‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 84 sur 436 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le 'riomphe de la croix aans les peines intérieures dont elle est affligée.

Le Chrétien dans l'élévation glorieuse où la grâce le met, ayant l'honneur d'être membre du corps mystique d'un Homme- Dieu, doit avoir rafiport à son divin chef. IJ en doit porter les marques dans son corps parles macérations, pénitences, maladies et autres peines corporelles ; car ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair {Galul. V, i\), parce que la giûce du bajitême qui est toujours vivante en eux, les a entés en Jésus crucilié, et que le vieil homme est toujours cloué à la croix avec cet adorable Sauveur, de sorte que la vie du Chrétien est une continuelle mort à la chair et une vie de personnes ressuscitées. Mais ce n'est pas assez que le Chrétien porte dans son corps les marques de son chef, il lui doit être encore semblable dans l'esprit ; car entia comme nous a.vons porté l'image de l'homme terrestre, nous la devons porter aussi en tout ce que nous sommes, du céleste. Or Jésus- Christ n'a passeulementsoufferten son corps, mais incomparablement encore davantage en son esprit. Saint Matthieu nous apprend (xxvi, 38) qu'il a été triste et affligé, c'est-à-dire comme l'explique un pieux et savant interprète, fort pressé par la douleur, il dit que son âme a été saisie d'une tristesse mortelle. Saint Marc nous enseigne (xiv, 3i) qu'il a été saisi de crainte et d'ennui, et que son âme a été triste jusqu'à la mort; et saint Luc (xxii , 43) nous déclare qu'il a été dans l'agonie.

Ce n'était donc pas assez à Elisabeth de porter sa croix dans son corps à la suite de son aimable Maître, il fallait qu'elle la portât encore dans son âme. C'est la grande grâce dont l'aimable providence de Dieu l'a favorisée, l'affligeant de peines intérieures, qui ont été telles, qu'elle disait elle-même, que tontes les extérieures dont nous avons parlé avec étonnement, n'étaient rien comparées à celles-ci. Elle a été éjjrouvée en bien des manières différentes et par diverses tentations, afin que l'épreuve produisît la patience, et la patience la i>erfection de l'œuvre; afin qu'elle lût parfaite et accom[ilie, et que rien ne lui manquât. Car quiconque souU're humblement toutes les tentations sans succomber et sans s'affaiblir, est plein de foi, et d'a-

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et, par conséquent, de toutes les

mour , vertus.

Elle a été affligée par des tentations violentes contre la pureté, qui était une épreuve bien rude à une personne comme elle qui avait des amours inex|ilicat(les |)0ur cette vertu. Mais si Dieu tout bon a bien voulu exercer oainl Paul par cette épreuve, ce vaisseau <J'élection, après avoir été ravi jusqu'au troisième ciel , et tant d'autres saints et saintes, il ne faut pas s'étonner si Dieu a donné permission au démon d'attaquer de la sorte notre chaste veuve. Nous avons dit que le misérable Poirot, magicien, lui avait donné un |>hiltre pour se faire aimer, et comme elle avait rendu inutiles tous les efforts des démons et de ses suppôts, en la vertu de celui en qui nous pouvons tout. Mais une si glorieuse victoire n'arriva pas sans de furieux combats. Car à même temps qu'on lui eut donné le maléfice, son imagigination n'était occupée que de l'homme qui le lui avait procuré , le démon lui en donnait mille idées en sa faveur, et les plus avantageuses du monde. Ce n'est [las qu'elle ne s'aperçût d'où lui venaient toutes ces pensées , elle vit bien qu'elles venaient du démon, mais ce lui était un tourment inexplicable d'en avoir l'esprit rempli, et de voir dans son cœur des sentiments d'affection jicur une personne, pour laquelle elle avait en horreur d'en avoir. Cependant elle ne pouvait empêcher ni ces pensées ni ces sentiments, et elle était obligée de les souffrir. Mais ce n'est pas dans cette seule orcasion que l'ange de Satan lui a été donné, qui lui donnait des soufflets, pour parler le langage de l'Ecriture, c'est-à-dire , dans le sens de saint Paul et des Pères, pour lui faire souffrir les plus fâcheux opprobres, puisqu'il n'y a rien qui humilie tant les saints. C'est' dans cette faiblesse qu'elle a trouvé la force de Jésus-Christ qui est demeurée en elle , et c'est ce qui doit bien consoler les personnes qui sont exercées par ces tentations, sachant que la vertu se perfectionne dans cette infirmité, et que la grâce de notre bon Sauveur leur suffit qui ne leur manque pas quoique souvent elle leur soit cachée. L'exemple du grand Apôtre les doit bien encourager, dont la prière réitérée pour être délivré tie ces tentations , ne fut |)as écoulée, la divine Providence voulant s'en servir pour sa gloire et pour le bien de ce grand saint. Ainsi elles doiventdire avec lui : Je me glorifierai volontiers dans mes faiblesses, afin que la force de Jésus-Christ demeure en moi. (y/Cor. XII, 9. )Si ladivineProvidence fait croître les lis avec toute leur blancheur au milieu de la boue, et du fumier, elle établira bien la pureté d'une âme au milieu de toutes les choses qui la combattent.

