LE TRIOMPHE DE LA CROIX. — P.^RT. I. 33S
de persuader qu'il n'en pouvait pas être l'auteur. Une princesse ennioya des summes immenses pourl;klier de le délivrer. Lasérénissimeinl'antp. princessedesPays-Basen écrivit à sa sollicitation auducde Lorraine, pour l'en prier. L'on se servit d'un religieux d'une haute estime, h qui le duc déférait beaucoup, pour obtenir sa liberté; mais le crime fut si oien prouvé, que tous les vingt-qualrejuges, qui avaient été appelés de ditfércnls lieux, conclurent tous d'un commun consentement à la mort. Les démons cependant, agi-isaiU [lar eux-mêmes lorsque la divine Providen.'e les laissaitdans leur liberté, avaient accusé des personnes innocentes, alin que l'on crût que l'accusation de Poirot qu'ils étaient contraints de faire par une vertu divine, fût aussi un pur effet de leur malice ; mais enlin la divine Providence demeura victorieuse , les crimes du magicien furent entièrement découverts, et il fut condamné au feu. Les ;iersonnes néanmoins qui le soutenaient qui étaient de haute qualité , étaient si f)uissar.tes qu'elles obtinrent encore du prince souverain qu'auparavant l'exécution de la sentence le procès serait de nouveau vu et examiné, ce qui fut fait; mais tous les efforts des hommes et des démons demeurèrent inutiles. Le magicien Poirot fut exécuté, et fut brûlé le septième d'avril, l'année mil six cent vingt-deux; et il mourut sans donner aucun signe de pénitence, les démons qui pour lors possédaient Elisabeth criant qu'il avait eu des giàces ca;iables de convertir mille magiciens, et que dans ce temps il renouvelait la donation qu'il avait faite de lui-même à Beizébulh. Ici l'on peut considérer avec trembleiuent la captivité ell'royable où s'engage l'homme quand il s'abandonne au péché ettiu démon. Oh! si les pécheurs aveuglés savaient ce qu'ils font 1 Ils disent qu'ils se convertiront ou dans un âge avancé, ou au moins aujiaravaut que de mourir, mais il n'est pas aisé de rompre les chaînes dont ils se sont liés volontairement. Vous êtes juste Seigneur, et vos arrêts sont équitables, le salut est loin des méchants. C'est ce que l'on peut voir avec le dernier étonnement dans Poirot, car y a-t-il rien de plus surprenant que de le voir adhérer si fortement aux démons dont il avait été dès ce monde si cruellement traité. L'on a dit que le respect humain et la considération de ses parents avaient aussi beaucoup contribué à l'emitêiher d'avouer ses crimes, de peur que cela ne fît tort à leurfamille, comme si son jugement ne l'avait pas rendu notoire ; et en cela l'aveuglement de l'hommo paraît encore bien étonnant , de préférer l'estime passagère de quelques chétives créatures, le point d'honneur d'un moment, au jugement de Dieu, de tous ses anges bienheureux et de tous ses saints , et cela pour un jamais ; et pour si peu de chose s'engager à un malheur éternel. O Seigneur', que mes yeux versent ici des ruisseaux de larmes dans la vue de ceux qui ne gardent jias votre loi. Tournez vos yeux vers moi, et failes-moi grâce , selon que vous avez
OEUVRES COMPLETES DE BOl'DON.
acLouUuné do faire envers ceux qui aimeiil votre nom. Dressez mes pas clans la voie de vos préceptes , atia qu'aucune iniquité ne domine en moi , laites reluire toujours sur votre pauvre serviteur la lumière de votre visage , et enseignez-moi vos ordonnances. Je crie vers vous de tout mon cœur, exaucez-moi, alin que je les sarde, et que je les aime éteruellemerit.
Mais pentlant que nous avons ses jugements terribles devant les jeux en la personne de Poirot, arrètons-les sur ce Dieu do bonté, qui signale ses miséricordes sur l'une des complices de ce misérable. Chantons avec le Propliètc-lloi , la miricorde et la justice. Considérons une pauvre lille qu'il retire des portes de la mort, alin que nous puMiions toutes ses louanges devant les portes de la lille de Sion , et que nous trouvions notre joie dans le salut qu'il donne. Cette pauvre lille qui était de Lorraine s'appelait Anne Bouley, et elle était complice des crimes du uiédecin. Comme elle le vit airôlé, elle s'enfuit à Paris de jieur qu'étant découverte elle ne fi'lt [)unie avec lui. Mais, ô conduite de la divine Pioyidence que vous êtes admirable! s'enfuyant d'un pays de |)Our que ses criujes ne fussent connus, elle jjorlait avec elle des mémoires ca|jables de les découvrir partout ; et de vrai, n'ayant pas assez de soin de tenir cachés ces papiers, ils furent lus, elle fut découverte, l'on en donna des avis secrètement à Nancy, l'on obtient des ordres j:our l'arrêter à Paris, et elle est ramenée en Lorraine. Elle n'eut |ioint de peine à avouer ses crimes, elle les déclara librement aux juges, elle dit(iue Poirot l'avait faite magicienne, qu'il avait abusé d'elle plusieurs fois, qu'il l'avait nienée plusieurs fois au sabbat, et elle donna des preuves de plusieurs choses qu'elle avait dites. Les juges ne s'arrêtant pas cependant à son propre témoignage, tirent les informations nécessaires ; et après avoir examiné exai-temeiu toutes les cho.^es , et connu la vérité, elle fut condamnée h mort.
