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LA GLOIRE DE LA SAINTE TRINITE. - PART. I, MOTIFS

ble de tous les maux les plus affligeants do la vie, en donnerait une idée effroyable; mais voici que les saints Pères, comme saint Augustin, saint Grégoire, nous assurent qu'ils surpassent incomparablement tout ce qui peut faire souffrir en ce monde. On souffre donc plus en ce lieu de la divine Justice, que l'on ne pourrait endurer par tous les tourments des coliques les plus cruelles, de la pierre, de la goutte, des huiles bouillantes, des roues, des feux et des flammes. Quand nous apprenons les supplices quelacruauté des peuples les pi us barbares leur a fait inventer pour tourmenter les hommes, nous frémissons de peur. Quand nous lisons dans l'histoire ecclésiastique re que les saints martyrs ont souffert en tant de manières, nous demeurons grandement étonnés. Cependant les tourments du purgatoire les surpassent dans leur grandeur, tous ceux même des martyrs n'en approchent point, selon qu'il fut révélé à sainte Magdeleine de Pazzi. Il y a plus, et voici ce qui est bien capable de faire trembler les plus assurés. Le Docteur angélique enseigne que les peines du purgatoire sont plus grandes que celles que notre bon Sauveur a endurées en sa douloureuse passion. Hélas I que devenir ici?Ovousqui lisez ces choses, et moi qui les écris, que deviendrons-nous? Mon Seigneur, ne me reprenez pas duns votre fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère. (Psal.M, 2.) Il ny a rien de sain dans ma chair, et il ny a point de paix dans mes os [Psal. xxxvn, k), quand j'y pense. .Miséricorde, miséricorde, ô sang de Jésus-Christ! apaisez la divine colère. O très-douce Vierge, la mère de miséricorde, ayez pitié de nous, ayez pitié des pauvres âmes du purgatoire. Anges bienheureux, venez au secours'

Encore une fois, que devenir ici? Ne dites donc pas que vous ne craignez pas tant le purgatoire ! parce que l'on est assuré d'aller dans le ciel. Que personne ne parle de la sorte, dit saint Augustin; car il est vrai que, quoique celte assurance donne des consolations indicibles, elle n'empêche pas pourtant que l'on ne souffre d'une manière inexplicable. Vous concevrez bien cette vérité par l'exemple de notre bon Sauveur. Non-seulement il était assuré de sa gloire, mais sa très-sainte âme en jouissait dès le premier moment de sa bienheureuse création ; et cependant cette jouissance dans sa suprême partie a-t-elle empêché les peines épouvantables de sa dou- Joureuse passion? Oui, dit ce Père que je viens de citer, tout ce que l'on peut voir ou sentir est bien éloigné de ces flammes purifiantes. Hélas I non jamais l'œil n'a vu ni l'oreille entendu rien de pareil.

Disons encore quelque chose de plus : l'imagination, pour féconde qu'elle soit, ne peut se figurer rien de semblable. Ah 1 représentezvous toute la terre en feu, et tout ce qu'elle renferme, ce qui arrivera à la fm du monde ; quel étrange spectacle ! Tous ces feux ne sont pas comparables aux feux du purgatoire, ils n'en sont que la figure : la raison est.

dit saint Thomas, que ces feux so:;t de mémo espèce que ceux de l'enfer, qui n'agissent pas par une vertu qui leur soit naturelle, mais comme des instruments de la colère de Dieu, qui est comme Je feu de ces feux, et qui leurdonne une force qu'ils n'ont pas. On peut bien appliquer ici ces paroles d'isaïe : Le souffle du Seigneur est comme un torrent de soufre qui les embrase (Isa. xxx, 33], et c'est un torrent où les pauvres âmes du purgatoire sont toutes plongées.

Mais ne peut-on pas dire que ce souffle du Seigneur est le Saint-Esprit, comme il est l'amour personnel du Père et du Fils; et que le grand amour Tait les grandes haines, et les grandes haines les grandes vengeances ; c'est lui qui fait le châtiment du péché, et, comme il est Dieu, il en tire la vengeance en Dieu ; ainsi tout ce que les hommes ensemble et les démons mêmes pourraient faire, n'a rien de semblable, et toutes ces créatures ne pourraient pas donner au feu qui brûle les âmes, le surcroît de force qu'il a pour les tourmenter; il faut la toute-puissance de Dieu.