Cet exercice dans Elisabeth a été suivi de grandes sécheresses intérieures. Elle se trouve , pour parler avec David ( Psal. Lxxx, 7), en des lieux obscurs comme ceux qui sont morts depuis longtemps; et quoiqu'elle élevât ses mains dans la prière, son âme était devant Dieu , comme une terre

sèclio et sans eau. Si e son siiiicliiairc, pour y voir sa puissanoo et sa gloire, elle se Irouvait dans une déserte, sans roule et sans eau. Elle errait dans la solitude, dans un lieu sec, sans trouver aucun clieinin. (Juelijuoi'ois elle n'avait que des distractions durant les exercices les [ilus saints, coinnie le saint vacritico de la messe, et mémo la divine communion. Mais une Ame qui aime Dieu tloit l'aire différence entre la distraction de l'esijrit et la distraction du cœur. Elle ne doit pas se mettre en peine de celle de l'imagination qui n'est pas volontaire, veillant néanmoins à ne lui en pas donner la cause par des attaches ou à soi-raôme, ou aux autres créatures ; et c'est ce qui fait la distraction du cœur, qui nous éloigne de Dieu [larce que nous approchons trop des choses créées par J'alfcction que nous leur portons. A[irès cela il faut savoir que la dévotion ne consiste pas dans le sentiment, mais dans une volonté prom()te et résolue de servir Dieu, quoique ce soit sans lumière et sans aucun goût. L'on ne doit pas considérer si nous avons du plaisir ou de la [leine dans son service, il faut le servir à raison de son mérite sans nous regarder ni considérer ce qui nous arrive ou ce que nous sentons. C'est ce que faisait dignement Elisabeth, nonseulement dans les sécheresses, mais encore dans les ennuis dont elle était accablée. Elle était plonj;ée dans une profonde mélancolie, elle était ennuyeuse à elle-inêuie, toutes choses lui déplaisaient; si l'on pensait la récréer saintement par des cantiques spirituels, cela la martyrisait. Elle ne faisait le bien et ne |)ratii[uait la vertu qu'avec une grande répugnance; elle agissait comme une personne qui n'aurait ni bras ni jambes, par une force secrète. Mais le fils de Dieu, notre divin .Maître, nous enseigne {Matth. XI, 12), que le royaume de Dieu est attaqué |iar la force, et que c'est la violence qui l'emporte. Car nécessairement il se faut l'aiie violence pour l'obtenir ; et il n'y a que ceux qui tiavaLlIenl à se dompter qui le gagnent. Le Chrétien ne doit pas considérer l'humeur oii il est pour acquérir la vertu, mais seulement ce qu'il doit faire dans l'oidre de la volonté de Dieu, et ensuite l'exécuter avec courage et avec fidélité. Elisabeth était ûJèle malgré ses sécheresses , ses ennuis, ses répugnances, qui étaient cjnelquel'ois accompagnées de troubles étranges qui l'agitaient vivement, et qui lui cachaient cette paix de Dieu qui surpasse tout sentiment, et qui habite toujours dans l'intime du cœur et réside dans la cime de l'àme , quoiqu'elle ne soit pas aperçue, parce que l'ûme étant véritablement à Dieu, lui demeure unie, et tians son union elle trouve le centre du véritable repos qui est Dieu. Mais ce repos lui est pour lors inconnu, elle ne voit que des troubles furieux qui l'environnent.

