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de chagrin, d'inquiétude,1 de crainte, de douleur, d'ambition, de joie ou d'amour. Oh! quelle pureté, dit un grand serviteur de Dieu, d'être en la terre pour n'y voir que Dieu, d'y vivre comme si l'on n'y était pas connu , sans avoir égard à ce que le monde dit ou pense de nous, sans vouloir connaître ni être connu de personne, ni nom, ni livrée, ni visage ; y vivre au milieu des villes et compagnies, comme si l'on était dans un désert. Dans cet état l'on a des yeux et l'on ne voit point, toutes les créatures paraissant toujours comme rien ; l'on a des oreilles et on n'entend pas, par la désoccupation de tout ce que le monde dit de nous et des autres. L'union avec Dieu est très-intime, le néant de l'être créé n'y taisant point obstacle quand l'âme en est divinement pénétrée. La joie dans la suprême partie de l'âme y est admirable , puisqu'elle repose doucement dans son centre, hors l'embarras, le bruit et le tumulte des créatures. Sa paix est profonde et immuable, aucune chose du monde ne la lui pouvant ôter. Dans cet état, on est délivré heureusement de tous les obstacles qui nous emj êchent de marcher dans les plus saintes voies du pur amour. Les richesses n'attachent plus, ni les plaisirs, ni les honneurs, puisque, comme nous venons de le dire, on ne les regarde que comme rien. Par la même raison , l'on ne se soucie plus ni des habits et ornements du corps, ni des meubles, ni des bâtiments, ni des belles terres. L'on méprise facilement la beauté et tous les talents naturels, n'ayant personne à qui plaire. 11 n'y a plus d'empressement pour paraître, pour acquérir de l'estime, pour avoir de l'amitié; car ce serait une folie de vouloir paraître où l'on ne voit plus personne , et de désirer l'estime et l'amitié d une chose qui n'est rien. L'on porte sans difficulté les mépris, les rebuts, les injures les plus atro-
ces, les calomnies les plus outrageuses, les ingratitudes , les délaissements, les privations de toutes sortes de personnes, ûes amis et des plus proches, la pauvreté, les misères les plus extrêmes ; car l'âme divinement éclairée du «éant de toutes choses ne s'étonne et ne se met en peine de ce qui n'est rien. Ah! qu'il est donc doux , qu'il est avantageux, niais qu'il est divin de vivre au monde comme s'il n'y avait que Dieu seul et nous.
Après tout, faisons ce que nous voudrons. Ceux qui seront assez misérables pour donner leur estime et leur affection au mondo et aux choses du monde, ouvriront bientôt les yeux sur la vanité et le néant de ce monde, de ses plaisirs el honneurs; mais il sera bien tard, puisque ce ne sera qu'à 1a mort, où l'on découvre pleinement les illusions qui nous ont fait égarer parmi les créatures, mais sans pouvoir y apporter aucun remède. Tout se passera comme un songe, dit un serviteur de Dieu, nos bisaïeuls sont passés, et desquels il n'est plus de mémoire, leurs cadences et leurs décadences , leurs contentements et leurs déplaisirs, qui leur tenaient si fort au cœur, et qu'ils avaient tant de peine d'accommoder à la loi de Jésus-Christ et aux esprits de leurs temps, tout cela est évanoui. Is'estil pas vrai qu'on a sujet de les estimer avoir manqué de sens, s'ils ont considéré autre chose dans leurs voies que Dieu? Il en sera de même de nous : tout passera, et Dieu seul demeurera. Pourquoi ne feronsnous pas durant quelques années d'une vie qui passe si vite ce qu'il nous faut faire durant tout une éternité, à moins que d'être damnés pour un jamais? Car si nous allons au ciel, c'est un lieu où Dieu seul est toutes choses en tous. Heureuse et mille fois heureuse l'âme à qui Dieu seul suffit en cette vie, comme il suffit dans le ciel.
CHAPITRE X Avoir une dévotion spéciale à la sainte famille de Notre-Seigneur, aux bons anges et à tous les saints qui ont eu une liaison particulière à la vie cachée de cet adorable Sauveur.
