‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 75 sur 436 · LK TRIOMPHE DE LA CROIX. — PART. I · texte numérisé non relu

LK TRIOMPHE DE LA CROIX. — PART. I

lies, a voulu In faire jiaraître dans toutes sortes d'états coiumc uu module parlait de croix. U; colère d'un jièic cl d'une mère avaient comiuento à lui planter bien Avant dans le cœur durant sa Jeunesse, l'humeur farouche d'un m.iri l'élèvera bien haut en au.;uieniant ses soulTrances. A peine fut-elle mariée (pi'eUe corninença à en ressentir les elïï'ts par les mépris dont il l'a toujours exercée, elle ([ui avait tout ce que la nature et la grâce donnent de jilus achevé pour rendre une personne parfaitement aimalile , elle dont la douceur était entièrement engageante, elle ([ui était l'objet de l'estime, de l'amour et de la vénération de tout le monde. Il en caressait d'autres en sa présence, et en faisait !e passionné pour lui donner de la peine. 11 lui ôta la conduite de sa maison, <i elle qui gouvernait toutes choses avec une sagesse admirable; il donna les clefs de tout h des valets et des servantes, quoiqu'ils en fissent une grande dissipation, et à la vue de notre illustre patiente qui soutTrait tout. Des mépris, il en alla aux injures atroces et indignes d'un honnête homme, et si surprenantes (pi'on n'oserait les dire. Quand on donne lieu à la passion, elle va bien loin. .A la tin, sa colère devint une fureur qui l'emporta jusqu'à la battre et à la traiter cruellement. Tantôt il lui faisait faire à pied deux ou trois lieues, elle qui était extrêmement délicate; tantôt il la faisait monter sur des chevaux indomjités que lui-même n'eût pas osé essayer, et quoi- (ju'elle fût sur le point d'accoucher : et ces chevaux, dont de bons cavaliers eussent eu peine 5 seservir, devenaient entre ses mains doux et faciles. C'était sans doute par une disjiosition merveilleuse de la divine Providence, qui assujettissait à Elisabeth, entièrement soumise à ses ordres divins, des animaux qui ne pouvaient soulTrir personne ; ce qui put bien t>ire remarqué dans un voyage qu'elle fit, montée sur l'un de ces chevaux, par les personnes qui lui tenaient com;iagnie; car étant arrivés à l'hôtellerie, un valet d'écurie ayant voulu mener ce cheval boire, il en fut jeté par terre, et en reçut tant de coups qu'il en pensa mourir. 11 n'y avait que le cœur barbare de ce mari farouche que rien ne pouvait adoucir. Un jour que les eaux étaient débordées par des pluies continuelles, voulant aller en quelque lieu, il lui commanda de le suivre, et pour lors il se monte à l'avantage, et ordonne que l'on donne à sa femme un petit cheval et sans force. C'était l'exposer à un danger manifeste de sa vie, à raison des eaux qu'il fallait nécessairement passer : et de vrai, au premier débordement d'eaux qu'ils trouvèrent, apiès'que cet homme l'eui passé à la faveur de son cheval, Elisabeth qui en avait un iroi) faible fut jetée au milieu des eaux, et entraînée [lar leur rapidité; et ce cruel mari, loin d'en avoir quelque compassion , loin de la secourir, il la charge d'injures, il se met en furie, il dit qu'il est bien malheureux d'avoir une telle femme dont tous les jours il ne reçoit que du déplaisir. Ce-

pendant elle est en danger d'être noyée, et sans aucun secours, elle implore celui du ciel dont la divine Providence ne manque jamais à ceux iiui se coidicnt à ses soins. l'n homme inconnu se présente, se met à l'eau au péril de sa vie, et l'en tire heureusement. (Juefera ensuite ce barbare? au lieu de la conduire en (juelque mai>on pour lui faire changer d'habit et In ré( hauller, il la mène en cet équipage emore trois lieues de chemin, lians un temps où il semblait (jue le ciel dût inonder la terre; et à tout cela elle obéit sans dire mot. Une humeur si cruelle s'augmenta |xir une furieuse jalousie sans néanmoins aucun sujet de la moindre apparence ; au contraire, n'ayant rien qui ne le dût guérir de son extravagante (lassion. Il voyait en elle une modestie d'ange, un amour incroyable de la solitude, r>n grand éioignement des compagnies, une vertu parfaitement solide, tout cela était inutile, à peine osait-elle aller au sermon, ou parler à ses parents, tout lui était suspect.

