordres de la divine Providence; mais il en faut voir la [iratique, quand il fut choisi [lour aller faire les fonctions d'exorciste à Loudun : il était dans une dispo-ition la plus éloignée de pette fonction qu'on eût su croire ; il avait le corps si faible qu'il ne })ouvait s'appliquer à aucun exercice sans ressentir beaucoup de douleurs, jusque-là qu'il ne |iouvait faire aucune lecture à cause d'un mal de tête continuel; d'ailleurs son esprit ét.-.it plongé dans des pe'nes si pressantes qu'il ne savait que faire; tout cela par des causes inconnues, et auxquelles il ne pouvait apporter du remède. Il y avait même plusieurs années qu'il élail exercé de la sorte, mais à la fin il se trouva tellement accablé de peines de corps et d'esprit qu'il ne croyait pas pouvoir vivre encore longtemps ; tout ^on recours était à Noire-Seigneur, selon ce qu'il a dit lui-même : Venez à moi, vous

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

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toux qui élis irnviiHIrs ei chargri!, et je voiix soiilagerdi. \Matlh. 'xf , 28.) Or, iiii jour qu'il élail iliin.s sa cli«iul>re, |iFO.sterné devant cet aimable Sauveur, implorant ses miséricordes, son supérieur entra, lui (lorlant une lettre du l'ère provincial , par laquelle il lui était ordonné d'aller à Loudun pour V faire l'odice d'exorciste. A la première pensée d'une occupation si surprenante , il ne lui parut rien qu'une impossibilité entière, d'un côté par une extrême tail)lesse, ou, pour niieux dire, d'un épuisement entier oii il était réduit: et d'autre paît à cause du grand travail où celte fonction l'engageait : Mais ceux (jui espèrent au Seigneur , dit un prophète, auront de lu force ; ils prendront ieur essor comme l'aigle , pour voler sans se lasser, au-dessus de toutes les difficultés qui te présentent, (/.sa. xl, 31.) Ainsi le Père jiar une obéissance aveugle se perdit entièremeiitdans la confiance qu'il eut en la divine Providence; il ne pensa plus à soi-même et s'oublia de ce qu'il était, pour ne se filus souvenir que de la fiuissance de son Seigneur et de son Dieu en qui il mit toutes ses jiensées. 11 entreprit le vo\ âge avec une générosité non pareille; et, connue durant lo chemin sa faiblesse et son impuissan( e lui étaient re|irésentées de temps en temps, cela ne lui servait qu'à se [lerdre tout de nouveau en la puissance de son Sauveur, d'où il attendait uniquementtout son secours. Etant enlin arrivé à Loudun, et ajant vu la tnaiiière extrêmement laborieuse que tenaient les exorcistes, il lui jiarut par l'expérience qu'il avait depuis plusieurs années, iju'il ne pourrait continuer plus d'un jour un si jiénible exercice ; mais comme il s'était retiré dans l'asile du Très-Haut, il dit au Seigneur: «\ ou^ êtes mon protecteur et mon refuge, vous êtes mou Dieu .je mettrai en vous ma confiance. » (Psal. xc, 2.) Et parce qu'il avait pris le rrè--Haut pour son refuge , il marcha sur l'aspic et sur le basilic, et il foula aux pieils le lion et le dragon. Dieu donna ordre à ses anges de le garder en toutes ses voies; ils le jiortèrent sur leurs mains , de peur qu'il ne heurtât son pied contre la pierre.

