‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 79 sur 436 · LE TRIOMPHE DE LA CROIX. - PART. L · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE LA CROIX. - PART. L

I)eot, et soiivpnl nous rnhligpoiis de nous traiter en répi'OLivés, nous almiulunnnnt iiu\ vains lionncurs du monde, nui richesses ft iiux ulaisiis du siècle.

CIIAPITUEIX.

Le triomphe de la croix dans les peines extraordinaires qu'elle commence de souffrir.

Nous avons dit que la croix avait (?l(5 jilantée bien avant dans le conir d'I>;iisal)Clli, dès ses jijus jeunes années, qu'elle y avait pris de grands et de nouveaux accroissements h mesure qu'elle avançait en Aj;o, enfin nous allons lavoir dans sadernièruliauleur par une malice achevée des hommes et des dénions, et par une conduite admiraijle de la divine Providence. Ce n'est jias une chose nouvelle que Dieu permette aux liomuies et aux démons de faire soutfrir de certaines personnes par dos voies extraordinaires pour sa jilus grande gloire, et pour le bien mCme de ces personnes. Sa divine parole nous apprend la permission qu'il a doTinée au diable d'exercer le saint homme Job non-seulement par la perte de tous ses biens, mais encore par les maux qu'il lui lit soutl'rir en son corps , et l'état pitoyable de la dernif'ro misère où il le réduisit. Elle nous ajiprend l'exercice que l'ange de satan donna à saint Paul , qui lui fut si pénible et 5i humiliant, et qui ne lui fut pas même ôté après la prière qu'il en avait faite plusieurs fois à son Seigneur et h son bon Mai- Ire, jiour le perfectionner dï plus en j)lus dans la vertu par cette infirmité. Elle nous enseigne même le pouvoir que le diable a eu de transporter le corps adorable du Seigneur de toutes choses en différents lieux, comme dans la ville sainte, et à la hauteui' du frontispice du temple, et sur une trèsliaule montagne. Après ces grandes et incontestables vérités, il ne faut pas s'étonner si Dieu a permis à un méchant homme de se servir du démon pour travailler cruellement la sainte veuve dont nous écrivons la vie.

Nous venons de dire dans le chapitre précédent comme un médecin qui en était passionné lui avait donné un maléfice pour j'en faire aimer. L'histoire sainte et profane nous donne plusieurs exemples de la sorte, ce qui est confirmé par les témoignages des Pères de l'Eglise. Saint Jérôme rap[)orte dans la vie de saint Hilarion, qu'une jeune fille fut menée à ce saint pour être délivrée par ses prières d'un maléfice qu'un jeune homme qui l'aimait avec passion, lui avait donné, pour tâcher de la corrompre , n'en ayant pu venir à bout par toutes ses sollicitations. 11 y parle encore de chevaux que l'on empêchait de courir par la même voie des maléfices. Saint Augustin, saint Grégoire de Nazianze, saint Epiphane, saint Gr&goire le Grand nous enseignent aussi que les hommes se servent de maléfices par le moyen des démons. L'Eglise, en la fête de saint Cyprien et de sainte Justine, nous apprend la même chose dans les leçons

de matines. C.ette vérité a été encore reconnue par Ovide , et les autres auteurs profanes. Les souverains (lonlifes , comme Innocent ^iil et Adrien IV, ont fait des constitutions contre les sorciers qui s'en servent. Après dos authenticités si fortes nous |>ouvons bien écrire a[)rès les Papes et les Pères, qu'un homme s'est servi de maléfices f)our triomj)her delà cliaste lé de notre vertueuse veuve.

