LIV. III
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vons justifier aucune vie nos actions, quoiqu'elles nous paraissent bonnes. Les .yeux du Fils de Dieu découvrent des taches où nous nevoyons que pureté. 11 nous faut prier notre bon Sauveur qu'il nous donne part à sa lumière et à la haine qu'il a eue du péché, ne regardant fias nos offenses selon notre lumière, mais dans ses sentiments. Il faut nous donnera lui pour exercer par lui une véritable contrition ; nous unir à la douleur qu'il a eue de nos péchés; ensuite nous détesterons môme les [dus légers, parce que son divin cœur les déteste tous. 11 est bon de prier son bon ange de nous accusera lui de nos fautes.
Enfin nous voudrions crier par toute la terre, avec l'Apôtre (Ephes. v, 15) : Réveillezvous, vous qui dormez. Cette expression de l'Apôtre marque fortement l'état de la plupart des Chrétiens qui sont tout plongés dans un malheureux sommeil à l'égard de leur divine vocation, n'en connaissant ni les grandeurs, ni les obligations. Nous voudrions y crier avec le même homme apostolique, que nous y sommes principalement obligés. Sinous considérons le temps oùnous sommes, car l'heure est venue qu'il nous faut sortir de notre sommeil ; la nuit est passée, et le jour est avancé (Rom. xm, 11, 12); il n'y a point de temps à perdre, car il nous reste un long chemin à faire : le chemin de la grande et de la longue éternité. Prenez donc garde, nous continuons à parler avec l'Apôtre (Ephes. v, 15, 16) , à marcher prudemment , non comme des insensés, car c'est une véritable folie et la plus grande des folies, mais comme des personnes sages; et rachetez te temps, parce que les jours sont mauvais. Quand un homme marche dans une vaste campagne, et qu'il découvre qu'un orage se forme, qu'il entend déjà le tonnerre gronder, il ne s'arrête pas inutilement dans le chemin, mais il avance autant qu'il peut. Ne nous arrêtons donc pas à la vie présente, les jours sont mauvais, ils passent avec une vitesse incroyable, et la mort s'approche, dans laquelle c'est une chose terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant.
Rachetons le temps (Ibid.), récompensons désormais par des actions véritablement chrétiennes les actions mauvaises ou inutiles de notre vie passée. Nous avons écrit ce présent traité dans cette vue, par la seule gloire de Dieu seul en trois personnes, dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Chriït. Repassons devant Dieu toutes les années de notre vie, dans l'amertume de notre âme. (Isa. xxxviii, 15.) Considérons si nous n'avons point vécu dans l'ignorance lamentable de :iotri; qualité de chrétien, si nous en avons connu les excellences, si nous n'avons pas pensé qu'il suffisait de faire des prières, «l'aller à l'église, d'assister aux sermons, et de pratiquer quelques bonnes œuvres. Il faut lire sur ce sujet tous les chapitres du premier livre, et en les lisant y faire de for- ' tes réflexions.
Considérons si nous avons eu une véritable foi des grandes vérités de notre reli-
gion; si même nous les avons sues, et particulièrement les vérités qui tendent à la pratique; si nous avons su ce que le saint Evangile nous apprend, qui est la règle de notre vie et de nos mœurs ; si nous avons entendu nos sacrés et divins mystères ; si ensuite nous nous sommes appliqués 5 la fin pour laquelle ils ont été opérés, pour rétablissement de la gloire de Dieu et de notre salut; si nous avons correspondu aux desseins pleins de miséricorde d'un Dieu, travaillant en la vertu de notre bon Sauveur de toutes nos forces, à l'aimer de tout notre cœur, à acquérir le paradis qu'il nous a destiné et à éviter l'enfer que nous avons mérité. Il faut lire sur cette matière tous les chapitres du second livre, et les lire avec beaucoup d'attention.
Mais méditons à loisir les illusions de la plupart des Chrétiens qui ont peu de fo.\ et qui, à l'égard même de ce qu'ils disent croire, mènent une vie tout opposée à ce qu'ils croient ; qui pratiquent le moins les règles les plus nécessaires de leur religion; qui loin de vivre dans le détachement du monde et des choses du monde, dans l'amour des souffrances, dans l'imitation de Notre - Seigneur Jésus -Christ , sont tous dans l'estime des choses du siècle et dans leurs désirs, dans l'attachement à euxmêmes, dans l'éloignemenl des croix, et qui mènent une vie entièrement opposée à celle de noire bon Sauveur Jésus-Christ; qui confessent qu'ils connaissent Dieu, mais qui le renoncent par leurs actions. (TU. i, 16 ) Ce sont les vérités qu'il faut méditer dans les chapitres du troisième livre; et afin de le faire avec bénédiction , on y doit laire réflexion après s'être mis en la présence de Dieu, s'ê>re beaucoup humilié du mauvais usage qu'on a fait de la grâce chrétienne; après avoir invoqué son secours, lui demandant sa lumière, et une véritable contrition du passé et sa divine vertu pour lui être plus fidèle à l'avenir; s'adressant à la très-miséricordieuse Vierge, son immaculée Mère, aux bons anges et aux saints, les priant de nous servir d'intercesseurs pour obtenir les grâces.
Mais quels sujets d'anéantissement, de douleur, de regret, si l'on regarde par une vive foi l'obligation que l'on a eue de mener une vie surnaturelle, une vie toute sainte et divine, puisque étant les membres d'un Homme-Dieu, dit Jésus-Christ, nous avons dû être animés de son esprit dans toutes nos actions et dans toutes nos souffrances ; que nous avons dû vivre de sa vie S Ces vérités sont amplement traitées dans le troisième livre ; mais elles demandent la lumière du Saint-Esprit, afin que l'on en soit pénétré. Oh! combien leur pratique est rare 1 chacun n'en peut douter par sa propre expérience. Ah! que nous aurions ici sujet de nous écrier : Qui donnera à mes yeux une source de larmes, pour pleurer jour et nuit (Jer. îx, 1>, pour laver notre lit de- nos pleurs toutes 1rs nuits, et l'arroser de nos larmes [Psaf. vi. 7), et jeter des rugissement*
tiiS (ECTRES COBtPLETES DE BOIDON. U'»4
par le gémissement de noire cœur? (Psal. se trompe pas: l'on ne se moque point de
xxx vu, 9.) Est-ce donc ainsi que les misé- Dieu.
licordes immenses d'un Dieu sont reçues? Dieu seul, Dieu seul en trois personnes.
Est-ce ainsi que les Chrétiens reconnaissent toujours Dieu seul dans l'union de notre
Ja grâce très-spéciale et inestimable de leur bon Sauveur Jésus-Christ . sous la protec-
vocatioD? Est-ce ainsi que le don de Dieu tion de son immaculée Mère Vierge, de
est méprisé ? Nous Unissons par ces paroles saint Joseph, de tous les bons anges et de
de l'Apôtre (Gulat. m, 4, 7) : Que chacun tous les saints. examine donc ses actions, et que l'on ne