‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 5 sur 436 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l'homme de Dieu.

La divine parole nous f)arle de l'homme en plusieurs manières. Elle le considère quelquefois comme l'homme pécheur , et elle en parle comme do l'homme de péché. (II Thess. II, 3.) C'est le déplorable état où il s'est réduit i)ar sa propre faute, se détournant de Dieu et adhérant à la créature. Elle en parle quelquefois l'appelant Yhomme animal (I Cor. w, ik), c'est-à-dire l'homme dominé par ses sens : malheureuse condition où il s'engage, se laissant aller aux inclinations de sa partie inférieure et sensitive. Quelquefois elle en parle comme de Yhomme raisonnable (7 Cor. m, 18) : c'est l'être qu'il a rci,'u avec tant de bonté de son Créateur. Mais d'autres fois elle le regarde dans l'état de la grâce de Jésus-Christ ; et dans cet état elle le \oit, ou dans l'enfance spirituelle , comme étaient ces tîdèles à qui le grand Ajiôtre adresse ces jiaroles en VEpitre aux Hébreux (v, 12) : Au lieu que depuis le temps que vcus ave: la foi tous devriez être mailres, il faut encore que l'on vous enseigne les premières leçons de la parole de Dieu, et vous avez plutôt besoin de lait que d'une viande solide ; c'asl [lourquoi le même Apôtre les appelle ensuite des enfants. Ou elle le voit dans le progrès de la vie intérieure, dans les voies du divin amour où il est justifié, mais où il ne vit pas jiarfaitemenl du seul esprit de Dieu. Ou enlin elle le voit dans la i)nrfection chrétienne, comme l'Apôtre le considère dans VEpitre

aux Colossiens (i, 28), où il l'appelle l'homme parfait en Jésus-Christ , c'est-àdire comme on le peut être dans la condition de la vie présente. Or, cet homme parfait est appelé par l'Apôtre du Fils de Dieu écrivant à Timothée , l'homme de Dieu.

[I Tim. VI, 11.)

Cet homme de Dieu est animé , mû et gouverné par l'esprit de Jésus-Christ. Dieu seul le remplit et fait son heureuse plénitude. Il fait toutes choses en lui ; il ne compte plus que des jours de grâces ; des jours que le Seigneur fait, des jours pleins, jiour parler avec le Psalmiste [Psal. lxxii, 10), se trouvent en lui. Dans cet état, dit saint Augustin, le ciel est ouvert, et la bienheureuse éternité commence. Mais cet homme de Dieu ne se fait pas sans peine, à raison de la corruption de la nature : c'est pourquoi tout homme de Dieu est homme de mortification. C'est aussi la première chose que l'Apôtre demande à Timothée, qu'il nomme homme de Dieu. Mais vous, 6 homme de Dieu, lui dit-il, éloignez-vous de ces choses [I Tim. vi , 11), c'est-à-dire des richesses, des désirs vains et nuisibles, des choses du monde. Or, la mortification chrétienne va jusqu'à la moindre imperfection qui se rencontre dans la propre ojiératior. , à raison de l'opération de l'espril d'* Jésus- Christ qui doit agir en nous. Par le défaut de ce renoncement , bien des Chrétiens agissent par eux-mêmes. Et parmi même les oiiératiuns de la grâce, il y a tant de mélange de la nature corrompue, que le fidèle n'est pas l'homme de Dieu dans le sens que

nous le considérons , mais uiomle, l'honiuie de la terre.

L"hoinaie de Dieu élant de la sorte raort |i»r un entier dégagement de l'être créé, se trouve heureuseiueiit réuni à Dieu son priiici|ie, ne tenant plu* qu'à lui seul. C'est avec sujet , connue nous l'avons remarqué , (}ue saint Paul rappelie dans cet étal Vhomme parfait (Il Tim. m. 17', car la perfection de rhonime consiste à avoir le cœur recueilli en une seule chose, parce que plus une chose est une , plus elle ressemble h Dieu qui est un et l'unité mt^me. Dans cette divine union, l'intelligence est en pureté et la volonté toute en amour, la vie tient ]ilus du ciel que de la terre. C'est pourquoi saint Basile donnant la définition de la vie du Clirétien.dit quec'est itnerieressuscilée. Mais t ommc c'est par Jésus et en Jésus, c'est Jésus pour parler avec r.\pôtre) qui vit en l'homme de Dieu ; c'est Jésus qui l'ait en lui toutes surles de biens. C'est la seconde chose que le même Aj-ôire demande de t'homme de Dieu, parlant h Timoihéc, qu'il exhorte a|>rès la fuite des choses du monde, a la pratique de toutes sortes de vertus. Purtez-vous , lui écrit-il, à la juntice, à la fjiéié, à la foi, à la charité , à la patience, à la douceur, etc. (i Tim., vi, 11.)

