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que do se voir dans l'estime et l'amitié du inonde. Plusieurs vérités dont nous avons parlé dans ce petit ouvrage ne laissent aucun lieu de douter de ces sentiments. Mais disons ici ce qui a été déjà dit : que les approbations, les applaudissements et l'amitié du monde, nous donnent peu de rapport avec notre divin Maître et sacré modèle, et môme nous mettent dans un si grand éloignementde sa très-sainte vie, que certainement il est bien difficile de se consoler dans des états semblables. Autrefois notre céleste Maître disait que le serviteur n'était pas audessus du Maître; que ses disciples seraient persécutés du monde qui l'avait persécuté. Après un témoignage si exprès de la bouche d'un Dieu, que faire et devenir, lorsque l'on se voit, dans l'honneur et la gloire? Si je plaisais aux hommes, s'écrie le grand Apôtre, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ. Galat. i, 10.) Si donc nous plaisons à ces nommes, que pouvons-nous penser, et où en sommes-nous? Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ, prononce le même Apôtre, souffriront persécution. (ÏI Tim. m, 12.)Si donc nous ne sommes point persécutés , "comment pensons-nous vivre pieusement? Un saint évoque entrant dans la maison d'un homme riche, qui ne savait ce que c'était qu'affliction, qui était dans l'estime et dans l'honneur, à même temps qu'il eut reconnu l'état heureux de ce riche selon le siècle, prit la fuite, disant que la malédiction du ciel était sur cet homme si béni de la terre : et l'histoire rapporte qu'à peu de temps de là il fut écrasé sous les ruines de sa maison. C'est une grande maxime des saints, qu'il est très-difficile d'être à son aise en ce monde et en l'autre. Les gens qui sont si à leur aise en cette vie, doivent extrêmement craindre qu'ils n'y reçoivent leur récompense. Le grand Turc a chassé Notre Seigneur de son pays, en détruisant sa sainte religion, et au bout de tout, quelles commodités n'a-t-il pas? C'est l'un des plus grands seigneurs de la terre, et qui se donne le plus de plaisir. Le P. de Condren étant tout pénétré de ces vues, était grandement étonné de ce que la divine Providence l'avait privé de ces grands honneurs et grandes satisfactions du siècle ; parce que, disait-il, mes péchés méritaient bien que je fusse abandonné aux voies du monde, qui sont voies de plaisirs, de richesses et d'honneurs pour la vie présente. Saint François de Borgia se voyant honoré, s'écriait : Où nos péchés nous ont-ils réduit? regardant l'estime et l'amitié du monde comme l'un des plus grands fléaux de Dieu.
A ni s'écriait uneisainte aine, faut-il avoir tant de part où Jé>us a eu si peu de commerce? Les saints étaient tout honteux, et la confusion leur couvrait le visage, quand ihs se voyaient honorés où Jésus n'avait paru que comme un ver de terre et l'opprobre des hommes. En vérité quel moyen de ne pas mourir de honte, si l'on considère ses états, si l'on fait réflexion sur ceux que l'on porte ? Les âmes, disait un bon serviteur de Dieu,
seront autant proches du cœur de Dieu, qu'elles auront été éloignées des cœurs des créatures. 0 que bienheureuse est l'âme qui renonce à tout cet amour de la créature, à toutes les tendresses et caresses des hommes, pour savourer Jésus rebuté et banni des cœurs des mondainsl Mon royaume, disait cet aimable Sauveur , nest point du monde. (Joan. xvm, 36.) Oh! quel bonheur donc de n'y pas régner,' mais d'y être humilié avec lui! Voilà la voie assurée pour être participants de son royaume éternel dans la glorieuse éternité ; car, selon les exprès témoignages de l'Ecriture, il nous faut entrer dans ce royaume de Dieu par beaucoup de tribulations. Si tu veux, disait cet adorable Jésus à sainte Catherine de Sienne, porter la couronne d'or des bienheureux dans le paradis, il faut porter la couronne d'épines des affligés dans la vie présente. Ces considérations pénétrant vivement l'esprit du P. Jean Chrysostome, religieux pénitent du troisième ordre de Saint-François, il ne soupirait qu'après les abjections et mépris; mais )1 en était si saintement passionné, qu'il fit vœu de jeûner cent jours en l'honneur du glorieux saint Joseph, s'il pouvait obtenir par sa grande faveur la précieuse grâce d'être méprisé de toutes sortes de personnes. De plus il s'était obligé par vœu de faire tout ce qu'il pourrait, sans sortir de l'ordre de Dieu, pour se faire mépriser des créatures. Le saint homme, le P. Jean de la Croix était bien pénétré des mêmes sentiments, lorsque Notre Seigneur lui ayant donné le choix de lui demander tout ce qu'il voudrait pour la récompense de ses grands travaux, la seule récompense qu'il demanda à ce Dieu de toute bonté, fut de pâtir et d'être méprisé, une continuation ou augmentation de ses peines et croix. Il y a eu d'autres saintes âmes qui ont pris d'autres voies pour n'avoir aucune part à l'estime et à l'amitié des créatures, comme cette excellente fille, dont l'histoire rapporte que', servant dans une communauté qui ne gardait pas de clôture, et y vivant dans la pratique des plus éminentes vertus, sans avoir. rien à l'extérieur qui fit connaître sa haute sainteté : Dieu ayant permis qu'elle fût découverte par quelque voie extraordinaire, aussitôt elle prit la fuite, sans que jamais personne ait pu savoir où elle s'était retirée. Je demande ici s'il y a ambitieux au monde qui poursuive la gloire avec tant d'ardeur, comme cette sainte tille a recherché la vie cachée et inconnue ? Mais n'est-ce pas encore une chose bien surprenante de voir un saint Alexis, qui, étant découvert par la très-sacrée Vierge, quoiqu'il ne pût douter après une telle conduite du ciel, que ce ne fût l'ordre de Dieu, s'enfuit cependant aussitôt, et se retire d'un lieu où il n'était connu que par la personne même de la glorieuse Mère de Dieu, qui l'avait révélé?
Mais c'est enfin qu'il est insupportable au* âmes étroitement unies avec Jésus, de se voir considérées dans un lieu où cet aimable Dieu-homme a mené une vie basse et