Comme le maléfice est une espèce de la magie, dont l'on se sert pour faire du mal à quelqu'un jiar le ministère des démons < Elisabeth en ressentit sur-le-champ les cQets. Son imagination se trouva remplie de honteuses pensées, elle se trouva dans des élats afl"reux. Mais bien qu'elle vécût dans la chair, pour parler avec l'Apôtre, elle ne combattit pas néanmoins selon la chair. Car \q^ armes de notre milice no sont pas charnelles, mais puissantes pour Dieu, j)0ur détruire les places fortes, pour renverser les conseils des hommes, et toute hauteur qui s'élève contre la vérité de Dieu , rendant tout esprit captif pour le service de Jésus-Christ, et nous avons le pouvoir de punir toute rébellinn. Elle eut donc recours à ces armes spirituelles, à l'oraison , aux pénitences , à la fréqueiitation des saints sacrements et à l'asile commun et ordinaire de tous les Chrétiens, la très-pure et la très-sainte Vierge qui a brisé la tête du serpent infernal , et qui tous les jours réduit à rien toutes ses emijûches et tous ses etforts. Elle versait des torrents de larmes pour éteindre les feux qui l'embrasaient. Elle passait une grande partie des jours et des nuits en oraison , et même elle était résolue, si elle l'eût pu faire, nonseulement de passer |iresque tout le jour dans l'une de ses chapelles dans l'exercice de la prière, mais encore d'y coucher. L'on a écrit qu'elle était un parfait modèle des personnes les plus pénitentes, elle qui avait toujours vécu dans l'innocence; et de vrai elle châtiait son corps ]iar des austérités incroyables. Elle s'humiliait étrangement, elle disait qu'elle était bien étonnée de ce qu'elleosait regarder le ciel après tant de honteuses pensées qui lui passaient par l'esprit, et qu'elle devait se cacher au centre de la terre. E^lle se confessait et communiait tous les jours. Elle s'adressait avec confiance aux saints pour en implorer les secours, mais spécialement à saint François. Alais comme nous venons de le dire "sa grande confiance était aux puissantes intercessions de la glorieuse Mère de Dieu, sachant bien, et c'est une vérité bien douce et bien consolante, que jamais personne n'a eu recours à sa miséricordieuse bonté, qui en ait été délaissée. O puissante, ô douce, ô miséricordieuse Mère des Chrétiens et très-digne Mère de Dieu qu'il lait bon vivre sous votre protection maternelle, et qu'il fait bon d'y mourir. C'est à vos pieds, û ma bonne Dame, ô ma chère Maîtresse, ô ma fidèle Avocate ô ma douce et très-fidèle Mère que je veux, avec le secours de la grâce de votre*

aiLVRES COMPLETES DE BOUDON.

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Fils bien-aimé. passer !e reste de ma vie , c'est à vos |)ieil5 (jue je désire la finir, pour ne cesser jamais de vous aimer et de puijlier vos louanges et vos miséricordes durant toute l'éternité. La tri-s-iniissante Vierge était donc le refuse d'Elisal)ctli parmi tous ses combats, elle renouvelait en sa présence son vœu de chasteté; elle protestait de ne vouloir avoir de l'amour que pour l'adorable Jésus; elle désavouait toutes ses tentations; elle protestait qu'elle aimait mieux 6tre en horreur à tout le monde que de commettre un seul péché, et être possédée jusqu'au jour du jugement de tous les malins esprits dans le corps que d'offenser Dieu une seule fois; elle le désirait beaucoup; elle demandait instamment celle grâce à Dieu, et elle s'écriait: N'importe, qu'il m'arrive ce qu'il pourra, pourvu que je ne me rende point désagréable ci Dieu.