Ecrions-nous dans cette vue avec le prophèîe Isaïe : Voilà la majesté du Seigneur qui vient de loin ; il paraîtra dans une fui"ur ardente, dont nul ne pourra souffrir Veffort ; ses lèvres sont pleines d'indignation, et sa langue comme un feu dévorant. {Ibid., 27.) Hélas ! disait le Prophète-Roi : Seigneur, vos flèches m'ont pénétré, et vous avez appesanti votre main sur moi! (Psal. xxxvii, 3.) Hé! qui pourrait s'imaginer la pesanteur de cette main de Dieu? Job (xix, 21), l'incomparable en patience, en ayant été touché, demande et prie que l'on ait pitié de lui. Les pauvres âmes du purgatoire en sont bien frappées d'une autre manière; et elles ont bien d'autre sujet de crier qu'on ait pitié d'elles.

Ah! vous qui passez encore par le chemin de ce monde, arrêtez-vous un peu pour considérer le bras qui les frappe ; c'est le bras tout-puissant d'un Dieu : ensuite méditez la grandeur de leurs peines, et voyez qu'il n'y a point de douleur pareijle. Il n'y a donc point de misère semblable, et ensuite point de personnes plus dignes de compassion, plus dignes que l'on n'oublie rien, que l'on fasse tout pour leur soulagement. Faites réflexion sur toutes les œuvres de miséricorde que l'on a exercées envers les misérables en ce monde, et sachez qu'elles en méritent davantage; prenez-y vos mesures, et à la vue de la grandeur de leurs tourments, voyez ce que vous devez faire pour elles.

Le cardinal de Vitry rapporte que sainte Christine, surnommée l'Admirable, à raison des choses extraordinaires que Dieu a faites par elle, ayant connu leurs peines, souffrit pendant quarante-deux ans des douleurs inexplicables pour leur délivrance. Dieu lui conservait miraculeusement la vie;.car nonseulement elle se déchirait parmi les pierres et les cailloux, mais elledemeurait quelquefois plongée dans les eaux glacées, et se jetait quelquefois au milieu des feux. Le Vé-

ŒUVRES COMPLETES DE ROUDON

uérable Bède écrit: Qu'un homme de son temps, avant aussi connu les tourments du purgatoire, se plongeait dans les glaces au milieu de l'hiver, à la vue de toute l'Angleterre; et le savant et pieux Bellarmin assure qu'il croit cette histoire.

Et certainement il est bien difficile à ceux qui ne sont pas insensibles, de n'être pas touchés vivement de la grandeur de ces peines, et pour en procurer le soulagement aux flmes qui les souffrent, et pour prendre de fortes résolutions d'employer tous les moyens nécessaires afin de diminuer celles que nous avons tout sujet de craindre. Un évêque, après l'apparition d'une âme du purgatoire décédée en odeur de sainteté, quitta l'épiscopat, et se renferma dans un cloître pour le reste de ses jours. Que ne fait-on pas en cette vie pour éviter le mal du calcul ou de la goutte ? Que ne donnerait-on pas pour en être délivré ? L'on a vu tout récemment un des plus grands princes de l'Europe s'abstenir de viande, de poisson, et de ce qu'il y a de plus délicieux au goût, et cela durant bien des années, pour avoir quelque soulagement du niai delà goutte ;je dis quelque soulagement, car toutes ces abstinences ne l'en délivraient pas, ett en cela il menait une vie plus mortifiante que les plus austères religieux. Ici je me sens obligé de m'écrier : Où est la foi ? où est la foi ? Si un confesseur avait ordonné à ce prince une pareille abstinence pour pénitence, et pour le soulager des peines de l'autre vie, non pas durant quelques années, mais pour quelques mois seulement, on aurait taxé celte conduite d'indiscrétion et d'emportement de zèle. Mais où trouverat-on des grands du siècle, des gens même du commun, qui se mortifient de la sorte pour les peines de l'autre vie ?

