I.IIOMMK DE DIEU. — PART. III
l'ulèles serviteurs de Dieu et Je miii iinraaouléo Mère, qui <iil p.iru de nos jour>:, que ié- Mis-Clirist a mis d.ins son Kj^lise pour y servir d'une éclaUmte lumière (Kins ces derniers temps à tous ses fidèles, dont Dieu a voulu parson aimable Providence, (ju'il nous faut toujours adorer et aimer, que nous connaissions et vous et moi une partie des actions de sa très-sainte vie, pour en imiter ce qui nous est i)ropre selon notre grAce. C'est la fin pour laquelle Dieu aUiime ces beaux astres de sa grâce dans le ciel de son Eglise, et dont nous lui tiendrons un compte très-exact quand nous paraîtrons h son redoutable jugement, oîmI produira ses saints «outre nous, comme autant de témoins qui serviront h notrejusle condamnation. .\h! mon cher lecteur, que ]iourrons-nous dire à II-' Dieu de majesté, et vous et moi, si, après toute l'estime que nous avons des saints, nous n'imitons [)as li>ur sainteté '.' Y a-t-il de la raison, disait saint Birnanl, d'honorer les saints comme nous le faisons, et de négliger j l'imitation de leurs vertus? Si nous louons si I hautement leur vie, pourquoi ne vivronsnous pas comme eux?
J'avoue ingénument que tout ce que je lis, et tout ce ipie j'apprends des saints ne me surfirend [loint; ni que je ne suis point étonné de tous les saints qui ont jamais été; mais ce que je ne puis comprendre, est qu'il y ait eu et qu'il y ait seuU'ment un Chrétien qui ne soit pas Siàint? Car je vous demande à vous qui lisez ceci, et je vous prie de m'y répondre, ou plutôt de vous ré|)ondre à vousmême : est-ce une chose étonnante qu'un pauu-e mendiant plein d'ulcères et d'horreurs, veuille bien s'engager au service d'un grand roi, pour y être comblé de biens, u'honneurs et de plaisirs? Faul-il s'étonner s'il veut bien donner son aniitié à ce grand monarque, qui non-seulenient lui fait la grâce de le lui permettre, mais même qui le désire et le lui demande ? Ah ! je vous jirie de faire ici réllexiun, que les saints en euxmêmes sont des enfants d'ire et de colère, • [u'ils sont pécheurs, et par suite dans un état bien déplorable. Cependant, Dieu d'une majesté infinie, les ayant bien voulu ajipeler à son service et les engager dans son amitié, ils s'y sont rendus avec son assistance trèslidèlement. Après cela, je vous demande s'il y a rien de surprenant en ce iirocédé, et si on doit être sur[iris de ce ijue Dieu, leur présentant des couronnes immortelles, un empire infini, une gloire inolTable, un bonheur achevé, ils ont travaillé eflicacement jiour posséder toutes ces grandeurs, pour être de grands rois dans un royaume qui durera toujours, et où l'onjouit des plaisirs infinis? Je vous demande s'il faut s'étonner de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils ont souffert? Ah I que celui qui ne connaît point Dieu, qui ne croit point de paradis et d'enfer s'en étonne; mais à celui auquel il reste un seul degré de foi, il est bien iuqiossible. Quoi donc ! on s'étonnera des souffrances d'une vie passagère, pour être bienheureux éiernellement, que l'on préfère réternité au
lem|is et Dieu à la créature!