Ceux qu'endurait notre illustre soulTrante étaient si violents, que la raison en demeurait comme oii[)rimée. Elle les comparait elle-même à un torrent qui va impélueuse-

LK TKiOMl'IlE DE L.\ CHOIX. — P.VUT. I

c se présentait dans a puissan

terre

ment, ravageant et entraînant tout ce (jifil rencontre sans (pi'on puisse le retenir. Les eaux, comme il est écrit d'un ancien prophùie {Joan.w, 6), l'avaient environnée jusqu'à l'âme, la haute mi;r avait couvert sa tôle, elle avait été jetée au profond de la mer, ses goulfres et tous ses Ilots avaient passé surelle, avec cela elle se sentait dans des mouvements continuels d'impatience. Hélas I s'écriait-elle,jedemandais autrei'oisdes croix et de la patience, maintenant j'ai des croix et de l'impatience, c'est-à-dire (ju'elle en avait les mouvements. Les démons ont dit qu'ils avaient la iicrmission de l'attaquer par toutes sortes de tentations, mais ce qui est bien certain, c'est qu'on l'a vue exercée par toutes sortes d'é|ireuves. Elle était tentée d'horribles bic/sphèmes contre Dieu; et tant plus elle tâchait de s'en défaire, et plus elle en était travaillée. La fureur de Dieu s'était appesantie sur elle, il avait fait fondre sur elle tous les Ilots de sa colère. Encore dans cet état pouvait-elle élever ses cris vers lui et le prévenir de sa prière dès le matin. Mais elle fut mise dans le plus bas delà terre, dans les lieux les jilus ténébreux et dans l'ombre de la mort. Son esprit se trouva assiégé de doutes contre la foi et tout rempli des raisons de Luther et de Calvin contre les vérités de la religion, quoique ce fût une personne sans lettres. Dieu donne des permissions particulières aux esprits malins contre des âmes soutenues d'une grâce extraordinaire. C'est ce qui se voit dans le grand évèque de Genève, saint François de Sales, à qui les démons donnèrent des pensées contre le saint sacrement de l'autel, si pleines d'artifices et si dangereuses, qu'il ne les a jamais voulu dire, de peur qu'elles ne servissent d'occasion de scandale aux personnes faibles. Ces tentations contre la foi la comblèrent d'amertume et l'enivrèrent d'absinthe, elle demeura toute désolée. Car il lui semblait quelquefois qu'il n'y avait jioint de Dieu, et dans cet état que devenir et que faire ? Etr(! accablée de luaux de toutes parts, et d'esprit et de corps, privée de toute consolation et de la terre et du ciel, c'est être réduite dans une étrange extrémité. J'ai remarqué autre part ce qu'enseigne le divin livre de Vlmilation de Nolre-Sei(jneur Jesus-Christ, que ce n'est ]ias grand'chose d'être privé des consolations humaines, quand l'on jouit des divines, mais que c'est beaucoup lorsque l'on est destitué de toutes et que l'on soufl're l'exil du cœur, c'est-à-dire lorsqu'il semble que le cœur est banni de son véritable lieu, qui est Dieu seul , car c'est ce que veut dire l'exil du cœur, paroles que plusieurs liseut et que très-peu entendent.

Une privation si désolante la conduisit à d'autres tentations et particulièremeiUàcelle du désespoir, qui fut si violente , qu'elle se sentait pressée de se tuer et de tuer même ses fiUes.J'aurais fait difficulté de parlerde ces sortes d'épreuves, si on ne les lisait dans les vies de jilusieurs saints, comme dans celle de saint Ignïce, le fondateur de la Compagnie

ŒLIVKKS COMPLETLS DE BOIJDON.

de Jésus, où il est rapporté cjue les scrupules qui le tourmentèrent duiviiil quelque temps furent si excessifs, qu'il fut tenté do se précipiter. Dans telle de la bienheureuse Madel''ine de Pazzi, où il est dit qu'elle eut de violents mouvements de se tuer. Mais ce oui m'a encore plus soutenu est l'exeinplc du docteur séraphique, qui ne manquait, ni de science, ni tl'evpérience, ni de vertu, qui a bien voulu écrire de ces tentations, et qui a jugé à propos d'en |)arler, comme nous l'avons remarqué dans notre Livre des saintes voies de la Croix, où nous avons traité de ce sujet dans un cha|iitre exprès. Ce docteur donc, si saint et si savant, et si expérimenté dans les voies intérieures, écrit que les plus âpres tentations sont touchant la foi, sont de désespérer de la miséricorde de Dieu, de blasphémer contre lui et ses saints, de se couper les mains et de se tuer soi-même. C'est de la manière qu'écrit ce saint docleur.

