LA GLOIRE L)E LA SAINTE TRINITE. - PART. 11, PRATIQUES
de tout le culte que Ton rend à l'immaculée
les soulager dans les besoins d'une vie qui passe bien vite? c'est ce qui ne s'est jamais l'ait : mais voici bien une autre cruauté plus criminelle, et à l'égard des besoins de ceux qui souffrent, et à raison des suites. 0 injustice barbare qui surpasse tout ce que l'on en peut dire ici ! La peur et le tremblement me saisissent de toutes j>arts quand je considère l'obligation indispensable que j'ai d'y veiller depuis tant d'années. 0 mon Sauveur ! n'entrez plus en jugement avec votre pauvre et cliétif serviteur et le fils de votre servante; car vous avez bien voulu nous donner pour mère celle qui s'est qualifiée de la sorte, lorsque vous l'avez élevée au plus grand bonneur où une pure créature puisse arriver.
SEPTIÈME PRATIQUE
Offrir toutes ses bonnes actions pour les âmes du purgatoire.
Nous devons remarquer qu'il y a trois choses dans les bonnes œuvres : elles sont méritoires, c'est-à-dire qu'elles méritent un degré de gloire; elles sont impétratoires, en ce qu'elles obtiennent quelques grâces de Dieu; elles sont satisfaetoires , parce qu'elles satisfont pour nos péchés. En tant qu'elles sont méritoires, nous n'en pouvons faire part à personne, car le mérite est personnel. C'est à proprement parler en tant qu'elles sont satisl'actoires, que nous les pouvons offrir pour les autres : c'est donc en ce sens que nous pouvons en faire un transport , et en ce cas toute la satisfaction appartient à ceux en faveur desquels nous nous en privons.
C'est donc de cette manière que nous pouvons offrir pour les âmes du purgatoire, toutes les bonnes œuvres que l'on fera, et toutes les peines que l'on souffrira chrétiennement; et non-seulement tout ce que nous souffrirons, ou ferons, mais encore tout ce qiie les autres feront ou souffriront pour nous en cette vie, et encore après notre mort, selon que Dieu en sera plus glorifié, et dans son ordre. Nous disons dans l'ordre de Dieu, car il y a des personnes qui ne peuvent pas disposer de toutes leurs bonnes œuvres, comme les curés, les religieux et plusieurs prêtres qui ont des obligations qui les engagent à célébrer le saint sacrifice de la messe, à faire de certaines prières ou autres bonnes œuvres pour des personnes qui sont encore en vie.
Ayant pris cette sainte résolution, l'on ne peut mieux faire que d'en laisser l'application à la glorieuse Vierge, car personne ne peut plus saintement en disposer , puisqu'elle le fera toujours pour la plus grande gloire de Dieu, qui est ce que nous devons plus considérer : et de plus c'est un des plus grands témoignages du véritable amour que l'on a pour elle, puisqu'on lui met entre les mains tout ce que l'on a et tout ce qu'on peut lui donner, l'honorant de la sorte, non-seulement par quelques actions particulières , mais par toutes généralement pour l'honneur de la glorieuse Trinité, qui est la tin
S' Vierge, à tous les bienheureux anges et
saints ; et c'est Dieu que l'on honore dans
tous les honneurs que l'on leur rend.
