‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 412 sur 436 · A DES CO.NGBÉGANISTES DE LA SAINTE VIERGK · texte numérisé non relu

A DES CO.NGBÉGANISTES DE LA SAINTE VIERGK

Mes chers Frères,

Un certain magistrat de Flandre, ajtrès avoir généreusement surmonté je ne sais quels sentiments fort éloignés de la haute estime que tout Chrétien doit avoir des familles de la glorieuse Mère de Dieu, se sentit si puissamment pousséde se faire recevoir au nombre des congréganistes de la tiôs-sainte Vierge, que, mettant bas la sotte prudence du siècle qui ledétournaitd'un si grand bien, il lit tant, qu'il fui admis en la filiation de la grande Reine de l'empyrée. Mais ce fut avec des sentiments si doux et si tendres, que les larmes lui coulaient des yeux, surtout récitant cette belle oraison que vous venez de réciter. Ceux mêmes qui y étaient présents ne purent s'empêcher de pleurer à la vue de ce dévot spectacle; mais ce qui est bien à remarquer, c'est que les anges furent de la fête ; car la nuit suivante, ils le visitèrent, le congratulant de son bonheur, el lui disant : « Chère âme, le bien vous soit de ce que vous avez été assez heureux pour vous ranger au service tout particulier de la Mère Vierge en l'une, de ces congrégations. » Je me réjouis, mes chers frères, de ce que, abondant en la joie salutaire du Seigneur, et même y surabondant, [lour parler avec le grand Apôtre, pour la réception que nous faisons aujourd'hui de vous, je me rencontre heureusement dans les mêmes sentiments de ces esprits angéli(]ues dont je viens de vous parler, la charité de Dieu qui nous presse n'exprimant de mon cœur mis sous le pressoir par le

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EXIiORTATIO?) A DLS CONGREr.AMSTr.S DE I.A SAINTE V:RlUir.

inôine amour divin aulre (liose(Hie ccssenliineiits. \h 1 jiion vous soil, mes chères âa)es,de co qiiiî vos noms sonl tous éiTils dans le livre «le la Mère de vie. Bicniicuieux ceux qui partagenl avec vous ce niêmr- bonlieur, et qui parlicipent à la môme fèliriié : Heati quunDn noininu ,<(•) //Ua sunt in libro humilitatis, disait un ancien l'ère ; et moi je dis avec autant de hardiesse (|iic de vérité: Beutiores quorum nomina scfipCa sunt in libro hoc. Plus heureux encore ceux qui sont écrits dans ce livre-ci, livre de miséricorde et n(jn point de justice, où ij h y a que les seules âmes ciue Dieu couronne do ses bontés. Encore une fuis, cl un non)lire sans nomhre de fois, bien vous soit, bien vous soit, très-chères âmes. C'est de prime abord ce que je puis exprimer de mon cxnir; peut-être parce que recevant ici les mêmes ordres que reçurent ces aimables intelligences, au commencement de ce siècle, je ne puis vous dire que la môme chose que ces célestes députés de la part de la trèssainte Mère de Dieu, à ce magislraf, congré- ^aniste nouvellement reçu en celle congrégation. 11 faut que je sois dans leurs mômes senliments, l'amourayant cela de propre qu'il tend toujours à l'union, non pas seulement de la volonté, mais encore, en quelque façon, de l'entendement : l'expéïience nous faisant voir que quand nous aimons passionnément quelqu'un, souvent aous quittons nos pensées pour embrasser les siennes, tant il est vrai que l'amour nous fait sortir hors de nous-mêmes, pour ne vivre que dans robjét aimé. Peut-être donc que voilh le sujet qui me fait, avant toute autre chose, vous congratuler de votre grâce, puisque si jamais mon cœur soupire d'affection, c'est vraiment pour ces saintes intelligences, esprits si aimants, si aimables, et toutefois si peu aimés, dont l'être n'a été, ce semble, créé que pour l'amour

Il est vrai que la

considération de l'action que vous faites réjouit mon cœur et lua chair au Dieu vivant; vous prenez pour votre maîtresse celle à qui l'Etre suprême. Etre qui est tout à fait indépendant, qui est le créateur de toutes choses, a bien voulu être sujet; vous choisissez pour patronne celle qui , ayant été faite la tonte première des créatures en l'ententlement divin, a servi à Dieu le créateur, comme d'un modèle pour créer tous les êtres.

