‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 40 sur 436 · I.HOMMK m UlEV · texte numérisé non relu

I.HOMMK m UlEV

PAIIT. 11.

iN ont 616 |iorl(^ sur mnr, iiup les grâces de in(!'iiit' incMiiiL'iit li'iii- nicroisseiiiunl |i(ir les liiliulfUions (le l;i vie, et jiar toutes les leui- I Ôtes lies coiitradieliotis et 0|i|iosilions des iuiiiinies el dénions. Il disait de |.lns, (ju'au milieu de toutes ces letiipêtes il l'.illait l'aii-o corniue ceux iiiii |iôelieiil les jierles dans le fond In nier, qui ont un tuyau qui va jusqu'en haut, et qui v est soutenu |iar un liège, par lequel ils res[)irent; qu'aussi il l'allait s'y soutenir par l'oraison de (uire loi, cl y resjiirer à travers toutes les eaux des dinUniltés où l'on est plongé, et pour lors on [léche heureusement les [lerles des vertus.

Mais surtout il donnait avis que « trois choses étaient néc-essaires pour aller à Dieu par la foi; la première, (ju'il faut toujours s'appuyer sur ce que nous croyons, et nullement sur ce que nous sentons, que nous goûtons ou nous voyons de Dieu , ou des choses spirituelles. La seconde, qu'encore que la partie intérieure sensiliveoii raisonnable soit coiiihatlue, il faut toujours se réfugier dans l'asile de la foi, et y demeurer sans descendre dans le bas étage des sens; par exemple se persuader qu'il vaut mieux être pauvre, méprisé, ou être dans la douleur, soit d'esprit ou de corps , que d'être liclie, dans riionneur, ou dans les plaisirs et dans les consolations intérieures ou extérieures; qu'il y a un Dieu (jui sait tout, qui gouverne tout ; que tout est soumis à sa divine providence; qu'il est toujours lidèle à l'âme, et bienfaisant à ceux qui renoncent aux choses créées pour l'amour de lui. La troisième, qu'il faut toujours avoir un grand courage pour se relever si l'on fait quelque chute : cette vérité doit être bien remarquée par tant de fiersonnes tjui s'abattent et se découragent dans leurs manquements , ce qui est une tentation très-dangereuse. Liilin qu'il faut persévérer en ces choses, demeurant constamment dans le dessein de seiv^r Dieu avec générosité, et de tenuie à ce qui sera le plus (larlait. »

Il recoinruandait beaucoup de ne pas s'arrêter aux cions de Dieu qui ne sont (jue les moyens, mais uniq .ement à Dieu seul qui est la fin ; qu'il ne fallait pas même les vouloir trop discerner ou savoir d'oij ils viennent, et comme les choses intérieures se passent, ni trop s'appliquer aux choses extraordinaires ijui arrivent, ou s'en entretenir trop même avec le directeur, parce qu'il s'y peid beaucoup de temps ; qu'il y a souvent bien de l'amusement , beaucoup d'a- Diour-propre, et bien du danger d'être tromj)é; mais que s'ari étant à Dieu par la seule loi, et laissant toutes ces choses extraordinaire» [)Our telles qu'elles sont, on évite tous ses dangers et tous ses maux, il est vrai qu'encore qu'il estimât qu'il ne fallût pas tant s'arrêter aux dons, il ne croyait pourtant pas pour cela qu'il fallût les éloull'er, pariiculièrement quand il n'en arrive que du couiage,de la force et de la paix jiour mieux aller à Dieu; qu'il y a des-âmes qui ont besoin d'être soutenues |iar quelque chose de sensible, et que Je se priver volontairement

de ses secours, cela faisait tomber l'Ame dans l'aridité et la rendait comiue un sipielette. » (Vêtait une lemarijue qu'avait faite autrefois la vénérable sieur Marie de l'Incarnation, (".armélitc, qui, voyant quelipies-unes de ses sœurs rejeter toutes les grâces sensililes , leur dit qu'elles n'étaient pas assez fortes pour entrer dans cette iirali(|uc. Apri^s tout, le plus sûr est de laisser agir Dieu, et demeurer dans une entière indilférenre pour toutes sortes d'états, solide consolations, soil de peines ; recevoir tout égalemenl de sa divine main, par une perte générale de tout désir jiropre, cl prendre garde dans les choses extraordinaires de ne s'y (las arrêter, et de ne s'en pas occuiier, car ce serait une voie ouverte à toutes sortes d'illusions; mais de se tenir toujours dans l'union avec Dieu l'ar la foi, l'abnégation et la nudité de cœur. Ce n'est pas qu'il y ait des âmes qui, ]iar des mouvements de grâces, se privent volonlairemcnt des consolations sensibles, se procurant de n'avoir |>lns de faveurs extraordinaires ; et cette [iratiijue est louée par le B. Jean de la Croix.

