‹ Œuvres complétesChapitre 299 sur 397 · S.CG · texte numérisé non relu

S.CG

nous presser par la honte, niais nous contraindre d'Aire vertueux. Nous ne pouvons disposer d'une chose qui n'est pas h nous sans une grande injustice; nous ne la pouvons donner ni vendre. Comment donc disposerons-nous de nous-mêmes, si nous ne sommes pas à nous-mêmes ? Si donc le démon nous tente, .si les sens nous sollicitent, si les choses extérieures nous portent à nous y attacher, disons-leur que nous ne sommes pas à nous, pour pouvoir nous laissera eux. Ne vous rendez pas esclaves des hommes, nous exhorte l'Apôtre, par un excès d'affection et de complaisance, dit saint Thomas, au préjudice du vrai maître. Si les serviteurs des hommes, et particulièrement les esclaves, ne sont plus en pouvoir de disposer d'eux; comment pourrons-nous le faire, nous qui avons été achetés d'un prix inestimable, c'està-dire, de la vie de Dieu? (I Cor. vu, 23.)

Rentrons dans nous mêmes, et nous disons que nous n'avons été créés et mis au monde que pour la gloire de Dieu, qui est notre dernière fin ; que nos corps, nos âmes, nos dons, nos biens, nos parents, nos amis, toutes les créatures doivent être rapportées à cette fin. Toutes ces choses ne peuvent pas être employées légitimement, que selon les desseins de Dieu.

Entrons dans ces desseins tous les jours à notre réveil, et commençons par ces paroles, nous les disant avec une sérieuse attention : Pour quelle fin avons-nous été créés et mis au monde? c'est pour y servir Dieu. Allons donc le servir, et cherchons sa gloire en tout ce que nous penserons, tout ce que nous dirons, tout ce que nous ferons, tout ce que nous souffrirons, c'est une excellente pratique de faire une offrande de toutes ses actions le matin; mais plusieurs la font sans beaucoup pensera l'obligation qu'elle renferme; ainsi ils se cherchent dans la. plupart de leurs actions et ils y cherchent Jes créatures. Il faut intérieurement être fortement persuadé que dans toutes nos affaires nous n'avons qu'une affaire, qui est de glorifier Dieu; il faut vivre et mourir dans cette disposition; et dès lors que l'on s'aperçoit que l'on fait une action, ou que l'on souffre quelque peine sans rapport à Dieu, à même temps on y doit renoncer, et cela sans aucune réserve dans tous les moments de la vie.

Il faut se convaincre que l'obligation de rendre à Dieu, et de rapporter toutes choses à sa divine gloire, regarde généralement tous les hommes. Les rois, les princes, les seigneurs, les magistrats, les artisans, les laboureurs, les riches, les pauvres, les doctes, les ignorants; il n'y a personne qui puisse et qui doive s'en exempter. Il est vrai que tous les moyens de servir Dieu dans tous ces états sont bien différents; mais, quelque diversité qu'il s'y rencontre, Dieu doit y être toujours glorifié. Chacun le doit servir et honorer en sa manière, les séculiersdans leurs emplois, les ecclésiastiques et les religieux dans leurs exercices. C'est une grande illusion de s'imaginer que c'est

seulement l'affaire des religieux; les religieux n'ont point une autre fin dernière que les séculiers : ceux qui sont renfermés dans le cloître, que ceux qui vivent dans les embarras du siècle.

Il est vrai qu'il y a des états où il est plus facile et plus sûr de tendre à Dieu : mais quelque difficulté qui se rencontre, c est ce qui n'excuse point du service de Dieu, qui consiste à l'adorer en esprit et en vérité, s'abstenant du péché, pratiquant le bien, s'acquittant des devoirs de sa condition en véritable Chrétien, par des principes de grâce, faisant la volonté de Dieu, prenant du temps pour y bien penser, comme à l'affaire d'unique importance.

