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PREMIER MOTIF

La très-sainte Trinité est la fin de tous les mystères et de toutes les dévolions.

Je suis le commencement et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui est, qui était, et qui sera le Tout-Puissant. C'est toute la très-sainte Trinité, comme l'explique un pieux et savant interprète, qui a annoncé, par saint Jean, le disciple bien-aimé, dès le premier chapitre de YApocalyse, cette grande vérité, qui est connue de tant de Chrétiens , et à laquelle si peu font réflexion; ce qui est la cause du peu d'application que la plupart ont au mystère de la très-sainte Trinité ; car comment s'en occuper si peu parmi tant d'attention que l'on donne aux autres mystères, et aux autres dévotions, si l'on considérait sérieusement qu'il est la fin de tous les autres mystères, et de toutes les autres dévotions?

Cet adorable mystère est la fin de tout ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a fait, a dit et a souffert. L'incarnation est le commencement des mystères du Sauveur ; mais c'est pour nous découvrir par l'anéantissement inconcevable que le Verbe incréé y souffre en se faisant homme, les grandeurs infinies de la très-sainte Trinité. Sa naissance temporelle est pour nous apprendre qu'elle seule doit suffire : et c'est dans cette vue qu'il y a porté une privation si extrême de toutes les choses du siècle par une pauvreté étonnante, et des humiliations prodigieuses. Toutes les effusions de cet aimable Sauveur étaient parfaitement satisfaites en son Père seul : et ainsi pendant toute sa vie, il n'est jamais attaché à ses grâces, ni à ses emplois, ni à la pénitence qu'il faisait pour nous, ni è aucun état, mais à son Père seul, à sa di-

vine volonté, et à ses ordres. S'il verse son sang dans la circoncision, c'est pour faire connaître l'énormité de l'offense contre la suradorable Trinité, en lui donnant une satisfaction infinie!: c'est le même motif qui le fait expirer d'amour sur une croix.

Le mystère de la Résurrection est le modèle de la vie ressuscitée des Chrétiens (car c'est comme l'appelle saint Basile), vie surnaturelle, céleste et divine, qui doit être une imitation de la vie des trois personnes divines. Le mystère de l'Ascension est l'espérance de la gloire dans laquelle la suradorable Trinité sera parfaitement glorifiée par tous les saint?. Le mystère de la Pentecôte est la mission du Saint-Esprit, pour fairecroire avec fermeté la vérité d'un seul Dieu en trois personnes. Aussi la sainte Eglise, qui est gouvernée par cet Esprit divin, célèbre la fête de la glorieuse Trinité, immédiatement après celle de la Pentecôte, pour nous apprendre que c'est par les lumières et par les grâces du Saint-Esprit que nous la pouvons dignement célébrer.

11 n'y a que ce seul Esprit qui puisse nous eu donner la connaissance; non-seulement les sens en sont bien éloignes, mais laraison ne le peut comprendre ; c'est ce qui ne peut être connu par tous les efforts de l'esprit créé : sa connaissance néanmoins est la vie et le bonheur éternel. C'e.'t pourquoi le Fils de Dieu envoyant ses apôtres par tout- le inonde pour enseigner la science du salut, leur ordonne d'en instruire les peuples (Mat th. xxii, 19) : c'est en cela qu'il faut remarquer la toute-puissance de la foi par les lumières que le Saint-Esprit donne ; car comment tant de peuples, et entre ces peuples tant de savants ont-il assujetti leur esprit à croire ce qui est incompréhensible ?

Quelle apparence de commencer à les enseigner par une doctrine si élevée au-dessus de la raison ? O mon Seigneur et mon Dieu, qu'il est vrai que vous êtes le maître souverain des esprits et des cœurs.