Cependant il n'y a rien à craindre pour ses intérêts dans cette cession ou transport de bonnes œuvres, on ne perd rien du mérite puisqu'on ne peut le donner, mais c'est le vrai moyen de l'augmenter beaucoup, et d'arriver ainsi à une plus grande gloire dans le ciel; parce que ce transport ou donation est une action de pure charité, et ainsi plus agréable à Dieu et plus méritoire incomparablement que si l'on n'avait en vue que ses intérêts. Il est vrai que l'on se prive de satisfactions pour ses propres péchés; mais cet acte héroïque de charité nous est mêm*j plus utile que si nous nous réservions nos satisfactions, et a plus de force auprès de Dieu, qui est la charité même, pour nous acquitter de nos dettes. Donnez, dit la divine parole, et on vous donnera [Luc. vi, 38); mais de quelle mesure se servira-t-on ? Nous serons traités comme nous aurons traité les autres : si nous donnons peu, il nous sera donné peu; si nous donnons beaucoup, il nous sera donné beaucoup; si nous donnons tout, tout nous sera donné. Il y a bien plus : la mesure dont on se servira sera surabondante, et si pleine, qu'elle se répandra par-dessus : c'est comme parle l'Ecriture. {Il Cor. x, 13, ik.) Un religieux de saint Dominique ayant offert toutes ses bonnes œuvres pour une âme, elle lui apparut, et lui dit : Votre offrande suffit pour vous et pour moi.
De plus, on ne peut exercer une plus grande charité, et envers des personnes qui en aient plus de besoin, qui soient plus dignes de compassion, qui souffrent de plus grands maux, dont elles sont délivrées par cette application. Sainte Catherine de Sienne ayant offert toutes ses bonnes œuvres pour l'âme de sa mère, elle la vit aussitôt sortir du purgatoire et entrer dans le ciel. Or que ne font pas ces âmes lorsqu'elles jouissent de la gloire, dans le souvenir qu'elles ont de ceux qui ont contribué à la délivrance de leurs tourments, et des obstacles qui leur en empêchaient la jouissance? Quels soins n'en prennent-elles pas? quelles prières nefont-elles pas à Dieu pour les combler de ses plus saintes bénédictions? Si, par le plus grand des malheurs, ils tombaient dans quelques fautes notables, que ne feraient-elles pas pour leur obtenir des grâces particulières, pour avoir l'esprit d'une véritable pénitence, et les préserver de l'enfer? S'ils persévèrent dans la grâce, elles pourront leur obtenir les dispositions requises pour gagner une indulgence plénière.
Mais heureux ceux qui, dans un parfait oubli de tout propre intérêt, ne se regardant plus, n'envisagent que Dieu seul et son unique gloire, qui ont pour tout intérêt, le seul intérêt de Dieu seul! Comme dans une entière désoccupation de la créature et de tout ce qui la touche, ils ne pensent, ils ne se soucient, ils ne cherchent, ils ne veulent, et
dans le ciel et sur la terre, et dans le temps et dans l'éternité, que Dieu seul; il leur suffit que toutes leurs bonnes œuvres, par la donation qu'ils en font, le glorifient hautement ; car pour un seul degré de sa gloire, il n'y a rien qu'ils ne fussent prêts à faire et à souffrir. En contribuant d'une manière si abondante à la délivrance des âmes du purgatoire, ils savent que c'est lui procurer la plus haute gloire qu'on lui puisse rendre, et quelquefois des millions de degrés de gloire, par ces âmes qui le voient tel qu'il est dans l'éternité glorieuse. Nous le répétons, parce que c'est là le grand motif qui nous a engagé à donner ce petit livre au public.
Nous ne laissons pas de dire encore aux personnes qui ne sont pas exemptes de tout propre intérêt, quoique bon, qu'elles ne doivent pas s'en mettre en peine; nous venons d'en rapporter les raisons ; mais nous ajoutons qu'elles doivent tout attendre du puissent crédit de la Mère de Dieu auprès de son Fils bien-aimé. Si après lui avoir cédé l'application de toutes leurs bonnes œuvres, elles avaient quelque chose à expier dans les feux de la divine justice, elles en seraient bientôt puissamment assistées. Elle a révélé à sainte Brigitte, qu'elle était la mère des âmes du purgatoire, et qu'en sa faveur, Dieu ou en adoucit les peines, ou en délivre un grand nombre, et particulièrement les jours qui lui sont dédiés spécialement parla sainte Eglise. Mais qui aura plus de part à ces faveurs singulières, que ceux qui lui ont mis entre les mains tout ce qu'ils ont pu lui donner? On rapporte, d'après une révélation céleste, que saint Jean avant prié la trèsdouce Vierge qu'elle eût pitié d'une âme qui souffrait dans les flammes du purgatoire, et qui lui avait été dévote, au même temps Dieu tout bon l'en délivra.