Cependant il ne faut jias penser que Dieu tout bon et miséricordieux, laisse Tâtue sans son secours. Le grand Apôtre nous cric (/Cor. X, 13) : Dieu est fidèle, et il ne permettra point que vous soyez tenle's par-dessus vos forces : mais il vous fera profiler de la tentation afin r/ue vous la puissiez soutenir. Il foi'litie l'àme d'une plus grande grâce au milieu des plus violentes tentations, c'est ce que nous pouvons voir en la personne de la femme forte do!it nous écrivons. Notre bon Sauveur lui fit connaître qu'il était au milieu de son cœur, au milieu de toutes les pensées les ]j1us noires; que ses délices étaient dans la croix; que la consolation des élus devait être de soutfrir pour lui. Ayant eu un jour de grandes distractions et douleurs, après quelques jours de consolations, il lui fit voir que ces jours de ])eine lui étaient bien plus avantageux; et dans une autre occasion il lui dit que lorsqu'elle était dans l'impuissance et qu'elle ne pouvait agir, ces jours étaient des jours de sa maison, c'est-à-dire de sa bénédiction. Que nos bonnes actions, que nous ne voyons pas, ont plus de mérite, parce qu'elles sont plus pures; qu'il fallait avoir fiatience dans ses impatiences. Ayant un jour dit : Ahl que les saints otit eu du mal! elle en fut reijrise par ce bon Sauveur qui lui montra que tout ce qu'ils avaient enduré était |ieu de chose, comparé aux récompenses éternelles, et que si les saints étaient capaides de regret dans le ciel, ce sera it de n'avoir pas assez souffert; que l'une des ])lus belles étoiles de la couronne de Notre- Dame était celle de ses souffrances. Aussi, cette Mère de bonté lui obtenait des croix par une faveur particulière, lui disant que Notre- Seigneur nétait jamais tant à nous que parmi les peines: et comme elle la priait de lui impé- Irer les vertus, elle lui lit connaître que celle qui lui était nécessaire était une perte de sa propre volonté dans celle de son cher Fils, et qu'elle devait vouloir être dans l'état où elle se trouvait durant toute l'éternité si sa divine Providence en ordonnait de la sorte. Mais cette mère d'amour la soutenait tou-

jours de sa maternelle protection au milieu de ses plus grands maux, et il lui semblait qu'elle lui faisait lever la tête lorsqu'elle était comme plongée dans le bourbier des misères qui l'environnaient. Des âmes de ' petits innocents qui sont entrés dans la gloire (lar la grâce du baptême, lui paraissant, l'assuraient qu'elles auraient bien voulu avoir été en état de souffrir pour leur Sauveur; et une du |)urgatoire se faisant voir à elle, lui cria : Ohl que vous êtes heureuse dans vos croix!

