‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 44 sur 436 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De sa vie cachée avec Jésus-Christ en Lieu.

Si le grand Aiiôtre, par le mouvement du Saint-Esprit, ne nous avait dit que Dieu s'est anéanti lui-même {Philip, xi, "ij, qui eilt jamais osé le penser? O combien de vérilés la religion chrétienne nous apprend-elle, qui sont infiniment surprenantes! O grandeur infinie! est-il possible (jue l'on puisse «lire que vous vous êtes anéantie? Ce|')endanl, ô hommes, c'est un des grands principes de notre religion, et une vérité indubitable,

comme l'écrit sainl Paul aux Philippiens. (pie celui qui possédant la forme (re Dieu ou l'être divin, et qui n'a point cru fiire un larcin en se disant égal ù Dieu, s'est anéanti lui-même en prenant la forme ou l'élre d'esclave, en se rendant semblable aux hommes, et en se faisant tel que les hommes. [Ibid , 6-8.) Il s'est anéanti lui-même , supprimant toute sa grandeur divine, se faisant aussi petit dans l'enfance que s'il n'eût pas été intlni, aussi faible que s'il n'eût [)as été tout-[uiissant, aussi pauvre que s'il n'eût pas été maître de toutes les richesses. Ce n'est pas qu'il ait rien perdu pour cela de ce qu'il était, et qu'il ait aboli rien de ses grandeurs et de ses perfections divines, ni qu'il ait été changé, quoiqu'il se soit abaissé; mais il s'est caché, il a voilé ses excellences infinies.

Encore s'il n'avait caché que quelque-unes de ses perfections; mais il lésa toutes tellement voilées, et spécialement colles qui lui sont plus propres, qu'il ne paraissait que couime les auties hommes; c'est ce que l'Apôtre a[)pelle anéantissement. La toutejiuissance est le propre de Dieu, et il n'y a que lui seul qui soit tout-puissant, et cejiendant le voilà dans les faiblesses d'un enfant en sa naissance ; il ne parle point, on l'emmaillotte, il ne marche pas, il fuit devant un homme, il soulîre un exil dans une terre étrangère, il gagne sa vie comme un pauvre artisan, on le lie, on le garrotte, on le mène au gibet. 0 mon Dieu! ô mon Souverain 1 où est cette toute-puissance à qui obéissent même les vents, les tempêtes et toute la nature? L'immensité est le propre de Dieu, et il n'y a que lui seul d'immense, et le voilà renfermé dans les entrailles d'une vierge. L'infini est le propre de Dieu, et il n'y a que lui seul qui le soit ; cependant il ])araît en sa naissance comme un petit enfant, non par la seule apparence, mais dans toute la vérité,

O mon Souverain, c'est bien ici qu'il faut crier : Vraiment vous êtes le Dieu caché I Mais il ne vous suffit pas d'avoir porté de tels anéantissement durant votre vie voyagère; l'amour que vous avez pour la vie tachée vous en fait [irendre de nouveaux que vous continuerez jusqu'à la consommation des siècles ; c'est, mon Dieu, dans le sacrement de l'excès de voire saint amour, dans la divine Eucliaristie. Encore dans la crèche on vous y voyait comme un enfant, encore sur la croix vous y paraissiez comme un homme; mais dans le sacrement admirable on ne vous y voit jioint du tout. Encore dans l'incarnation votre majesté divine y était voilée sous la forme et sous l'être d'un homme; mais ici ce n'est pas la nature humaine, ce n'est pas même la dernière des substances, ce ne sont que tie purs accidents qui couvrent vos grandeurs. Encore durant votre vie voyagère vous n'étiez caché sous la forme de l'houmie que dans la Judée et dans la Galilée, maintenant vous l'êtes par toute la terre en autant d'endroits qu'il y a d'autels où on vous immole. Encore durant votre

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