‹ Œuvres complétesChapitre 236 sur 397 · LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. — CMAP. VI · texte numérisé non relu

LA SCIENCE SACREE DU CATECHISME. — CMAP. VI

que Dieu; quelques-unes m'ont dit, plus que Dieu. Je demande si ces personnes ont une véritable connaissance de la Divinité. Je ne rapporterai pas les sentiments pitoyables qu'en ont plusieurs personnes du simple peuple. Mais que l'on ne s'étonne pas si je f»arle de cet abus: j'en parle, parce qu'il y va de l'intérêt de mon divin Maître, et du dernier danger de la damnation éternelle où sont les âmes. Hélas 1 l'on va a la Chine, Ton va dans le Japon pour y enseigner les vérités chrétiennes, et ces voyages apostoliques tendent à acquérir de nouveaux empires à Jésus-Christ, et ainsi il n'y a rien qui lui soit plus glorieux : mais ne laissons pas les pauvres âmes qui sont à nos portes : mais que ceux qui doivent veiller par toutes sortes de devoirs, ne les négligent pas. Il est vrai qu'il y a plus d'instruction que iamais : mais il est vrai qu'il y a bien de l'ignorance, bien des sujets d'exercer le zèle des bons pasteurs et catéchistes.

Leur grande application doit donc êtrs à faire connaître Dieu, non-seulement faisant apprendre quelques lignes du catéchisme qui en parlent, et que très-souvent l'on n'entend pas; car, par exemple, après que le simple peup'e a bien dit que Dieu est le premier principe, qu'on lui demande s'il n'y avait rien auparavant Dieu ; s'il a toujours été : ils ne savent que penser et que répondre. H est donc nécessaire de raisonner avec eux, selon la capacité d'un chacun, comme i! a été remarqué dans le chapitre précédent. Il faut donner une haute estime de Dieu, faire connaître qu'il a créé toutes choses, que nous dépendons de lui en tout, qu'il n'y a rien qui lui soit égal, la dépendance absolue que nous en avons, qu'il n'a rien de semblable ; que la très-sacrée Vierge, dont il faut beaucoup leur recommander la dévotion, tient tout ce qu'elle est de lui; qu'i-1 n'y a point de comparaison entre Dieu et elle. Ceci est à remarquer ; car, comme dans la plupart des catéchismes, l'on n'en dit rien, ensuite l'on n'en parle pas. Il serait à désirer que l'on fit des instructions tantôt de la toute-puissance de Dieu, tantôt de son immensité, quelquefois de la grandeur infinie de ses perfections et de tous ses attributs. Certainement la connaissance que l'on a de la grandeur suradorable de cet Etre infini est si basse, que l'on ne peut trop travailler à en insinuer une haute estime par toutes sortes de voies.

Dans la connaissance que l'on donne du mystère de la très-sainte Trinité, il faut bien inculquer que ce mystère ne peut pas être compris, et qu'ainsi, quand on dit qu'il y a un Père dans les personnes divines , il ne faut pas s'imaginer que ce Père éternel est comme les pères de la terre , ou son Fils, comme les enfants des hommes; que le Père n'a point) précédé le Fils ; que le Fils est égal au Père ; que toutes les trois personnes sont égales ; qu'il ne [faut ni penser ni dire que le Père , le Fils, le Saint-Esprit sont trois Dieux qui n'en font qu'un, comme souvent le peuple grossier dit; mais que OElvkes compl dr Boudo*. I.

ce sont trois personnes qui sont un seul Dieu. On peut leur apporter quelques comparaisons, pour leur ôter l'erreur de l'esprit, quoiqu'elles soient bien éloignées de la grandeur incompréhensible de ce mystère.

Par exemple, dans un eierge qui brûle, il y a la cire, la mèche et la lumière ; ce ne sont pas trois cierges qui n'en font qu'un, mais ces trois choses sont un cierge.