Mais ces heures de lumière lui [tassaient bien vite, eton pouvait bien lui appliquer ces jiarolcs du Psalmiste, r|ui, jiarlant de la conduite de Dieu, dit : Il envoie sa parole h la terre, et sa (larole court avec vitesse. [Psal. cxLvii, lD.)Cejourélaitsuivi denuitsbienobscures:et la bonacedoiit elle jouissait lui prédisait toujours la tempête et les orages. Ce calme était suivide vents impétueux et de furieux tourbillons. Or, dans ces obscurités et [larmi ces orages, toutes les lumières reçues, toutes les grandes vérités manifestées s'éclipsent pour lors, et elh; disait une chose bien vraie, qiiesi elle s'en fût souvenue, ses peines ne l'auraient plusalïligée.Nousavons ditque Dieu avait donné permission à Satan de l'exercer par toutes sortes de tentations, mais elles étaient si violentes que l'on croyait qu'elle en mourrait. Dans un état si violent, le diable se mêlait si subtilement dans les opérations de son âme, qu'elle ne pouvait jias discerner ro[iération de cet esprit malin d'avec la sienne propre, et par suite si elle péchait ou non, ce qui lui était un cruel tourment. Elle ne voyait qu'un abîme de misères en tout ce qu'elle était et en tout ce qu'ellefaisait. Il lui seiublait être sans foi, sans espérance, sans charité, et que toutes les autres vertus lui manquaient, elle pensait faire des péchés en ce qu'elle disait et faisait involontairement, et d'autre part elle s'imaginait qu'elle ne se souciait lias des offenses qu'elle pouvait commettre, n en ayant aucun sentiment. Dans ces temps, elle ne pouvait prier, et il lui semblait qu'elle n'aimait point Dieu, et môme qu'elle ne le pouvait aimer, et si dans d'autres elle levait les yeux au ciel, il lui paraissait comme de bronze; si elle avait recours à Dieu, elle n'en recevait que des rebuts et des froideurs , et il se montrait comme inexorable à ses prières. Il lui semblait même que les saints du ciel lui étaient opposés. Elle pouvait dire avec Jérémie [Tliren. m, 1-18) : Je vois ma pauvreté en la verge de son indignation ; il m'a menacée cl conduite dans les ténèbres, non à la lumière ; sur moi seulement il a tourné et retourné sa main le long du jour. Il a fait vieillir ma peau et ma ehair ; il a brisé mes os ; il a bâti autour de moi, et m'a etivironnée de fiel et de travail ; il m'a mise dans les lieux ténébreux comme les morts éternels : il a élevé des murs contre moi , afin que je ne sorte, il a renforcé ma chaîne, et quand j'aurais prié et crié, il a exclu mon oraison, il a bouché mes issues avec des pierres carrées, il <i ienversé mes voies et meî

S.'iô

LE TUIOMPIIE m: LA CROIX. — FAUT. I.

ZU

pas : il a bandé son arc, et in'u mise comme vu blanc (i sa flhhe. Il tn'a repue île cendres, et mon âme a été rejelee de la pair. Je me suis oubliée des biens, et j'ai dit : Ma fin est périe, cl l'espérance que j'avais au Seiijneur

De |iliis, parmi tous ces tlélaissoraents elle ne voyait en elle que des impuissances extrômes ; et elle a eu, durant quelquefois iilus d'une année, une peine étrange, qui était, h ce qu'il lui soiublait, qu"''lle ne pouvait se résigner à la volonté de Dieu, et que même elle ne le pouvait désirer. Son âme, comme celle de David était accablée de maux, et sa vie toute proche de l'enfer. Les impressions de sa colère pénétraient son esprit, elle était saisie de la frayeur de ses jugements, et sa cliair était percée de sa crainte. La pensée de la mort la faisait trembler, et elle frémissait à la vue de la grande et de la longue éternité. En de certains moments, toutes ses soulfrances passées lui venaient à l'esprit, et elle était saisie de frayeur rians la crainte des nouvelles. Quand elle était réduite dans une dernière extrémité de peines, les diables lui en faisaient voir d'autres qui lui étaient préfiarées, pour la pous- -iT à bout et la jeter dans le désespoir. Du t olé de la terre, elle n'en recevait aucune consolation, ne pouvant prendre plaisir à rien, et se trouvant dans une j)ure souffrance de tous côtés.

