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CHAPITRE PREMIER

Les ecclésiastiques ont une obligation trèsétroite à la sainteté.

Dieu nous a élevés, s'écrie le grand Apôtre, dans son Epître aux Colossiens (c. i, v. iî2), afin que nous soyons saints et sans tache devant lui. Ce n'est point ici une de ces idées incertaines que l'on peut recevoir, ou ne pas croire. 11 est de foi que Dieu nous a choisis pour être saints : et il le faut bien dire, puisque la grâce du christianisme nous fait les enfants de Dieu et ses membres; ce qui nous élève à une condition qui surpasse tout l'ordre de la nature. L'homme chrétien ressemble à Dieu par sa qualité d'enfant ; car. c'est le propre des enfants de ressembler à leurs pères. Or notre Père céleste est saint et la saintefé même: donc nous devons fitre des saints. C'est pourquoi notre divin Maître nous crie, en saint Matthieu : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mat th. v, 48) ; et son Apôtre nous dit aux Ephésiens (c. v, v. 1) : Imitez Dieu comme ses très-chers enfants. Enfin, dit saint Augustin, toute la religion se réduit à l'imitation de Dieu.

Mais la qualité de membres de Jésus- Christ nous donnant son esprit, nous donne en même temps un même principe de nos actions et de nos souffrances. Elles doivent donc être dignes d'un Dieu qui est leur principe; elles doivent être toutes divines. O vérité certaine, mais étonnante, à laquelle on ne peut jamais assez penser, et à laquelle si peu de personnes pensent, et qui est même ignorée d'un grand nombre de.

fidèles! N'avoir point d'autre esprit en qualité de chrétien, que l'esprit de Jésus, que l'esprit d'un Dieu. O mon Sauveur! à quelle sainteté sommes-nous appelés.

Voilà donc le Saint-Esprit qui est l'esprit

OEUVRES C011PI.. DE BOUDON. I

de notre esprit, la vie de notre vie; et p&r cette vie nous entrons en société avec le Père et avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes par elle alliés avec le Père eu qualité de ses enfants, et avec le Fils en qualité de ses membres; ce qui ne peut être sans le Saint-Esprit, par lequel se fait toute union avec Dieu. Ainsi les Chrétiens ne doivent pas seulement agir à l'imitation de Dieu, mais dans l'union à son esprit, par lequel il nous fait vivre a l'intérieur et agir à l'extérieur, renonçant à nous-mêmes et ne faisant plus de cas que de sa gloire et de ses divins intérêts, sans nous mettre en peine de tout le reste.

C'est ce qui s'est vu dans les premiers Chrétiens,^qui étaient des prodiges de vertu et de sainteté; et depuis même que la paix lut rendue à l'Eglise, ceux qui se présentaient pour recevoir le saint baptême, n'y étaient admis qu'après un temps considérable, qui leur servait comme de noviciat, jusqu'à ce que l'on vît en eux une véritable conversion : et pour lors on leur donnait une robe blanche pour marque de l'innocence, qu'ils doivent garder jusqu'à la mort. Cependant dans ces premiers temps il y avait parmi les chrétiens et des gens mariés avec enfants, et des gens de qualité en charge soit de guerre, soit de judicature, qui avaient sans doute plus d'obstacles à la sainteté, qu'il ne s'en trouve présentement : et ces gens n'étaient ni des moines, ni des personnes retirées, et néanmoins ils étaient des saints : et c'est la qualité ordinaire que les apôtres leur donnaient, en sorte qu'être saint et être véritable chrétien, c est la même chose.

Mais si tous les fidèles doivent être saints, à quelle sainteté sont appelés ceux qui en sont les guides, les maîtres et les directeurs, les pasteurs et les pères. Si la grâce des

Chrétiens produit des saints, elle doit pro duire en eux des sanctificateurs. S'ils son les médiateurs entre Dieu et le reste de hommes, pour apaiser sa juste colère, et pour obtenir ses grandes miséricordes, dans quelle pureté de corps et d'esprit doi vent-ils être, dans quelle innocence de vie, pour ne pas eux-mêmes attirer l'ire de Dieu, et pour réconcilier ceux qui l'offensent avec sa divine majesté. Certainement, dit saint Jean Chrysostome, ils doivent mener une vie céleste.