Tous ceux qui auront quelque amour pour la vie cachée doivent sans doute avoir une dévotion toute spéciale à l'adorable Jésus divinement caché en notre terre avec la très-sainte Vierge et le glorieux saint Joseph. C'est cette sainte famille qui doit faire leur grande occupation , et qui doit être le sujet de leurs plus ordinaires pensées , de leurs admirations et de leurs amours. En quelque état que l'on puisse être, soit que l'on soit engagé dans le siècle, soit que l'on vive dans la solitude des cloîtres, l'étable de Bethléem et la maison de Nazareth doivent servir de retraite commune à tous les amants de la vie cachée. C'est dans ces lieux sacrés qu'il faut fuir au plus vite, s'éloignant des créatures qui veulent nous amuser de l'estime des choses créées , et nous arrêter à ce que les hommes pensent
ou disent. Ahl quelle force l'âme ne tirerat-elle pas de la vue des mystères divins qui s'opèrent dans ces lieux saints ? Si elle contemple bien sérieusement la grande et épouvantable privation des plaisirs, richesses et honneurs qu'y porte l'adorable Jésus avec sa bienheureuse mère et saint Joseph , ] ourra-t-elle encore avoir le moindre doute des grandeurs et des excellences de cet état? Jésus est Dieu , et par suite il ne se peut tromper dans le choix qu'il fait des états. Que le monde en pense donc et dise ce qu'il voudra, il faut en demeurer aux sentiments d'un Dieu-homme, et il faut que tout esprit se rende à la lumière infinie et infaillible de Jésus. Jamais personnes n'ont été si aimées de Jésus que la Vierge trèspure et son virginal époux saint Joseph ; et cependant c'est à ces persounes bien-aimées qu'il fait le plus de part des privations de ce que le monde recherche et aime. C'est donc la plus grande grâce qui nous puisse jamais arriver s'il nous y est donné quelque entrée. Quel moyen après cela de nous affliger de ce qui doit faire le grand snjet de nos joies? Mais au contraire, s'il est possible de goûter en notre terre d'innocents plaisirs, il les faut chercher dans la vie cachée et dans ses suites et accompagnements. Oh! qu'il est doux de n'avoir point part avec Jésus , Marie et Joseph aux applaudissements et amitiés des créatures, et d'être rebuté , délaissé et crucifié 1 Disons encore que l'application intérieure à ces aimables personnes si saintement séparées du siècle, remplit l'âme de lumières célestes et d'une force divine, pour pénétrer les excellences de la vie cachée, et pour entrer ensuite dans sa solide et fidèle pratique.
Ayons donc de la dévotion à Jésus caché, et pour ce sujet contemplons ce qui en a été dit dans ce petit ouvrage, pour nous enflammer de plus en plus à l'amour de la vie retirée de ce Dieu homme; ce qui se fera dignement par la conformité de notre vie à la vie divine de cet aimable Sauveur. Ayons de la dévotion à la vierge Marie, sa très-heureuse mère, la plus cachée entre les pures créatures qui fut jamais. Elle a été cachée dès le commencement de sa toute sainte vie, et auparavant même qu'elle fût en état de paraître, par sa demeure dans le temple; elle a été cachée lorsqu'elle devait paraître dans le temps de son mariage, la divine Providence lui donnant pour époux virginal un pauvre charpentier. En vérité, c'est être bien cachée pour une fille qui était de sang royal. Elle a été cachée dans sa maternité divine, quoique cette qualité inestimable la dût faire connaître à toute la terre habitable et à toutes les créatures raisonnables qui v sont; et ce qui est entièrement admirable, c'est que ce qui la devait manifester davantage est ce qui la cache le plus. Elle est si inconnue dans Bethléem, qu'elle n'y peut pas trouver le moindre coin de logis pour y faire ses divines couches. Tout le monde trouve où s'y loger, il n'y a que la seule Vierge qui e*t universellement rebutée; si
elle n'avait point été mère de Dieu, elle aurait trouvé sa place comme les autres; H n'y aura pour cette Mère de Dieu qu'une étable, la divine Providence destinant une crèche pour la naissance de son fils Dieu. Remarquez ici en passant la conduite de Dieu sur les personnes qui lui sont plus chères, et apprenez ce que sainte Thérèse assure avoir oui dire de la propre bouche de Notre-Seigneur, qu'il envoie de plus grands travaux à ceux qu'il aime davantage. Ceux qui ne sont pas tant en faveur auprès de sa divine personne n'ont pas tant de part à sa croix; les consolations de la vie présenté sont accordées en abondance à ses plus grands ennemis. Je vous laisse à faire les réflexions qui se doivent tirer nécessairement de ces grandes vérités. La très-sainte Vierge est étrangement cachée au milieu des peuples idolâtres de l'Egypte; elle l'est d'une manière étonnante dans la boutique d'un pauvre charpentier; elle l'est au milieu des applaudissements que l'on dormait a Notre Seigneur ensuite de ses miracles, car elle ne disait mot et ne