Dieu donnait aux étoiles les brillantes clartés qu'il voyait en sa beauté, au soleil un rayon de ses ardeurs, à la terre une image de sa virginale fécondité : Cum eo eram cuncin componens , « j'étais avec Dieu Iravaillant à la création de l'univers. » (Prov. viii, 30.) Vous voulez, entin, avoir pour avocate l'impératrice du paradis, reine de toute miséricorde, qui, ayant tout pouvoir et étant pleine d'une bonté qui ne peut soutl'rir de comparaison, je vous laisse h juger quel espoir V0U.S pouvez avoir de toutes vos affaires, et jugez si elles réussiront étant en si bonnes wiains. Il est vrai qu'il se rcnconla-c quel-

quefois des personnes bien puissantes qui pourraient beaucouf) vous servir si elles lo voulaient; mais que sert leur (louvoir si elles n'ont point de bonne volonté pour vous, et que servirait la bonne volonté d'autres |)ersonnes (jui vous seraitiil amies si le pouvoir leur manquait? ("irAc(! au ciel, rien do ceci ne se voit dans la Irès-sainte Mèro de Dion. Qui ne sait son |)Ouvoir? Les démons mêmes, devant qui l'ciiter n'est qu'un feu do paille, l'expérimentent bien tous les jours à leur confusion, témoin celui-là (]ui, se plaignant au Fils lie Dieu de ce qu'une Ame (lui n'avait pas été tidèle aux divins commandements était sauvée par les puissantes intercessions de la Mère de toute bonté, eut pour réponse ces belles paroles : An ncscis quia Mater mea omniu potest in rcgno meo, et omnia quœcunque voluit fccit? « Malheureux 1 ne sais-tu pas bien que ma Mère est toutepuissante dans mon royaume, et qu'elle a fait ce qu'elle a voulu? n Personne ne peut résister à son |)ouvoir. Pour sa bonté; eli ! qui peut la révoquer en doute? Pour moi, (lit le dévot Th. A Kempis, je crois qu'il est impossible que celle qui a engendré la miséricorde ne soit pleine de toute bonté; olls n'a des entrailles que de la charité même ; elle a son cœur si tendre que si de tous les cœurs des mères on en avait bûii un seul, il ne serait pas plus tendre iiue le sien, qui est la douceur et la tendresse même. C'est la voix commune de. tous les peuples que Mario est si bonne, mais si bonne, que jamais il n'a été dit ni oui aucun avoir été délaissé qui se soit mis sous sa sainte protection. i( O'it- •voire miséricorde se (aise, ô bienheureuse A'ierge, » dit le grand saint Bernard, « s'il y a quelqu'un qui n'ait ressenti les effets de votre faveur, quand il l'a requise eu ses nécessités. Allons parcourir ce grand monde, et demandons partout si jamais il s'est rencontré quelqu'un qui ail été abandonné ayant mis sa confiance en cette reine de toutes les douceurs du paradis.Si cela est, qu'on marque avec assurance sur le tombeau de ces pauvres malheureux que Marie, oubliant ses miséricordes, a délaissé celui qui avait mis en elle tontes ses plus chères espérances. Je dis, si cela est : car je sais bien que cela est impossible, qu'il y a de la contradiction dans celle proposition. »

Kcûulons aussi un saint et docte persoiinage : Condcmnatos in curia juslilice gratin nos tua suscipiat, oro, soror nostra. Si judex est, mater grattai est advocata nostra; plane non poterit nos despicere, quia soror nostra defendet jura curiei sui. ^e perdons point courage, si nous sommes condamnés dans la cour de justice du Dieu vivant, il y a appel à la cour de sa grâce, où celle qui porte pour titre : Mère de grâce, est bien aise de se qualifier notre sœur. Vraiment, il n'y a point d'appaience qu'une si chère sœur nous méprise. Sans doute, elle défendra les droits do sa cour; elle dira sans doute, plus charitablement aue la femme de ce grand patriarche de l'Ancien Testament, qu'elle est notre sœur, afin que bien nous soit pour l'amour d'eP'",

