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vivent dans un profond oubli de leur fin, niais qui a peine en ont une légère connaissance. Avoir une âme raisonnable, être éclairé de la foi, avoir l'honneur d'être Chrétien, et ignorer ou connaître bien peu, ou ne s'appliquer pas avec attention à la fin dernière, c'est ce qui parait imcompréhensible; cependant il n'y a rien de plus commun que ces ténèbres. Chose étrange 1 que l'une des premières et des plus ordinaires leçons du christianisme, est celle qui est la plus ignorée. A peine les enfants commencent à raisonner, qu'on leur enseigne la fin pour laquelle nous avons été créés et mis au inonde. Il est vrai, comme nous l'avons remarqué, que l'on se contente de leur apprendre par mémoire, sans leur en donner l'intelligence; ce qui est un abus considérable, mais c'est ce que les personnes les plus âgées ne conçoivent que très-faiblement.
Cependant c'est une nécessité ; on doit savoir que Dieu est notre dernière fin, et la fin dernière de toutes choses; la fin de Dieu généralement en toutes choses ne peut être moindre que lui-même, qui a fait toutes choses pour lui, nous assure sa divine parole. Que Dieu est boni il a destiné le ciel pour l'homme, il a fait le soleil pour l'éclairer, la terre pour le soutenir, les animaux pour le servir, les saints anges mêmes, les sublimes et glorieux esprits, pour le garder et l'assister ; mais il a créé l'homme pour sa gloire. Il est vrai qu'il veut sincèrement son salut, et c'est pourquoi nous le devons vouloir aussi. 11 ne veut pas que personne périsse (// Pelr. m, 9), et personne ne doit vouloir sa perte : c'est pour notre salut qu'il est descendu des deux, et il n'y a personne qui ne puisse dire en toute vérité ces paroles du Symbole de la foi. Le salut est notre grande affaire; et il le faut bien penseret dire, puisqu'un Dieu fait homme a tant souffert et tant l'ait pour nous sauver. C'est donc bien fait que de songer et penser à son salut, et d'y bien penser; mais il faut savoir que Dieu a iiour lin sa gloire dans l'œuvre de notre salut, et que même il lui est impossible d'avoir une autre fin que lui-même.
Il est donc juste que nous le regardions comme notre fin dans notre salut et dans nos intérêts les plus saints, sa divine gloire. Le défaut de cette connaissance est cause de deux grands désordres ; le premier est d'une vie molle de plusieurs Chrétiens, et indigne de la grandeur de leur grâce; car ces gens se flattent de se pouvoir sauver de la sorte, sans se mettre beaucoup en peine de glorifier Dieu par le combat et la victoire de leurs passions. Le second est de beaucoup d'offenses contre Dieu; plusieurs s'abandonnant au péché mortel, sous prétexte d'une bonne pénitence qu'ils espèrent de faire, et dans la penséequ'après cela ils pourront être sauvés; ou bien c'est une cause d'une multitude innombrable de péchés véniels, parce qu'ils ne privent pas de la béatitude ; ce qu'ils r.e leraient pas s'ils regardaient l'honneur qu'ils sont obligés de rendre à Dieu en se sauvant.
C'est donc Dieu qui est notre dernière fin ; c'est à la connaissance de cette fin dernière que nous devons notre grande application ; mais à bien considérer la vie d'un grand nombre de personnes, leursdésirs, leursdesseins,il semble que les honneurs, les plaisirs et les biens temporels sont latin pour laquelle elles sont; car quand cela serait, pourrait-on s'en empresser davantage, et s'y attacher plus fortement ? Que l'on ne s'étonne pas si nous parlons de la sorte, nous ne le faisons qu'après l'Apôtre (Ephes. v , 5 ; Col. ni, 5) qui, en plusieurs lieux, et c'est ce qui est remarquable, appelle l'avarice une idolâtrie, parce l'avare met sa confiance en son argent comme en son Dieu. Il défère à l'argent, dit saint Thomas, l'honneur qui est dû à Dieu, occunant toutes ses pensées et toute sa vie à l'argent. Il nomme encore les excès de la bouche une idolâtrie, disant que ceux qui s'y laissent aller font leur Dieu de leur ventre, parce qu'ils ne s'attachent qu'aux plaisirs sensuels. Cens qui mettent leur gloire en ce qui devrait les confondre et qui n'ont le cœur qu'aux choses de la terre- (Philip, m, 19.)
Aveuglement déplorable de s'attacher au monde, comme ceux qui voudraient prendre le vent ou les ombres, pour me servir des expressions de la divine parole qui appelle le monde une figure et une figure qui passe ; c'est comme un tableau que l'on montrerait pour un moment, et qui, dans l'instant qu'il paraît, n'est qu'une figure. 11 passebien vite, et en passant il n'a rien de réel. Le démon néanmoins s'en sert, trompant l'imagination, et il fait en cette occasion ce que l'on rapporte de ce fameux peintre de l'antiquité, qui représentait les choses avec des couleurs si proportionnées, et par des figures si parfaites, que l'on prenait l'image pour ce qu'elle représentait. Ainsi on voyait les oiseaux se ruer en troupes sur une vigne qu'il avait représentée dans un tableau, qui n'en remportaient que le mal qu'ils se faisaient en becquetant cette peinture. C'est de la sorte que le diable amuse la plupart du monde, et néanmoins ces gens trompés dudémon, et qui en sont le plus trompés dans l'estime et l'attachement qu'ils ont au siècle et aux choses du siècle, sont beaucoup estimés, et ils ont une grande approbation parmi le monde, pendant que le diable les tient par leurs attachements, qui les mènent à la fin à une damnation éternelle.
Etrange renversement ûes choses 1 donner son attention et ses affections à ce qui passe, à des ombres, à des figures comme si elles étaient notre fin, et se mettre si peu en peine d'un Dieu et de sa gloire, et de se comporter à l'égard de ses divins intérêts, comme si c'était une affaire de néant. Y peutil y avoir un aveuglement plus extrême, et peut-il y avoir un aveuglement plus terrible 1
Mais écoutons l'Apôtre (/ Cor. vi, 19) qui nous crie : Vousn'êtes pas à vous-mêmes. In interprète, c'est saint Jean Chrysostome, dit sur ces paroles : Ce n'est pas seulement