‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 49 sur 436 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Be riiomine de Lieu.

Le premier état de l'homme de Dieu est un esprit de mort (jui le sépare de tout l'être créé, et qui, en le détachant de toutes choses, l'unit saintement à Jésus-Christ pour le faire vivre de sa vie divine ; et c'est le second état de l'homme de Dieu. Nous avons jiarlé de ces deux états dans les première et deuxième parties de ce petit ouvrage : nous nous laissons à l'esprit de notre aimable Sauveur pour parler du troisième, où l'homme de Dieu soutient le glorieux combat de la foi (comme nous l'apprend rAj)ôtre de saint ïimolhée à qui il donne cette qualité d'homme de Dieu |/ Tim. vi, 11]), ainsi que nous l'avons ren;arqué dès le commencement. Or, ce combat n'est pas seulement contre la chair et le sang, mais encore (comme dit le même Apôtre aux Epliésieus, vi.

8, 12) contre les principautés et les puissances, contre les princes de ce inonde et de ces ténèbres, et contre les esprits corrompus qui sont dans l'air : el l'Apôtre veut que l'on s'occupe au combat comme les athlètes dans les exercices, en s'abstenant, en s'etforçanl, en soutenant les coups comme eux. (7 Cor. IX, 25.)

Nous avons vu le P. Seurin comme un brave athlète, ainsi que le demande la qualité d'homme de Dieu, s'abstenir de toutes choses par un esprit parfait de mort ; nous l'avons vu dans l'état d'un athlète, qui est celui d'un homme fort et généreux, dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Nous Talions considérer, avec le secours divin, dans l'exercice actuel, soutenant un bon combat ; c'est-à-dire un combat (J'une part, grand et difficile et d'autre part honorable, glorieux ef illustre.

OEUVllES COMPLETES DE BOIDON.

Mais comme c'est l'flmour qu'il a eu pour Nolrc-Scigneur Jésus-Chrisl qui lui a donné les excellentes qualités des plus braves athlètes, c'est le môme amour qui le fera entrer dans rexercice actuel du combat ; et j)arce (lu'il aura une grande, dangereuse et didirile guerre à soutenir, il sei-a nécessaire i]ue ce: amour soit bien ardenl, et qu'il arrive jusqu'au zèle qui, qu'en (l'onne chose qu'un

selon la déliniliun l'angèlique docteur, n'est autre amour grand et fort, qui ne j>eut so'ull'rir de rival, qui dans l'amour divin tend unupiciuent à Dieu seul, sans io mélange de l'amour de la créature ; c'est pourquoi l'Ecriture nous rapporte de saint Klie, il qui elle donne l'iusicurs fois la qualité ii'homme de Dieu, (ju'il ne pouvait souffrir que les enfants d'iNraèl quittassent Dieu jiarce qu'il était tout plein d'un zèle extraordinaire, et i]ui le porta à faire mourir quatre cent cinquante faux prophètes de Baal. C'est le zèle divin qui faisait dire à David { Psal. r.xviii, 139 ) ; qu'il séchait de regret, non pas de ce qu'on le mahraitait ou qu'il souffrait de grandes calamités, mais de ce qu'on oubliait Dieu. Enfin, s'écrie saint Augustin, « celui qui n'a point de zèle n'a point d'amour, » C'est ce qu-i faisait dire au P. Lainez, un des (iremiers compagnons de saint Ignace, et le second général de la Compagnie de Jésus, qui a passé pour un des plus savants hommes de son siècle, qui, dans le concile de Trente lit un si docte discours en faveur de l'iminaculée ConceiUion de la très-pure mère de Dieu, qu'il fut en partie cause que les Pères déclarèrent dans le décret du pérhé originel, qu'ils n'entendaient pas y mettre la sainte Vierge; c'est, dis-je, ce qui faisait dire à ce grand homme qu'il estimaitque plusieurs Chrét-ens étaient damnés parce qu'ils n'avaient pas de zèle pour Dieu.

Comme le P. Seurin a marché dans les voies de l'amour les jjIus héioïques, il a excellé d'une manière admiiable dans toutes les qualités du zèle le plus saint. Ainsi, si Je zèle est comparé au feu, jiarco que le feu est le plus actif de tous les éléments; de même nous i^ouvons dire qu'il n'y a rien eu de plus agissant que le zèle de ce serviteur de ce Dieu et de son immaculée Mère, qui a été merveilleux; n'ayant rien omis de ce (lu'il a pu faire pour la gloire de son Dieu. Mais que n'a-t-il pas fait? Certes, si Elie, que l'Ecriture suinte appelle l'homme de ï)ieu, a paru comme un feu selon le témoignage de la même divine |iarole, à cause de son grand zèle, on peut bien regarder le P. Seurin comme une lumière ardente dans l'Eglise, ayani été rempli d'un zèle tout de feu pour tout ce qui regardait les iniérêls de son Maître, si le zèle comme un feu ne )ieut élre caché. Le Père dans toutes sortes d'occasions a bien fait voir que celui qui le brûlait était bien grand, par tant de marfiues qu'il en a données. On rapporte diilils de Crésus, ijue se trouvant proche de son lière dans une bataille, et voyant qu'un S(ddal était piès de lui donner un coup mortel.

quoiqu'il fût muet de naissance, l'amour filial fit de si grands elforts, qu'il s'écria tout à coup : « Prenez garde, c'est le roi, ne le frappez pas. » l'.n vérité, le Père s'est trouvé dans de certaiiies impuissances (jui peuvent égaler et surpasser même en quelque manière celle du tils de Crésus ; mais elles ont été surmontées jiar l'ardeur de son zèle, qui a éclaté à travers toutes les difTicultés que non-seulement la terre lui a (lU faire, mais que l'enfei- lui a jtu susciter.

Nous ne pouvons le regarder que dans l'union avec Jésus, parce que hors de Jésus il ne serait plus rien, et parce que nous ne voulons regarder que Jésus en lui et en toutes choses. Adorable Jésus, hé 1 quand sera-ce que nous ne verrons ])lus que vous seul dans tout ce que nous verrons? Quand sera-ce que nous n'aimerons plus que vous seul dans tout ce que nous aimerons? Ah ! vous seul, vous seul, à la vie, à la mort, après la mort. C'est une protestation inviolable que nous vous faisons de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de toutes nos forces. Voyons donc le P, Seurin toujours en Jésus, et "dans son union. Nous verrons iju'il dira avec son aimable Maître : Le zèle de voire maison m'a dévoré, et les opprobres qui vous ont oulra(/é sont tombés sur moi. ( Psal. lxvhi, 10, ) Nous allons en voir des preuves, avec le divin secours, qui ne nous laisserons pas lieu d'en douter,

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