OELVRES COMPLET KS DE BOl'DON.

el que nuire dîne vive en sa faveur : Impone, Vetis, silcnliiint sapicniicv accusann; silence de la I art du Dieu lout-|>uissanl, sagesse qui faites voir el arousez nos désordres, retirezvous, justice rigoureuse, puissance qui devez exécuter la sentence Je cette justice vengeresse, retirez-vous, on ne donne ici audience qu'à la miséricorde. Ici, de tous côtés, on n'entend que ces mots favorables : .< Grâce, î^râce pour les criminels. » Bref, c'est le sentiment de tous les Pères, dont l'éloquence ue triomphe jamais |ilus avantageusement que quand ils font traiter de ce sujet; c'est une vérité dont ils tombent tous d'accord que la sainte Vierge est admirable en son pouvoir et en ses miséricordes : mais faisons ici un peu de réflexion. Les mêmes Pères qui assurent que la sainte Vierge étant la trésorière générale de toutes les grâces de Dieu, il n'y a personne qui ne soit redevable à ses bontés ; saint Bernardin de Sienne qui soutient qu'aucune grâce ne vient du ciel qu'elle nu passe par les mains de Marie; saint lldephonse qui veut que tous les prédestinés doivent leur béatitude à la luenlieureuse Vierge; saint Jean Damascèno (jui la compare à l'arche de Noé, mais avec cette dilTéreiice qu'il n'y eut que huit âmes de sauvées par l'arche de Noé, tandis que, par cette arche du Très-Haut, toutes les âmes possèdent la bienheureuse éternité; tous ces Pères, dis-je, concourent dans un même sentiment, qui est que la très-sainte Mère de Dieu regarde d'un œil bien plus favorable ceux qui sont particulièrement sous sa protection ; qu'elle verse sur ces âmes d'élite de tien plus douces influences; qu'elle leur départit des grâces bien plus abondantes, et les favorise de ces mômes privilèges qui ne se donnent pas à toute sorte de nation; car peut-être celle Mère de la sagesse incréée donnera le pain des enfants aux étrangers. Non, non, il n'y a que les domestiques de cette épouse sainte qui aient les clefs de ses celliers remplis d'un vin mystique si excellent aue le cerf lassé ne désire point avec tant d ardeur les foniaines pour se rafriùchir, comme les plus saintes âmes souhaitent ce vin admirable que nous pouvons dire rejaillir jusqu'à la vie éternelle. (Joan. iv, li.) Celle bonne mère est plus prudente; non, celte femme forte de l'Ecriture ne souffrira jamais ses serviteurs dans la disette. Si sa charité la porte à donner des habits à tout le monde, ses domesli(ines seront revêtus il'une double robe; on recueillera le reste du festin, qui sera donné libéralement è ceux du dehors, uiais pour ses enfants, cette mère, qui est la bonté même, les fait asseoir à sa table, et les favorise des mets les plus délicieux. Vous voyez bien, mes chers frères, que je veux vous faire connaître que bienheureux sont ceux qui demeurent en la maison d'une si l)onne maîtresse, qu'une journée passée dans la maison de la Mère do Dieu vaut mieux que dix raille dans celle des pécheurs (Psnl. Lxvxiti, 11) ; que ses tabernacles sont aimables; qu'il est délii:ieux de loger sous ses tentes et pavillons {Num.

\\i\, 5) ; car cette auguste Reine, ne se contentant pas de traiter comme des serviteurs ceux (pii se retirent dans S(!S maisons, elle les considère, ce qui est une bonté prodigieuse, comme ses chers enfants, elle les baise d'un baiser de sa bouche, leur donne ses mamelles, meilleures mille fois que les calices des (.lus forts vins, ce qui méfait souvenir des paroles du Prophète : Inebriahuniur ab uberlate domus tuiv, et torrente voluplalis polabit eos. (Psal. xxw, 9.) Qui ne se sentirait animé du désir d'entrer dans une sainte ivresse, d'être saisi d'une si excellente joie, de goûter ces délices, et de recevoir de telles faveurs.

