A LA SÉRAPHIQUE SAINTE THÉRÈSE , RÉFORMATRICE DE CET ORDRE
Grand saint, le miracle et l'étonnement de tous les saints, dont la grandeur de ia grâce s'élève en sa hauteur incomparablement au-dessus de tout ce qu'il y a de plus éminent parmi les saints. Homme plus qu'homme, homme plus qu'ange , le sujet des admirations de ces esprits sublimes, de ces pures intelligences du ciel, aussi bien que des &rnesles plus élevées de la terre; car, où est l'ange dont l'on puisse dire qu'il a eu la Mère d'un Dieu pour épouse , qu'il a été le père putatif d'un Dieu-Homme; qu'il l'a nourri, élevé, porté entre ses bras et sanvé de la mort, et enfin qu'un Dieu lui a été sujet? En vérité , tous les siècles n'ont jamais rien vu de semblable. Ce sont des vérités nouvelles pour les séraphins mêmes qui , au milieu de la gloire, ont appris des circonstances surprenantes qu'jls ignoraient , et qui regardaient le mystère de l'Incarnation. Incomparable saint, il n'y a point d'esprit au ciel et en la terre, qui ne se doive perdre dans l'abîme de ces merveilles épouvantables, dans la vue de ces privilèges qui vous sont si particuliers, que jamais aucun autre homme que vous en a eu de pareils.
Après cela, il n'est plus question de presser son cœur de vous aimer; car il faut qu'il cesse d'être capable d'amour, d'être cœur; ou bien, il ne doit respirer que votre amour, et doit être tout de feu pour vous. Non, il n'est pas possible de se défendre de votre amour, et de ne vous avoir une dévotion toute cordiale. Vos aimables perfections, vos glorieuses excellences, vos mérites précieux sont des motifs plus que suffisants pour vous engager ses inclinations. L'intérêt y oblige, puisque vous êtes le saint tout-puissant auprès de Dieu; et le ciel a révélé en nos jours à une grande âme, que notre Seigneur ne refuse rien'd es choses justes qu'on lui demande, quand on l'en prie par les services que vous lui avez rendus. Mais comment, dit la grande sainte de votre dévotion, la glorieuse Thérèse, peut-on penser aux assistances que vous avez rendues à la reine du ciel, et au petit enfant Jésus, sans vous en remercier, sans en être touché ? Mais comment peut-on penser, et à l'amour que vous avez eu pour Jésus et Marie, et à l'amour que Jésus et Marie ont eu pour vous, sans être tout d'amour pour vous? Et puis, l'intérêt que votre sainte épouse prend aux choses qui touchent votre dévotion, comme elle le marqua à sainte Thérèse, lui prenant les mains, et lui disant qu'elle lui donnait beaucoup de contentement en votre service, presse encore beaucoup devons honorer singulièrement.
Aussi cette grande sainte n'oubliait rien pour établir votre culte ; et surtout elle conseillait de vous prendre pour avocat et patron dans les voies de l'oraison. C'est pourquoi elle vous choisit pour protecteur du Carmel, et voulut que le premier monastère de la réforme, comme une maison d'oraison, fût sous votre glorieux nom ; et l'on peut dire que Dieu s'est servi de cette sainte, et de tout l'ordre du Carmel, pour établir votre dévotion par toute la terre, et faire éclater vos grandeurs parmi tous les peuples.
Toutes ces vues me sont des motifs très-pressants de vous consacrer ce petit ouvrage; mais ce que je suis à la souveraine des anges et des hommes, m'y oblige indispensablement, puisque la qualité d'époux de cette grande reine vous rendant ses biens communs, tout ce qui est à elle vous appartient. Grand saint, après donc m'ètre jeté aux pieds de votre aimable épouse, me voilà prosterné aux vôtres, vous présentant ce petit ouvrage qui est à elle, aussi bien que la personne qui l'a fait, et tout le reste qu'elle peut
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avoir, qu'elle vous offre aussi 5 même temps comme à sou très-honoré Seigneur et maître.
Ensuite je m'adresse à vous, séraphique Thérèse, l'union ineffable que vous avez eue avec Jésus, Marie et Joseph, m'y engageant absolument. Mais comment pourrais-je, sans une injustice manifeste, ne vous pas présenter ce qui est plus vôtre que mien? Ce petit ouvrage étant rempli de tous côtés de votre doctrine céleste, de vos sentiments divins que j'ai tirés de tous vos ouvrages ; en sorte que l'on peut dire qu'il est l'ouvrage de vos ouvrages. Aussi comme tous vos ouvrages tendent spécialement à l'établissement de l'oraison, celui-ci se propose la môme fin. Glorieuse sainte, qui disiez que notre Seigneur ne faisait pas une petite grâce à celui qui excitait à une si sainte entreprise, comme celle de l'oraison, adorez, bénissez, louez, remerciez, aimez pour moi ce Seigneur de toute miséricorde, de cette grâce qu'il m'a faite. Louez et aimez sa très-sainte Mère, de ce qu'elle me l'a obtenue, et puisque votre chaste cœur était tout dévoré du zèle du règne de Dieu par les désirs ardents que vous aviez de la conversion des pécheurs, hérétiques, schismatiques, et infidèles ; à présent que vous êtes plus puissante que jamais en la gloire du ciel, pressez, je vous en conjure, la divine bonté pour l'établissement de ce règne jlans mon cœur, et dans le cœur de tous les hommes, et obtenez une abondance de grâces puissantes pour tous les prédicateurs, confesseurs et directeurs qui y travaillent, et spécialement pour ceux qui sont dans les pays étrangers. Hélas 1 vous aviez coutume dédire que vous ne vous souciez plus de vous, et que vous ne saviez ce que vous étiez devenue ; c'est que vous n'étiez plus, et que vous étiez heureusement perdu dans Jésus, qui seul vivait et régnait en vous. Oh ! que ces démarches que vous avez faites pour votre perte sont belles, ô la fille du prince S Puissions-nous courir après vous à une si heureuse perle, afin qu'étant tous perdus, et n'étant plus, il n'y ait piusque Dieu seul, afin que Jésus seul vive et règne à jamais. Ainsi ^ oit-il, ainsi soit-il, ainsi soit-il.