Les domestiques, qui s'apercevaient assez de l'humeur de leur maître, se servaient de cette occasion pour bien donner de l'exercice à leur vertueuse maîtresse : aussi en soulTrit-elle beaucoup, mais surtout d'une belle-fille dont les mauvais traitement-- furent si excessifs et si atroces que nous avons cru ne les devoir jiasraj'porter en celte histoire. Seulement nous (liions qu'elledonnait à tous ses discours les plus sinistres interprétations qu'elle pouvait ; elle en faisait mille rap- [lorts à son père tout à fait désavantageux, quoique tout jileins de mensonge, et elle n'oubliait rien [)our animer son père contre sa femme et pour lui en augmenter l'aversion. Parmi tous ces orages, notre sainte souffrante demeurait toujours jiaisible, toujours dans une douceur surprenante, toujours dans l'union avec Dieu, le centre de la paix et de tout véritable repos. Ce que le démon ne jiouvant soutl'rir, il entreprit d'ôler de la terre une vertu si admirable, qui faisait tant de peine h l'enfer et qui devait servir d'un exemjile merveilleux à toute la postérité. Pour ce sujet il inspire à une personne domestique, dont nous ne trouvons yas à propos de dire le nom, de la faire mourir. C'est ce que celte personne tâche de faire, et pour exécuter son mailieureux dessein, comme elle était prête d'aller à la campagne, elle lui met du poison dans un bouillon qu'on lui préparait; mais lorsqu'elle était sur le point de le prendre, elle sent une horreur secrète qui la saisit et qui l'en empêche. L'on a écrit que ce mouvement lui avait été donné par son ange gardien, et je n'ai point de la peine à le croire. Ce sont ces aimables esprits dont la divine Providence se sert presque en toutes choses, comme l'a bien enseigné l'angclique Docteur, ils veillent sur les hommes particulièrement avec des soins inénarrables; ils sont députés, non-seulement pour garder leurs âmes, mais aussi leurs corps; et les histoires sont pleines d'exemples très-lou-

SOi

chanls, qui nous ajiprennent les charitables assistances que Ton en reijoit. Cet instinct dftnc secret qui ren)[)êciiail de prendre ce ixmillon einpoisonné pouvait bien venir du saint ange qui la gardait. Cependant son luari lui commandant de le prendre, elle qui ne savait ce que c'était que de lui contrarier, ])assant par-dessus toute la dilliculié qu'elle y ressentait, en prit la moitié. Elle monte ensuite à cheval, et h demi-heure de là, le poison commençant à faire son effet, elle fut réduite à l'extréiDité, son mari, pour consolation, lui faisant des rejiroches de sa délicatesse. Etant arrivés au lieu où ils allaient, elle fut obligée de se jeter sur un lit, soutirant de grandes douleurs; et cet homme cruel, ayant été invité d'aller souper chez l'un de ses amis, veut (jue dans cet état elle lui tienne compagnie, ce qu'elle fait avec une dernière cora|)laisance malgré toutes les coliques furieuses et les fortes convulsions dont elle était travaillée, mais à peiae était-elle à table qu'il a fallut rapporter, et" on la vit réduite dans peu aux abois de la mort.jjdont elle fut préservée^par un vomissement extraordinaire qu'elle eut durant la nuit. Des travaux si forts et si pressants demandaient assurément quelque temps de repos pour recouvrer ses forces, mais son mari l'oblige dès le lendemain de monter à cheval sans lui donner un seul jour pour se remettre; ce • [u'elle Ut sans considérer sa faiblesse, qui était si grande, qu'il lui fallait une personne pour la soutenir, et pour empêcher qu'elle ne tombât.