C'est de la manière ipi'elle a triomphé glorieusement de tout l'enfer et de ses suppôts. Ceux que les maléfices gagnent c'est jiarce qu'ils se laissent aller aux tentations du démon et aux inclinations qu'il leur donne ; car voilà tout ce que cet esprit malheureux peut faire. !1 est vrai qu'il excite de forts mouvements jiour le mal, mais Dieu donne de fortes grâces pour y résister. La plupart succombent il est vrai, mais c'est l'arce qu'ils se laissent aller aux inclinations lie la nature, parce qu'ils n'ont pas assez de recours à Jésus-Christ notre force ; i;ar qui aes[iéré en lui, et est demeuré conius ? Ne dit-il pas lui-même, cet aimable sauveur, venez à moi vous tous qui êtes tiavaillés et chargés, et je vous soulagerai. {Matth. xi,28.) Nous en avons des exemples admirables dans les premiers siècles. Celui de saint Cyprieu et de sainte Justine est bien touchant. Ln jeune homme doyc était devenu passionné pour cette pure vierge, et comme sa haute vertu no laissait aui;un lieu d'espérer à sa folle ])assioii, il s'adressa à un fameux magicien nommé Cyprien [jour venir à bout de son pernicieux dessein. Cyprien ne manqua pas de lui j/ronietlre, et il s'adressa |iour ce sujet, à son ordinaire, au démon, qui lit tous «es etl'orts pour gagner le cœur de Justine, mais fort inutilement, car quoique son âme fût agitée de ditlerentes pensées et son cœur saisi de douleur, quoique son ennemi s'élevcli au-dessus d'elle , ayant mis toute son espérance en la vertu du Très-Haut, il éclaira ses \ eux atin qu'ils ne s'endormissent jamais dans la mort, et que son ennemi ne ptït [jas dire : Je l'ai vaincue. Son coeur donc se réjouit de ce qu'il avait été son sauveur; elle lui chanta lie saints au's. elle loua par des cantiques son saint nom, elle publia ses miséricordes. Cependant Cyprien qui était infidèle et [laien, asant reconnu la faiblesse du maître qu'il servait, et la toute- [)uissance du seigneur Jésus, le vrai Dieu des Chrétiens, il se rangea heureusement à sa suite, il devint l'un de ses plus fidèles disciples, et enfin il eut l'honneur, avec Justine, de donner son sang et sa vie pour la foi qu'il avait embrassée.

Voilà un exemple bien touchant des premiers siècles do la victoire de la grâce de Jésus-Christ sur le démon et ses partisans; mais le nôtre nous en donne un admirable en la personne d'Elisabeth. Il est vrai que le magicien dont le démon s'était servi pour la gagner n'a pas été converti comme celui dont il avait usé pour tâcher de triompher de sainte Justine. Mais néanmoins les mémoires authentiques que l'on nous a donnés portent que non->euleineni un seul de ces misérables supjiôts de l'enfer, mais que plusieurs se sont convertis par une grâce tout extraordinaire ensuite de la vexatinn diabolique de notre sainte veuve. Ainsi les flèches que les méchants avaient mises dans leur carquois pour tirer dans l'obscurité sur celle qui avait le cœur droit sont retom bées sur eux-mêmes. Ils sont tombés dans la fosse qu'ils avaient faite. Leurs pieds se sont trouvés enveloppés dans le piège qu'ils avaient tendu en secret. L'enfer et tous ses su|ipôts n'ont eu qu'une confusion honteuse de tous leurs desseins diaboliques. L'adorable Jésus et son immaculée Mère ont triomphé de toute leur malice.

C'est ce qui m'oblige ici, pour faire connaître que le Seigneur rend justice, que le méchant s'est trouvé pris dans les œuvri^s de ses mains, ciue les |iécheurs sont précipités dans l'enter, de faire voir la malheureuse fin du médecin cjui avait donné le maléfice à notre chaste veuve; et |)Our apprendre que le Seigneur n'oublie jioint le cri des pauvres, qu'il est leur refuge, leur appui dans le temps de ralllii:tion, afin que ceux qui connaissent son nom espèrent en lui, parce qu'il n'a point abandonné ceux qui le cherchent et ensuite afin que tous ensemble nous chantions des cantiques à ce Seigneur qui habite dans Sion, et que nous annoncions ses ouvrages parmi les nations.