Homo, el homo nalus est in ea. {Psal. lxxxvi, 5.)Un hoiHme,etunhommeeslnédansMarie.

El le n'est pas seulement mère de Jésus-Christ, elle l'est de tous les Chrétiens, mais de quelques Chrétiens particulièrement, et, par suite, elle a soin de les élever en Dieu. Personne ne peut penser d'une mère si douce qu'elle soit une marâlre qui, après avoir mis au monde des enfants, ne s'en soucie point; elle les élève avec un soin non pareil et une sagesse inconcevable. Viaiment, disait un de ses plus ap|)liqués dévots en nourrissant Jésus, en allaitant cet aimable et cher enfant, elle a fait un bon apprentissage; elle a appris des secrets ruerveilleux pour la bonne éducation des âmes de ses cliers enfants, et c'est la raison qui me persuade que le bonheur de la congrégation est une faveur des jilus con-solidées qu'il se peut exprimer. Je sais bien que les congrégations sont des écoles de piété; je sais t;ien l'estime qu'on en doit faiie pour les instructions qui s'y font si souvent; je n'ignore pas les douceurs el les consolations que l'on y reçoit par les bons exenqûes qui n'y sont jias rares ; je ne doute point qu'on n'en doive faire une grande estime, soit [lour les personnes illustres, qui semblent bien aise d'être de la congrégation, les premiers princes qui vivent aujourd'hui, voire même l'empereur, y ayant été inscrits; soit pour les indulgences dont le chef de l'Eglise a fait largesse aux congréganistes; soit pour la participation des bonnes œuvres, que tant et tant de saintes personnes font tous les jours, qui sont de la congrégation. Cela, à la vérité, paraît être bien posé, el rehausse incomparablement l'estime que chacun de nous doit avoir de la congrégation, si ce n'est qu'au bout de tout, il faut que je vous avoue que le bien d.'être élevé par les mains et les soins de l'aimable et très-sainte Mère de Dieu me touche incomparablement davantage. Beaucoup d'autres que vous jouissent de toutes ces choses que je viens de vous dire, et tout cela prolile à quantité de personnes; mais la faveur d'être commis au soin de la Mère de Dieu, celle d'être et de porter la qualité de ses fils, c'est un bien dont la grandeur ne peut être comparée à aucun autre.

Quoi 1 être pendu aux mamelles de la trèssainte Mère de Dieu, être collé à son >ein sacré, être nouiri par celle qui a nourri la Sagesse éternelle, que cela mérite bien mi«ux d'être respecté par un sacré silence, que d'ê-

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KXIlOia'ATION A DtS CO.NGIŒGANISTES Dli LA SAINTK VIF.KGK.

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Ire Liriifaiié p.ir uiiu eNpliiuitiou piMi lonve-

