LA PRATIQUE DU CHRÉTIEN
A L'AIMABLE JLeUS.
Adorable Jésus, vous êtes le tout aimable, et il n'y a rien d'aimable que vous, ou jiour vous. Ignorer cette vérité, c'est ne pas savoir ce que vous êtes, et il suffit de vous connaître pour ne plus penser qu'à vous aimer. C'est bien assez de connaître vos excellences et votre mérite, pour ne plus respirer qu'après votre divin amour. O mon Jésus, dès lors que je sais que vous êtes Dieu, dès lors je ne dois plus avoir de cœur que pour vous, dès lors je ne dois plus avoir d'être, d'opération, et de vie que pour vous les sacrifier; dès lors, si j'avais des millions de mondes, je devrais vous les immoler. Ah! il suffit donc que vous soyez ce que vous êtes, sans rien autre chose, pour mériter tous les amours des anges et des hommes; afin que tout esprit avoue et publie que vous êtes le tout aimable, et aimable à l'infini. Ah 1 mon Sauveur! Ah! mon Dieu, cette seule vue m'enlève le cœur. Ah ! oui, c'est pour votre seul mérite, parce que vous êtes Dieu, sans regarder ni ciel, ni terre, ni récompense, ni punition, ni bienfaits, ni amour, (jue mon âme a des désirs inexplicables d'avoir l'honneur de vous servir en la manière qu'il vous plaira, avec tant de peines que vous voudrez, sans m'arrêter à aucune consolation qui en puisse résulter, quand j'en devrais être le plus malheureux qui fut jamais. C'est parce que vous êtes Dieu, que j'aspire à votre seul amour, que je veux de tout mou cœur vous aimer. C'est par ce seul motif que je déteste le péché et toutes les offenses, sans en réserver la moindre, la plus légères, que j'ai commises contre vous, et que je les regrette du pi us profond de mon âme, plus que tous les tourments de la vie, plus que tous les démons, plus que toutes les peines éternelles de l'enfer.
Mais que deviendra le cœur le plus intéressé, s'il considère qu'au milieu de toutes vos grandeurs infinies vous vous abaissez jusqu'à lui vouloir faire l'honneur de l'aimer ; et de l'aimer (ô cieux ! étonnez-vous), plus que votre propre vie, et avec des profusions d'un amour si libéral, que vous lui donnez jusqu'à la dernière goutte de votre sang précieux, mais de l'aimer jusqu'à lui donner votre corps sacré en nourriture, mais de l'aimer jusqu'à le faire un autre vous-même par la qualiléde membre que vous lui donnez dans votre corps mystique ? Ainsi le voilà laissé aux soins et à la conduite de votre Père éternel, comme partie de vous qui êtes son Fils. O quelle douceur de Providence ! Ainsi le voilà laissé à vos soins et à votre conduite, comme une partie de vous-même. Ah mon Sauveur 1 vous aimez l'homme jusqu'à lui donner la gloire que votre Père éternel vous a donnée, comme vous le dites expressément au chapitre xvne de votre évangéliste saint Jean, jusqu'à vouloir qu'il soit où vous êtes, jusqu'à demander à votre Père qu'il l'aime de l'amour dont il vous a aimé, jusqu'à lui demander qu'il soit un avec vous.
O mon âme, après cela comment ne point mourir, comment ne point fondre d'amour? Ah ! mon âme, où nous mènent les amours de l'aimable Jésus! au moins, au moins, il ne faut plus parler que de l'aimer. Oui, je le veux dire au ciel et à la terre : Dans le paradis pour jamais, eu terre autant que je le pourrai. Dans cette vue, ô aimable Jésus, j'ai pensé à donner au public ce petit ouvrage, pour crier aux hommes que vous êtes le tout aimable, pour leur raconter vos amours, pour leur faire connaître Thonneur que vous leur faites de leur donner la qualité de vos membre* dans votre corps m,\ stiqué : honneur incomparable auquel ils pensent si pen>
Uflo LA SCIENCE ET LA PRATIQUE DE CHRETIEN.-*- PART. I) HOG
auquel la plupart ne pensent point du tout, que tant de Chrétiens môme ne connaissent pas, bien loin de le reconnaître, bien loin d'en l'aire un saint et fidèle usage. Recevez, ô Dieu du pur amour, selon la multitude de vos plus grandes miséricordes, cette offrande que je présente à votre amour en l'honneur de votre amour, en reconnaissance de votre amour, pour l'établissement, pour l'accroissement de votre amour dans les cœurs de vos fidèles, et dans le cœur de votre pauvre esclave ; et faites, par votre grande, grâce, qu'en criant aux autres à votre amour de toute l'étendue de mon cœur, il se trouve saintement rempli de votre seul et pur amour dans toute son étendue, et dans toute l'étendue de sa vie, et au dernier moment de sa mort, et durant toute l'étendue de l'éternité. Ainsi soit-il. Ainsi soitil. Ainsi soit-il.