SUR SES RÈGLES
Cet examen est d'une grande conséquence, puisqu'il regarde ce que nous sommes, et ce que nous devons faire. Pouvons-nous avoir quelque chose-qui nous touche de plus près? Il regarde notre qualité de Chrétien; que saurons-nous, si nous ne savons pas ce que nous sommes? H regarde les règles que la loi chrétienne nous donne. Ah ! si les bons et véritables religieux de Saint-Benoît, de Saint-François et des autres instituts réguliers, lisent et relisent, examinent et s'appliquent avec tant de considération aux règles que leurs saints fondateurs leur ont laissées; que doit faire le Chrétien à l'égard de la règle qui lui a été laissée, non-seulement par un saint, mais par le Saint des saints, par celui qui est Dieu même?
Mais avant cet examen , le fidèle doit reconnaître ses ténèbres en la présence de Dieu; et comme c'est le péché qui les produit, il y doit renoncer par l'esprit de pénitence, qui est une bonne contrition , et par un véritable changement de mœurs : autrement, s'il demeure dans la nuit, comment pourra-t-il voir la lumière du beau jour de la grâce? Il doit avoir recours à la prière, sans se lasser jamais de demander miséricorde : se servant pour intercesseurs- des bons anges et des saints, mais surtout de la Reine des saints. 11 doit s'humilier beaucoup, concevant une grande horreur de toute élévation de son propre esprit; car Jésus qui est la lumière se relire et se cache (comme il le déclare dans l'Evangile (Mat th. xi, 25) aux sages et aux prudents, et se découvre aux petits. Le défaut de ces dispositions intérieures, fera qu'en voyant l'on ne verra pas, qu'en écoulant l'on n'entendra point. C'est une chose grandement surprenante, que grand nombre de Chrétiens ignorent ce que c'est que d'être Chrétien : mais ce qui est encore bien plus étonnant , est que leur esprit demeure dans l'ignorance des plus grandes vérités de la religion , lors même qu'elles leur sont exposées dans leur grand jour. Le Fils de Dieu cependant nous en
donne la raison dans son Evangile. C'est que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises, (Joan. m, 19.) Ce sera le sujet de leur condamnation.
Ensuite de ces dispositions , le Chrétien fera donc son examen sur les règles que la sainte religion chrétienne lui donne, et en particulier sur les règles précédentes; et premièrement il s'examinera sur l'esprit de mort qu'il doit porter à l'égard du monde, et des choses du monde, et à l'égard de luimême. Tous étanl dans l'obligation indispensable d'être morts, selon la doctrine du Saint-Esprit, révélée par le grand Apôtre (/ Thess. iv, 15), étant du nombre de ceux qui sont dans cet engagement, il faut donc être mort. Autrefois saint Chrysostome méditant cette vérité, s'écriait : Mais les morts ne se soucient plus de toutes les choses de la terre;ilssontinsensibles à toutes ses beautés fausses, à tous ses vains honneurs, à tous ses biens apparents et trompeurs, et à tous ses plaisirs infiniment déplaisants et nuisibles. Présentez à un mort des sceptres et des couronnes, tout ce qu'il y a de plus charmant sur la terre ; il n'en est point touché. Dites-lui toutes les injures imaginables, faites-lui tous les mauvais traitements possibles, jetez-le dans la boue, mettez-le en pièces, ôtez-lui tout ce qui le couvre, H n'en est pas ému. Voilà , disait ce grand homme , une représentation de l'état dans lequel un vrai et fidèle Chrétien doit nécessairement vivre, sinon quant au dépouillement extérieur des choses créées, au moins quant à la disposition du cœur, qui en doit être entièrement détaché. Il n'est pas nécessaire que vous ne ressentiez pas les mouvements de la partie inférieure. L'Apôtre (Rom. vu, 23), dans son éminente sainteté, se plaint d'une loi qui est dans ses membres, et qui est contraire à la loi de l'Esprit; mais la volonté n'y doit prendre aucune part. Elle ne doit mettre ni son affection ni son estime dans le monde ni dans les choses du monde. Etes-vous bien mort par ce détachement intérieur? ou bien peut-être n'êtes-vous pas encore tout vivant de la vie de l'homme animal, sensuel? Le vieil homme ne vit-il pas encore en vous ? N'est-ce point là la vie, où pour mieux dire la mort dans laquelle vous êtes depuis la grâce du saint baptême que vous avez peut-être perdue , dès le point de l'usage de votre raison, par le péché, sans que vous l'ayez encore quitté par une vraie pénitence? N'avez-vous point mené jusqu'ici une vie d'infidèle, plutôt que d'un fidèle Chrétien?
Vous avez dû vivre de la vie de Jésus. C'est la seconde règle sur laquelle vous devez vous examiner. Pour vivre de cette vie divine, il faut en avoir l'esprit, comme il est nécessaire d'avoir une âme raisonnable. Considérez donc si c'est l'Esprit de Jésus qui vous anime. Les membres n'ont point d'autre esprit que le chef. Celui qui est au bout du doigt est le même que celui qui est dans la tête. Comme l'âme se fait
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