‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 43 sur 436 · I."1!0MME I)K DIEU · texte numérisé non relu

I."1!0MME I)K DIEU

l'ART. !l.

trinm''C en son Sauveur el son Dieu, parce qu'à l'égiinl (le ses alVections elle est (iliiseii Jésus qu'elle n'est eu ello-môiue ; elle ne vit et n'o|)ùre pas d'elle-niôuie, mais c.ouunc aniuiée de l'esprit de Jésus qui vi'. et qui opère en elle. Or, eette opération divine n'exclut pas l'opération de l'àiue, mais elle la perfectionne et la sanctifie -. elle dit quelque chose de plus que l'union, puisqu'elle ne sut>pose pas seulement l'Ame unie avec Jésus-Christ, mais comme toute absorbée et abîmée en Jésus-Christ. Les Pères spirituels expliquent cet état par la <'omi)araison d'une goutte d'eau tombée dans la mer, (pit Jne })erd pas son Atre naturel, mais qui étant absorbée dans l'immensité de ses eaux, devient une grande et (irofonde mer.

Le terme de la transformation est fort commun à tous ceux qui ont écrit du divin amour; l'.Vpôtre s'en sort même en sa //' Epilre aux Corinlhiens (m, 8, 18), où il dit : Nous autres qui contemplons la yloire du Seigneur , nous nous transfornions en la même imacie que lui, de lumière en lumière, comme par l'esprit de Dieu. Il dit que l'on se transforme de lumière en lumière; car c'est comme l'aurore à qui le divin E()Oux est com(iaré dans les Cantiques, dont la lumière à son lever se dilate peu à peu, jusqu'à ce qu'elle arrive à la parfaite clarté du plein midi ; ainsi l'âme qui aime d'un ardent amour, se trouvant pénétrée |iar une lumière admirable de la grandeur de Dieu, cet être intini se découvre à elie de plus en plus, elle va à lui par un amour qui la ravit de clarté en clarté ; et enfin toute liquéfiée dans l'ardeur de ses lumières célestes et divines, elle sort heureusement d'elle-même, s'oubliant de toutes les choses créées, pour ne plus penser et ne respirer qu'aftrès le Dieu lie son amour, dans qui elle se perd glorieusement.

Les Pères grecs nous expliquent le verset de l'Apôtre que nous venons de citer en cette manière : Pour nous, en qui le visage découvert du Seigneur imprime sa gloire comme dans un miroir, nous sommes transformés en son image, noire gloire venant de la sienne comme de l'esprit du Seigneur; car ainsi qu'un miroir exposé à la lumière la reçoit parfaitement, de même la gloire de Jé,>us- Christ se répand et s'imprime comiue dans un miroir, en l'âme qui est purifiée dans le feu et les tlammes de son pur amour. Ainsi l'âme étant resplendissante de la gloire du Seigneur, de cette réflexion il arrive qu'elle est transformée en son image, qu'elle perd son obscurité, et prend la forme de sa splendeur. Sainte Thérèse se vit un jour comme un miroir très-clair en qui elle découvrait Noire-Seigneur dans une clarté admirable qui venait de sa divinité, et la remplissait toute : elle ne voyait donc plus en elle que Jésus-Christ en qui elle était saintement transformée; aussi elle disait ordinairement : Je ne sais plus ce que je suis devenue. Notre- Seigneur lui lit voir pour lors comme les péchés, et môme les plus petits, obscurcissaient la clarté admirable (jue Dieu répand

en l'âme ; jamais celle sainte n'en avait commis de griets, et cependant, quand elle pensait dans cette vue à ses légères olfiMises, elle s'écriait : Je demeure si honteuse, que je ne saurais où me mettre. Obi qui iiourrait faire entendre ceci à ceux qui s'engagent si facilement dans les péchés? Mon Dieu, dans qiud aveuglement ai-je été I j'en suis saisie do frayeurs lorsque j'y pense, et ne vous en étonnez pas, mais [iliitôt de ce que jo poux vivre, y faisant réflexion.