Considérez un peu tout ce que les hommes font dans cette terre il'exil, tous les travaux, toutes les peines des laboureurs dans li's campagnes, des arlisans dans leurs boutiques, des marchands qui passent les mers, des soldats dan« le siège d'une ville ; s'élonne-t-on de toutes ces fatigues, et cependant à quoi tous ces travaux se terminentil-? Pounjuoi les soulfre-t-on? J'ai bien des fois admiré certains pauvres sur le Pont- Neuf à Paris, qui y jiassenl les jours entiers durant les plus grands froids, à demi nus, tlenieuraiit toujours dans une même place et presi]ue sans cesse h genoux, chantant depuis le matin jusqu'au soir, quantité de prières, et tout cela pour avoirquelques doubles des passants. Ah Dieu! disais-je en moimême, trouve-t-on [iresque rien d'égal dans la vie des âmes les [dus éminentes en vertu? être ex|)osé dans un lieu tout découvert aux plus grandes injures de l'air, dans les saisons les plus rigoureuses? se peut-on rien imaginer de [dus austère? se [leut-on figurer une oraison j)lus continuelle, une application plus longue? Cependant tout cela se fait pour soutenir bien chétiveraent une vie misérable, et on n'en est pas surpris. Une infinité de monde passe dans ce lieu qui ne s'en étonne point. Et l'on s'étonnera de ce que les saints ont fait pour être enfants d'un Dieu, pour régner avec lui, pour entrer dans sa joie. Répétons cette vérité, pour entrer dans la joie d'un Dieu: Poiir éij-e participants de sa nature divine (Uebr. ni, li), comme parle l'Ecriture ; pour participer au bonheur même d'un Dieu; et pour ttn jamais, et pour un jamais. Ah 1 c'est ici que toutes les jiensées et paroles me manquent ! Ah I que je suis surpris ! ah 1 que je suis surpris du peu de chose que tous les saints ont fait, comparé à la glorieuse |iossession dont ils jouissent! On dit quelquefois : cet homme, cette fille ont beaucoup quitté' (parlant de leur sortie du monde pour entrer dans le cloître), mais je vous dis que quand un roi quitterait son empire, qu'est-ce que loul cela, comparé à la joie du paradis?
Tout le monde ensemijle, en comparaison du ciel, n'est qu'un point. Tout le monde ensemble, comparé à Dieu, n'est qu'un pur néant. Vraiment voilà bien de quoi être sur- |iris que l'on quitte un point, un rien, pour le grand tout qui est Dieu. Mais si tout le monde ensemble n'est rien devant Dieu, que sera ce [leu de terre que l'on abandonne, ce [teu de boue et de fange? Si toutes les couronnes, toutes les monarchies ne sont rien, que sera ce peu d'honneur que l'on quitte?
0 mon Dieu! ô mon Dieu! 6 grandeur infinie ! hé! que ne vous faites -vous unfieu connaître? Oli'que les hommesfontbien voir le peu de
1 umières qu'ils ont de votre être suradorable ! Ecoutez, ô mortel ! pour peu que vous connaissiez les grandeurs infinies du Dieu de l'éternité, vous ne serez pas étonnés si, pour avoir l'honneur de sa divine amitié un seul moment, il vous fallait laisser les millions dii monde si vous les aviez, et s'il vous fallait
œUYRKS COMPLETES DE BOliDOX.
souffrir toutes les peines imaginables, puisque loule la théologie enseigne (lu'nn si^ul liegré degrâi'eest quelque chose de t*lus t|ue l'iul le bien de l'univers ensemble ; un seul degré de grâce mérite fùus de peines que lous les travaux des hommes de la terie jiour !out ce qu'ils y es()èrent. Où en soiiinies-nous donc'/ Mais qu'est-ce i]ue les -iaints t nt fait, dont la sainteté ne les a pas mis en possession non-seulement d'un seul degré, mais de mille millions de degrés de grâce et de gloire? Vous voyez donc bien, par de bons principes et jiar des raisonnements solides, qu'il ne faut pas s'étonner s'il y a des saints qui ont servi Dieu avec lidéiilé, qui l'ont aimé avec générosité, des i-nCants qui ont honoré respectueusement leur rére céleste, qui ont préféré Dieu à la créature, qui ont quitté le rien pour le tout, qui ont soutfert (picl(|ue chose durant une vie passagère, pour être bienheureux à jamais. Y a-t-il rien do surprenant en cela? Ah! certainement les saints ont élé trèssages, puisqu'ils sont arrivés au