Mais ce fut une mort bien dilférente de celle de son complice , car elle mourut parfaitement convertie, et dans un grand désir môme de mourir et de soutfrir le supplice du feu pour l'expiation de ses crimes. Durant tout le temps qu'elle fut en prison, elle chantait les miséricordes de Dieu. Kilo passa tout ce temps en larmes, en austérités et pénitences qu'elle joignait à ce que la rigueur de la prispn lui pouvait faire soutfrir. Comme on fut sur le point de l'appliquer h la torture, elle supjiliait les juges de lui donner celle qui était la plus douloureuse pour satisfaire à ses péchés. Elhï alla au su[q)lice tenant un crucifix à la main, disant avec un courage incroyable : Allons, allons à la mort. Elle y alla en récitant les litanies do la très-sainte et très-miséricordieuse Vierge Mère de Dieu et connue l'on fut arrivé à ce titre, de refuge des pécheurs, si consoiant pour tous les misérables qui sont dans l'uiiquité et qui désirent ellicacement ».e convertir , elle le répéta trois foi» avec
une telle ardeur qu'elle tira des larmes de tous les assistants. Les litanies dites, elle se mit à genoux, demanda miséricorde à Dieu, implora le secours de ia très-sainte et charilal)le Mère, puis s'étant levée, elle se mit contre le poteau, baisa quelques médailles où il y avait des indulgences, ells pria pour Poirot qui n'était pas encore mort, et elle mourut très-chrétiennemeiit.
Admirons ici les conduites de l'aimable Providence, pour l'en bénir et l'en aimer de tout notre cœur. Jl semble qu'elle veillait extraordinairement sur cette créature pour empocher sa liberté dans sa fuite, qu'elle y devait a[)paremment trouver, puisqu'il n'est pas fort dillicile à une |)er>orme qui vient d'un pays éloigné de se tenir cachée dans une ville comme celle de Paris. Apportant avec elle des papiers qui la faisaient connaître, elle agissait contre toute sorte de raison et contre le bon sens môme, et il lui était très-aisé de les brûler. Au moins elle les devait toujours garder avec soin, et ne les pas laisseren lieuoù ils [lussent être lus. Elle s'aveuglait donc elle-même pour sa propre peite, et en se perdant elle s'est heureusement sauvée. Oli 1 combi en de personnes se seraient perdues éternellement , si elles ne l'avaient été dans le temps par les disgrAces qui leur sont arrivées. C'est ainsi, ô aimable Providence de mon Dieu que vous tirez la vie de la mort. Si cette tille n'eût point été découverte, peut-être serait-elle demeurée dans ses crimes, et y serait morte, Elle pouvait donc bien dire, j'étais perdue sijfc n'eusse été |)erdue. L'on a attribué avec elle la grûce de sa conversion aux intercessions de sainte Anne , dont elle portait le nom ; et de vrai, dès le connnencement de sa prison, elle disait qu'elle resjiérait de Notre-Seigneur Jésus-Christ par la faveur de cette grande sainte, dont le nom même dans sa signification , est un nom de grâce,
comme l'a remarqué dignement le dévot saint Jean Damascène. C'est une chose considérable, que jamais le diable n'avait pu la faire renoncer à sainte Anne, lorsque renonçant avec impiété à tout ce qu'il y a de saint , elle s'était donnée à lui par deux cellules signées de son sang. 0 combien adorable Providence vos conduites sont admirables 1 ô combien les miséricordes de Dieu sont étonnantes! Je puis dire ici ce que je sais d'une personne que j'ai connue. Cette personne étant parfaitement éveillée vit la nuit, durant un beau clair de lune descendre parla cheminée de la chambre où elle était, un misérable magicien qu'elle connaissait sans néanmoins savoir son im- Itiélé. Elle remarqua que de prime abord il alla en un lieu où il y avait plusieurs sentences et image des saints que l'on donne par une pieuse coutume tous les moif, pour honorer ces bienheureux et imiter leurs vertus, et qu'il les déchira. Ensuite elle le voit venir à elle , il l'entretient , il la presse de renoncer à Notre-Seigneur, à sa très-sainte .Mère, à son baptême, et de se don-
3il