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c'est, (lit-on, |iiJMrl;iiil \h ce iiui a produit CL'tte haute saiiildé de tant et tant do coii^çréi^auistes duiit la vertu a ravi d'adinirution et Icsaiigeset les liûmiiies. Delàest veiiui- lasaiuteté de l'haldiii, coiigré.J.aniste cl peiisionnairedaDS un desiolléi^es de la Couipagnie de Jésus, à Uouie, dont le corps, longtemps après sa mori, a été trouvé entier et sans aucunecorruplion. C'est ccltedévulioii i la Mère de Dieu i|ui acte la principale cause de la vie admirable d'Alexandre Buerlius, (jui consiimmalus in breii impleiil tempora vtulla {Sitp. IV, 13), car il est mort n'ayant jias môme atteint l'an quinzième de son dge ; étant toutefois parvenu à un dcs|ilusdiauls degrés de perfection qui se ()uisse avoir en eetti- vil', et ayant tellement gac;nô le cœur de Id Mt'ie de la belle dileclion { Eccli. xsiv, 2i), qu'elle lui tournait les feuilles de son livre pendant qu'il étudiait. Jean Berclimans a appris dans la coiiyréfialiou à mener une vie plus angélique (lu'liumaine. El, pour n'aller point chez les étrangers chercher ce que nous avons chez nous, les hienlieureus liorames Trançois de Sales et i'érainentissime cardinal de Bérule ont été élevés dans la congrégation de ce collège; cougrégalion mille fois iicureuse d'avoir eu pour enfants les pères des fondateurs des deux plus illustres familles de l'Eglise de Dieu, qui ont jiaru en notre siècle, commodes soleils qui ont |iorié la lumière à ceux qui clieudnaient dans les ombres de la mort ( Luc. i, 79] ; tellement puissants en la |)ar&le de Dieu, plus puissants qu'un glaive tranchant des deux jiarts, et arrivant jusqu'à la division de l'âme etderes()rit, des uioellcs el des ligatures (//fir. IV, 12), qpje le savant uudinal du Perron avait pour maxime que, si! fallait convaincre les hérétiques on |)ouvait bien les lui amener; mais, si vous voulez les convertir, disait ce déVot et éminent ]iersonnage, il faut les mener à Mgr de Genève, et, si vous voulez en faire des saiiils, menez-les à M. de Bérulle, grand saint entre les saints et un vrai miroir pour tout congréganiste qui aspire à la sainte [icrfection. Mais arrêtons-nous h ce que ncs yeux ont vu. Pour moi, jeyous dirai que, sans feuilleter nos annales, j'ai vu des grâces prodigieuses dans les congrégations que j'ai eu le bonheur de fréquenter. Souvent je me suis étonné delà bonté de noire Dieu pour les âmes qui s'aliandonneiit à la douce providence de sa trèssainleMère. J'ai vu des grâces Ires-graniles données, et en très-grande aLion l;ince, et avec beaucoup de libéralité, h ceux qui sont de la congrégation. Pour ce qui est de l'oraison, j'y ai vu de tidèles iadlateurs des Antoine, qui passent les nuits tout entières, se privant de sommeil pour la gloire de Dieu, et Dieu sait avec quelles douceurs! Pour la ruortilicalion, j'en ai connu qui, à l'exemple de sainte Catherine de Sienne et de saint François Xavier, après avoir inlioduit des [lauvrcs en leur maison et Icuravoir Idvé les pieds vilains, buvaient de reau bourbeuse avec laquelle ils avaient lavé les

pieds tout fangeux et vilains do cc-s |';uivres misérables, et il piMit être (ju'ils le taisaient par ospiit de mortification, mais je sais ([ue, depuis lors, cette eau leur a paru si aimalile, (jue-lenr cœur se fondait comme de la cire iiûur l'amour de cette eau. Bon Dieu, (lue votre amour est étrange ! J'ai vu des exemples admirables de chasteté, mais d'une des personnes tellement jnévenucs des bénédictions du Seigneur, tpi'elle en avait f:ut v(L'u liés l'âge de dix à onze ans. Surtout j'ai été consolé quand j'ai vu des époux devenir congréganisles, et se faire un saint déli il i|ui deviendrait le premier de la congrégation, et attendre h la porte, sachant (|u'il était écrit que , bienheureux celui qui veille aux [lortes de Marie, congréganisles, liien éloignés de la tiédeur de ces âmes lâches riui no paraissent jamais que sur le lai-d. J'ai vu ces bonnes âmes tellement amoureuses de la .Mère de la belle dileclion {b'ccli. XXIV, -2'»), que ne se contentant pas de traiter de ses louanges, et do déballre ensemble à qui lui donnerait plus d'épithètes d'honneur, pendant leur promenade et les jours de récréation, les soirées même après souper. Ils ne ijouvaient se lasser de | arlcr de leur chère Marie, bien avant dans la nuit, avant de jjrendre leur repos. Mais ils sortaient tout transportés de joie de leur logis, ne pouvant se lasser tle dire en eux-mêmes: «Eh bien! mon âme, cpiel bonheur pour vous, d'aller en la maison de la Mère de Dieu ! Bon Dieu, que ne sait-on! Mais c'est glande l'itié (pie to(it le monde ayant une grande estime de la dévotion à la sainte Vierge, peu pourlajit savénl l'estimer comme cette mère d'amour voudrait. Pour lors, saisis fortement del'Espr t de Dieu, ils allaient, absorbésdans la Divinité, en la cungrégation, et y étant seuls, dehors, ils donnaient la liberté à leurs soupirs précieux certes, en présence des anges et du Dieu dej anges, li me prendrait ici envie de pouvoir vous faire connaître les saints respects de ces bonnes âmes, en môme temps qu'ils entraient en la congrégation. Ils se sentaient saisis d'une sainte terreur qui les tenait dans un rigoureux silence; Diea leur faisant savoir combien c'ugustes et saintes sont les maisons de la .Mère de Dieu. Ils avaient bien de la peine à parler même dans une nécessité, et ils'ne ne' pouvaient assez admirer l'aveuglement étrange de quelques congréganisles qui ne fout difficulté de causer comme dans une balle ; à peinepouvaient-ils concevoir comme il fallait quelquefois recommandera ce qu'on sorlît dans l'ordre et sans trop d'empressement, eux (jui ne pouvaient pas faire un jias qu'ils ne lissent en môme temps un acte de resjiect. ilest vrai qu'à peine poiivaient-iiscroire àleursyeux; ils recevaient de tels sentiments de la bonté de notre Dieu, qu'ils sentaient qu'il fût quasi impossible, soit d'entrer dans la congrégation, soit dans les églises où réside le Dieu du ciel, quoique voilé, qu'en m^me temjis on perdit et connaissance de soi-même et de toutes les créatiHes, pour s'abimer au-dessous, et même fondre en sa