Ce n'est pas la seule fois qu'elle a été empoisonnée; c'est ce qui lui est arrivé en plusieurs occasions, et une fois niême avec ses enfants : mais comme elle avait pris le Très- Haut pour son refuge, et qu'elle avait mis en lui sa conliance, il la délivrait des (ùéges qu'on lui tendait, il ne lui arrivait aucun mal, la plaie n'approchait pointdesa maison, ni la mort d'elle ; cette promesse du Fils de Dieu à ses disciples, que s'ils boivent du poison, ils n'en recevront aucun mal, s'est trouvée véritablement accomplie en elle plusieurs fois. Oh! qu'/iearfHX sont ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans SCS voies! [Psal. cxxvii, 1.) Il fait de grandes choses pour eux, il les couvre de ses épaules , sa vérité les environne comme d'un bouclier, ils ne craignent point les terreurs qui surprennent durant la nuit. {Psal. xcv, 5, 6.) Qu'Us bénissent ce Seigneur qui ne les a pas exposés en proie à la fureur de leurs ennemis. [Psal. xlvui, 23.) Qu'ils chantent avec le Psalmisle : Si le Seigneur n'avait été avec nous, lorsque les hommes s'élevaient contre nous, ils nous auraient dévorés tout vifs. Lorsque leur fureur était animée contre nous avec violence, ces eaux nous auraient submergés. Notre âme a passé à travers d'un torrent, notre âme aurait passé au travers des eaux impétueuses qui ■nous auraient abîmés. Notre âme s est sauvée comme un oiseau qui s est échappé du filet des oiseleurs, le filet a été brisé et nous nous som-

mes échappés. Notre secours est dans h. nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. (Psal. cxxni, 3-8.) O bieniieureuse confiance, s'écriait le saint homme le P. Jean de la Croix, cet homme tout divin , comme l'appelait la séra[ihique sainte Thérèse, qui obtiens autant de Dieu que tu espères en lui. 11 savait cette grande vérité, jiar une longue expérience, la divine Providence l'ayant délivré en tant d'occasions des desseins que formaient contre lui les personnes opposées, et l'ajant assisté extraorJinairement en tant de manières. Le grand serviteur de Dieu de notre tem|)s , dont le tombeau est en Lorraine, et que nous avons eu la grâce de visiter, qui est honoré de tant de miracles, ce qui y attire une si grande aflluence de peuples de tous côtés , n"a-l-il jias fait heureusement la môme expérience? combien de fois a-t-on mis du [loison dans son pauvre potage, pour lui ôter la vie, que la divine Providence lui a conservée jusqu'à l'âge de soixante-et-seize ans. 0 mon Dieu et mon souverain , que bienheureux est l'homme qui espère en vous 1

Elisabeth y avait mis toute son espérance au milieu des maux qui, pour ainsi dire, l'inondaient de toutes parts. Il n'y eut pas jusqu'à un religieux à qui elle s'était adressée jour prendre ses avis, qui ne se mît de la partie contre elle. Il agissait de concert avec son mari par une étrange trahison, il lui révélait tout ce qu'elle lui disait de plus secret de son intérieur; et quoiqu'elle n'eût rien à craindre de côté-là, c'était cependant une horrible [/crfidie. L'on a su depuis que c'était un méchant religieux , du nombre de ces gens qui viennent couverts de la peau de brebis , et qui sont des loups.dévôrants. Il n'y avait que deux jeunes hommes, Els du premier lit de son mari, qui étaient sans jugement, et qui n'avaient pas l'usage de la raison qui lui témoignaient de l'amitié, et qui avaient du respect pour elle. Us avaient même aversion de leur sœur, parce qu'ils voyaient qu'elle ,en était maltraitée. 11 semblait que l'innocence donnait des yeux à ces enfants pour reconnaître le mérite de leur belle-mère ; et pendant que des hommes raisonnables et qui devaient être bien éclairés n'en faisaient aucun discernement, la divine Providence se servait de personnes sans raison, et des bêtes brutes même pour en rendre témoignage.

Page 1