Ce médecin dont nous fiarlons qui avait donné ce maléfice à Elisabeth, qui s'ap()ellaitPoirot, était un magicien, mais parce que dans noire siècle plusieurs esprits qui se piquent d'une vaine suffisance n'en veulent j»as croire, à ce qu'ils publient, j'ai à leur dire, quoifjue j'aie déjà parlé de celte matière au sujet de la possession des religieuses de Loudun, en la vie du grand serviteur (le Dieu et de son immaculée Mère , le 1'. Seurin, qu'il faut donc, s'ils sont Chrétiens qu'ils désavouent la jiarole du Dieu qu'ils adorent, car elle déclare positivement dans tous les deux 'l'estaments de l'ancienne et delà nouvelle loi qu'il y a des magiciens, et ce (qu'elle en rapiiorte dans YExode est filus incroyable incomparablement à l'esprit purement humain, que tout ce qui peut faire plus de peine dans ces derniers temps ; qu'il faut donc donner le démenti aux hommes les ()lus éclairés des premiers siècles, et de ceux qui les ont suivis, comme à un saint Augustin, à un saint Thomas, et aux autres Pères de l'Eglise; qu'il faut rejeter toute l'antiquité, et ne donner aucune créance ni à l'histoire sacrée, ni à l'histoire

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jirofane, ni aux lliénlogiens, ni aux philoso- {ilies |iaïens, ni au seiitiiiiPiil universel Je tous les peuj'les et de toutes les nations ; qu'il ne tant plus ailmetire les lois de l'Eglise, et des Etals séculiers (jui les condamnent ; et si l'on objecte (jue l'on ne fornie la difficulté (]n'h l'éj^ard de certains particuliers que l'on accuse, je demeure d'accortl que le crime doit être bien iirouvé ; et c'est ce qui est arrivé par un juste jugement de Dieu à l'égard delà personne dont nous parlons

Jamais procès n'a été fait avec plus de loisir et avec plus de précaution. Le (iriiice ne se contenta pas seulement des juges de sa province, il donna oriire que l'on en fît venir de France, et cesjuges furent au nombre de vingt-quatre. ]1 est faux que l'aciusation des démons qui possédaient Klisabcth, comme nous le dirons ci-après ait fait prendre le médecin Poirot, quoiqu'elle ait servi dans la suite, non pas comme de témoignage sur lequel l'on ait fait jamais aucun fond, mais d'occasion simplement à faire plusieurs enquêtes avec une grande prudence. 11 est vrai que les démons, dans les exorcismes, ayant accusé Poirot d'tHre magicien et ayant soutenu que c'était lui qui avait donné les maléfices à la pauvre Elisabeth, criant qu'ils étaient contraints jtar la mère de Dieu de révéler ces choses, cela augmenta le souiiçon (jue l'on avait de lai, particulièrement quancl l'on sut que l'accusé voulait se retirer et s'enfuir dans quelque pays hérétique; et c'est ce (pii obligea Henri II, duc de Lorraine, de le faire arrêter prisonnier, forçant en cela son naturel pariaitement débonnaire. Les mémoires que l'on donna au procureur général étaient si forts, qu'il crut qu'il fallait iihessammeiit travailler à instruire le procès. C'est une chose merveilleuse que les démons aient découvert ainsi leur suppôt, eux qui sont si intéressés à soutenir leurs partisans et à empêcher que leurs crimes ne soient connus. Mais comme ils sont menteurs, et que l'on ne faisait pas d'appui sur ce qu'ils disaient, ils n'oubliaient rien pour en donner des preuves, forcés à ce qu'ils disaient tantôt par les saints auges tantôt par les saints (jrotecteurs, mais singulièrement par l'ordre de la Mère de Dieu. C'est ce qui les a contraints de lévéler plusieurs pactes qu'il avait faits avec eux, comme de lui rendre sensibles de certaines marques qu'ils font ordinairement sur les corps des magiciens, et qui laissent la partie où ils sont sans aucun sentiment, pour empêcher que les juges ne les pussent découvrir, et d'étendre les cordes quand il serait à la géhenne.

^ C'est ainsi que l'enfer traite ses partisans ; c'est ainsi que les démons trompèrent le misérable Poirot, dont l'on tit le procès avec toutes les précautions possibles. Cependant ceux qui étaient préoccupés de son estime n'oublièrent lien pour le soutenir. Un docteur en théologie lit un traité en sa faveur, dans lequel il prétendait que la possession d'Elisaijeth n'était qu'une j'ure illusion, afin

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