Jl répétait souvent ces jiaroles du Psalmiste : Je n'espérerai point en mon arc , et mon épc'c ne me sauvera point. {Psal. xLiii, 7.) Parlant de l'alfiire de Loudun, il disait : « Je l'ai entreprise ayant cette impression, que me fiant en Dieu et me livrant à sa providence, i)lus les maux qui m'arriveraient seraient grands , plus Noire-Seigneur me ferait de biens; j)lus les attaques des démons seraient rudes, et plus son assistance serait grande ; c'est ce que j'ai éprouvé. » Mais son aoandon ne s'arrêta pas dans le tem|)s, il s'étendit même jusqu'à l'éternilé. Car après avoir souffert durant dix-neuf aum'^es des lieines inexplicables, s'unaginant par une forte pensée qu'il était répiouvé , environ une année devant (jue ses peines le quittassent eniièremenl, la liberté lui fut donnée quelque intervalle de temps , pour considérer le terrible état de sa i)eine si désolante;

ou faisant une sérieuse réflexion, il se prosterna comme il put sur son lit où il était arrêté, pour se soumettre en toutes choses aux jugements de Dieu , et s'y abandonna jjIus que jamais pour l'airaire éternelle de son salut. Dans ce moment il se sentit absorbé dans un océan de paix, et Dieu lui fit connaître que l'abandon de l'Ame, aux conduites de la divine Providence la doit porter à s'y fier sans aucune réserve et sans tant discerner, ni raisonner, il disait « que sa confiance augmentait à proportion 'te ses peines , quoiqu'il ne s'en apercnlt que dans de petits intervalles de lumières. » Mais enfin son abandon à la divine Providence était parfait, et pour tout ce qui regarde le corjts et pour tout ce qui regarde l'âme, ses emplois, son honneur, pour tout ce qui regarde le temps et l'éternité; et il a toujours dit : « qu'il s'en est si bien trouvé, qu'il n'avait point de paroles pour l'expliquer. »

Nous sommes iJien éloignés de le pouvoir faire ; mais cependant nous remarquons quelques secours de la divine Providence , pour apprendre de plus en plus qu'il est bon, qu'il est doux, qu'il est infiniment avantageux de s'y reposer pleinement. Ah ! je voudrais aller crier partout ces vérités aux hommes, que la divine Providence est la meilleure des mères, et que celui-là est bienheureux qui y a mis toute sa confiance ; voyons-en quelques efi'ets dans le P. Seurin. Ses pénitences furent si excessives dans ses commencements, et en particulier ses abstinences, que son estomac se trouvam tout à fait rétréci, il ne [louvait plus vivre sans miracle, et il était dans cet état (]uand il arriva à Loudun. Il fallait donc un secours miraculeux de la divine Providence pour pouvoir y subsister, et le secours lui fut donné ; car son estomac et sa [joitrine se trouvèrent si fort élargis dans une nuit, que, voulant prendre sa camisole le lendemain , il la trouva trop étroite de trois ou quatre doigts, et en même temps sentit une vigueur non pareille dans les parties de son cor[)s qui étaient entièrement ruinées. O divine et aimable Providence, qu'il fiit bon s'attendre à vous ! Dans ce même lieu les démons ayant cons|)iré de le faire sortir par la vexation [)ublique (ju'ils lui faisaient (car ils pensaient que le Père jnovincial venant , ne pouirait jias souffrir une grande indéicnce dans un religieux qui lui était sujet); en ell'et, ils ne s'étaient pas trompés dans leurs mesu-^ res. Mais que Dieu est bon à ceux qui espèrent en lui 1 Comme les démons pensaient agiter le Père à leur ordinaire , son provincial le leur ayant défendu par le droit qu'il avait sur lui, comme nous l'avons rapporté, ils furent obligés de cesser celte sorte de vexation, et ensuite leurs desseins furent anéantis. Le Père provincial laissant donc encore le P. Seurin en sa qualité li'exorciste à Loudun , les démons dirent que l'ange gardien du serviteur de Dieu les avait empêchés de le tourmenter devant son su|^lieur. Combien de secours de la divine

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L'HOMME DE niEU. — TAUT. II.

