‹ Œuvres complétesChapitre 112 sur 397 · AUX SAINTS ÉVÉQUES DU DIOCÈSE DÈ]REUX · texte numérisé non relu

AUX SAINTS ÉVÉQUES DU DIOCÈSE DÈ]REUX

Grands saints, il est juste qu'après avoir rendu mes devoirs ordinaires à mon aimable princesse, par la dédicace de cet ouvrage, que je consacre à sa gloire en l'honneur de la très-sainte et suradorable Trinité, la fin dernière de toutes choses, je vienne me prosterner à vos pieds pour vous l'offrir, et le dédier avec les plus profonds respects que méritent vos grandeurs, avec, toutes les soumissions, tout le zèle que je puis avoir selon ma grâce, de votre honneur et de votre gloire. Bien des raisons, ô glorieux pontifes de Jésus-Christ, m'obligent de vous rendre ce témoignage de mes respects. Je vous le dois comme aux apôtres de l'Evangile sacré dans un lieu où ma qualité d'archidiacre m'impose l'obligation de le prêcher dans le cours de mes visites. Je le dois comme aux sacrés évoques d'un diocèse où la seule divine Providence ma très-bonne mère, m'a fait venir par des voies qui lui sont connues, que je dois adorer, bénir et aimer éternellement. Je le dois comme aux pères des peuples qui y vivent sous les lois du christianisme, les ayant engendrés à Jésus- Christ par vos paroles, et par vos exemples; comme aux fidèles avocats qui en soutenez les intérêts auprès du trône de la Majesté divine par vos prières et intercessions ; comme à leurs puissants protecteurs, qui les défendez avec tant de force contre leurs ennemis visibles. Je le dois pour les obligations incroyables que je vous ai en particulier. Mais de plus cet ouvrage de la Tie cachée en Dieu vous doit être dédié avec bien de la justice, puisque vos précieuses vies n'ont été qu'une continuelle mort au siècle présent, qui vous tenant ensevelis avec notre aimable Sauveur, a fait de vos sacrées personnes des hommes cachés, des hommes que le momie n'a point connus.

Grand saint Taurin, le monde d'Evreux ne vous connaissait point, puisque venant apporter la véritable lumière à ce peuple qui était assis dans les ténèbres, et les ombres de la mort, il a mieux aimé ses ténèbres que les beaux jours de la grâce, et les vérités célestes que vous lui révéliez ; et vous a traité de faux prophète, et de séducteur. Homme de Dieu, le monde d'Evreux ne vous connaissait point, puisqu'étant tout corrompu par la malignité du péché, ce malade malheureux ne considérait vos remèdes divins que comme un poison dangereux; et pendant que vous travailliez de toutes vos forces pour lui obtenir la véritable vie, il faisait tous ses efforts pour vous procurer la mort. O homme apostolique! votre cœur charitable n'avait pour ce monde que des bontés inexplicables, lorsqu'il n'avait pour vous que des fbuets, des croix, et des tourments extraordinaires.

Glorieux prélat, votre-vie était cachée avec Jésus en Dieu par le dépouillement des biens terrestres que vous quittiez pour embrasser une pauvreté rigoureuse, qui vous rendait ridicule aux enfants des hommes par l'abandonnement des honneurs du siècle, et le choix d'une vie abjecte, qui vous faisait regarder comme l'ordure du monde; par l'éloignement du lieu de votre naissance, où l'on savait que vous étiez une personne de qualité. Mais une vie si divinement cachée, qui a fait le sujet de vos plus fortes affections dès votre plus jeune âge, fuyant les yeux des personnes qui pouvaient connaître vos éminentes vertus, a attiré sur vous les regards les plus favorables d'un Dieu, dont les yeux s'ouvrent avec une attention d'autant plus grande sur les personnes qui sont à son service, que ces personnes prennent plus de soin d'éviter la connaissance des créatures. C'est re généreux mépris de l'estime et de l'amitié des créatures, qui a été en vous une source féconde des F lus saintes grâces et bénédictions du ciei.

Les hommes s'opposaient à vos maximes , car ils ne pouvaient goûter ce qui était contraire à leurs sentiments. Les prêtres des fausses divinités vous persécutaient, car vous abattiez leurs autels, renversiez leurs temples, brûliez les bois qui servaient à leurs rérémonies sacrilèges. Les magiciens attentaient à votre vie, car vous détruisiez leurs sortilèges. L'enfer avait conspiré contre vous, car vous découvriez la malice et les ruses des démons, et délivriez les âmes qui gémissaient sous leur cruelle tyrannie. Mais pendant que les hommes se lassent à force de vous battre, et de vous fouetter; pendant qu'ils Jvous enferment dans de sombres cachots , pendant qu'ils courent après vous pour vous faire mourir; votre patience divine au milieu de tant d'opprobres et de tourments, obtient de la toute-puissante main de Dieu leur parfaite conversion. Le préfet idolâtre qui commandait dans la ville d'Evreux, sa femme, et son fils que vous aviez ressuscité, embrassent la religion chrétienne; des troupes nombreuses de peuples renoncent au paganisme; les prêtres même des faux dieux, et les magiciens se soumettent à l'empire de l'adorable Jésus; et un pays tout infidèle se trouve presque tout converti.

