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traitement de l'Etat, et de leurs paroissiens des oblations réglées parles autorités légitimes, s'obligent par là même à leur distribuer la nourriture spirituelle, le pain de la parole divine, sans lequel ils ne peuvent pas vivre de la vie de la grâce, ni arriver au ciel. Ils y sont obligés par le droit bumain, les conciles généraux et particuliers, les Papes, les évoques ayant publié grand nombre de lois et d'ordounances à ce sujet.
Les conciles généraux et provinciaux ordonnent aux pasteurs d'annoncer la parole de Dieu, en langue vulgaire, tous les jours de dimancbes et de fôtes , et de ne jamais y manquer sans raison .légitime. C'est uïi moyen do réfuter les calomnies des hérétiques, qui s'imaginent qu'on publie la doctrine de l'Evangile dans une langue que le peuple n'entend pas. Ils y sont obligés par le droit divin ; puisqu'il leur est expressément commandé par le Saint-Esprit, notre Dieu, de repaître le tioupeau confié à leur charge.
Après cela, il faut dire que cette obligation, qui ne peut être raisonnablement et chrétiennement contestée, est si étroite, qu'il n'est pas possible, à l'égard des pasteurs, d'en être dispensés : je dis d'enseigner la doctrine chrétienne à leurs paroissiens, ou au moins de la faire enseigner par des personnes capables; en sorte que, s'il arrivait qu'un pasteur, par quelque infirmité ou impuissance, ne pût pas donner à ses ouailles Ja nourriture spirituelle nécessaire, il serait dansl'obligationd'enprévenirsessupérieurs, afin qu'ils pussent prendre les moyens de suppléer à son impuissance, soit en lui accordant un collaborateur, soit par tout autre voie. Seulement il faut prendre garde qu'en quelque manière que ce puisse être l'instruction chrétienne se fasse avec tant de soin qu'il n'y ait pas une seule âme dans toute la paroisse qui ne reçoive la nourriture spirituelle dont elle a'besoin pour se soutenir et vivre de la vie de la grâce, et ensuite arrivera la bienheureuse possession de Dieu. Si l'on réplique que cela ne se peut pas, l'on doit répondre qu'en ce cas-là le curé est obligé de quitter sa cure.
Quelqu'un pourra ici dire que le curé qui ne peut pas instruire ne laisse pas de bien chanter son office, de célébrer le saint sacrifice de la messe , d'administrer les sacrements. Je réponds qu'il n'est pas nécessaire d'être un grand prédicateur, ou de faire d'éloquents discours, pour donner aux âmes leur nourriture spirituelle, qu'on ila peut donner en plusieurs manières, et qu'il suffit en rigueur qu'elle soit donnée en quelque façon que ce puisse être. Si donc le curé , en la manière qu'il le pourra, ne laisse aucun des paroissiens sans au moins l'instruction des principales vérités de la religion, et de plus sans prendre les soins nécessaires pour les porter à la pratique de la vertu (car ces deux choses sont entièrement nécessaires pour s'acquitter des devoirs de pasteur, qui doit mener les âmes dans les voies de
Dieu , et les conduire à sa bienheureuse possession), absolument parlant, il peut demeurer en sa charge.
Mais s'il se contente de s'acquitter extérieurement de ses fonctions, de bien officier dans son église, de célébrer le très-saint sacrifice de la messe , d'administrer les sacrements, et de les administrer à des peuples qui sont dans l'ignorance des principaux mystères de notre foi: je dis que ce n'est point s'acquitter des fonctions de la charge pastorale ; car, comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent , sans la foi distincte des vérités fondamentales de notre sainte religion , il est impossible de plaire à Dieu et d'être sauvé , quelques cérémonies extérieures que l'on observe. Or la principale fonction du curé est d'enseigner aux ignorants les vérités, en sorte que, s'il ne le fait pas, il n'est pas un véritable pasteur, ce sera un curé qui n'en aura que le nom; et n'étant pas un véritable curé, il est obligé , par le droit naturel même , de quitter sa charge.
Il y aurait bien à soupirer , quand l'on considère un grand nombre de paroisses, dont les pauvres peuples sont dans la dernière ignorance (nous parlons de ce que nous savons), sans recevoir aucunes lumières de leurs pasteurs, qui se contentent de faire leurs fonctions extérieures , les pasteurs et les peuples vivant et mourant dans un état si déplorable. Voilà la cause du malheur extrême de quantité de Chrétiens, qui à peine savent ce que c'est que d'être Chrétien, qui n'en ont que le nom, qui viennent dans nos églises, qui s'approchent des sacrements à Pâques, parce que leurs pères et leurs grands-pères en usaient de la sorte, pratiquant toutes ces choses sans savoir ce qu'ils font. Ce sont des vérités dont nous avons eu plusieurs fois l'expérience. Or, je vous le demande, une personne qui tient un pensionnat pourrait-elle .soutenir en justice qu'elle a droit de garder des pensionnaires, quoiqu'elle ne leur donnât point leur nourriture, parce qu'elle leur donne le plaisir d'une belle musique, qu'elle les loge dans des chambres magnifiques, qu'elle leur prépare des tables somptueusement ornées, où sont servis quantité de mets délicats , mais qui au reste n'ont que Tapparence , des viandes creuses, où il n'y a rien de solide? De même un berger seraft-il reçu à demeurer paisiblement dans la garde de son troupeau, parce que tous les jours il le conduit dans des lieux agréables, et ne manque en rien à tout ce que les autres bergers font , à l'exception seulement de ce qu'il mène ses moutons dans des lieux où ils ne peuvent paître? A plus forte raison, un curé qui est obligé par le droit naturel, divin et humain, de fournir la nourriture spirituelle à ses ouailles , s'il ne peut la leur procurer ni par soi-même, ni par d'autres, ne peut, sous aucun prétexte, garder sa cure; car dans la vérité, aux yeux de Dieu et des saintsanges, ce serait un curé qui ressemblerait au pasteur dont parle le prophète Zacharic (xi, 17) :
98j LA SCIENCE SACREE DU C
0 pasteur, 6 idole; aux sentinelles que le prophète Isaïe (lvi, 10) appelle des chiens muets qui ne sauraient aboyer.