‹ Œuvres complétesChapitre 227 sur 397 · LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. - CHAI». III · texte numérisé non relu

LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. - CHAI». III

dit le grand saint Jérôme, qui nous trouvons dans les mômes vices des pharisiens, qui élaient des gens tout extérieurs ! L'Eglise, dans son usage, fait placer de grandes images d'un Dieu homme mourant sur une croix dans les lieux les plus élevés de nos temples, alin qu'elles y soient vues de tous les fidèles, et qu'ensuite le mystère qu'elles représentent^ fasse le sujet de nos considérations. Mais nous entrons dans nos temples, mais nous regardons ces images sacrées , nous arrêtant ordinairement à quelque respect extérieur, sans entrer dans l'intention et la fin que l'Eglise se propose dans leur exposition. Ah! Dieu, si nous avions un peu du véritable esprit du christianisme, que cette vue serait capable de nous découvrir efficacement les plus saintes vérités de notre religion ! mais qu'elle nous montrerait d'une manière toute-puissante la nécessité de la science sacrée du catéchisme ! Ah 1 si les pasteurs, si les peuples voulaient étudier dans les plaies qu'elles représentent, combien cette nécessité est grande ! Un Dieu, un Dieu meurt pour le salut de nos âmes, et ce salut ne se peut faire que par la science de la doctrine chrétienne. Cette pensée est capable de faire tout entreprendre, de faire tout souffrir pour l'établissement du catéchisme, à moins que d'avoir un cœur entièrement endurci.

Quand on fait de sérieuses réflexions sur l'importance du salut des âmes, quand on regarde avec attention l'interminable éternité que ce salut renferme, quand on pense d'autre part à tant de millions d'âmes qui périssent par le défaut de la science de leur salut et par leur propre malice (car c'est une doctrine tenue par l'angélique docteur saint Thomas, qu'à une personne qui aurait gardé la loi naturelle par le bon usage des secours divins qui lui auraient été accordés pour ce sujet; si elle ne pouvait être instruite par aucune créature de la terre des mystères de la religion, Dieu, très-bon et très-miséricordieux, lui enverrait un ange du ciel pour les lui enseigner); quand on pense, dis-je, à un nombre presque innombrable de personnes qui s'en vont dans l'éternité malheureuse par l'ignorance des vérités de la foi, il est bien difficile qu'on ne soit vivement touché.

Mais lorsque l'on considère des gens que l'on connaît, que l'on voit tous les jours qui s'en vont en enfer, parce qu'ils sont dans l'ignorance de ce qu'ils doivent savoir à l'égard des vertus fondamentales de notre religion; quel moyen de les connaître dans un état si déplorable, sans y apporter le remède ? Y at-il rien de plus barbare? se peut-on figurer une plus horrible cruauté? ne faut-il pas dire qu'il faut être ou dans des ténèbres épouvantables, ou dans un endurcissement achevé ? Un pauvre vacher voit une vache de son troupeau qui s'égare sur le bord d'un précipice, il va après, il se met en danger de sa vie pour tirer cette bête du péril où elle est ; et quelquefois même non-seulement il expose sa vie, mais il la donne tombant dans

le précipe, dont il tâche de préserver un pauvre animal; comme il en fut rapporté un exemple bien touchant au grand saint François de Sales, lorsqu'il faisait ses visites épiscopales. Ah 1 Dieu, sera-t-il dit que l'on fera pour une bête ce que l'on ne voudra pas faire pour des âmes immortelles qui ont coûté le sang d'un Dieu? Mais après tout, il ne s'agit pas de donner ni d'exposer sa vie, il n'est question que de prendre le soin d'en seigner comme il faut la doctrine chrétienne. Cette vue du salut des âmes est capable do nous animer d'une manière indicible à ne leur pas dénier leur nourriture spirituelle qui est la doctrine de Jésus-Christ; mais il faut avouer que la considération de ce qu'un Dieu a fait et souffert pour leur faire avoir cette grâce, nous doit presser au delà de tout ce que l'en peut dire et de tout ce que l'on peut penser. Les hommes apostoliques se sont tellement embrasés dans la méditation d'une conduite si adorable, qu'ils ont quitté tout ce qu'ils avaient de plus cher, leurs amis, leur patrie, tout ce qu'il y a de plus doux dans la vie, pour aller annoncer la science sacrée du catéchisme à des peuples qui vivaient dans l'ignorance; et nous, que faisons-nous? que quittons-nous? lis ont fait des voyages de cinq à six mille lieues, et à peine se lève-t-on de sa place; ils ont passé d'un bout du monde à l'autre par des terres inconnues, par des déserts affreux, dans toutes les incommodités possibles, par des mers orageuses, exposant tous les jours leur vie à la mort, et la donnant quelquefois au milieu de tous les tourments que la barbarie la plus cruelle peut inventer; et nous quel voyage entreprenons-nous? A peine at-on le courage d'aller dans quelques hameaux d'un village pour y chercher les âmes 'et les instruire des mystères de notre sainte religion. On entendra dire souvent : que ne viennent-ils? suis-je obligé de les aller chercher? Je demande quelle obligation avaient les hommes apostoliques de courir au. bout du monde après les âmes? Mais quelleobligation avait Dieu de descendre du ciel en terre? Certainement ni Dieu, ni ces mission -. naires n'y étaient obligés : mais il est très-vrai que les pasteurs y sont tenus à ti-. tre de justice ; et c'est pour cela qu'ils jouissent des revenus de leurs charges. Mais disons encore, hélas 1 que leur en coûte-t-il ? faut-il qu'ils essuient les tempêtes et les orages d'une mer irritée? faut-il perdre la vie sur des gibets, sur des roues, au milieu des feux et des tlammes ?

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