Nous disons ici avec l'Apôtre, supposé ee que nous venons de dire, qu'un chacun demeure dans sa condition , et si l'on objecte que l'on ne peut pas s'y sauver, en ce cas il faut la quitter. Il n'y à point à délibérer. Quel profit a l'homme, dit notre Maître, de gagner tout le monde et de perdre son âme / ou, que donnera un homme en échange pour racheter son âme? {Mat th. xvi, 26.) Faut-il se damner, demeurant dans un état, qui nous fait pécher? ou, où l'on ne peut plus s'acquitter de ses obligations, comme il arrive à plusieurs ecclésiastiques. Aucune vue humaine ne nous doit arrêter, ni de nos intérêts, ni des intérêts des autres. Que si votre œil droit vous est un sujet de scandale, arrachez-le, nous ordonne Notre-Seigneur : si votre main droite vous est un sujet de scandale, coupez- la. Il vaut mieux pour vous, que vous perdiez un de vos membres, que tout votre corps soit jeté dans l'enfer. (Malth. v, 29, 30.) C'est à-dire, qu'il nous faut quitter, nous séparer de ce qui nous fait pécher, quand cela nous serait cher comme l'œil ou la main. Hélas 1 que nous serviront les créatures, que nous servira le monde dans peu, et bien plutôt que nous ne pensons l Que nous nuiront les pertes, les disgrâces, les privations des choses de la terre? Ne savonsnous pas qu'il nous faut mourir, et qu'à la mort il nous faudra tout quitter?

Souvenons-nous toujours de notre dernière fin : allons-y généralement en toutes choses, non-seulement dans les actions qui sont bonnes et saintes, mais dans les plus viles et les plus basses. Prenez garde pour cela qu'elles doivent être toutes faites dans l'ordre de Dieu, et exemptes de péché. Manger et boire avec excès, dormir trop, donder trop de temps à la récréation, sont choses qui ne sont pas dans l'ordre de la divine volonté. Ne mentez pas au Seigneur ; après lui avoir offert vos actions, tenez-lui votre parole avec le secours de la sainte grâce. Faites-les comme il veut que vous les fassiez.

Considérez à ce sujet un valet dans le service de son maître. Il fait grande affaire de son service. Si vous lui demandez ce qu'il fait, aussitôt il vous répondra sans hésiter : Je suis au service d'un tel maître. C'est la pensée qui doit dominer en vous; c'est la disposition perpétuelle que nous

devons porter, nous sommes au monde pour y servir Dieu. Le valet fait son occupation du service de son maître; ainsi si quelqu'un venait le prier d'aller à promenade, ou de faire quelque autre chose, il dirait qu'il est lié, qu'il ne peut pas disposer ni de son temps ni de sa personne. Nous l'avons dit, c'est ce qu'il nous faut faire, quand le démon, le monde et notre convoitise nous portent à ne pas agir selon la volonté de Dieu. Le valet sert son maître en la manière qu'il lui ordonne; s'il l'envoie au dehors, il ne demeure pas dans la maison ; s'il l'arrête auprès de lui, il ne sort pas; s'il lui donne la charge de quelques affaires, il s'y emploie; s'il ne lui endonne pas, il ne s'en mêle point. Si un pauvre valet a cette fidélité pour une créature, sera-t-il dit que nous ne l'aurons pas pour Dieu? Ne le servirons-nous pas à sa mode, et non pas à la nôtre? Le Chrétien sera-t-il même déréglé dans ce qu'il prétend faire avec plus de règle, je veux dire dans les actions qu'il veut faire pour le service de Dieu? Combien y en a-t-il qui voudraient que Dieu s'accommodât à leurs pensées, et qu'il ne les fît marcher que par les voies qui leur plaisent? Jamais ne renoncerons-nous tout de bon à notre propre volonté? Servons Dieu une bonne foi selon sa volonté, soit par la voie des consolations, soit par celle des désolations, dans l'abondance, dans la pauvreté ; et persuadons-nous que nous ne sommes jamais mieux que lorsque nous sommes dans un état que nous ne prenons pas par notre choix, mais qui nous arrive par l'ordre de la divine Providence, quelques raisons que notre propre lumière nous puisse suggérer au contraire, et quelques diiïicultés que nous y puissions avoir.

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