SIXIÈME RÈGLE DU CHRÉTIEN
5e laisser avec Jésus à la providence de notre Père qui est dans les deux.
Cette règle nous est donnée par Jésus- Christ même au chap. vi, vers. 31, de l'Evangile de saint Matthieu, où ce divin Maître nous dit : Ne vous mettez pas en peine, disant que mangerons -nous ? ou, que boironsnous? ou, de quoi serons-nous vêtus? Ce sont les gentils qui s'inquiètent de toutes ces choses; car notre Père céleste sait ce qui nous est nécessaire. Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroit. 11 faut remarquer ici que la confiance que le Chrétien doit avoir en la divine Providence est si grande qu'elle exclut généralement toute sorte d'inquiétude, et cela sans aucune réserve ; puisque le Fils de Dieu ne veut pas que l'on s'inquiète, même pour les choses absolument nécessaires, comme pour le manger, le boire et le vêlement. Or cet éloignement de toute inquiétude, qui doit mettre le Chrétien dans un repos immuable, n'empêche pas le soin raisonnable que l'on doit prendre les choses; il le faut faire même , mais dans l'ordre de Dieu, et comme Dieu le veut, en douceur et tranquillité, faisant de son côté ce que l'on doit avec justice et avec paix, mais sans empressement de nature , attendant tout le bon succès de la divine Providence, en laquelle seulement, et en nulle autre chose, il faut mettre toutes ses espérances et sa confiance. Remarquez que la confiance en la seule divine Providence doit être si générale qu'elle s'étende universellement pour tous nos'besoins; c'est pourquoi l'Apôtre aux Philippiens (iv, 7), veut que nous ne nous inquiétions de rien : mais que la paix de Dieu, qui passe tout entenûement, garde nos cœurs et nos pensées
en Jésus-Christ. Celte paix doit donc garderie cœur du fidèle, aussi bien h l'égard des personnes qui le touchent de plus près qu'à l'égard de lui-même. Un père, une mère manquent à celte règle, lorsqu'ils disent qu'ils ne s'inquiètent pas pour eux, mais pour leurs enfants. Elle doit êlre à l'égaru de l'intérieur, aussi bien que de l'extérieur, et pour les états différents que l'on peut porter, soit de peines , soit de consolation ; soit pour les moyens qui nous paraissent les plus nécessaires, comme les directeurs, les confesseurs , et autres secours pareils : soit pour le temps qui nous est le plus redoutable, comme l'instant de la mort. L'apôtre saint Pierre dit ; Remettez toutes vos inquiétudes entre les mains de Dieu; car il prend soin lui-même de vous. (I Petr. v, 7.) Ces gens qui s'embarrassent tant pour leurs confesseurs et directeurs, pour leurs états intérieurs, pour leur genre de mort, ou pour ce qui leur arrivera dans ce moment, manquent à cetle règle qui nous est donnée si générale par le prince des apôlres inspiré de Dieu. J'ai remarqué et dans noire livre De la conduite de la divine Providence, et ailleurs, que l'abandon à la divine Providence [tour le temps de la mort est rare même parmi ceux qui semblent plus s'y confier dans les autres temps. C'est qu'en vérité il y a peu de personnes qui ne s'aiment d'une manière intéressée, et qui n'aiment que Dieu seul.
11 faut encore considérer que le Fils de Dieu nous déclare que l'inquiétude pour les choses même les plus nécessaires est Je propre de ceux qui ne croient pas en Dieu ; et en vérité , comment est-il possible que celui qui a une ferme foi des vérités pratiques de notre religion , puisse se mettre en peine de rien? Le Saint-Esprit , dans l'évangile en saint Jean (xvn, 26) , nous apprend que l'adorable Jésus demande à son Père qu'il nous aime du même amour dont il l'a aimé, étant lui-même en nous, et oue nous lui soyons par grâce ce qu'il lui est par nature. Ensuite il nous fait ses membres. Nous voilà donc saintement délaissés à l'amour par l'amour divin, et à la conduite du Père éternel, qui nous aime, et prend soin de nous comme de son Fils, puisque nous ne faisons qu'un avec lui. N'est-ce pas sur ce principe que notre maître nous dit, qu'il suffit que notre Père céleste sache nos besoins ? car comment pourrait-il ne pas prendre soin de ce qui fait une partie de son Fils, comme il a été expliqué? Mais quels soins ce Dieu de toute bonté et le Père des miséricordes n'en aura-t-il pas? O âme chrétienne, tu en es aimée d'un amour infini. Que cet amour nous conduit loin 1
De plus , Jésus aime le Chrétien de l'amour dont il s'aime lui-même, comme la tête aime les membres; et lui étant unis par cette liaison admirable, le Saint-Esprit est notre divine conduite. Que reste-t-il après au Chrétien à désirer? Quel besoin véritable pourra-t-il avoir, ayant Dieu pour toutes choses? Que peut-il craindre? De
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quoi peut-il s'inquiéter? Aura-t-il peur que la terre ou le ciel lui manque , ayant à soi le Dieu du ciel et de la terre? et si Dieu ne lui suflit pas, qui lui pourra suffire? Mais pour ne se pas rendre indigne cies soins et de la conduite du Père éternel, il faut vivre et mourir dans une soumission entière aux mouvements de sa grâce, à toutes ses conduites, et pour l'extérieur, et pour l'intérieur. Il faut que le membre suive le chef en toutes choses et qu'il ne s'en sépare jamais; que notre volonté suive sans réserve sa très-sainte et divine volonté; que nous ne voulions que ce qu'il veut , que nous ne voulions rien de ce qu'il ne veut pas; que nous adhérions à Jésus en toutes choses, renonçant toujours à nos propres mouvements et à nos propres inclinations , à nos propres lumières purement naturelles, à tous nos intérêts particuliers.