C'est pour lors que l'homme de Dieu n'étant [ilus à soi-même ni à aucune autre créature, ne vivant plus, mais Jésus vivant en lui, il se trouve saintement dévoré du zèle de sa gloire dans l'horreur de son propre intérêt. Il n'as(iire, il ne respire plus (jue le seul intérêt de Dieu seul ; il s'écrie avec le Prophète-Roi : Mon cœur est prêt , mon Dieu, mon cœur est prêt. (Psal. lvi, 8.) Kt, de vérité, il n'y a rien qu'il ne désire de faire pour ses divins intérêts. Il n'y a rien qu'il ne soit prêt à quitter. Il est disposé à souffrir toutes choses pour l'honneur de son nom. Comme l'homme d'un seigneur de la terre preml à cœur ses alfaires, y vaque, s'en occu[ie, y donne son temps, paice t)u'il est l'homme de ce seigneur ; de même l'homme de Dieu se donne tout aux atlaires de Dieu. C'est la troi.-<ièmo chose que notre Apôtre souhaite de cet homme de Dieu en la personne de son cher Timothée : Soutenez , lui dit-il, le glorieux combat de la foi. (/ Tim. Ti, 12.) Or, ce combat est, à proprement parler, l'exercice de toute la vie chrétienne. qui consiste non pas seulement à conibaltre contre le péché, mais dans la pratique de tout ce qui tend à la gloire de Dieu. C'est pourquoi i'Apùtre l'appelle un bon et i/lorieux combat {Ibid.), parce qu'il est honoralilf, glorieux, illustre, dont le [irix est Dieu môme.

Ce sont les trois étals de l'homme de Dieu, où les Chrétiens sont si saintement appelés. Car qu'est-ce que le Chrétien dans la doctrine du Saint-Esprit révélée en la divine parole, sinon un homme qui est mort et enseveli avec Jésus-Christ, et qui par suite est mort au péché, au monde et à soimême ? C'est un homme qui est ressuscité avec le même Sauveur en une nou-vclle vie

»:l'vui:s complltks de boldo.i, l'homme du

toute céleste et divine, qui ii"ai;it plus par soi-même, mais par l'Esprit de Jésus-Chris' ilans lequel il est enté, et avec (jui il est uni comme le membre avec le chef; et par suite qui doit opérer surnaturellement et divinement. C'est un homme qui, dans celte union avec Jésus, est glorieusement allié avec les trois personnes divines, et qui ne se doi plus occuper que de leurs adorables intérêts Or, ces grandes vérités supposent les troi ; états de l'homme de Dieu, une parfaite mort à tout le créé, une vie céleste et divine dans l'exercice des vertus chrétiennes, un zèlo ardent jiourtout ce qui regarde l'intérêt de Dieu.

