LA SCIENCE ET LA PRATIQUE DE CHRETIEN. — PART
rerrien de plus touchant? Ainsi, la communion de la divine essence, qui est entre le Père et le Fils, est le modèle de la communion que nous devons avoir avec ces divines personnes et entre nous. C est pourquoi cet adorable Maître ajoute : Afin qu'ils soient consommés dans V unité. Faut-il s'étonner après cela si les premiers Chrétiens étaient tous un cœur et une âme, comme le Saint- Esprit nous l'apprend dans les Actes des apôtres (iv, 26) ? Rentrez sérieusement dans vous-même pour voir si vous y trouverez ces dispositions chrétiennes. Mais ce qui suit doit bien faire trembler le Chrétien qui n'est pas tout de cœur pour le prochain. Le Fils de Dieu veut que les .Chrétiens soient consommés dans l'unité; puis il ajoute: Et que le monde connaisse (parlant toujours à son Père) que vous m'avez envoyé. Le Chrétien donc qui n'aime pas de cœur son prochain renonce par ses œuvres le Fils de Dieu envoyé au monde pour le salut de tous , quoiqu'il le confesse de bouche.
Mais après toutes ces grandes vérités, jusqu'où doit aller l'examen que nous en devons faire ? Etant tout pleins de Dieu, vivant de la vie de Jésus, étant animés de son esprit, nous devons agir d'une manière digne de la grandeur, de l'excellence et de la sainteté de cet esprit, d'une manière, comme parle l'Apôtre (Col. i, 10), digne de Dieu. C'est l'examen que nous devons faire sur la quatrième règle. O mon âme! nous qui écrivons ces vérités, arrêtons-nous ici. O Dieu! quelle pureté, quelle sainteté, quelle perfection héroïque se doit trouver dans toutes nos actions, même les [dus petites et les plus viles à l'extérieur, puisqu'elles doivent être toutes dignes de Dieu 1 Ici il faut se perdre dans l'admiration de la hauteur de notre grâce. Il faut ici se consommer d'amour pour Jésus, qui nous l'a méritée. Il faut éclater en soupirs et fondre en larmes, dans la vue de l'éloignement où nous en sommes. Hé quoi donc! il faut penser, il faut parler, il faut toujours agir d'une manière digne de Dieu.
Oh ! combien donc l'amour du Chrétien doit être pur et dégagé de toute la nature ! combien il doit être simple, n'envisageant que l'intérêt de Dieu seul dans la haine et l'oubli de soi-même 1 Ecoutons notre divin Maître qui dit qu'il ne cherche pas sa propre gloire. (Joan. vin, 50.) Hé ! qui la pourrait mieux chercher que lui? Oh ! combien cet amour doit-il êtreattaché uniquementàDieu! Notre Maître proteste que sa nourriture, son manger, est de faire la volonté de son Père. {Joan. iv, 3i.) Ohl combien cet amour doitil être accompagné de l'esprit d'un sacrifice général à ia grandeur de Dieu l Après que Jésus s'est immolé lui-même, faut-il avoir quelque réserve? Quel aveuglement, parmi même des personnes qui font profession de quelque piété, d'avoir tant de peine à taire le sacrifice de leurs enfants quand ils se veulent consacrer plus particulièrement à Dieu par la séparation intime et extérieure
du monde, et par la retraite dans le cloître? Ne mériteraient-elles pas que Dieu se retirât d'elles, en les privant du plus grand honneur qui leur puisse arriver, et les abandonnant à leurs propresdésirs ? Oh ! combien cet amour envers le prochain doit-il être doux, patient, miséricordieux, libéral, charitable, puisque l'esprit de Jésus en est le principe? Y a-t-il rien qu'il ne doive faire, et peut-il jamais se lasser de bien faire? Ah! souvenons-nous toujours qu'il doit être digne de l'esprit de Jésus qui en est le principe, et que le cœur vaste et immense de Jésus en doit être le modèle. C'est dans ce cœur, mon âme, c'est dans ce cœur immense que le nôtre doit prendre des mesures pour ce qu'il doit faire envers le prochain.