Troviilonro verrions-nous souvent, par le iniiiistèro des saints an^es, si nous avions les yeux ouverts à ce qui se passe dans le uimide de la grAce 1

Le P. Seurin étant à Saint-Macaire, petite ville à sept lieues tie IJordoaux, ou les Pères jésuites ont une résidence, le démon l'ayant pris, le jeta par la fenêtre de sa chaiùbre dans un précipice sur un rocher; il toraha sur ses pieds avec ses paiitouflles, le bonnet carré sur sa tôle. Ce fut une nicrveille, tpie tombant de si haut, il n'en eût le corps tout brisé, et ne mourût [las do celte chute; cependant il eut un os de la cuisse cassé près la hanche, (]ui lui fut mal remis: ensuite ayant été transporté à Bordeaux, les plus habiles médecins et chirurgiens jugèrent qu'il ressentirait le reste de sa vie de grandes douleurs en la partie blessée dans le changement des temps et des saisons ; ils lui ordonnèrent de poilerde certaines peaux fiour tenir toujours celle paitie chaude. Mais la divine Providence ne lui manqua non ]ilus dans celte occasion que dans les antres ; car il ne porta point de peaux, et il fut exempt des incommodités que les médecins lui avaient marquées, li est vrai qu'il se servit définis ce temps-là d'un bâton |)Our marcher; mais avec cela il marchait facilement et assez loin. Or, ce qui est bien reluartjuable, et qui fait voir manifestement que c'était la divine Providence qui le soutenait et le faisait marcher, c'est que s'il sortait quelquefois pour aller se promener, il tombait tout à coup, sa jambe ne le pouvant porter: mais lorsque c'était pour aller jirêcher ou confesser, ou pour quelqu'autre exercice de piété, il n'y sentait aucune faiblesse , et faisait même beaucoup de chemin, allant dans les campagnes pour y instruire le |iauvre peuple. Ceux qui savent l'histoire des saints ne seront (las surpris de la permission que Dieu a donnée au diable de le jeter par une fenêtre, jinisqu'il a souffert que les démons ont tant de fois battu et d'une manière cruelle ses plus grands serviteurs, pour donner de l'exercice à leur vertu. Les vies des Pères du désert sont pleines de ces exemples ; et dans nos derniers temps, l'histoire de la réforme du Carmel nous apprend qu'une religieuse carmélite a élé tuée par le démon qui l'écrasa, faisant tomber sur elle un pan de muraille. Et sainte Thérèse eut révélation qu'elle avait été exempte du purgatoire r.ar cette mort soufferte de la manière ; enfin , on ne peut jamais assez répéter cette vérité, que la divine Providence ne nous envoie lés plus grands maux que pour notre plus grand bien. .Mais l'Ecriture ne nous en assure-t-elle pas en la personne du saint Job ? quels maux n'a-t-il pas endurés? dans quel étal [litoyable a t-il été réduit par le diable"? et cependant la même divine parole l'a déclaré bienheureux [Tob. n, 12-16), et il est certain qu'il a élé l'un des plus grands favoris de Dieu qui aient jamais été.

Je ne puis omettre ici deux choses qui font bien voir les soins que la divine Pro-

OEUVRES COMPL. DE BoiDON. IIL

vidence jirenu des siens , et combien il est dangereux do s'attaciuer aux saints du Seigneur. Lors(|ue le P. Seurin fut préci|iité par le démon, un huguenot qui passait par là le voyant tomber, voulut rire et se donner du "plaisir de la chute d'un homme dont la profession était bien odieuse aux hérétiques : Voilà, dit-il, un Jésuite qui veut voler; mais sa raillerie ne demeura pas longtemps sans être punie : car ce huguenol étant monté sur un cheval doux, et marchant dans un fort beau chemin , ne laissa pas d'être tout à coupjelé par terre, et eut le bras cassé ; ce qui lui fit avouer hautement que c'était une manifeste punition de Dieu. Une autre fois, une personne de ca|)acilé et de vérité, ayant vu le Père dans quelque état qui [louvait le faire passer pour ridicule, le traita de fou; mais elle se devait souvenir de ce que disait le Psalmiste, qu'il ne faut point loucher aux (nuls de Dieu, et ne point ftiirede mal à ses projihèles {Psal. ctv, 15], que Dieu a châtié môme les têtes couronnées à cause d'eux. A quelque temps de l^i, cette personne tomba dans de si grandes extravagances, quoiqu'elle fût fort sage , que l'on fut obligé de l'enfermer.