Or, si les clartés lumineuses et ardentes de la gloire de Dieu manifestée par la foi, acconi|iagnée du don il*entendement et de sagesse du Saint-Esprit, brûlent si délicieusement les âmes pures, cl les transforment en l'image de Jésiis-l>lirist, jusqu'à quel degré de cette amoureuse transformation jiensons-nous que le P. Seurin soit arrivé, lui qui dès sa jeunesse avait connu celte gloire du Seigneur jiar une lumière spéciale et extraordinaire dans une vue si parfaite, qu'il en était tombé dans une sainte défaillance? Plusieurs fois Dieu lui a donné à connaître ses perfections divines, et la s|ilendeur infinie qui accompagnait cette vue lui ravissait l'esprit et le cœur, et le consumait saintement dans les pures flammes du divin amour; il se sentait pressé de dire de tem[)s en temps : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » Il lui semblait que cet adorable Sauveur s'était saisi de son âme et de son corps comme de choses par lesquelles et dans lesquelles il agissait; et de vrai, il y opérait de grandes choses : mais Ja moindre réflexion qu'il y faisait, la nature pouvant alors y mettre quelque mélange, donnait de l'interruption à cette o)iération sainte; il suffisait qu'insensiblement il eût la volonté de l'aire faire quoi que ce soit par son propre mouvement, pour donner lieu à l'esprit de Jésus-Christ de se cacher. 0 mon Dieu, combien grande est la pureté de votre grâce I comliien votre esprit est-il pur et saint ! Je ne suis pas surpris si les cieux et les esprits les (iliis purs ne sont pas nets en votre présence, si nos justices à vos yeux ne sont souvent que des ordures; mais enfin il est vrai que Jésus vivant et o|iérant dans une âme, il faut que ses actions soient bien saintes et divines, puisqu'elles viennent d'un tel principe. Ahl si le Chrétien savait ce qu'il fait quand il fait non-seulement une action criminelle, mais purement naturelle, il ne pourrait jamais en prendre la résolution. J'ai enicnau dire au digne auteur du Chrétien intérieur, (ju'il lui aurait été plus supportable de voir une désolation générale dans tout ce qui le regardait, que d'agir purement par la nature quand ce ne serait que pour un instant ; car c'est tomber, disait ce grand homme de Dieu, de l'infini dans le uni ; c'est se tirer de ro|iération d'un Dieu, pour se réduire à l'opération de l'homme; c'est empêcher qu'un D'eu n'agisse, pour donner lieu à l'action de la créature.

La fidélité du P. Seurin aux mouvements de re&{>rit de Jésus-Christ, et sa parfaite

ils

ŒUVRES r.O.Mn,ETI-.S DE BOLDUN.

mort à tout l'ôire créé, soumettait pailaiteluent à reiupire de te souverain tout son être et toutes ses opérations. Et comme sainte Thérèse disait qu'il lui semblait qu'elle ne vivait pas, qu'elle ne parlait [las, qu'elle n'avait aucune volonté, mais qu'il y avait en elle quelqu'un qui la gouvernait et la faisait agir; ce qui fut autorisé par la vérité même, lorsque Notre-Seigneur, paraissant à celte grande sainte, lui dit, parlant de cet état où elle se trouvait : Mafdie, l'âme qui se quitte toute pour se mettre davantage en moi, ce n'est plus elle qui vit, mais moi en elle; lie même le Père sentait en soi notre adorable Sauveur qui , pour jiarler avec l'Apôtre, lui était tout en toutes choses.

Dieu voulut même rendre un témoignage miraculeux de cette vérité , faisant |)araître extérieurement la ligure de Jésus-Christ en la personne du P. Seurin , au lieu de sa jTOpre figure , pour marquer qu'il le possédait entièrement, et q\i'il était tout en lui. Ce miracle ne paraîtra pas incroyable à ceux qui savent l'histoire des saints, la même chose leur étant arrivée plusieurs fois. Sainte Catherine de Sienne, entretenant un jour son confesseur des eUels de l'union que nous avons avec Notre-Seigneur Jésus- Clirist, comme membres d'un corps à notre chef, comme sa vie devient notre vie, et son esprit l'esprit de notre esprit; ce bon confesseur n'entendant pas encore assez ces vérité, la sainte eut recours à son Epoux, k jiriant de lui en donner l'intelligence; et dans ce moment le visage de sainte Catherine fut transfiguré en celui de Jésus-Ch'ist, qui parut au confesseur, comme celui d'un homme d'environ trente ans et d'une beauté incomparable, pour apprendre que c'était Jésus qui parlait en elle, et dans la vie duquel elle était transformée avec plus de vérité que sa face n'était transfigurée en son image. Sainte Thérèse a assuré qu'elle a vu Irès-clairement Notre -Seigneur imprimer son idée dans elle. Le P, Saint-Jure, de la Compagnie de Jésus, rai)|iorte, dans la vie de M. de Uenty, qu'une personne de grande ]iiété et de qualité lui parlant un jour, elle s'aperçut tout d'un coup ([u'elle ne voyait j>lus M. de Renty, mais en lui Notre-Seigneur Jésus-Christ tout éclatant de lumière, Dieu voulant rendre témoignage par ces merveilles, qu'il est tout en toutes choses dans ses saints.

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