‹ Œuvres complétesChapitre 216 sur 397 · RÉFLEXIONS SUR LES VERITES PRÉCÉDENTES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LES VERITES PRÉCÉDENTES

Il y a un purgatoire, la foi nous oblige de .e croire: c'est une vérité établie par les

conciles généraux et provinciaux, reçue dans l'Eglise grecque aussi bien que dans la la-

LA PKYOTION LA SAINTE TRINITE. - A LA SI RADOKAULL TRIMTl.

soo

tine. Saint Augustin assure que c'est une coutume générale de toute l'Eglise ; et saint Chrysostoine rappelle que les apôtres ont ordonné de prier pour les morts. Les centuriateurs avouent que les Pères, en cela, ont été du sentiment de l'Eglise rom;tine : et Zuingle demeure d'accord, que ceux que nous venons de citer disent que la croyance du purgatoire est reçue des apôtres. Calvin écrit qu'elle est reçue depuis treize cents ans; et il écrivait dans le xvr siècle : elle l'était donc dans les siècles qu'il reconnaît autre part avoir conservé la véritable doctrine. « J'avoue, dit cet hérésiarque, que les Pères ont été dans ce sentiment, mais ils se sont trompés. » En vérité, y a-t-il de l'apparence de s'en rapporter plus à lui qu'à tous les anciens Pères qui assurent que c'était une tradition reçue des apôtres? Peut-on se figurer que Calvin, qui est venu dans ces derniers temps, ait eu des lumières plus solides, et une connaissance plus parfaite de leur doctrine, que les saints Pères qui ont vécu peu de siècles après eux?

Mais c'est une croyance de la loi ancienne, aussi bien que de la nouvelle, comme on le prouve par le Livre des Machabe'es. Il est vrai que les hérétiques ne le reconnaissent pas pour canonique, ne le mettent pas au nombre des livres de l'Ecriture sainte : cependant ils conviennent qu'il est d'une autorité si grande, qu'ils le mettent dans leurs bibles, ce qu'ils n'accordent pas à aucun auteur profane, pour reçu qu'il soit, et quelque estime qu'on ait" pour lui. Il a donc au moins assez d'autorité pour faire voir quelle était la croyance du peuple juif dans l'ancienne loi. Mais ce qui ôte lieu d'en douter, est la croyance générale de tous les Juifs qui vivent encore présentement, et qui l'ont reçue de siècle en siècle par la tradition de leurs pères. Je me suis trouvé dans leurs synagogues, dans lesquelles remarquant plusieurs, lampes allumées, ils me disaient qu'ils les allumaient en priant Dieu pour le lepos des trépassés. 11 est encore vrai que c'est un instinct général de toutes les nations du monde d'honorer et de soulager les morts. On voit tous les jours des Turcs dans les

lieux où ils les enterrent, faire des prières pour leur soulagement.

Il est donc vrai qu'il y a un purgatoire, mais en le croyant, comment le croyonsnous? Est-il possible que nous nous mettions si peu en peine de ces brasiers ardents, nous qui en ce monde n'oserions pas toucher le feu du bout du doigt? Comment! s'amasser incessamment de la matière pour brûler si terriblement dans ce lieu de la justice de Dieu? L'on entend dire : Je serai bienheureux si je vais en purgatoire; il est vrai que ce sera une miséricorde, car nous méritons l'enfer : mais après tout, pensons-nous bien à ce que nous disons? Hélas! quel bonheur de brûler dans des feux allumés par la colère de Dieu et peut-être pour un long temps, nous qui frémirions d'horreur s'il nous fallait rester un quart d'heure dans ceux de cette vie, qui n'en sont que les ombres : cependant, misérables et aveugles que nous sommes, nous commettons tous les jours les actions pour lesquelles on brûle au milieu de ces flammes. Quelques mortifications extérieures ou intérieures, quelques maux soufferts avec conformité à la volonté de Dieu, pourraient nous délivrer d'une partie de ces horribles souffrances ; et nous disons que nous ne saurions nous mortifier ni souffrir. O ténèbres désolantes! Comment donc pourronsnous faire au milieu de ces tourments épouvantables? Mon cher lecteur, pensez-y, et pensez-y bien ! faites-y réflexion quand il s'agira de dompter votre humeur, vos passions ; dans les occasions qui vous feront de la peine, faites-en le sujet de vos méditations.

Mais que la grandeur des peines du purgatoire soit encore le sujet de vos considérations et de vos réflexions, pour vous animer saintement à tout faire et à ne rien oublier, comme il a été dit, pour soulager les pauvres âmes qui les souffrent; et enfin la gloire de la suradorable Trinité,. Dieu seul, qui doit être la iin de toute chose, Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Ainsi soit-il , ainsi soit-il, ainsi soit-il .

Page 1