Dieu veut que toutes les nations soient instruites du mystère de la très-sainte Trinité dans la loi de grâce : sa foi est nécessaire. Nous l'avons dit, Jésus est venu au monde pour l'apprendre : c'est où se termine tout ce qu'il a fait, dit et souffert : les autres mystères et les autres dévolions s'y doivenUerminer. Il est vrai que Dieu a établi de certains moyens dont il se sert pour nous conduire à lui : ce n'est pas qu'il en ait besoin, mais c'est qu'il en a disposé de ia sorte. Certainement comme nous l'avons remarqué dans notre petit traité intitulé : Avis catholiques touchant la véritable dévotion de la bienheureuse Vierge; dans l'ordre de la nature, Dieu n'a aucun besoin des causes secondes pour exécuter ses desseins : sa toute-puissance n'y est pas liée, et cependant, dans la voie ordinaire, nous ne pouvons subsister sans nous en servir: comme, par exemple, de prendre l'air pour respirer, de nous nourrir par le moyen des viandes, de prendre des maîtres qui nous enseignent (es lettres, des laboureurs, des artisans, pour cultiver les terres, et pour exercer les arts. Dans l'ordre de la grâce, il se sert des sacrements pour nous conserver la vie spituelle: et l'Ecriture nous apprend qu'il commande à ses anges de nous garder en toutes nos voies. 11 a établi la très-glorieuse Vierge et les saints pour faire l'office d'avocats et d'intercesseurs auprès de sa divine majesté pour le bien de nos âmes ; il est juste de nous soumettre à ses ordres.

Honorons donc la très-heureuse Vierge Mère de Dieu, toujours Vierge, et immaculée en sa toute sainte conception.

Chrétien, s'écrie saint Bernard dans un sermon qu'il a fait de l'Annonciation, qui reconnais que pendant le cours de cette vie tu es embarqué sur celte mer, où tu es incessamment agité d'orages et de tempêtes, si tu veux éviter le naufrage, ne détourne jamais les yeux de l'aspect favorable de cette étoile, dans les dangers, dans les angoisses, dans les doutes et perplexités d'esprit; pense à Marie, invoque Marie. C'est bien aussi l'un de nos devoirs de penser aux saints anges, et spécialement k ceux qui nous gardent; c'est une ingratitude insupportable de se souvenir si peu de ces obligeants esprits, qui prennent des soins incmyables pour tout ce qui nous regarde avec des bontés inexplicables. L'union que tous les saints ont avec Notre-Seigneur Jésus -Christ, et les puissants secours que nous en recevons, demandent avec justice que nous leur avons une dévotion particulière.

Allons donc à Dieu par la bienheureuse Vierge, notre avocate, notre protectrice, notre dame, notre reine, notre très-douce et très-fidèle mère. Allons à Dieu parles bienheureux anges et par les saints; ce sont des moyens dont il se sert dans l'ordre de son

aimable Providence pour se glorifier. Mais considérons que tous ces moyens sont établis pour nous faire arriver heureusement à la glorieuse Trinité qui est notre fin. S'il est raisonnable de s'en servir, de les honorer, de leur avoir une vraie et solide dévotion, il est encore bien plus juste de vénérer et d'être appliqué au mystère de la très-sainte Trinité.

Cependant l'application de la plupart des Chrétiens est assez rare envers ce mystère suradorable. Dieu en trois personnes, qui doit être vu, honoré, aimé, béni, adoré et remercié dans tous ses saints, est ce qui est de plus oublié. C'est la dévotion où doivent se terminer toutes les autres dévotions, et c'est une dévotion qui n'est presque point pratiquée. Chrétiens, réveillez-vous du sommeil où le péché vous a malheureusement engagés: ouvrez vos yeux aux grandes lumières qui vous sont présentées. Très-sainte Trinité, faites par votre sainte grâce que jo vous honore dans tous les honneurs que je rends à vos saints; que je vous aie une entière et parfaite dévotion dans toutes lesdévolions:T ous êtes à Jésus-Christ^s'écvie l'Apô tre, et Jésus-Christ à Dieu; Jésus-Christ est le chef de l'Eglise, et Dieu le chef de Jésus- Chritt. [I Cor. xi, 3.)

DEUXIÈME MOTIF

La très-sainte Trinité est la fin, sans aucune réserve, de toutes choses.

Non-seulement la très-sainte Trinité e>t la fin de tous les mystères et de toutes les dévolions, mais elle est la fin générale de toutes choses, sans aucune réserve. C'est pour sa gloire que toutes les créatures sont, et elle ne fait rien qu'avec dessein d'être glorifiée; c'est pourquoi elle a marqué sur tous ses ouvrages des vestiges de sa grandeur, elle n'a produit ce grand univers que pour se faire connaître au dehors, et pour se faire aimer. Sa magnificence est élevée au-dessus des cieux qui racontent sa gloire, et le firmament publie les ouvrages de ses mains : "e jour annonce sa parole au jour, elle a mis sa tente dans le soleil, elle fonde la* terre sur sa propre solidité, l'abîme lui sert comme d'un manteau (PsaL xvm, 1 et seq. ); les montagnes s'élèvent, et les vallées s'abaissent chacune dans le lieu où elle les a placées. C'est elle qui a marqué aux flots des bornes qu'ils ne passeront point, et qui les empêcheront d'inonder la terre. C'est elle qui fait couler les fontaines dans les vallées, et la terre est rassasiée des fruits qui sont ses ouvrages : son nom est admirable dans tout le monde, elle a tout fait avec une sagesse infinie. La grandeur de tout l'univers, les beautés que l'on y remarque, publient hautement ses perfections et ses excellences.