Ce transport de toutes les bonnes œuvres entre les mains de l'admirable Mère de Dieu, n'empêche pas que l'on ne prie en particulier pour les personnes à qui l'on est plus obligé : on peut même à l'égard de la satisfaction, s'adresser à cette Mère de miséricorde, afin qu'elle leur en fasse part. Et il ne faut pas penser qu'en lui donnant on perde, soit pour soi, soit pour ses amis : si elle ne leur applique pas nos bonnes œuvres, elle saura bien les assister d'une autre manière, et plus efficace par sa puissante laveur, que tout ce que nous aurions pu faire par tous nos petits efforts ; mais on doit prier toujours pour toutes sortes de personnes, et particulièrement pour celles à qui 1 on a plus d'obligation.
Comme il y a différents degrés de charité, ceux qui n'en ont pas une si étendue pourront offrir toutes leurs bonnes œuvres pour une année, pour un mois, pour une semai-
ne, pour un jour, et réitérer quelquefois la même offrande. Mais l'un des plus grands secours qu'on puisse donner aux âmes du purgatoire, est de leur procurer des dévotions publiques : la communion générale tous les mois dans l'un des dimanches, en quelque église, à l'imitation de celle qui se fait à Rome, et présentement de celle qui: est établie dans l'église de la maison professe des PP. Jésuites à Paris, à laquelle le Souverain Pontife a accordé indulgence plénière. Faire une fondation perpétuelle pour quelques sermons tous les ans pour leur soulagement et en leur faveur. Distribuer des livres qui traitent des moyens de les secourir, en donner particulièrement aux curés, prédicateurs et autres personnes zélées ; c'est un des moyens les plus eliicaces pour les assister, et c'est une charité que Dieu a récompensée par des miracles. Etablir,, à l'imitation des dames de la Charité qui assistent les pauvres dans les paroisses, des compagnies de piété qui s'appliqueraient aux moyens de secourir des âmes dont les misères ne trouvent poiDt de comparaison dans cette vie, qui auraient soin d'amasser des aumônes pour faire célébrer des messes pour elles, qui feraient des conférences surleurs peines et sur les motifs pressants que l'on a d'apporter des remèdes à leurs maux. Introduire parmi les ecclésiasticpues, religieux, ou autres personnes qui font des conférences pour la gloire de Dieu, l'usage d'en faire une ou deux tous les ans pour ces âmes qui gémissent sous la main de Dieu. H s'en trouve encore qui, selon le conseil du Fils de Dieu, vendent leur bien, ou une partie, pour le donner aux pauvres : il n'y a point de besoin pareil à celui de ces pauvres âmes. J'ai connu une femme riche des plus précieuses grâces de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais destituée de tous les moyens humains, qui dans sa pauvreté, s'oubliant elle-même, était tout appliquée pour les âmes du purgatoire; sans cesse elle faisait des quêtes pour elles, et Dieu tout bon y donnait tant de bénédictions, que dans un temps de peste elle a soutenu une communauté de saints religieux qui étaient sans revenu, par le grand nombre de messes qu'elle leur faisait célébrer à l'intention de ces âmes : elle n'oubliait rien pour ce sujet, elle s'adressait aux grands et aux petits, aux princes même, toute chétive et mal habillée qu'elle était, et Dieu lui donnait grâce ])Our tout. Elle est décédée en odeur de sain teté, dans un temps de jubilé ; et il y a sujet de penser que la Providence a voulu qu'elle en gagnât l'indulgence plénière , pour la préserver des feux dont on peut croire pieusement qu'elle a délivré un grand nombre d'âmes.