véritable bonheur quo tout le monde cherche. Mais n'est-ce pas une folie incompréhensible que de faire le contraire? Comment donc |iouirions-nous comprendre qu'il y ait un seul Chrétien qui soit assez fou pour tomber dans une pareille extravagance? C'est ici (jue mon cœur se sent vivement louché de sa propre misère, quand je considère que je suis un de ces insensés et le plus insensé des hommes; ce que je n'ai nulle |ieine à déclarer publiquement, afin que le témoignage que je rends à la vérité se connaisse encore ajirès ma mort. Ici les sanglots et les soupirs me sortent en foule et me portent Il m'écrier : Ah Dieu! [louvoir être saint, avoir des grâces immenses pour l'être, et ne l'être pas, c'est un abîme qui se présente h mon.àme, où elle se perd sans en pouvoir revenir. Souffrez, mon cher lecteur, que je vous dise ce que dit autrefois saint Augustin, que si vous avez une grande charité, je vous prie tle pleurer sur moi et pour moi, et de mêler chrétiennement vos larujc's avec les miennes pour demander à Uieu tout bon et très-miséricordieux, par les mérites do Jésus-Christ son Fils, notre unique espérance, et par l'intercession de son immaculée Mère, que je cesse d'être ou que son aimable Jésus soit tout en moi j)0ur n'être jilus qu'en lui, pour ne vivre jilus que de lui, pour n'agir idus que par lui, pour ne plus non faire et ne rien souffrir que pour lui. Ah! Jésus seul, Jésus seul, Jésus seul.
Prions Dieu avec le Psalmiste, qu'il ne permette point que notre cœur s'égare dans des [.aroles do malice pour chercher des excuses dans nos péchés, comme font ceux qui commettent l'iniquité. {Psal. cxl, i.) Ne oisons point que les voies de la sainteté sont trop dillicilcs. Hé, qui peut être saint? Ne pouvons- nous pas tout en celui qui nous donne sa force? Les saints ont-ils triomphé d'eux-mêmes, du monde et du «léiTioa par leur propre vertu? S'ils l'ont
fait par les secours de notre divin Sauveur, ■pourquoi ne le ferons-nous pas? N'alléguons point nos faiblesses, nos impuissances.
<< Les saints, dit saint Ambroise, n'ont pas eu une nature plus excellente ni jilus forte que la nôtre; ils ont vécu dans une chair fragile comme celle que nous avons; mais ils ne se sont [jas abandonnés ii ses inclinations comme nous nous y laissons aller; ils ont fait usage des grâces de Jésus-Christ, et n'y ont point résisté,; et, en faisant usage des moindres grûces. Dieu tout bon, pour récompense de leur fidélité, leur en a donné d'extraordinaires. Parce qu'ils ont élé fidèles en peu choses.
établis sur de grandes aigncz point, dit saint
Dieu les a ' « Ne vous François de Sales, de n'avoir pas de si grau des grâces, mais ne vous rendez pas indignes de celles (lui vous sont données, par le peu d'usage que vous en faites. »
Au reste ,si le Saint-Fs|)rit nous dit par la bouche de l'Apôtre que la volonté de Dieu tst que nous soyons des sainte (IThess. iv,.^), pouvons-nous douter (jn'il ne unus en donne les moyens. Mais après la grâce (pie l'adorable Jésus nous a faite d'avoir l'honneur d'être ses memhres, n'avoiis-nous pas une obligation dernière à la sainteté? Y a-t-i-1 un autre esprit dans le chef que dans les membres? Ne devons-nous pas en celte qualité être saints parce que Jésus est saint ? Mais si c'est son môme esprit qui nous anime, pouvons-nous douter de notre pouvoir?
Vous me direz : il faut beaucoup souffrir. Je l'avoue, mais je vous l'ai dit : que ne souffre-t-on pas (lour éviter les grands maux de la vie et [lOur en acquérir les biens périssables? quels remèdes un malade ne prend-il pas pour sa santé,'quelque fâcheux qu'ils puissent être? pourquoi vous plaindrez-vqus de ceux qui sont nécessaires pour la sainteté? Quelipiefois on se laissera scier un bras ou une jambe pour conserver une chétive vie ; et pour une vie divine vous ne voudrez' rien enduier? O aveuglement des t^nfaiits des hommes! ô dureté, ô insensibilité du cœur humain! On fait tout , on souffre tout pour des choses de rien, et pour le ciel, jiour l'éternité, jiour un Dieu, à peine peut-on se résoudre aux moindres choses.