Ce Dieu de toute grandeur a pris plaisir de s'y décrire comme dans un grand livre, et c'est ce livre qui a servi à tant de divins solitaires, dans la privation où ils étaient de tous les autres, pour y lire, pour y apprendre les merveilles du Créateur. Il n'y a point de créature même, selon saint Paul/qùi n'ait

LA DEVOTION A LA TRES SAINTE TRINITE. — 1" TRAITE

sa voix pour nous parler de ses grandeurs. Mais leurs paroles, dit le Prophète-Rof, ne sont point un langage que l'on n entende point, car leur bruit retentit par toute la terre, et jusqu'aux extrémités du monde [Psal. xvm, i, 5) ; c'est ce qui rend les hommes inexcusables, qui n'y découvrent pas sa puissance éternelle et sa divinité, selon le témoignage de l'Apôtre : Ils sont sans excuse, dit cet homme de Dieu, de ce qu'Us nont pas glorifié Dieu par la connaissance des choses visibles, ni ne lui ont pas rendu grâces, mais se sont perdus dans la vanité de leurs raisonnements ; et leur esprit insensé a été rempli de ténèbres, car se disant sages, ils sont devenus fous. (Rom. i, 20, 21.)

La science des saints leur a été cachée, à ces sages du siècle, à ces prudents du inonde, qui est donnée abondamment aux petits et aux humbles de cœur. Nous voyons par expérience, des personnes sans doctrine, sans lettres, mais dégagées des choses du siècle, et bien unies à Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la vue des créatures visibles élever leur esprit avec des sentiments de respect et d'amour pour leur auteur, pendant que des gens d'érudition, des doctes dans les sciences humaines demeurent arrêtés à la seule considération de ce qui est visible. 0 Seigneur ! s'écrie le Psalmiste, vous niavez rempli de joie dans la vue de vos ouvrages, et je serai dans le ravissement en voyant les œuvres de vos mains. Que vos ouvrages sont grands, ô Seigneur ! que vos pensées sont profondes ! l'insensé ne les connaîtra point, et le fou ne les pourra comprendre. (Psal. xci, 5, 6.) Les pécheurs qui sont ces insensés et ces fous, dont il y en a un nombre intini, comme la divine parole nous l'assure, ne connaîtront point dans leurs ténèbres les merveilles de Dieu. Ce monde, à leur égard, leur est une terre d'oubli, dans laquelle a peine pensent-ils à leur Créateur, s'égarant dans des occupations vaines et inutiles, et courant après la fumée et la vanité. O hommes sans jugement, revenez à vous 1 insensés, devenez enfin sages ! Mais il faudrait sortir des ténèbres qui oient la vue et le souvenir de Dieu. 11 faudrait mourir au péché et aux attachements du monde qui les causent. O péché, mal familier, mais peu connu !

Bienheureux les nets de cœur, dit notre divin Maître, car ils verront Dieu. ( Matth. v, 8. )l!s le verront dans le temps, ils le verront dans l'éternité, quoique d'une manière différente. Ils se souviendront de lui dans les merveilles qu'il a faites ; ils béniront le Seigneur, et toutes leurs entrailles loueront son saint nom; ils n'oublieront jamais toutes ces grâces ; ils le béniront en tout temps et dans toute l'étendue de sa domination; ils le béniront dans toutes les choses qu'il a créées ; ils célébreront ses louanges et sa gloire éternellement , ils annonceront sa miséricorde au matin, et sa vérité durant la nuit.