Cessons de nous étonner si l'on donnait la qualité de saints à tous les premiers Chrétiens. Celui qui est un avec Jésus, et qui par Jésus entre en société avec le Père et lu Saint-Esprit, peut-il être autre chose que saint, s'il ne se rend indigne de sa grâce ? Oui, le fidèle, par sa qualité de Chrétien, est séparé de tous les usages profanes, et consacré au culte de Dieu d'une manière plus noble que les ciboires et les calices qui servent au corps et au sang de Jésus-Christ. Ecoutez ici : Quel usage faites-vous de votre âme, de vos puissances, de vos sens intérieurs et extérieurs, de votre corps, qui sont ainsi consacrés à Dieu? Que diriezvous d'une personne telle qu'elle pût être, quand ce serait un roi, qui ferait servir les calices et autres vaisseaux sacrés à des usages profanes? Ne crieriez-vous pas au sacrilège ? Criez donc de même sur ce que peutêtre vous faites.
Mais voici bien une vérité plus terrible : c'est que non-seulement vous êtes consacra à Dieu, mais vous êtes, comme il a été dit tant de fois, membre d'un Homme-Dieu.
(/ Cor. vi, 15.) Lors donc que vous vous servez ou de votre âme, ou de votre corps pour des choses profanes, ne profanez-vous pas Jésus-Christ lui-même? Voici une parole bien hardie, mais certaine, du grand Apôtre (Ibid.) : Que celui qui prostitue son corps par l'impureté, fait des membres de Jésus-Christ les membres d'une prostituée. Oh! quelle horreur du péché cette vérité ne nous inspirerait-elle pas, si nos yeux étaient ouverts à la lumière divine 1 Ne doit-on pas dire de même par rapport aux autres péchés? celui qui s'abandonne à la superbe, ne faitil pas du membre de Jésus le membre du diable? La langue du blasphémateur ne devient-elle pas la langue du démon?
Toutes ces choses, me direz-vous, demandent un grand renoncement à soi-même; et c'est ce qui ne se peut faire qu'avec une peine extrême. Il en faut demeurer d'accord, et c'est pour cela que l'adorable Jésus, après avoir enseigné ce renoncement à tous ceux qui veulent être Chrétiens, comme la première condition qu'il ordonne à tous ceux qui désirent de le suivre, en même temps déclare pour la seconde condition nécessaire à tout fidèle, qu'il faut porter sa croix tous
les jours. C'est ainsi que ce divin Maître parle en saint Lue, au chapitre ix, vers. 23, où cet évan^éliste écrit : II disait à tous : Si quelqu'un veut venir après moi, quil renonce à lui-même, quil porte sa croix. Ce n'est pas une fois ou deux, remarque saint Chrysostome, mais il faut être continuellement prêt à souffrir. Il ne faut donc pas être surpris s'il y a à souffrir dans toutes sortes d'états, puisque la croix regarde généralement toutes sortes de personnes chrétiennes. Il ne faut pas s'étonner si les occasions en sont si fréquentes, puisqu'il la faut porter tous les jours. C'est sur cette règle que le Chrétien, en cinquième lieu, doit s'examiner. 11 doit rentrer en lui-même pour voir sa disposition intérieure à l'égard des souffrances : il doit considérer ce que son Maître lui apprend au chapitre xiv de saint Luc : Que quiconque ne porte pas sa croix ne peut être son disciple. Ces paroles, et la comparaison dont il se sert ensuite, dont nous avons parlé dans la première partie de ce traité, font bien voir que sans cette condition on ne peut être Chrétien. Il n'y a donc point à délibérer en ce sujet, il faut souffrir, si l'on veut être et demeurer Chrétien; et ce doit être une désolation extrême à un disciple de Jésus-Christ, lorsqu'il est sans souffrance : mais il faut souffrir d'une manière digne de Jésus, comme il a été remarqué dans la cinquième règle.
Vous me dites encore, que la vie du Chrétien demande de grandes grâces pour être soutenue; c'est ce qu'il faut avouer; mais qu'est-ce que le Chrétien ne doit pas attendre des bontés et des miséricordes infinies de Dieu? Je vous conjure, pour que vous n'en doutiez pas, de relire la sixième règle avec attention, et puis assurément vous serez pleinement convaincu que vous devez espérer de la bonté du Père céleste tous les secours possibles qui vous sont nécessaires dans l'ordre de la divine Providence, et pour le spirituel et pour le temporel. Faites ici votre examen sur votre peu de foi, sur votre peu de confiance; et sachez qu'autrefois saint Chrysostome considérant les soins empressés, les inquiétudes que les fidèles avaient touchant ce qui leur est nécessaire, s'écriait : Quel déplorable aveuglement parmi les Chrétiens l si le Fils de Dieu leur avait recommandé de s'embarrasser, de s'inquiéter, de se tourmenter pour toutes les choses dont ils peuvent avoir besoin, le pourraientils faire davantage?