Je réserve à traiter dans le prochain chapitre ce qu'elle a enduré des hommes, et des démons, mais je me sens obligé de remarquer ici que la grandeur de ses tourments est principalement venue de l'opération crucifiante et immédiate de l'esprit de Dieu en elle. Le bienheureux P. Jean de la Croix , cet homme divin , comme l'appelait la séraphique sainte Thérèse , ce dorteur incomj.arable dans les voies les plus secrètes de l'intérieur, enseigne très-bien que cette opération divine, immédiate se saisit de l'âme quelquefois avec tant d'impétuosité, qu'elle ne le («eut presque supporter : car le sens et l'esprit, de même que s'ils étaient sous quelque fardeau, obscur et immense, sont tellement souU'rants et agonisants qu'ils trouveraient du soulagement à mourir. Il écrit que le saint homme Job ayant expérimenté cette opération, ne voulait pas que Dieu ,vînt aux prises avec lui en la force de son bras et usant de sa puissance, de peur d'être accablé sous le faix de sa grandeur ; car en la force de cette oppressuin, l'âme se sent tellement éloignée de la faveur, qu'il lui semble , et il est ainsi , que les choses où elle avait coutume de trouver de l'ap- ]iui se sont retirées avec le reste, et qu'il n'y ait personne qui ait compassion d'elle. C'est ce qui faisait dire à Job : Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, au moins vous mes mais, parce que la main du Seigneur m'a touché. {Jûb. XIX, 21.)

L'on peut dire qu'il n'y a que Dieu seul qui connaisse la grandeur et la pesanteur de ces peines, dans lesquelles ni les diables ni

la nature no se mêlent point; et notre illustre souillante disait que les siennes ne so pouvaient imaginer, ([u'elles n'étaient pas ce que l'on en [louvait penser. Les dénions étaient contraints d'avouer qu'ils ne lescomjirenaicnt |ias, (pi'elles élaiciiide plus inconnues aux anges du ciel, s'opérant immédiatement par la main de Dieu. Que l'on ne savait qu'un atome do ses >oiilfraiices, que l'on n'en connaissait pas l'ombre ; que cTen vouloir juger par les connaissances que l'on en avait , était comme de mesurer par un atome la grandeur d'un géant, dont les pieds loucheraient la terre, et la tète serait élevée jusqu'aux deux. Il ne se faut (la.s s'élonner après cela si elle ne pouvait expliquer les croix intérieures à ses directeurs, et si elle n'en recevait aucun soulagement. Ce n'e»t pas qu'elle ne fût [taiiaitemcnt obéissante à tout ce qu'ils lui ordonnaient, comme nous le \errons avec le secours divin dans la continuation de cette histoire, mais elle était si fortement clouée sur la croix par la main de Dieu même, qu'aucune créature ne l'en pouvait détacher. Ce n'est pas que Dieu qui, dans ces états, ne veut pas se faire connaître immédiatement par ses lumières divines, ou donner de !a joie sensible jiar ses consolations aux âmes aliligées, parce que ce serait les tirer de leurs croix, ne désire leur parler j'ar ses serviteurs pour les soutenir, mais leurs jiaroles quoique fortes selon le dessein de Dieu, n'ont aucune douceur qui donne de la satisfaction. Seulement il faut être fidèle à exécuter l'obéissance autant qu'on le peut faire; et il y a des temps où Dieu tout bon voulant délivrer de certaines ])ersonnes de leurs peines intérieures, il ea attache la délivrance à la soumission d'esprit, soit en obéissant à ceux qui nous parlent de sa part, soit en acce[)iant sans réserve tout ce qu'il veut faire de nous par un entier abandon à sa divine conduite. Ainsi saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus, fut entièrement délivré d'étranges scru|iules qui le martyrisaient, par la seule obéissance qu'il rendit à son conlesseur, agissant au sujet de ses confessions, et du reste selon ses avis, et non par ses propres lumières, les sacrifiant à Dieu par un parfait renoncement, et il obtint cette heureuse liberté par une soumission de son propre jugement, ce qu'il n'avait pu impiétrer jiar toutes les pénitences et oraisons, et autres bonnes œuvres qu'il avait faites. L'on rapporte aussi d'un saint homme qu'étant beaucoup affligé au sujet d'une peine qui le tourmentait il y avait longtemp'S, il s'en trouva parfaitement délivré dès le moment qu'il s'ofl'rit à notre bon Sauveur pour la porter le reste de sa vie.

-Mais cet aimable Sauveur avait d'autres desseins sur Elisabeth,il la voulaitfaire naître sur la croix, il voulait qu'elle y passât toute sa vie, il voulait qu'elle y mourût, il l'v voulait encore après sa mort, par tout ce qu'elle a souffert en sa réputation. Ses croix donc, à l'imitation de celles de son divin Maître ont été continuelles. On lui a entendu dire une

ŒIVRF.S C.OMPl-ETES DE BOl'DO.N.

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