Les démons ont beau faire tous leurs efforts pour s'opposera de si glorieuses conquêtes : grand saint! leurs ruses et leur rage ne servent qu'à donner lieu à vos glorieux triomphes ; et ces esprits malheureux sont contraints d'avouer qu'ils deviennent vos captifs, attachés à vos pieds par des chaînes d'un feu qui les brûle tout de nouveau d'une manière extraordinaire. S'ils vous paraissent en des formes monstrueuses à l'entrée de la ville d'Evreux, pour vous empêcher le passage, ce qu'ils ne peuvent pas ; vous les faites paraître en la vertu divine d'une façon encore plus affreuse aux peuples de ce lieu pour les en Taire sortir : et c'est ce que vous faites par le baptême de deux mille personnes, qui quittent leur infidélité à la seule vue de ces horribles monstres.

Mais pendant que vous faites quitter la place aux démons de l'enfer, vous y introduisez les anges du ciel, et vous et eux, vous y établissez la gloire de la sainte croix; vous y établissez le culte de l'admirable Mère de Dieu, changeant le temple profane de la fausse déesse Diane, en une sainte église dédiée à Dieu sous l'invocation de la véritable mère de Dieu, que vous donnâtes dès lors pour patronne, pour dame et protectrice au diocèse d'Evreux. Tant d'actions si saintes d'une vie si séparée du siècle et si cachée au monde, méritaient bien qu'un ange du ciel vous fît voir, en forme d'un lis, à votre mère auparavant votre naissance. Elles ont mérité la plus douce protection de ces esprits bienheureux durant tout le cours de votre pure vie ; elles vous ont mérité à la mort une visite de ces sublimes intelligences, remplie des plus charmantes consolations du paradis; elles ont mérité de ces esprits tout d'amour, qu'après votre mort ils aient honoré votre sacré tombeau d'une musique céleste, faisant entendre aux hommes de la terre par leurs cantiques mélodieux en votre honneur, l'estime que le ciel fait de votre éminente gloire et de vos admirables vertus.

0 glorieux saint Gaud, votre vie a été cachée avec Jésus en Dieu, non-seulement par la grandeur incomparable de votre grâce et de votre sainteté, de votre intérieur tout divin, qui sont des choses que le monde ne connaît point ; mais encore par votre retraite volontaire dans un désert sur le bord de la mer, quittant les fonctions éclatantes de l'épiscopat, pour mener la vie solitaire d'un pauvre hermite dans une entière séparation des créatures de la terre : mais Dieu tout bon qui prend soin de manifester ceux qui se cachent pour son amour, semble prendre plaisir, ô homme tout divin, à découvrir votre gloire aux hommes de la terre; non-seulement immédiatement après votre mort, ce qui arrive ordinairement à la plupart des saints, mais encore dans la suite des siècles, où la divine providence ne cesse point de vous connaître, parce qu'incessamment durant le cours de votre vie, vous avez toujours travaillé à vous cacher. Dieu irès-bon et très-miséricordieux vous a manifesté cinq cents ans après votre mort, par la découverte de votre sacré corps, qui fut pour lors trouvé tout entier, et par un grand nombre de miracles qu'il fit en votre faveur. Il vous a encore tout nouvellement fait connaître il y a environ dix ans (j'écris ceci en l'année 1674), par une seconde invention de vos sacrées reliques, plus de cinq cents ans après la première; et cette invention, aussi bien que la première, a été honorée de plusieurs miracles; ce qui rend votre sépulcre glorieux, qui est proche le mont Saint-Michel en Normandie, asile favorable à tous ceux qui viennent implorer vos intercessions. Les grâces que j'y ai reçues, après les secours que vous m'avez donnés dans une maladie mortelle, me pressent de publier partout, que vous êtes le saint secourable dans les plus pressants besoins, et m'obligent à des reconnaissances que je désire être aussi longues et aussi durables que l'éternité même. Homme céleste, je ne m'étonne pas si vous obtenez tant de grâces à ceux qui visitent votre sacré tombeau ; puisque cela a été une de vos saintes pratiques dès votre plus jeune âge, d'aller rendre vos respects au sépulcre du grand saint Taurin. C'est dans ce lieu sacré que vous offriez des prières continuelles à la divine majesté, à ce qu'il lui plût donner un saint évoque au diocèse d'Evreux, dépourvu pour lors de prélat; vous que la divine Providence destinait pour être ce saint évêque que vous lui ; demandiez, quoiqu'en ce temps vous ne connus.sicz pas les desseins de cette aimable Providence sur vous.

Illustre martyr de Ïésus-Çhrist, saint Sterne, voire vie £ été cachée avec Jésus-Christ en Dieu ; et à peine jamais vie a-t-elle été plus cachée. Le monde n'en e*t pas digne, les yeux des hommes sont trop faibles pour en supporter les vives et brillantes clartés, leur

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