Pendant que les mondains sont ensevelis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort,

le divin soleil de justice qui nous est venu visiter du ciel, leur fait luire une lumière admirable des montagnes éternelles, qui leur manifeste sa divine présence en toutes choses, et qui, à la vue de ce qui est visible, élève leur esprit et touche leur cœur d'une manière dont ils ont une douce expérience qui les comble d'une joie céleste, mais qu'ils ne peuvent pas expliquer. En voici un exemple considérable dont nous avons parlé dans un des premiers livres que la divine Providence nous a fait donner au public; mais nous pensons que Dieu seul en sera glorifié, qui est la seule et unique chose que nous devons regarder, si nous le rapportons encore en ce lieu-ci.

Je connais une personne qui , se trouvant sur le bord d'un grand lleuve, dans un lieu éminent, d'où l'on voyait un agréable paysage, quantité de bois, de montagnes, de prairies, d'eaux, de rochers, tout à coup, elle se trouva l'esprit fortement occupé de la vue du pur amour ; mais ce qui la ravissait, c'est qu'il lui semblait que ces pierres, ces bois, ces eaux lui prêchaient le divin amour. Elle ne se souvient point d'avoir entendu jamais un si beau sermon, ni prêché avec tant de force. O mon Seigneur et mon Dieu, qui dans votre toute-puissance faites ce qu'il vous plaît, vous qui non-seulement rendez disertes les langues des enfants, mais qui faites parler les bêtes brûles, comme autrefois l'âne à Balaam , vous donniez à toutes ces choses insensibles un certain langage qu'on ne peut exprimer, par lequel elles disaient d'une manière admirable, qu'il fallait vous aimer. Oli 1 que ce langage muet crie hautement à qui sait l'entendre : il lui semblait même que les eaux, les pierres et les rochers étaient tout du pur amour. Le pur amour était un abîme qui absorbait toutes choses. Dans quelques moments elle avait la liberté d'admirer cette manière de parler aux créatures insensibles. Une pieuse compagnie avec laquelle elle était, venant l'entretenir, ce ne fut pas sans peiue qu'elle quitta une si douce occupation. Bonté de Dieu, quelles vues donnent de forts et de sacrés mouvements à un cœur net et détaché.

Si celte voix éclatante des créatures insensibles n'est pas entendue, c'est que le désir et l'airection des choses du siècle nous ferment 1 oreille intérieure du cœur. En vérité, en vérité, l'esprit de Dieu est une source de vie, qui anime tout ce qu'il touche, et ce qui est même plus dépourvu de sentiment pour publier, en sa manière, les grandeurs de Dieu, et imiter son saint amour. Dans tous les êtres il y a quelque rayon des perfections de Dieu ; et saint Augustin estime même que dans plusieurs on y peut remarquer quelque vestige de la glorieuse Trinité des personnes divines.

Le soleil produisant son rayon très-purement et naturellement, n'est point auparavant, ni plus ancien que le même rayon. Ainsi le Père éternel engendre de toute éternité son Fils dans une très-parfaite pu-

reté, et sans aulre compagnie. Comme du soleil et du rayon se produit la chaleur, de même le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Il y a trois personnes ,en Dieu, aussi il v a trois mondes de personnes intelligibles, le divin, l'angéliqueet l'humain : dans le monde divin, les trois personnes qui-sont un seul Dieu ; dans l'angélique, trois hiérarchies ; dans chaque hiérarchie, trois chœurs : dans le monde humain, trois puissances, l'entendement, !a mémoire et la volonté. 11 y a ici-bas trois sortes de vies, la végétative, la sensitive et la raisonnable : dans le monde souterrain, trois lieux, les limbes, le purgatoire, l'enfer. Il y a trois choses dans les êtres, la mesure, le nombre et le poids. Mais l'âme bien unie à Jésus- Christ, qui est notre vraie lumière, par un détachement sincère de tout ce qui n'est pas Dieu, reçoit des clartés célestes qui la pénètrent de la présence des trois personnes divines en toutes choses, et qui lui en manifestent les grandeurs dans tous les êtres ; semblables en cela aux séraphins qui parurent au saint prophète Isaïe, elles voient toute la terre pleine de la gloire de Dieu.

La très-sainte Trinité est le principe, et elle est la fin de toutes choses. Nous ne devons jeter les yeux sur aucunes, sans les élever à même temps avec adoration, avec amour, avec reconnaissance vers leur principe. Elle est notre fin dernière pour laquelle nous sommes créés ; nous perdons tout ce que nous faisons, tout ce que nous souffrons pour une autre fin : c'est elle qui est l'unique terme où nous devons tendre incessamment ; toute notre espérance est de passer l'éternité sans faire autre chose que de la contempler; c'est le seul emploi que la divine Providence nous destine pour un jamais; le temps, dit un serviteur de Dieu, n'en est que l'apprentissage.