■ C'esiainsiqueDieu, pourmeservirde l'expression de l'Ecriture (Zach. II, o), environne comme un mur de feu ses fidèles seivi leurs qui ont mis toutes leurs espérances en lui. Ceux qui les approchent pour les attaquer, se trouvent enveloppés de flammes et consumés dans les feux. Le P. Seurin a été protégé de Dieu, parce qu'il a connu son nom; mais Dieu l'a délivré, parce qu'il avait mis son espérance en lui. L'ange gardien de la mère Jeanne des Anges, qui lui paraissait visiblement, comme nous l'avons dit, lui avait assuré que Dieu tenait le Père en sa main ; qu'il (>renait [ilaisir d'exercer la constance de son cœur; qu'il l'avait délivré de grands dangers ; qu'enfin il le délivrerait de ses peines, et qu'il se servirait de lui jpour sa gloire. Une âme de grande vertu eut connaissance , dans une lumière surnaturelle, que cette délivrance du Père se ferait [leu à peu; et l'événement en a bien fait voir la vérité : car ayant été réduit dans un état où il ne pouvait ni dire son bréviaire , ni célébrer le très-saint sacrifice de la messe, comme la très-pure et toujours immaculée Vierge est le grand et doux moyen dont se sert la divine Providence pour exécuter les desseins de ses plus grandes miséricordes , Dieu se servit de celte Mère de bonté, que l'Eglise appelle une aurore sacrée, pour commencer à faire naître un grand jour de grâce dans l'esprii de son serviteur, qui avait élé plongé dei'uis tant d'années dans les plus sombres nuits, comme nous l'avons dit, pour lui donner \a facilité de s'acquitter de l'obligation du bréviaire el de prêcher. Celle grâce lui fut donnée le jour de la fête de Notre-Dame du mont Caimel, où il se vit tout à coup rempli d'une grande lumière l^space de trois ou quatre heures. Ces lumières s'éclipsè-

oi:i YiiF.s r.oMPLr.TF.s hk uoldon.

lent ensuite et ne parurent que de temps en teu)(is, jusqu'à ce qu'entin il se trouva dans le plein midi d'un jour qui lui liura le re>te de sa vie, c'est-à-dire lès trois ou quatre dernières années où il jouit d'une paix admirable.

Toutes res grandes exnérieneos des soins de la divine Providence faisaient qu'il souffrait une i^rande peine quand il voyait le peu de coniiance que l'on y avait , et particulièrement dans les communautés religieuses; ce qui lui faisait dire (juc le peu (le conQancc était la cause de leur ruine, et pour le spirituel et pour le temporel ; que l'on y avait un esprit trop resserré dans la nature pour la réception des Glles; que l'on prenait tout ce que l'on en pouvait tirer, arec une avidité digne de compassion, comme si Dieu n'était pas le pourvoyeur de ceux qui clieri.hent son royaume et sa justice ; cependant que le ciel et la terre lûan- (jueront plutôt que les maisons oîi l'on va à Dieu généreusement ; que le soin principal que l'on y doit avoir, est d'y soutenir cet esprit généreux pour Dieu, et non pas tant pour le temporel; que ces soins empressés resserrent la main libérale de Dieu; que les secours divins abondent où manquent les luovens humains, et que les désirs de perfection se ruinent (larnii les religieuses qui agissent d'une manière avare avec Dieu.