La connaissance du mystère de l'Incarnation est encore nécessaire : ainsi il leur faut expliquer et prendre garde à leur bien faire entendre que Jésus-Christ est Dieu et homme; qu'en tant que Dieu il n'a jamais eu de commencement; que c'est lui quia donné l'être a sa très-pure Mère , qui l'a faite tout ce qu'elle est; qu'en tant que Dieu il ne peut ni souffrir ni mourir ; qu'il est vrai qu'un Homme-Dieu a souffert et est mort pour nous : mais que c'est en son humanité sainte que ces choses se sont passées; que Dieu est un très-pin1 esprit et impassible, qui a bien voulu, par un excès d'une charité inestimable, se faire homme; c'està-dire, prendre un corps et une âme dans les entrailles d'une jeune Vierge qu'il a comblée, pour ce sujet, de grâces et de bénédictions ; qu'il pouvait bien choisir une autre créature pour opérer ce mystère, s'il eût voulu ; que l'on entend, parla mort de ce Dieu-Homme , la séparation de l'âme qu'il a prise d'avec son corps ; mais que la divinité est incapable de souffrances et de mort. La dernière ignorance où sont plusieurs personnes de la campagne à l'égard de ces vérités, demande que l'on s'applique avec soin, non-seulement à leur faire dire que Jésus-Christ est mort en tant qu'homme, et non pas en tant que Dieu, mais à leur faire concevoir le sens de ces paroles.

On doit encore s'appliquer à leur faire connaître le mystère du très-saint sacrement de l'autel, et aux personnes qui communient iï y a longtemps, et à celles que l'on doit préparer à recevoir pour \a première fois cette communion vivifiante du corps d'un Dieu.

Nous parlons même des personnes, âgées car l'on en trouve plusieurs qui s'approchent de la table sacrée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sans savoir ce que c'est au fond. Ce malheur a deux causes : la première vient du défaut d'instruction ; la seconde , de ce que l'instruction n'a pas été bien faite : l'on s'est contenté de faire apprendre quantité de choses touchant ce mystère, sans les faire concevoir. Je supplie toutes les personnes qui instruisent pour la première communion, de faire attention à cette remarque, de veiller à ce que ces jeunes gens conçoivent une haute estime de ce mystère adorable, du Dieu de toute grandeur qui y est renfermé , et qu'ils entendent ce qu'on leur en dit. Une des choses dont on doit les instruire , est que le corps d'un Dieu qui y demeure véritablement , y demeure caché ; que les espèces qui paraissent ne sont pas ce corps adorable, mais au'ii y demeure voilé ; qu'il a tant de beau-

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

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tés et de gloire que nos yeux n'en pourraient pas supporter l'éclat , qui est plus brillant un million de fois que cent mille soleils.

Cette remarque est encore nécessaire, à raison du peuple grossier qui s'imagine, comme nous avons vu plusieurs fois par notre propre expérience, que ce qu'il voit dans la divine Eucharistie, la blancheur des espèces et le reste, est le corps de Notre- Seigneur; et ainsi il ne faut pas s'étonner du peu d'estime et du peu de respect qu'il a pour ce corps adorable. On doit ne lui laisser aucun doute qu'il ne soit très-réellement et très-véritablement sous les espèces , mais qu'il est caché , leur faisant voir par l'induction des exemples familiers que les choses ne laissent pas d'être , quoiqu'elles ne soient pas aperçues, par exemple, lame dans le corps. Ici je désirerais que l'on donnât avis aux bonnes gens qui, en montrant des images de Notre-Seigneur à leurs enfants , leur disent que c'est le bon Dieu, qu'ils leur fissent connaître que Dieu est bien autre chose que ces images , et qu'il n'y a rien en ce monde qui lui soit semblable en beauté et en grandeur. J'insiste sur ces choses, parce que le défaut de connaissance et d'estime à l'égard de la Divinité est très-grand , et que l'on y doit apporter tout le remède possible.

Nous avons dit que ce serait un excellent moyen de faire plusieurs discours du catéchisme sur les divins attributs ; et un pré Jicateur qui en ferait le sujet d'un avent dans les villes , contribuerait beaucoup à annoncer , pour parler avec l'Apôtre, le Dieu inconnu : car en vérité , en vérité , il est peu eonnu, même parmi les personnes éclairées, dans sa toute-puissance, dans son immensité, dans son éternité, dans sa justice et dans son amour.