Tous les Chrétiens croient, tous les Chrétiens disent que la contemplation de la glorieuse Trinité fera tout notre bonheur ; que c'est la seule chose que nous avons à faire éternellement, et la plupart la regardent en la vie présente comme la moindre et la dernière de leurs affaires, lui préférant quasi tout le reste. Que l'on considère sérieusement tout ce qui se passe parmi les hommes, et l'on verra que l'on est tout plongé dans la terre, comme si on n'en devait jamais sortir, que l'on pense aussi peu à l'éternité, comme si on n'y devait jamais entrer, ou comme si l'on n'y devait être qu'en passant. Les esprits ne pensent qu'à la terre, les cœurs y ont tout leur attachement. Si on et cependant la vie d'un grand nombre de

trouve Dieu présent partout, on s occupe de tout ce qui tombe sous les sens, et partout on oublie Dieu. 0 enfants des hommes jusqu'à quand serez-vous pesants de cœur ! Contempler et aimer la très-sainte Trinité sera le souverain plaisir de nos âmes pour un jamais, et présentement nous n'y prenons aucun goût. On crie si un prêtre emploie une demi-heure à lui offrir le très-divin sacrifice : ce peu de temps donne de l'ennui, et on ne se lasse pas de converser avec de chétives créatures; l'on s'amuse de la bagatelle, et le grand Dieu des éternités est oublié. Mais combien peu de personnes parmi celles qui font même une profession spéciale de piété, donnent leur application à un mystère qui doit faire l'occupation éternelle dans la béatitude ?

TROISIÈME MOTIF

La très-sainte Trinité a été l'occupation continuelle de Jésus-Christ.

On demande où Dieu était avant la création du monde: il était où il est à présent, car les cieux et la terre ne le peuvent contenir ; il demeure en lui-même, et c'est la seulo demeure éternelle de sa divine majesté.

Mais que faisait Dieu dans sa divine solitude? il accomplissait le mystère de la suradorable Trinité; c'était sa seule et entière application, et il lui est impossible de s'en divertir un seul instant; il y trouve un repos si infini et qui est si tranquille, qu'il n'y a jamais eu en lui le moindre mouvement. Que faisons-nous donc? Où pourrons-nous trouver notre repos qu'en ce qui fait celui de Dieu.

Jésus-Christ a eu l'usage de raison trèsparfait dès le premier instant de sa très-pure conception; et dès ce premier moment, il a été appliqué à la très-sainte Trinité, par une occupation qui n'a point eu un seul instant d'interruption pendant toute sa vie, ni durant le jour , ni durant la nuit; et c'est ce qui s'est passé de plus sublime et de plus parfait en sa très-sainte âme.

C'est donc une obligation très-étroite au chrétien d'entrer dans la même occupation, autant que la condition humaine le peut permettre; car enfin l'apôtre de l'amour, l'aimable saint Jean l'évangéliste , nous enseigne (/ Joan. il, 7) que celui qui dit qu'il demeure en lui, doit vivre lui aussi comme il a vécu. 0 vérité grande et divine 1 mais vérité très -peu pratiquée; mais même trèspeu connuel Oui, il est vrai, la vie du chrétien est une continuation de la vie de Jésus,

voyait les desseins, les recherches et les désirs des hommes, à peine y remarquerait-on que des inclinations volontaires pour les biens temporels, pour les honneurs et les plaisirs du siècle : on n'y trouverait qu'une grande et forte occupation de la créature, et une désoccupation surprenante du Créateur. Hélas ! quelle attention donne-t-on à Dieu depuis le matin jusqu'au soir? Quelle part a-t-il dans les entretiens? qui en parle dans les conversations? On voyage, on

Chrétiens est une vie de péché, d'infidèle, et qui même est indigne de l'homme. Qui pourra raconter les bontés et les amours d'un Dieu envers le Chrétien? et qui pourra dire les ingratitudes du Chrétien envers Dieu? La grâce du christianisme nous élève à un état surnaturel , céleste et divin. Notre vie est divine, et il le faut bien dire, puisque c'est Jésus-Christ qui doit vivre en nous; et, ô misère épouvantable, nous ne vivons pas même en bons hommes.

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