Cependant nous disons que nous croyons un enfer et un purgatoire ; quand nous tiendrions ces choses pour de pures fables, nous n'en serions pas moinstouchés. Rentrons ici dans nous-mêmes, et considérons que quand nous serions certains, par une révélation assurée, que nous serions sauvés, les tourments du purgatoire sont plus que suffisants pour nous obliger à renoncer à nous-mêmes et à entrer dans un parfait détachement du siècle. 0 mon âinel que ferons-nous? Pensons-nous bien que dans peu, quand par l'infinie miséricorde de Jésus-Christ nous ne serions pas damnés, ce que nous méritons, et ce que nous avouons de toutes nos forces, et de bouche, et par écrit en présence de Dieu , de ses saints anges et des créatures de la terre, il faudra néanmoins souffrir des peines plus grandes que les plus cruels maux de la vie, plus terribles que celles des martyrs ? Est-ce que quand nous serons dans les brasiers du purgatoire, nous ne serons plus nous-mêmes, et que pour avoir changé de lieu, les peines ne nous seront plus des peines ? Au contraire, l'âme étant séparée du corps est bien plus en état de souffrir. O insensés que nous sommes, qui nous enchante de la sorte? On dit que Van ne veut pas dompter ses passions, crucifier sa chair, et

cela parce que nous y avons trop de peine. Hé ! comment donc pensons-nous faire? comment pourrons-nous endurer des tourments dont tous ceux de la terre n'approchent point ? Y a-t-il une folie pareille à la nôtre ? Servons le Seigneur avec crainte, et si nous nous réjouissons avec lui, que ce soit avec tremblement. Disons-nous dans les occasions que nous aurons : Si nous ne pouvons pas supporter ces choses, comment en supporterons-nous d'incomparablement plus fâcheuses? Et néanmoins quelques actions de mortification, de patience dans cet exil, sont capables de nous délivrer de bien des maux épouvantables de l'autre monde.

11 faut donc pratiquer des actes héroïques de vertu , comme de pardonner de bonne grâce à ses ennemis, surmonter ses passions les plus fortes, mortifier sa propre humeur et nos inclinations, accepter les afflictions, toutes sortes de douleurs avec une parfaite soumission, crucifier sa chair, renoncera sa volonté, se dégager de tous les attachements, donner ordre à tout, éclaircir soi-même ses affaires , ne laisser rien à restituer; et à la vue de la peur que nous en pourrions avoir, nous dire sérieusement : Si nous ne nous surmontons pas avec le secours divin , nous devons en attendre bien d'autres

DEUXIÈME MOTIF

La durée des peines.

Quand dans les peines la grandeur et la durée se trouvent unies ensemble, il n'y a rien de plus terrible. Si dans le monde des douleurs bien aiguës se rencontrent dans un même sujet, pour peu qu'elles durent , elles sont intolérables ; c'est néanmoins ce qui arrive aux pauvres âmes du purgatoire.

Ainsi il ne faut pas s'étonner si quelquesunes paraissent après leur mort, et si, étant à peine sorties de ce monde, leurs corps n'étant pas encore enterrés, elles ont déclaré qu'il leur semblait avoir déjà été des années entières dans les flammes purifiantes de la justice de Dieu. Et en vérité c'est bien ici qu'il faut dire avec l'Ecriture (Psal. lxxxiii, 11), qu'un jour est comme mille. Quand on ne resterait qu'un quart d'heure dans ce lieu de supplice, c'est une chose épouvantable : s'il nous fallait en cette vie brûler tout vifs dans des feux qui ne sont que les ombres de ceux de l'autre monde, hélas! où en serionsnous, 'quoique cette peine dût passer bientôt? Ces vérités sont foites, mais on en est bien peu pénétré. Ainsi tous les jours nous entendons des gens qui disent au décès d'une personne morte : Elle est bienheureuse ; la voyant délivrée des maux de sa maladie, ne faisant pas la moindre réflexion sur ceux qu'elle endure dans le purgatoire, si Dieu tout bon lui a fait miséricorde. Oh 1 que l'aveuglement des hommes est grand!

Ces maux ordinairement ne durent pas peu de temps. Je sais qu'il ne faut pas croire légèrement tout ce qu'on apprend à ce sujet sur les révélations; cependant, quand elles ont été examinées par des personnes d'une grande érudition, d'une insigne piété et

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