faisait point d'éclat au suj>t de sa qualité de Mère; elle l'écoutait prêcher comme la plus simple des femmes qui le suivaient, et même il est arrivé, notre Seigneur prêchant, qu'elte est demeurée à Ja porte sans dire la moindre parole pour se faire place, y demeurant comme la moindre personne de l'assemblée. Elle a été cachée au pied 'de la croix, participant à tous les opprobres, à toutes les ignominies de son Fils bien-aimé. Mais disons, et disons-le, nous perdant en même temps dans un abîme d'admiration, que ses inclinations pour la vie cachée ont été extrêmes. Cette vérité se rend sensible au delà de tout ee qui peut se dire par le silence étonnant qu'elle a gardé à l'égard de saint Joseph, le voyant dans une peine très-grande au sujet de sa grossesse divine ; car enfin comment pouvait-elle se taire, puisqu'il était en son pouvoir d'ôter par quelques-unes de ses paroles toutes les peines que soulfrait saint Joseph? Remarquez de plus que saint Joseph était son époux, qu'il souffrait à son sujet, et qu'elle avait pour lui le plus fort amour qu'une créature dans l'ordre de Dieu en puisse avoir pour une autre. Elle se cachait lorsqu'elle était le plus saintement manifestée; ce qui se voit lorsque sainte Elisabeth lui donnant mille bénédictions et louanges, elle n'en reçoit rien pour elle et renvoie tout à Dieu. Elle se cachait menant une vie pauvre et abjecte, gagnant sa vie à coudre et à filer, étant vêtue très-pauvrement, sans jamais porter de drap de couleur. Davantage, elle a bien voulu cacher sa pureté immaculée, ne faisant difficulté de paraître immonde le jour de sa très-pure purification. Elle a voulu passer pour pécheresse, elle qui est plus pure que le soleil et que les anges morues. Enfin elle s'est cachée à elle-même, ne s'étant jamais préférée à aucune créature du monde, comme sainte Mathilde assure l'avoir appris par révélation divine; ausM dans les assemblées elle se mettait au der-
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nier lieu, comme l'ont remarqué les saints sur ce qui est rapporté par saint Luc dans les Actes des Apôtres. Mais après tout, jamais pure créature n'a plus été cachée, puisqu'il n'y a que Dieu seul qui la connaisse et qui sache parfaitement toutes ses grandeurs et excellences , selon le témoignage des Pères.
Ayons dévotion à saint Joseph, la personne la plus cachée après Jésus et Marie. Chacun sait qu'à peine sait-on rien des actions admirables de cet incomparable saint; mais vous diriez que Jésus prend plaisir à le faire l'homme le plus caché qui fût jamais, le faisant mourir auparavant sa vie conversante, à laquelle ce saint homme eût pu avoir quelque part et faire de certaines actions qui eussent donné lieu aux écrivains sacrés d'en dire quelque chose. O que cette conduite est capable de nous convaincre de plus en plus des grandeurs de la vie cachée ! Certainement il faut bien dire qu'elle renferme des excellences que l'on ne peut penser, puisque Jésus l'a aimée avec tant de force et de tendresse et pour les personnes qu'il veut faire les premières de l'Eternité glorieuse. N'est-ce donc pas une inarque d'une élévation, d'une gloire incomparable dans le ciel, lorsque l'on est tout caché en cette vie sur la terre? Mais considérons, après avoir vu au moins en apparence quelque dureté pour saint Joseph dans le cœur ie plus tendre des pures créatures, le cœur virginal de Marie lui celant dans ses peines le mystère de l'Incarnation, une conduite apparemment encore assez rebutante de Jésus pour ce saint, l'admirable entre les saints. C'est Jésus qui est le maître de la vie et de la mort : ainsi saint Joseph meurt, parce qu'il veut qu'il meure ; c'est donc Jésus qui l'éloigné de lui, et en même temps qui le sépare de sa virginale épouse. Considérez en passant que c'était donner à sa trèssainte Mère une grande mortification, la privant de la plus grande consolation qu'elle pût avoir au monde d'une pure créature; et considérez toujours le procédé de Dieu sur ses plus chers favoris. Mais Jésus éloignant Joseph de sa présence, l'envoie dans les limites, qui étaient des prisons, et cela pour plusieurs années. Si vous faites bien attention sur toutes les circonstances de cotte conduite de Jésus sur saint Joseph, vous verrez que saint Joseph a été mortifié de Notre-Seigneur d'une manière la plus étonnante du monde, et ensuite vous connaîtrez qu'il n'y a point de paroles qui puissent expliquer le grand bien de la mortification. Ah! pourrez-vous jamais vous plaindre après cela de vos peines intérieures, des soustractions de la présence sensible de Dieu dans votre âme? Quelqu'un dira que Notre-Seigneur envoya saint Joseph dans les limbes pour annoncer sa venue aux saints
Pères qui y étaient détenus, et il est vrai; mais il le pouvait bien faire par les saints anges; c'est qu'enfin il veut saint Joseph tout caché.
