‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 6 sur 436 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De la naissance spirituelh du Père Seurin par le saint liaj)ie'ine, et des grâces de son enfance et de sa jeunesse.

Il y a une naissance nouvelle et spirituelle dont parle le Fils de Dieu en saint Jean (m, 7) quand il dh : Quiconque tic naît de nouveau , ne peut entrer dans le royaume de Dieu. C'est une régénération qui se fait par le Saint-Esprit dans le baptême, où tous les Chrétiens reçoivent un nouvel être et une nouvella vie. Et c'est dans les

eaux sacrées de ce sacrement , que la vie que nous lirons du viel homme est ensevelie piiur donner de nouvelles créatures en Jésus-(;iirist. C'est dans celte vue que je considère le Père Sciurin. (^oinme je ne veux voir en lui (jue l'homme de Dieu, je m'arrête à y regarder non pas (c i|ui est né de la chair, mais ce qui est né de l'esprit. C'est Jésus seul que j'ai dessein de voir en son serviteur.

On pourrait dire , le regardant selon riionune, qu'il a en une naissance illustre; que l'on compte dans sa famille des avocats généraux dans des cours souveraines , des conseillers, des présidents au parltmenl de Toulouse; que monsieur son père était conseiller dans le célèbre parlement de Bordeaux : et c'est dans celle grande ville, qui a donné tant de personnes illustres, que naquit le serviteur de Dieu vers le commencement du siècle. Mais j'oublie cette naissance selon la chair, pour m'arrêler .\ sa qualité d'enfant de Dieu et de membre de Jésus-Christ, et dans cette union à l'alliance glorieuse qu'il a eue avec les trois personnes divines de la suradorable Trinité. Cette naissance spirituelle, cette alliance divine élève le Chrétien à une si haute qualité, que toutes les autres , pour grandes qu'elles soient, ne paraissent plus quand celle-ci est connue. Comme aussi peut-on dire, avec bien delà vérité, que les grandeurs qu'elle nous donne sont ineffables. Quelle consolation ici pour les personnes viles et abjectes et de basse naissance selon le monde , si elles sont chrétiennes! Mais cette noblesse, cette seigneurie, ces grandeurs sont cachées dans le siècle aux enfants d'Adam; et elles ne paraîtront jamais bien que lorsque le grand roi Jésus paraîtra dans sa gloire et que nous y i)araîtrons avec lui. Pour lors, combien de personnes d'une naissance obscure et méprisables , ayant soutenu dignement leur qualité chrétienne, éclateront dans une gloire incompréhensible , comblées de joie et d'allégresse , prenant vengeance des na lions (pour parler avec le Psalmiste), châtiant et punissant les peuples, chargeant de chaînes les rois, et mettant dans les fers les jdus nobles et les plus illustres de leurs princes pour exécuter sur eux le jugement ordonné de Dieu. Car c'est la gloire qui est réservée à tous les saints du Seigneur. Saint Louis, roi de France , était bien pénétré de cette vérité, lorsqu'il se qualifiait avec tant d'estime et de joie Louis de Poissy, à raison qu'il avait reçu le saint baptême dans ce lieu ; préférant , et certainement avec toute sorte de justice, sa qualité de Chrétien à celle de monarque de l'un des jilus florissants royaumes du monde.

A peine le serviteur de Dieu dont nous pai - Ions avait-il reçu cette qualité divine, <[u'elle parut en lui jiar des effets fort extraordinaires. O Dieu notre Seigneur, que votre nom est admirable ! \'ou.s avez tiré votre louange la plus parfaite de la bouche d'un enfant et de celui qui était à la mamelle, pour confondre vos eauemis et pour almitra

ŒUVRES COMFLLTES DE BOLDON

l'iniquité iPsitl. vni , 2-10 ); far n"éianl âgé que de onze mois, une fenuno fayant porté en un iiou proche de Bordeaux iioiir prendre l'air , et s'élant laissée aller à l'im- |iurpté,iet enfant , liéni de Dieu , à son retour tit tant par ses gestes auprès de madame sa mère , qu'élit- connut la nicchante action qui s'était conuuise. Or, la connaissance qu'elle en eut lui fut donnée de telle manière, qu'elle l'a toujours considérée comme une clio-e extraordinaire ; et elle en parlait avec éionnement.Ç'a été le sentiment d'autres personnes éclairées. Mais sans m'arréler à décider là-dessus, quand même l'on supposera qu'il n'est arrivé rien en ce sujet qui passe l'ordinaire, toujours Ton peut dire que v'a été un présage de l'aversion extrême qu'il devait avoir pour l'impureté.