Le P. Seurin dans son état de contemplation sublime, s'acijuiitait très-bien des fonctions laborieuses envers le prochain, où sa profession l'engageait. C'est une dangereuse illusion de s'imaginer que la vraie oraison serve d'obstacle a s'acquitter de ses devoirs, car puisqu'elle cause une union irès-inlime è Dieu, elle unit ensuite à sa divine volonté : ainsi non-seuli-ment elle n'em(iêche |jas, mais elle fait entrer avec une force nonjiareilledans toutes les obligations de son état. 11 est facile de se convaincre île cette vérité, dans les plus grands saints dont Dieu s'est servi davantage pour faire de grandes choses; comme ]iar exem[)le dans tous les saints fondateurs d'ordres, qui tous ont é;é des personnes d'une grande oraison. Jlais, dans ces derniers siècles, n'a-t-on pas vu l'admirable saint François Xavier aussi recueilli en Dieu |iar loraison, que l'ermite le plus retiré dans le fond de la solitude? et a-t-on pu voir un homme en même temps jtlus dans l'oraison et dans l'action"? Le P. Louis du Pont, dans la vie du saint homme le P. Ballazar Alvarez, rap|)orlo que Dieu lui donna un haut degré de coniemplation , quand il voulut se servir de lui i>our faire de grandes choses pour sa gloire dans le prochain ; aussi le P. Seurin assurait, « (jue son oraison lui donnait une force el une vigueur extiaordinaiie pour travailler dans les missions. >- Lt de vrai si c'est son projire (comme il a été dit) d'unir à Dieu, l'homme peut-il jamais être dans un meilleur état, i)0ur fa.re le bien, que lorsqu'il lui est plus uni?

C'est la raison pour laquelle les tiémons redoutent si fort l'oraison, et les personnes d'oraison, parce que Dieu s'y trouve, et c'est l'unique chose qu'ils craignent; ils se mcUenl peu en peine d'un directeur, d'un prédicateur, d'un missionnaire, s'ils aperçoivent qu'il a plus de l'esprit de l'homme, que de l'esprit de Dieu ; ils se soucient peu de la science, en ayant davantage que les

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plus doctes ; il

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ŒLYKES COMPLETES DE BOL'DON. Iii4

soucient peu de l'élo- naturelle de leur esprit avec tant de conlen-

quence, des belles-lettres, des belles qualités niilureiles; ils sont mieux pourvus de toutes ces choses que ceux qui en sont les plus riclies; la faveur, le crédit, la naissance, et tout ce que le monde estime, ne leur fait point de peur. Ce qui les fait trembler, c'est Dieu, cl ceux qui sont [ileins de Dieu. Un bomine abject aux yeux des hommes, mais bien rempli de l'esprit de Jésus-Christ, jette l'effroi dans l'enfer; et parce que l'oiaison est le canal sacré par lequel il communique ses plus divines unions, c'est ce qu ils craignent davantage : de là vient l'opi)Osition secrète et publicjue aux personnes d'oraison, à qui le diable ne manque pas de faire une cruelle guerre. Ce malheureux esprit n'oublie rien pour le décrier, et pour décrier à même temps les saintes voies de l'oraison ; et s'il pouvait, il en ôterait l'exercice ; au moins il tàclie de la rendre susjiecle , conmie il fait aussi la dévotion, soit par l'ignorance de ceux qui y sont peu versés, soit |iar les manquements des particuliers qui s'y adonnent, comme si l'oraison devait répondre de leurs défauts.

« .Mais la grande maxime de la vie intérieure, disait le P. Seurin, est d'y persévérer constamment, malgré la rage des démons, la conlradiclion des hommes, les peines que l'on y soulTre, soit par les aridités et impuissances, soit par les distractions, les dégoûts et les ennuis, soit par les tentations qui y arrivent, les angoisses qu'on y trouve et les agonies que l'on y porte. » Quand tout le monde devrait s'abîmer, s'écrie la séraphique sainte Thérèse, il faut faire l'oraison et y persévérer généreusement, quelque difficulté qui se présente, quand même il semblerait que l'on y perd le temps et que l'on n'y fait rien; car enlin, Dieu connaît la jiréi.aration de notre cœur, et notre bonne volonté de l'adorer et de le servir, dans le temps que l'on prend pour cet exercice angélique qui ne lui est pas ca* ché.

Et comment pouvoir aimer Dieu sans aspirer saintement à sa divine conversation, puisque, dans les excès de son amour il nous veut bien faire cet honneur en nous en donnant la permission. Faut-il recommander à celui qui est attaché d'atïection à quelque chose, d'y penser et de s'en souvenir? comment pourrait-il s'empêcher de le faire? Ah nonl je ne m'éloiiiie |)as si l'oraison des saints a été si continuelle, c'est qu'ils aimaient Dieu; je ne suis pas surpris si l'esnace d'une demi-heure d'oraison ou d'une rieure, devient si ennuyeuse à tant de [lersonnes, c'est qu'elles ne l'aiment guère; des plaintes ordinaires qu'une messe est trop longue, si on la célèbre avec la dévotion requise; de ces diflicultés des savants, des prédicateurs mêmes, à donner quelque temps à l'oraison, pendant qu'ds emploient les jours presque entiers à l'étude; ou si ce sont des gens de communauté qui sont obligés de la faire, ils y sont secs comme du bois, eux qui s'appliquent dans une ferveur

tion à la connaissance des sciences et des lettres. Mais cependant disons, pour finir ce chapitre, ce que le P. Seurin à écrit, dans l'une de ses lettres : «Oraison, oraison, pour l'amour de Dieu faites l'oraison; et si vous y avez de la peine, pour l'amour de Dieu prenez patience, prenez patience, aux pieds de Jésus-Christ. »

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