Ayons dévotion au grand saint Jean Baptiste", dont la vie a encore été exlraordinairement cachée, parce que Dieu voulait l'élever à une sainteté extraordinaire. Ayons dévotion à sainte Madeleine, qui a passé tant d'années dans une grotte solitaire; à saint Paul ermite, à saint Onufre, à saint Alexis, à saint Jean Calvbite, et à tous les saints qui ont mené une vie solitaire et retirée; mais n'oublions pas les saints qui, ayant paru par leurs fonctions éclatantes, ont mené une vie cachée par les ignominies qu'ils ont endurées, par les médisances et calomnies dont leur réputation a été déchirée, par les rebuts et mépris que l'on en a faits, n'étant bien connus des hommes qu'afin de passer parmi eux comme la balayure du monde. Tels étaient les glorieux apôtres saint Pierre, saint Paul, saint Jean J'Evangéliste, et les autres apôtres et disciples de Notre-Seigneur, A'ous remarquez à leur suite, dans tous les siècles, des saints admirables dans cette sorte de vie cachée; car, comme il a été dit ci-dessus, ces anéantissements tiennent plus cachées dans le milieu des villes et des campagnes les personnes qui les souffrent que les ermites ne le sont dans leur solitude. Souvenez-vous encore des saints anges qui parurent aux pasteurs, de ceux qui chantèrent dans les airs à la naissance du Fils de Dieu, de celui qui révéla à saint Joseph le mystère de l'Incarnation, de celui qui lui annonça la fuite de Notre-Seigneur en Egypte et son retour en Galilée; de tous ceux qui ont servi à notre bon Sauveur dans l'étable de Bethléem, dans sa retraite en Egypte, durant toute sa vie cachée en Nazareth; des saints anges qui accompagnaient sa très-sainte Mère ; du bon ange gardien de saint Joseph, et de tous les bons anges gardiens des saints dont la vie a été cachée, soit par la solitude extérieure, soit par les croix ignominieuses. L'on peut dire que tous ces bienheureux esprits demandent une vénération particulière de tous les dévots à la vie cachée, puisqu'ils ont contribué si puissamment à son établissement.
Assurément que leur dévotion est l'un des grands moyens pour entrer saintement dans sa pratique; et les secours que l'on reçoit de ces esprits du pur amour sont si grands, que l'on ne peut assez dire qu'il faut les aimer de îa belle manière. Si vous voulez en savoir les moyens, vous pouvez les lire dans un petit livre que Notre-Seigneur et sa très-sacrée Mère nous ont fait la grâce de composer en leur honneur, intitulé : La dévotion aux neuf chœurs des saints Anges. Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.
ORAISON AU SAINT-ESPRIT
Esprit-Saint, mon Dieu, abîmé dans mon néant en la présence de votre Etre infiniment suradorable, j'implore l'assistance continuelle de vos bontés excessives et le secours de vos grandes miséricordes sur ma chétive personne, qui ne veut être que pour votre gloire, qui ne veut rien faire que pour vos intérêts sacrés, qui ne veut vivre que de votre pur amour. Ahl mon Dieu, ne me rejetez jamais de devant votre face, ne vous retirez jamais de mon âme ; soyez selon la multitude de vos miséricordes l'Esprit de mon esprit, l'âme de mon âme, le cœur de mon cœur : que je ne sois plus rien à moi, à aucune créature, (jue je sois tout à vous, mais très-uniquement et très-généralement, et sans la moindre petite réserve, afin qu'il n'y ait plus que vous seul en tout ce que je suis, et tout ce que je fais et ferai à jamais. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.