lit;:.

ŒIYIIES COMPLETES DE BOLDON

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j'i-ésenoe. Il faut que je vous confesse ingénunient (lue j'ai bien lie la peine à concevoir Terreur de quclijues personnes qui l'ont même iirofession de piété; elles seront modestes pendant la messe et les s.-iinis ollioes ; mais s"il faut attendre Un prédiiateur pour ouïr un sermon, ou bien se rencontrer eu l'éj^lisedans uneoccasion.vousdiriez qu'elles ont perdu la loi qui leur fait voir la présence dans l'Eucharistie de celui qui, sous le voile des espèces, cache son visage, qui est tout lumière, mais inaccessible aux yeux des mondains. Bon Dieu 1 et quel moyen de commettre la moindre petite irrévérence auprès de celui devant qui tremblent les puissances qui portent lumières, de celui devant qui les astres ne sont pas nets, qui a trouvé des défauts dans ses anges, qui ébranlera les gonds des deux, et que les espiils célestes appellent trois fois saint?

Je reviens à nos bons congréganisfes dont l'esprit était quelquefois bien occupé à considérer le bonheur de tous ceux qui travaillaient en quelque façon que ce fût, pour la congrégation surtout; ils estimaient bien fort le bonheur des sacristains qui voulaient agir en l'Esprit do Dieu. « Ah 1 disaient ces cirères îmes, si nous étions jamais dans cette charge, que ne ferions-nous pas ? » Tunlôt il

de votre part tout ce que vous pourrez pour elle. Vous venez de l'appeler sainte, eh bien! soyez saints et parfaits comme votre Mère céleste est sainte et jiarfaite. Et, comme les enfants d'Adam reçoivent, [lar leur naissance, les inclinations de leur père, comme ils héritent de son amour-propre, ainsi, en votre naissance spirituelle d'aujourd'hui, entrez |.ar participation dans la vie de votre bonne mère sjiiriluelle, et faites-vous quitte de votre ancienne vie.