Après cet examen vous pouvez voir combien il y a peu de véritables Chrétiens, j'entends de ceux qui ont le véritable esprit, qui possèdent l'essence du christianisme. Et pour parler clairement sur cette vérité, il faut savoir qu'il y a deux sortes de fidèles. 11 y en a qui croient les vérités de notre sainte religion ; mais beaucoup de ceux-là, dans leur peu de foi, en ont de si basses idées, que c'est un sujet digne de trèsgrande compassion. Il y en a qui non-seulement croient les vérités, mais qui les pratiquent. A proprement parler ce sont ces
derniers qui sont de véritables Chrétiens, et c'est de ceux-là que nous disons que le nombre est bien petit. Soyez-en certains, dit le grand saint Augustin, ce n'est pas seulement la haute dignité où le fidèle est élevé qui le fait Chrétien, il faut que les mœurs correspondent à notre foi. C'est ainsi que les conciles parlent. C'est ce que le Saint- Esprit nous enseigne dans l'Epître de saint Jacques (ir, 17-19), où il compare la foi qui n'a pas les œuvres, à un corps sans âme ; où il compare, dit saint Augustin, les Chrétiens qui croient et ne pratiquent pas, aux diables mêmes. Voici les paroles de l'Esprit de Dieu en cette Epître : Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu? vous faites bien; mais les démons le croient aussi (c'està-dire par une foi naturelle, et non pas divine), et cette foi les fait trembler. Ah ! s'écrie le Père que je viens de citer, se peut-il rien dire de plus vrai, et en moins de paroles, et avec plus de force? mais ce qui est bien considérable, c'estque les diables tremblent par leur simple foi naturelle; et la plupart des Chrétiens vivent dans une grande assurance, quoique leur vie ait plus de rapport avec les infidèles qu'avec Jésus-Christ.
L'essence du christianisme consiste cependant à imiter les vertus de Jésus-Christ, comme nous l'avons montré dans tout ce petit traité. C'est là, ô Chrétien, que vous devez mettre votre grande et unique application. Vous faites bien à la vérité d'assister à la Sainte messe, vous y êtes même obligé les jours que l'Eglise l'ordonne. Vous faites bien de réciter tous les jours quantité de prières, d'assister aux sermons, de mortifier votre corps par les jeûnes et d'autres austérités, de faire de bonnes lectures, de donner l'aumône, d'assister les misérables : mais prenez garde de réduire à ces choses le christianisme dont vous faites profession. Considérez-en toujours ce qu'il a d'essentiel, pénétrez-en l'esprit. Que ces grandes conditions dont nous avons parlé, ordonnées par le fondateur de notre sainte religion à tous ses disciples, ne nous partent pas de devant les yeux : Qu'il faut renoncer à soimême, porter sa croix, et suivre Jésus- Christ; c'est-à-dire l'imiter en sa vie, en ses actions; c'est-à-dire, que le Chrétien doit être une copie de ce divin original; c'est-àdire, qu'il en doit être une image vivante qui l'exprime fidèlement dans ses desseins, dans ses paroles, dans ses actions. Voilà ce que nous devons être; mais hélas 1 que sommes-nous? en bonne vérité peut-on dire que nous soyons une même chose avec cet adorable chef? Un jour sainte Thérèse voyant de véritables Chrétiens, perdit tout à coup la vue de leur extérieur, qui prit la figure de Jésus-Christ. Ainsi elle ne vit plus que Jésus-Christ en ces personnes. Au moins ses maximes, sa grâce, sa conduite, son esprit doivent nous posséder pleinement, en sorte que Jésus-Christ soit notre grand et unique tout en toutes choses. Ahl quand sera-ce? quand sera-ce? Yenez, Seigneur Jésus. Amen.
145? L'AMOUR DE JESUS AU TRES-SAINT SACREM.DE L'AUTEL. — À Mlle DE BOUILLON. UVi