‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 413 sur 436 · RELATION · texte numérisé non relu

RELATION

SUR SAINT HÉLIER , MARTYR (le V juillet).

Saint Hélier était de condition , étant né de personnes de qualité du pays de Tongres. Quoiqu'ils fussent païens, se voyant sans enfants, ils eurent recours à saint Cunebert, à raison de la grande estime que les peuples en avaient, pour en implorer [lar ses prières: car les infidèles, parmi les ténèbres de l'infidélité, ne laissaient pas de reconnaître le grand pouvoir des saints et les miracles que Dieu opérait par eux. Saint Cunebert leur ayant obtenu saint Hélier, et leur avant fait promettre qu'ils lui en laisseraient l'éducation, ils ne tinrent pas leur promesse, ayant peine de laisser leur enfant entre les mains d'un homme qui gardait la pauvreté;

mais ils y furent obligés par une grande maladie qui arriva à leur enfant, et que saint CuncberJ guérit miraculeusement. Ce saint le nomma Helerius ou Hélier, c'est-à-dire miséricordieux, pour le faire souvenir qu'il avait été guéri par la miséricorde de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Dès son bas Age, il jeûnait tous les jours ; il avait du pain d'orge, des herbes crues, dans lesquelles il metlait un peu de sel; il ne mangeait qu'une fois le jour, et il s'adonnait à l'ornison presque continuellement, méditant dans la loi du Seigneur le jour et la nuit. ^

Une si sainte vie fut honorée àe miracies; car saint Hélier redonna la vue à un chas-

TABLE DES MATIKUIl S.

lies

seur qui l'nvail perdue, ot ce fui son premier miracle. Il guérit une feiiiiiie du llux de sang par des herbes de son jnrdin, à qui il avait donné sa liénédiclion. Un liouiuic qui avait un serpent dans son estomac, qui y était entré lorsqu'il dormait la boiiciic ouverte, il le tit sortir par le sigiiu de la croix.

Saint Cunelierl ayant été massacré par un seigneur de qualité, lorsqu'il récitait ces paroles du Psalmiste : Quando lenies ad me {Psal. c, 2) , notre saint , ayant eu horreur d'une action si cruelle, quitta le pays, et, étant arrivé près d'une ville que l'on appelait en ce temps-là Morines {Morinensem in civitatem, il se retira près de celte ville à une chapelle de Notre-Dame, vivant dans une continuelle mortitication par les haires, cilices, jeûnes, et combattant avec les démons qui ne pouvaient le souffrir.

Les saints sont pleins d'industrie pour se crucilier. Saint Hélier s'était enfermé dans un lieu plein de tous côtés de pointes, de gros clous de fer, en sorte qu'il ne pouvait pas sortir de ce lieu sans se piquer douloureusement, en sorte que souvent il lui sorta't du sang (les piqûres qu'il se donnait; il mena cette vie durant cinq ans.

Après cela, il ne laissa pas de crucilier sa chair, continuant les jeûnes, ne mangeant que du pain d'orge et des herbes crues; il ne buvait que de l'eau, il avait pour loi;s jieux ais qui lui servaient de lit, et il n'était vêtu que de peaux de bêtes. Une [lauvre veuve qui demeurait i)rès de la chapelle lui préparait, en ce temps-là, sa nourriture, et il s'appliquait à exercer les œuvres de charité, particulièrement à visiter les malades.

Comme Dieu voulut glorifier son saint, continuant à faire des miracles par lui, et lui donnant le pouvoir de ressusciter un enfant qui avait été étouiïé dans le lit de sa

(134)06116 vie est extraite d'un ancien livre lallu trouvé dans une église et paroisse, écrit en lettres goiliiques fort turieusemeni , où tout l'office du saint est propre cl avec notes de plain-clianl.

mère, il voulut se retirer pour fuir l'Iioniieurtiu'on lui rendait, et l'ange du Seigneur lui révéla i\\ie l'ordre do Dieu était qu'il se retiiiU en Normandie, oîi il trouverait un homme d'une émineiite [lerfection nomme Marcou (Marculphus) qui lui aiderait à aller de plus en plus dans les voies du pur amour de Dieu seul. — Le démon, prévoyant la gloire qui en arriverait à notre saint, tâche de s'y opposer ; il paraît même en forme visible pour é|>ouvanler le saint ; mais le saint le chasse. Il Ijénit une fontaine que l'on nomme encore la fontaine de Saint- Hélier, où les malades vont de toutes parts pour recouvrer leur santé. 11 s'en va dans l'île de Jersey. 11 demeura dans cette île dans le creux d'une roche. Saint Marcou le vint voir dans celle solitude, où les pirates arrivant et les saints ayant eu recours à la [)iière, l'île en fut délivrée.

Il ne mangeait plus qu'une fois par semaine dans cette île, oii il demeura dans une grande solitude. Saint Marcou et le bienheureux llormardus l'ayant quitté, et après y avoir demeuré ((iiinze ans , Notre-Seigneur lui parut, l'avertissant que, dans peu de jours, il soutfrirait le martyre ; ce- qui arriva par les Vandales, qui, ayant abor-dé dans cette île, le tuèrent cruellement et lui couiièrent la tète, qu'il prit entre ses mains et la porta quelque espace de chemin. Le rocher où il s'était retiré demeura teint de son sang, dont il est resté des marques. Le bienheureux Rorraard étant relourné dans l'île, enleva son saint corps, et Dieu honora le lieu où il fut transporté d'un grand nombre de miracles; on croit que ce qui adonné lieu à la mémoire que l'on en l'ail, le IC de juillet, est que son saint corps fut posé ce .jour là dans le lieu où il fut transporté ( 15V).

liymnes et antiennes ; il a été traduit en langue vulgaire par ie recteur lie Saint-U'élier à Uinnes, <t rendu à la paroisse deSai.ii-liélier-du-.Maine, le 2» mars 1099.

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