Les sainls, nous enseigne la divine parole, jugeront les pécheurs (Sap. m, 8), parce que les exem|)les de leurs vies confondront toutes nos excuses et feront voir que notre malheur vient de notre faute. N'attendons point, mon cher lecteur, le jugement eu l'autre vie, qui seiait sans aucune ressource. Jugeons-nous présentement, afin que pour lors nous ne soyons point jugés. Jugeons de notre vie par celle du grand et fidèle serviteur do Jésus-Christ et de sou immaculée Mère; que son esprit de mort à toutes les choses de la terre et à lui-même condamne toutes nos attaches; que sa grande union avec Noire-Seigneur Jésus-Christ, par l'imitation de toutes ses vertus, confonde l'éloignement où nous en sommes, ayant des sentiments et des inclinations contraires à l'esprit et aux mouveiuents de cet adorable
f, HOMME m; nii:i'. v\w\. m.
Sauveur; que son ïèle ['our les inléiôts de Jésus-Christ, qui lui a fait l'aire de si grandes clioses, qui lui'a fait porter des (leinessi cilrôines, nous fasse rougir de lionte. Ahl (jue nos croix sont petites, si elles sont comparées à celles (pfil a portées! et cependant nous nous laissons abattre et nous donnons du nez en terre. Malheur à nous, tnalhour à nous, qui nous ilisons les enfants d&s saints, et qui le sommes etfectivement , quoiijue après tout nous y ayons si peu de ressemblance! que dirons-nous h Dieu, et dans peu de temps, vous qui lisez ceci et moi qui récris ? Car voici ce juge terrilile qui est h la porte ; il ne tardera guère , et il faudra bien lui répondre bon gré mal gré que nous en «yous, quand il nous fera voir que non-seulement il s"esl fait homme pour nous apprendre les voies de- la sainteté et pour nous ies rendre jtlus faciles par ses exemples, mais même <iu'il nous a donné des hommes fragiles, comme nous qu'il a mis dans les mêmes voies, pour nous ôter toutes sortes d'excuses. L'iniiiuité aiirès cela osera-l-elle ouvrir la bouche?
Autrefois Tertullien a dit , en parlant de Job : « Quel tropiiée Dieu a-t-il dressé à son lionneur en la personne de ce patient? quel étendard a-t-il élevé contre lui , et quelle victoire a-t-il remportée de l'ennemi de sa
gloii'e? » Ne pouvons- nous pa.-. dire la même chose de l'homme do Dieu? Uendons grâce h celui (jui lui a donné une force puissante et terrible contre tout l'enfer, qui a fait éclater sa magnilicence dans son serviteur, qui a été admirable en sa [lersonne; qu'il soit béni pour la vertu qu'il lui a donnée. Omon Sauveur, que ceux, ciui verront ces combats se réjouissent, parce qu'ayant toujours espéré en vos paroles, il n'est point demeuré confus, et que, selon vos promesses vous avez exercé vos divines miséricordes pour le consoler. Cependant, nous qui sommes, qui vivons et qui restons dans cette terre d'exil, bénissons à jamais le Seigneur. Aimons, aimons le tout aimable Jésus qui opère tout le bien qui se fait dans les saints. Aimons-le de toutnotre cœur, de toute notre Ame, de tout notre esprit, de toutes nos forces. Aimons-le en lui-même, aimons-le en tout ce que nous aimons, aimons-le uni- ({uement, aimous-le constamment , aimonsle toujours, aimons-le pour jamais, cl à la vie et à la mort, et après la njort , pour ne cesser jamais de l'aimer. Après cela je finis ce petit ouvrage en la manière que le grand Apôtre finit son épître aux Ephésiens ( vi, 2i), disant : Que la rjrdce soit avec tous ceux qui aiment d'un pur amoui' Notre-Seigncur Jésus-Clirist. Ainsi soit-il.