Ensuite de l'instruction de ces vérités, il faut apprendre l'immortalité de l'âme; qu'il y a une éternité de gloire et une éternité de peines; qu'il y a un jugement dans lequel les bons seront récompensés de la gloire éternelle, et dans lequel les méchants seront condamnés aux peines de l'enfer, qui ne finiront jamais ; qu*un seul péché mortel suffit pour rendre une personne capable de l'enfer. Il est bon de remarquer à ce sujet qu'il est très-à-propos de bien enseigner la différence des péchés mortels et véniels , parce que le simple peuple et les enfants qui ont l'usage de raison n'y mettent point de différence, s'ils n'en sont instruits, croyant offenser Dieu notablement dans les fautes vénielles ; et, péchant ainsi contre leur conscience, font des péchés mortels en des choses où il n"y a qu'une offense légère. Pour ce sujet, j'ai de la peine à entendre dire si souvent aux enfants qu'ils seronl damnés quand ils se laissent aller à de légers mensonges et è d'autres fautes semblables. Le Dieu que nous adorons est le Dieu de vérité , et il n'a pas besoin que l'on se serve de faussetés pour porter à son service , sous prétexte que cette manière d'agir sert à intimider. Mais le grand mal qui en arrive,

comme nous venons de le dire , c'est que l'on sert d'occasion à des péchés notables. J'ai connu des enfants qui m'ont assuré, dans un âge plus avancé, avoir fait grand nombre de péchés mortels en des fautes vénielles , parce qu'ils croyaient que c'étaient de grands péchés de la manière qu'on leur parlait. Cela n'empêche pas qu'on ne leur donne horreur du mensonge et des plus petites fautes ; mais en même temps on. ne laisse pas de faire voir que l'on n'est pas cependant damné pour le mensonge léger et autres péchés semblables.

De plus, il faut instruire du sacrement de pénitence et de la manière de se bien confesser, et surtout de la nécessité de ne celer aucun péché notable ; d'avoir un véritable regret de ses offenses, particulièrement de l'obligation étroite où l'on est d'être dans une sincère et ferme résolution de ne plus retourner au péché avec le secours de la grâce de Dieu. Il faut enseigner fortement le malheur éternel qui arrive du défaut de ces conditions d'une bonne confession. II faut faire voir que les personnes qui sont dans l'habitude de grands péchés, y tombent facilement, particulièrement les impudiques, les vindicatifs, et ceux qui retiennent le bien d'aulrui. Les confesseurs doivent bien prendre garde à ne pas donner l'absolution à toutes ces personnes , si les impudiques n'ont quitté les occasions de leurs crimes, si les vindicatifs ne se sont véritablement réconciliés, si les injustes n'ont restitué le bien qui ne leur appartient pas, à moins que l'impuissance véritable ne les en excuse. On doit instruire des remèdes aux mauvaises confessions , de la nécessité en ce cas d'une confession générale, à laquelle il est bon même d'exhorter tout le monde, au moins une bonne fois en la vie. Pour en faciliter les moyens, il faut tâcher de faire venir quelques confesseurs extraordinaires, capables, zélés , qui instruisent des moyens de bien faire ces confessions générales, et qui aident les bonnes gens, lorsqu'ils les font , les interrogeant sur tous les péchés principaux avec prudence et discrétion; ou au moins, si on ne peut faire venir des confesseurs extraordinaires, leur en indiquer dans les villes ou autres lieux circonvoisins. Comme l'expérience des missions fait voir qu'il y a un grand nombre de personnes qui se damnent pour n'oser dire de certains péchés dont elles ont honte de s'accuser aux confesseurs qu'elles voient tous les jours, le grand remède est d'en donner qu'ils ne connaissent pas, ou qu'ils voient rarement.

Enfin l'on enseignera les prières et les moyens de bien prier, la dévotion à la trèssainte Vierge, au bon ange, au saint patron. On travaillera à faire en sorte que l'on fréquente, et comme il faut, les sacrements de pénitence et d'Eucharistie; car, comme oous l'avons dit, deux choses sont nécessaires pour le salut : la connaissance et la pratique. C'est pourquoi un véritable pasteur, pour

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