Soyez saints en vous abstenant de toute sorte Je péchés; ayez toujours et sur toutes choses une grande horreur du péché mortel; prenez une sainte résolution de mourir plulùt un million de fois que de jamais vous rendre esclaves du démon et de l'enfer. Soyez chastes; que la moindre ombre de l'impureté vous fasse peur; que le jurement ne se rencontre jamais eu votre bouche. Fuyez la médisance, et prenez bien garde à ce péché. Ici, je pourrais vous montrer, si j'en avais le loisir, que c'est le péché le plus commun et le plus dangereux de tous les péchés, et pourtant le moins connu. Il va comme un déluge ravagesnt toute la terre; et ce qui est iiien pis, c'est que plusieurs flmes, au reste assez pieuses, s'y laissent emporter. C'est ce que l'expérience nous

leur venait en pensée apprend tous les jours; et voici ce que saint

tantôt leur amour leur fai- Jérôme en a écrit à la dame Celanlia (epist.

i8) : Pauci admodum sunt qui itbi vilio re-

nuntiant Tantaque hujus mali libido ho-

minum indoles invasit , ut etiain qui procul ab aliis vitiis 7'ecesserunl in istud tamen quasi in extremum diaboli laqueuin incidant. il n'y a |)resque personne qui soit exempt de ce malheureux vic^ Voici les mots de saint Thomas : Nullus, pauci tel milli sunt. Et ne pensez pas qu'il faille mentir pour commettre ce péché : il suffit de dire un péché qui ne soit pas connu. Ne prêtez non plus jamais l'oreille aux détracteurs. Enfin, soyez saints en vous exerçant dans toute sorte de bonnes œuvres. Ne vivez point comme font la plupart des hommes, sans se proposer aucune fin surnaturelle; et dites à Dieu, tous les matins, que dans toutes vos actions, dans tout votre travail, vous n'aurez point d'autre but que sa gloire. Ayez soin que tous vos domestiques servent bien Dieu ; jamais, au grand jamais, ne souffrez qu'ils offensent Dieu; tâchez même de prier Dieu tous ensemble le matin et le soir. Aimez l'humilité : c'est la vertu du christianisme, sans laquelle, fit-on des miracles, tout cela ne serait rien. Tâchez de vous défaire de l'esprit du monde, pour recevoir l'Esprit de Jésus-Christ, esprit tout opjjosé de sentiment à celui du siècle, esprit qui va déclarant bienheureux les pauvres d'esprit [Matlh. v, 3), et qui dit : Malheur à ceux qui en sont riches, car ils s'évanouissent dans leurs jilaisirs, et marchent dans des choses hautes et qui sont au-dessus d'eux-mêmes; esprit qui béatifie les pauvres des biens du monde, pendant qu'il dit aux riches : Malheur à vous, riches, parce que vous avez vos consololions en ce monde. Il.uc. vi, ik.) S<JiiveilCZ-

sait croire qu'elles baiseraient cent fois les marc/^spieds de l'autel, qu'elles seraient Iropncureusesdesecouerla |-oudre des pieds de ceux qui sont voués au service de Notre- Dame, voilà pour les ;exemples de piété. Je ■pourrais dire iicaucoup de grâces gratuites et choses miraculeuses qui vous étonneraient beaucoup, arrivées à des congréganisfes, qui sont encore vivauls ; mais en voilà assez pour vous montrer si la très-sainte Vierge sait bien estimer ceux qui se rangent sous sa conduilo; en voilà assez pour vous faire connaître l'estime que vous devez avoir de l'action que vous faites à présent, prenant la plus sainte des créatures pour chère maîtresse, pour fidèle patr.inne et avocate. Puisqu'elle est bonne et liuissantc pour tous les Chrétiens, mais spécialement envers ses dévols, mais très-spécialement envers ceux qui se mettent dans sa congrégation, prenant de ceux-ci un soin ndmiral)le pour tout ce qui les touche; que ne pouvez-vous en attendre?

Je vous ai rap|iorlé plusieurs exemples jiour les bienfaits spirituels; croyez, mes Irès-chers frères qu'elle ne s'arrête pas là : elle aide en bien des choses temporelles dif- «iles, de fnrliuie, des amis, des parents, des enfants, des familles de ceux qui sont en sa congrégation. Je laisse là (luantité d'exeml)lesque je pourrais rapporter j'our finir. 11 se peut faire que vous ne soyez bien ennuyés d'entendre un si chélil' discours et venant d'une créature la plus triste et la plus misérable qui ait été et qui sera jamais; voulez-vous, toutefois, me permettre de vous dire encore ce jjeu de mot : notre bonne Mèrca faii beaucoup pour vous, faites aussi

RELATION SLR S.VIXT HELIER.

