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fois qu'il v avait plus de dix ans quelle était sans consolation. La nuit niêiue,ciui ordinairement donne quelque relâche à la douleur, ne servait qu'à lui en procurer de nouvelles par les songes all'reux que lui donnaient les démons. Mais elle a été crucitlée intérieurement d'une manière |)lus forte, et plus assidue les quatre dernières années de sa vie. 11 semblait que dans l'ordre de la divine Providence sur elle, la croix était comme son centre, et que tant plus elle s'approchait de sa lin, tant plus elle y allait avec force et promptitude.
Elle a eu néanmoins comme nous l'avons déjà dit des intervalles pargrand nombre de faveurs du ciel , et très-extraordinaires, et dans ces jours de lumière il ne serait pas possible d"ex|tliquer la haute estime qu'elle avait des croix. Elle disait qu'elle voyait dans l'abîme de la sagesse de Dieu de grands desseins sur les croix, et qu'il n'y avait point de pareil bien en ce monde. C'est pourquoi un jour M. d'Allamont, l'un de ses supérieurs, lui ayant demandé s'il n'y aurait pas moyen de parler avec elle des all'aires delà maison du Refuge, et que [lour cela elle aurait besoin de quelque intervalle de souffrances, elle répondit, ne rien souffiir, c'est ne rien gagner, comiuent perdre un seul jour de ce bien? Je n'ai que cela de hon , faut-il ainsi perdre ses journées ? De là vient qu'elle craignait de ne pas souffrir. Ainsi l'on peut dire que le temps môme de son repos lui était un tourment; car lorsqu'elle se trouvait dans le calme , ce lui était uns peine de n'avoir pas de peine, toute sa vie donc était une vie de croix. Elle tremblait même quand elle ne souffrait pas. Elle assurait qu'elle ne croyait jias qu'il y eût au monde de personnes heureuses que celles qui étaient cruciûées. Elle appelait les croix les douceurs de Dieu; et quand notre bon Sauveur lui faisait voir qu'il lui en préparait, elle disait qu'elle attendait un bon présent de Dieu. C'étaient les croix qui faisaient ses plus chères délices, elle protestait les aimer mieux que toutes les langueurs d'amour des saints. Elle les préférait aux caresses, et à toutes les consolations qu'elle recevait quelquefois de notre bon Sauveur et de son immaculée Mère. Elle ne s'en lassait jamais, elle ne pouvait en être rassasiée; et ce lui eût été un étrange martyre que d'en être délivrée. Mais comme souvent, dans la nuit obscure où elle marchait, elle ne s'apercevait pas du bien qu'elle trouvait dans ses souffrances, ah! disait-elle , je veux suivre mon Sauveur à i)ied, c'est-à-dire avec peine. Je n'ajjpelle {)as souffrir quand la consolation s'y mêle. Quand, dans ses peines, l'on n'y voit que des contradictions, des impuissances, que l'on pense ne pouvoir se résigner, que l'on s'imagine être abandonné, que l'on est environné d'ennui, de ténèbres, ce sont là des souffrances. Si l'on voyait le bien que l'on possède, la grâce qui est donnée, et que l'on souffre comme il faut pour Dieu, l'on se regarderait tro]i, et il y pourra;! avoir de l'amour-propre. Dans l'une des
instructions que notre divin Maître lui avait données, il lui avait enseigné que le bien (]ue nous faisons avec son secours est bien plus pur quand nous ne le voyons pas, et l'ar suite jilus méritoire et plus glorieux à sa divine Majesté. C'est pourquoi l'Epoux sacré dans les Cantiques (vi, 8, 4) prie sa sainte épouse de détourner ses yeux, et de ne les pas tant arrêter sur ce qui se passe, sur les faveurs qu'il lui fait, parce que ses regards trop arrêtés l'ont obligé de se retirer.
A|)rès tout l'on peut dire qu'elle a toujours été la femme forte de l'Ecriture au milieu de tant de combats qui lui ont été livrés, au milieu d'une meramère de douleurs intérieures où elle a été toute plongée. Parmi tout cela, elle agissait toujours avec courage, quoiqu'elle ne le sentît pas. Ses paroles même fortifiaient les autres, et l'on en recevait île la vigueur. Elle était toute-puissante en ses paroles, et assurait les esfirits les plus abattus. Le seul mot de Dieu sorti de sa boiuhe encourageait, et consolait les plus affligés. C'est ainsi que la divine Providence souvent en dispose selon la conduite de sa sagesse inûnie. Vous verrez des gens comme ensevelis dans de sombres obscurités, gémissant dans la privation de la lumière avec beaucoup de douleur par les croix purifiantes qu'ils portent, dont la nuit est changée dans un beau jour pour les autres, et les téièbres dans de vives clartés. C'est ce que l'on rapporte du saint homme, le vénérable P. Jean de Jésus et Marie, il souffrait des angoisses extrêmes à raison des ]>eines intérieures qu'il avait au sujet de plusieurs difficultés et tentations qui lui arrivaient ; et pendant ce temps-là il était un grand maître que la divine Providence avait donné aux âmes pour leur éclaircir ce qu'il y a de plus obscur dans les voies de l'esprit. O divine, ô aimable Providence, soyez à jamais louée et bénie pour toutes vos conduites. Qu'à jamais votre pauvre et indigne esclave les adore et les aime durant toute l'éternité.