Mais, ô mon Dieu, que ces vérités sont peu connues parmi les enfants de la Jumière, vos fiilèles Chréiiens ! ijue la grâce de leur vocation sainte et divine est peu pénétrée ! que les Chrétiens savent peu ce que c'est d'être Chrétien! Comment donc, mou Seigneur et mon Uoi, suivraient-ils l'attrait (le leur grâce éminente ? comment marcheraient-ils d'une manière digne de l'Esprit- Saint qui les anime? Mais ce qui est infiniment touchant, est ijue parmi ces ténèbres vous êtes (leu connu ; vos amours et vos bontés, les excès incompréhensibles de votre charité divine sont peu entendus. Ainsi ceux (jui vous sont le plus obligés, sont ceux qui sont le moins reconnaissants, ce sont les plus ingrats. Cette vue , ô mon aimable Sauveur, m'a^ant grandement touché, je me suis senti pressé [lar votre grâce d'a|iportc: quelque remède à un désordre si lamentable (en ma [ictite manière), me confiant uniquement en votre divine vertu. C'est pour ce sujet que j'ai donné ilepuis peu au putilic un traité de la science et de la pratique du Chrétien, pour aider à faire (onnaître eu votre lumière à vos enfants et à mes frères la grandeur de leur vocation admirable; pour les animer et ni'animer avec eux h mener une vie c(jnforme à la sainteté de luur vocation. .Mais comme les exemples ont quelque chose de grandement ellicace , j'ai pensé ensuite à faire voir cette science du Chrétien en sa grande lumière et sa pratique, dans une fidélité extraordinaire en la jiersonne de l'un de vos plus zélés serviteurs. J'ai suivi en cela, mon Seigneur, les désirs de plusieurs de vos serviteurs et de vos servantes , et en les suivant j'ai cru exécuter les ordres de votre divine Proviilence. \ peine voire fidèle serviteur avait-il (jiiitté le monde pour aller à vous, que l'on me pressa de donner au public les merveilles que votre es|irit avait o|iérées en lui. Mais, ô njon unique tout sans lequel je ne puis rien, vous ne m'en aviez [las emore donné le mouvement. Je me laisse présentement à l'attrait que vous m'en faites porter. Je me laisse entièrement à votre esprit, renoiK;ant de tout mon cœur à tout ce que mon propre esprit y pourrait mêler par luimême. Je désire de tout mon cœur sortir de moi-même en la force de votre grâce pour vous adhérer uniquement, ô mon adorable Sauveur, entrant dans tous les desseins quft

i/iiuMMi: i»i: niix'. - I'Aut. i.

vous ave/., que votre Père céleslo soil glorifié par col ouvrage, desseins ijue j'adore , que j'aime de tout mou cœur et do toutes mes forées. Ali 1 mou Uoi, olil uion Souverain et mon Dieu, seulement soyez glorifid, rien que vous seul, rieu mie vous seul, rien que vous seul; [lerle tolnh-, anéantisscuienl entier de tout ce (jui n'est pas vous; vos seuls intérêts, votre seul amour, votre seul amour.

Or, mon cher lecteur, ce serviteur fidèle de Jésus-Clirisl votre Dieu et le mien, est le révérend l'ère Jean-Josepti Seurin, de la Compagnie de Jésus, dont la mort [)récieuse est arrivée de[)uis [leu d'années. Comme sa vie m'a grandement animé au pur amour lie mon bon Maître et Seigneur , l'adorable Jésus, j'espère de ses grandes miséricordes à la faveur de sa très-sainte Mère, la mère du bel amour, et de son virginal époux saint Joseph, (ju'elle pourra |iroduire de pareils mouvements dans plusieurs cœurs oij ils seront mieux reçus que dans le mien pour sa grande misère.' C'est ce qui me presse beaucoup d'en faire connaître quelque chose, laissant à des personnes plus éclairées et plus aimantes que je ne suis , <i en donner de f)lus grandes lumières. Cependant, dans le peu que je dirai (avec le secours divin), si quelque âme est saintement touchée du divin amour, j'aurai ce que je prétends et qui est l'uniiiue chose que je recherche et veux rechercher pour jamais, que l'aimable Jésus soit gloriliéet aimé uniquement. Hé! pourquoi être au monde, si ce n'est pour raimer et le faire aimer? Ah donc I le reste de ma vie je ne veux plus être que pour crier de tous côtés : A l'amour, à l'amour de Jésus.

C'est pour ce sujet que je donne cet ouvrageau public. Je l'appelle l'Z/omme de Dieu en la manière que je viens de l'expliquer : ce qui convient parfaitement au révérend Père Seurin, qui a été un véritable mort, et dont on peut dire avec beaucoup de justice, qu'il ne vivait que de la mort ; qui, dans son union parfaite avec Jésus , a mené une vie surnaturelle et vraiment chrétienne dans la jiratique héroïque des plus éminentes vertus , et qui a brûlé d'un zèle tout de feu pour les seuls intérêts de Dieu seul. Ces trois états que cet homme de Dieu a (lortés nvec tant de grâces , m'ont fait mettre ce petit ouvrage en trois parties, que je consacre en riionneur des trois personnes divines de ia suradorable Trinité.

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