.Mais ce qui est bien digne de larmes, est de voir quehiuefois dans ces communautés où l'on est si resserré pour la réception des lillesqui ont bonne vocation, une [tente prodigieuse à faire de beaux et magnitiques bâtiments ; ce qui demande des dépenses extraordinaires, et qui est une source de grands maux, que souvent on aperçoit bien peu; car pour l'ordinaire Dieu frappe d'aveuglement ces personnes ; et permettant même (ju'elles soient applaudies et qu'elles ne voient pas, ni elles ni celles qui les approuvent, combien l'esprit de Dieu, qui est un esprit de pauvreté, est éloignéde ces magnilicences, et l'horreur qu'il en a ; co qui l'ait qu'il retire ses grâces. Elles ne voient pas le dérèglement qu'el^les commettent, employant si volontiers et leur soin et leur argent ù des édifices matériels qui périront, pendant qu'elles font tant de dillicultés à recevoir des tilles qui ont vraie vocation, parce qu'elles ne sont pas riches; ce qui serait donner à Dieu des temples et des maisons vivantes et éternelles qui serviraient pour jamais à sa gloire: elles ne voient [las que les pauvres qui sont les temples du Saint-Ksprit, souffrent de si grandes mjsères, qu'à peine peuvent-ils subsister, pendant qu'on leur dit qu'on n'a [las le moyen de leur donner, ou qu'on leur donne peu, quoique l'on donne a\ec tant de libéralité pour loger magnifiquement des personnes qui ont fait une profession spéciale de renoncer à toutes les pompes du monde, et qui cependant ont des maisons |ilus somptueuses (ju(,' la plupart des gens du siècle les plus engagés dans la vanné. Je ne dis rien des désordres qui en arri\ent aui communautés, qui quelquefois

ensuite de ces dépenses oui de la peine à avoir le nécessaire, et Cjui même périssent, comme nous en avons plusieurs exemples, à la vue de toute la France.

Le Père Seurin ayant en la vertu de Jésus- Christ établi des maximes bien opposées parmi les religieuses ursulines de I.oudun, pendant que la divine Providence l'y ap))liquait, ces bonnes religieuses mirent toutes leurs espérances en Dieu , et ce Dieu de puissance et de miséricorde s'en déclara hautement le protecteur. Urbain (irandier, l'un des curés de cette ville, homme plein d'esprit, mais très-artificieux, qui les avait persécutées aussi bien que leur digne confesseur, personnage craignant Dieu, ne put pas éviter la juste punition de ses crimes. 11 semblait de prime abord que Grandier, avec tous les maux qu'il leur avait faits, devait encore les charger de contusion, s'étant acquis l'amitié des juges des lieux qui le i)rotégeaient. Mais qui peut résister à la justice d'un Dieu? Enlin il fut condamné à être brûlé vif, et il mourut avec des signes épouvantables d'un endurcissement achevé, puisque quelque temps aujiaravant sa mort on l'entendait chanter des chansons d'un amour profane. O péché trop familier, mais peu connu, au moins que tes effets te devraient bien laire connaître 1 Quand Grandier n'aurait pas cru une autre vie que celle-ci, Li seule appréhension de la peine du feu qui le devait brûler était bien capable de lui donner de la peur et du tourment. Comment un homme dans cet é'at peut-il s'amuser à chanter des airs profanes? En vérité, disait le Père Seurin, il fallait que son cœur se fût bien endurci. C'est qu'enfin le péché change la nature de l'homme ; il ne le rend pas seulement semblable aux bêles, mais aux pierres dépourvues de tout sentiment. Que ceux qui se laissent aller au péché sous prétexte qu'ils s'en retireront, lassent réflexion sur ces vérités. Mais le secours de la divine Providence éclata sur ces bonnes filles dans leurs besoins temporels par des assistances merveilleuses; et lorsque quelques personnes cessaient de les assister, celte aimable Providence leur en suscitait d'autres en des manières qui font bien voir qu'il est bon de s'attacher à Dieu, et de mettre en lui seul toute son espérance. Finissons ce chapitre par cette maxime du Père Seurin : «■ Qu'il faut entrer dans l'abandon de nous-mfimes et de tout ce qui nous touche entre ies|mains de la divine Providence. »

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