L'on peut aussi dire qu'il y a de certaines âmes oii l'esprit de Jésus-Christ réside dans une si grande pureté, qu'il n'y peut souffrir non-seulement des péchés notables, mais les moindres imperfections .sans les combattre d'une manière très-efficace quoique fort surprenante. Je me souviens à ce sujet que, m'étant trouvé proche d'une pauvre femme qui était tout à fail.iiauvre des biens de ce monde, mais très-riche des biens du ciel, et qui portait un étal qui avait grand rapport à celui de la bienheureuse Catherine de Gênes ; comme elle app'ochait de sa mort, dans l'extrémitéde sa dernière maladie, ajant perdu l'usage des sens, et particulièrement de l'ouie, une personne qui était dans sa petite chambre, donnant aussi quelques louanges à une autre aussi présente, sur sa vertu, tout à cou |) cette pauvre mourante s'écria avec une grande vigueur : A Dieu seul la (jloire , n Dieu seul lu gloire ; comme si la [)ureté de sa grâce qui ne regardait que Dieu seul n'eût pu >ouirrir qu'on envisageât le moins du monde la créature quoiqu'avec de bonnes vues. Or, m'approchant aussitôt pour dis- ■erner si elle [louvait entendre, je remarquai qu'elle était toujours dans une privation entière du sens de l'ouie : ainsi Dieu, dans les occasions, supplée à la nature et agit d'une manière extraordinaire.

Ot enfant étant ainsi élevé par la puissance du Seigneur (ce qui le faisait paraître comme un prodige à plusieurs), et étant prévenu des bénédictions de sa douceur; après lui avoir offert heureusemnt les prémices de son esprit, lui consacra son cur[iS par le vœu de virginité à l'ùge de huit ans avec une fidélité si entière , qu'il est mort vierge malgré toutes ies tentations les plus furieuses de l'enfer dont sa pureté a été combattue. H ne faut pas s'étonner ensuite si dès ses plus tendres années son esprit s'élevait si facilement ii Dieu par la sainte oraison, et y recevait tant de lumières. Malheur à nous qui vieillissons Oans nos ténèbres, et, ne sortant [las de nos défauts, formons sans cesse des nuages épais aux rayons des '■larlés célestes du sol-jilde jusiue." A combien de tidèles le Fils de Dieu pourrait-il dire : Voua ne pouvez veiller une heure mec v^Qir Malin, xwi, 40.) Hélas! mais peut-

on dire cette vérité sans larmes? Un très-grand nombre île Chrétiens auraient de la peine à [lasser un quart d'heure dans la conversation avec Dieu par le moyen de la sainte oraison. Mais i/uel rapport de la lumière avec les ténèbres! (// Cor. vi , li.) Notre béni enfant joignant la pureté d'esprit à celle du corps let n'ayant jamais terni la blancheur de son innocence ba|itismale par aucun péché mortel durant tout le cours (le sa vie), se rendait susceptible des [dus [lures lumières divines, et était favorisé dans l'oraison de grâces très-singulières.

La divine Providence, qui lui a toujours servi d'une bonne mère, voulut que la vénérable mère Isabelle des Anges l'assistât de ses avi.-; et conseils dans cet exercice angélique. C'était l'une des mères carmélites d'Espagne, qui était venue en France pour l'établissement de l'ordre du Carmel selon la réforme de la séraphique sainte Thérèse; et elle était une personne d'une vertu héroïque et d'une grâce extraordinaire. Le Pèro Seurin, dans la suite des temps, dans l'une de ses lettres à des religieuses carmélites, dit qu'il l'avoue pour sa mère spirituelle ; que ses paroles avaient des effets précieux de j^râces; qu'elles opéraient la vivacité de la loi , l'élévation aux choses éternelles , et la mortification à tout l'être créé , conformément à l'esprit du Carmel qui est un esprit de grâce et de force. Cette bonne mère, qui avait l'Esiirit de Dieu , faisait une haute estime de la vertu de ce jeune enfant ; car il n'avait |.our lors qu'environ dix ou onze ans, et en conçut de hautes espérances. Elle le connut dans la fondation d»i premier couvent des carmélites de Bordeauxoii il la ve nait voir, et où elle lui parlait avec joie, parce que leur entretien était de Notre-Seigneur Jésus-Christ; et ils ne conversaient ensemble que pour s'entretenir des moyens de converser saintement avec cet aimable Sauveur, selon l'esprit de la grande sainte Thérèse, qui désire que l'oraison soit la matière ordinaire des entretiens de ses filles au parloir.

Ce premier couvent est consacré à Dieu sous l'invocation du glorieux saint Joseph, le protecteur de l'ordre du Carmel. Il a toujours été une maison de grâces et de bénédiction. Et comme, mon Sauveur et mon Dieu, vous avez voulu m'y faire ressentir des secours signalés de votre bonté paternelle, votre divine providence m'ayant conduit uniquement à Bordeaux l'année précédant celle-ci, je me sens pressé d'en laisser ce témoignage dans cet ouvrage, [lour reconnaître en quelque manière que la charité de vos servantes et épouses qui vous s(!rvent en ce saint lieu , adorant et bénissant votre môme divine jirovidence dans les mouvements qu'elle leur en a donnés. Mais, ô divine Providence, soyez encore louée et glorifiée à jamais pour toute la charité que vous avez insjiirée pour nous aux autres maisons religieuses et aux jiersonnes i>arliculières , charité que nous pourrions dire être digue des premiers Chrétiens.

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