UGti

vous aussi des poroles que vous venez de (lire, ijiie jninais vous ne quillerez l>i l)ienlu'uroiise Vierge, do peur (]no vous ne lom- Jiiez dnns les iiiiyiiies ni.-illieurs où sont tombés plusieurs cnnj;ré4i'Hiisl(!s (jui ont (|uill6 la conj^régolion. Il y a des exemples terril)les (|ui vous étonneraient, si je pouvais vous les dire. Alil lArlies serviteurs qui parlez en un conir. Et en un cœur, pensez-vous que l'auguste Marie tienne ses [iromesses, si vous ne gardez les vôtres? Mais laissons là res âmes pertides, qui portent avec elles le signe de leur réprohation. Pour vous, marquez bien ce jour, dans lequel vous avez été inscrits au nombre des enfants de Marie, et qui tient le second rang après celui de votre baptême; jours, fondements de votre salut, doux présages de la gloire bienheureuse, dont le souvenir vous consolera au jour de votre mort, par l'espérance de la vie immortelle. Qup celte journée soit comptée entre les journées que le Seigneur a faites. P'aitesen la mémoire tous les ans avec dévotion, et remerciez-en toujours la divine bonté; et ainsi nous pourrons dire que bénédiction sur bénédiction , et jusqu'au comble de toute bénédiction, sera donnée à vos chères âmes.

Anges du ciel, esprits plus aimables que lamour, si c'est la coutume que celui qui jiarle dans quelque assemblée adresse quelque chose aux grands de la terre, quand ils s'y rencontrent, mon esprit, pour grossier qu'il soit et peu uni, vous aime trop |)our vous laisser là sans .vous rien dire. Je renouvelle, devant toute cette assemblée, la résolution de vivre votre serviteur, votre vassal et esclave, ne voulant pas être un seul moment sans faire aucune action qui ne soit pour votre gloire. Je renouvelle le désir, qu'il y a longtemps que j'ai, de mourir à force de vous aimer. Je vous recoininande, avec la confiance ordinaire que vous savez

que j'ai en vos bontés, cette congrégation, et vous prie de faire mes excuses a Jésus et à Mario, de ce que, tout pécheur que je suis, j'ai osé raconter les justices du Seigneur, ayant les lèvres polluées; de ce que j'ai mis obstacle aux grAces que le ciel eût faites [lar le moyen de (pielque autre [)ersonne (]ui eût levé ses mains et ses yeux au ciel avec plus d'inrlocetii'o que je ne le fais. Si un des plus jllusires d'entre vous n'ose prendre le cliarbon, ligure de la parole de Dieu, qu'avec des pincettes, ne puis-je pas dire : Malheur pour ma témérité 1 Dites à Marie, la bien-aimée de mon cœur, cette incomparable a'mante, la reine, l'amie, la mère de nos âmes, la fiijèle, la sage, la sainte, la cordiale, l'obligeante, les délices, les chères et [irécieuses amours du genre huuiain, que nous voulons n'avoir (lins des cœurs que s'ils lui a|)partiennent jiar toutes sortes de titres et qualités qui se imissent concevoir; ijua nous voulons l'honorer en la même façon qu'ont fait tous ses plus chers et plus nobles amants. Dites, mais à votre façon tout angélique, au divin Jésus, l'objet de tous nos souhaits, que nou.s nous séjjarons de nous-mêmes, pour entrer dans son être et dans toutes ses dispositions, même inconnues; ()ue nous ne voulons plus être qu'un esprit avec lui, pour parler dignement à sa très-sainte Mère, par les paroles qu'il lui dit; pour remercier dignement le Père éternel des grAces (qu'elle a reçues par ses dignes louanges; pour aimer, autant que mérite d'être aimée, cette mère du bel amour, par les all'ections de son sacré cœur ; car entin, pour le repos de nos cœurs et pour la digne louange de Dieu, nous voulons devenir avec Jésus-Christ une même louange, un même amour, une même gratitude, une même Ame, une même oraison, qui perpétuera jusque dans l'éternité celle que nous faisons maintenant. Ainsi soit-il.

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