Or ceci ne doit pas seulement s'entendre des ecclésiastiques qui sont clans les ordres sacrés, ou qui ont la charge des âmes; mais de tous sans aucune exception : car il n'y en a aucun qui n'ait pris Dieu pour son héritage d'une manière particulière en recevant la tonsure. Tous ont déclaré hautement et publiquement, que le Seigneur était tout leur bien. Ainsi , dit saint Ambroise, tous ne doivent se mettre en peine que de Dieu. Si comme le remarque un trèspieux auteur, il choisit les Chrétiens des infidèles, il choisit les ecclésiastiques des Chrétiens, pour les appliquer aux fonctions les plus divines, en les tirant des occupations basses et terrestres des personnes laïques. 11 y. a plus, c'est que^tous les bénéficiers, et ceux même qui n'ont que des bénéfices simples , ont une obligation très-étroite à la sainteté; car sans elle ils ne s'acquitteront jamais bien de leurs devoirs. Ils n'auront pas les marques d'ecclésiastiques à l'extérieur, n'en portant pas l'habit; ils n'en auront pas l'esprit à l'intérieur ; ils ne feront pas l'usage qu'ils doivent faire de leurs revenus, ils ne prendront pas le soin qu'ils doivent avoir de toutes leurs autres obligations.

Us sont séparés par leur état des emplois séculiers, leur esprit doit être entièrement dégagé des choses de la terre : et ce n'est même point assez pour eux de ne point faire d'alliance basse avec le monde, il faut qu'ils en fassent une toute divine; il faut qu'ils sortent saintement d'eux-mêmes, de tout l'amour et de tous les désirs des choses du siècle, et qu'ils soient tout remplis et absorbés en Dieu. Si le prince des apôtres veut que tous les Chrétiens soient saints en toute leur conduite, comme celui qui nous a appelés est saint, et qu'il n'y ait plus en eux aucune image des passions ; ô Dieu 1 quelle doit être la perfection des ecclésiastiques en toute leur conduite, en toute leur vie, en toutes leurs actions, soit publiques, soit particulières.

Us doivent même être les modèles de loule sainteté pour le reste des fidèles. Aussi l'Apôtre ordonne à Timothée d'être l'exemple des fidèles, parla parole, par la conversation, par la charité, par la foi et par la chasteté. (/ Tim. iv, 12.) Il veut aussi que Tite se donne en toutes choses, pour le modèle des bonnes œuvres par l'instruction, par la pureté des mœurs, par la gravité ; et que la parole qu'il annonce soit pure et exempte de reproche, afin de confondre nos adversaires, qui ne .pourront dire aucun

mal de nous (Tit. n, 7) : lui-même se propose plusieurs fois aux Corinthiens pour être imité, et il fait la même chose aux Philippiens. C'est une chose considérable rapportée par l'auteur du Livre des mœurs des Chrétiens, que dans le premier siège le* trente et un Papes qui ont rempli les trois premiers siècles, sont tous martyrs, à la réserve de deux ; et que pendant les six siècles suivants, c'est-à-dire jusqu'au ix% il n'y en a guère que trois ou quatre qui ne soient pas reconnus pour saints : la divine Providence l'ayant ordonné de la sorte, afin que ceux qui étaient les premiers en dignité dans toute l'Eglise, y fussent les premiers en sainteté.

Car enfin, les ecclésiastiques doivent être la lumière du monde ; ils en doivent être l'exemple, mais beaucoup plus par leurs mœurs que par leurs paroles. Mais si cette lumière est changée en ténèbres, qui éclairera les peuples? Ils sont le sel de la terre (Matth. v, 13), selon le témoignage de celui qui est la vérité même. Mais si ce sel devient insipide, avec quoi pourra-t-on le saler? 11 ne sera plus bon à rien qu'à être jeté dehors, comme nous le déclare encore notre divin Maître, paroles terribles et qui doivent faire trembler tous les ecclésiastiques ! Que celui-là les entende , qui a des oreilles pour entendre : mais malheur et malheur infini à celui qui ne les entendra pas. O mon Seigneur et mon Dieu! quelle malédiction épouvantable d'être jeté dehors ; dehors de la société de vos saints, de la société de vos bienheureux anges , de celle de votre glorieuse Mère; mais de la vôtre, 6 grand Dieu des éternités 1 pour être abîmé dans la compagnie des démons , dans les feux et flammes éternelles. Voilà cependant le mal épouvantable qui est réservé à ceux qui devant être le sel de la terre , perdent leur force, et ne sont plus bons à rien qu'à être jetés dehors. O si les ecclésiastiques savaient le don de Dieu qui est en eux, et les soins qu'ils doivent apporter pour ne le pas négliger , et ce qui est | lus terrible, pour ne le pas perdre ; qu'on verrait bientôt la face du sanctuaire se renouveler.

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