SACREMENT DE L* AUTEL
ïgnem veni mitlere in terram : et quid volo nisi utaccendalur? (Luc, xn, 49.)
Quelques saints Pères expliquant ce que l'Ecriture nous enseigne, qu'au commencement du monde le Saint-Esprit était porté sur les eaux, nous disent qu'il le faisait, non-seulement pour les rendre fécondes, mais encore pour nous instruire; que comme les poules couvant les œufs engendrent les poulets qui leur sont semblables, de même cet Esprit divin, qui non-seulement est l'amour du saint amour, mais encore l'amour même, résidant d'une manière spéciale dans les choses créées, y produisait en même temps le divin amour; toutes Jes créatures, si elles sont bien considérées, nous pressent fortement d'aimer la divine bonté.
C'est ce qui a fait dire à saint Bonaventure (Stim. divin, amor.), que de tous côtés nous étions environnés des feux et des flammes du divin amour. Pline (lib. n,c. 108), après avoir considéré le grand nombre et la diversité des feux qui se trouvent en la nature, assure que c'est comme une espèce de miracle, qu'un seul jour se soit passé sans que le monde brûlât et fût tout en feu. C'est ce qui est bien plus véritable dans l'ordre de la grâce, où étant tout plongés de toutes parts dans les flammes sacrées de l'amour divin, et toutes les créatures devant être à l'âme chrétienne autant de brasiers ardents de sa sainte dilection , n'est-ce pas une chose tout à fait étonnante, et plus surprenante qu'on ne peut jamais dire, de ne trouver que des cœurs glacés et des âmes insensibles ?
Mais en fin que les hommes fussent inexcusables en leurs froideurs, l'adorable Jésus est venu allumer de nouveaux feux, en nous comblart de nouvelles grâces, particulièrement en l'institution du très-saint sacrement de l'autel, ou ses arujurs éclatent avec tant dexcès, qu'il faut bien que nos cœurs changent de nature , ou bien qu'ils soient tout consumés uans le brasier du divin amour. C'est pourquoi il fit voir un jour à sainte Catherine de Sienne, une de ses plus fidèles amantes, que Je très-saint sacrement de l'autel était une fournaise d'amour infini : et elle en voyait sortir sensiblement tant de torrents de feux sacrés dont les pures flammes se répandaient de toutes parts, qu'elle demeura étrangement étonnée de ce que tous les cœurs n'étaient pas entièrement transformés en l'amour d'un Dieu si aimant.
1461 L'AMOUR DE JESLS Ali TUES -SAINT SACREMENT DE L'AUTEL. CONVOCATION. Uiï
One sainte religieuse du môme ordre que cette illustre amante du Fils de Dieu, se trouva bienheureusement prise dans ces flammes, lorsque son cœur en ayant ressenti les divines ardeurs, elle allait criant à ses sœurs : « Au feu, au feu, mes sœurs! Au l'eu, je brûle, le pur amour de Jésus mon Dieu me consume entièrement. »
Je veux faire aujourd'hui, et le reste des jours de ma déplorable vie, la même chose, û Ames catholiques, quoique d'une manière bien différente. Je veux epier de toutes mes forces, et fasse le ciel que je sois entendu ! Au feu, au feu ; non point, hélas! de ce que les flammes de l'amour de mon Dieu brûlent trop vivement les âmes, mais bien de ce que la plupart des cceurs ne sont pas enflammés de ses ardeurs. Vous savez que lorsque le feu matériel se prend a quelque maison, l'on sonne les cloches, tout le monde y court aveu empressement pour l'éteindre, et cela est bien juste. 11 n'en va pas de même du feu de l'amour divin, oe suis venu, disait le Fils de Dieu, l'Enfant de Marie, pour l'apporter du ciel en terre; efque'veux-je, sinon qu'il brûle?
Venez donc, ô Ames fidèles! accourez en foule, non pas pour l'éteindre., mais pour l'allumer. La dignité d'archidiacre, où il a pluà Dieu de ra'élever, quoique très-indigne, à la faveur de la très-sainte Vierge, à qui je dois, après Jésus, toutes les grâces que je reçois de la divine bonté, m'impose des obligations indispensables de travailler de toutes mes forces, en vertu de !a grâce de Jésus-Christ, à faire brûler ce feu du ciel de tous côtés ; puisque les visites que nous faisons ne doivent tendre à d'autre fin que celle que l'adorable Jésus s'est proposée en ses visites, que les nôtres doivent imiter en toutes choses, et comme il n'a visité les hommes selon les entrailles de sa miséricorde, que pour faire régner l'amour de Dieu dans les cœurs, c'est uniquement où se doivent terminer toutes celles que font les archidiacres selon les ordres de l'Eglise.
Mais quand je considère ce que mon Dieu fait dans ses visites, qu il continue au trèssaint sacrement; lorsque je fais réflexion sur ces excès d'amour qu'il a pour les hommes, le voyant dans toutes nos paroisses de la campagne tout seul dans nos églises, si peu connu de la plupart des personnes qui y vivent dans une grande ignorance , peu aimé et cependant si aimant, j'avoue que je* ne" sais où j'en suis, je sens mon esprit et mon cœur défaillir à la vue des amours infinis de mon Souverain, et je suis bien aise de le dire devant tous les hommes, m'accusant de mes énormes ingratitudes : je dois avoir le cœur plus dur que les rochers, pour vivre encore, pour n'être pas tombé mort d'amour, voyant si souvent, comme je fais dans mes visites, les bontés inconcevables de l'aimable Jésus au très-saint sacrement.
Pleurez, vous qui lisez ces choses, répandez des larmes sur mes insensibilités, et sur les glaces de mon misérable cœur; soupirez fortement de voir le Dieu d'amour si peu aimé.
Mais, mon Seigneur, que faites-vous ? vous oubliez-vous, ô grandeur infinie, de ce que vous êtes; vous abandonnant à mes soins, laissant le soin de votre corps adorable , et des tabernacles où vous habitez, à une chétive créature? O mon cœur, il est temps que lu sois une bonne fois sensible aux amours de ton Dieu. Non, je te désavoue, je ne veux plus de toi, si tu ne te disposes, sous les faveurs de la divine Marie, à recevoir tant de plaies et tant de blessures de l'amour divin , qu'enfin tu en meures et tu en perdes la vie.
O âmes fidèles 1 que les jours de notre pèlerinage sont ennuyeux, d'y voir si peu d'âmes fidèlement assujetties au règne de l'amour de Jésus! Ces vues m'ont pressé de vous donner quelques motifs accompagnés de pratiques, pour vous enflammer et vous aider à l'amour de mon roi et du vôtre au très-saint sacrement. Les motifs sont bien puissants , si vous les considérez bien, et les pratiques bien saintes , quoique le style en soit très-bas et très-rampant, et les paroles bien peu choisies. Vous excuserez une personne qui ne peut savoir ni d'autre science, ni d'autre style, ni d'autre langage que celui de Jésus- Christ crucifié, et qui au milieu d'une multitude d'affaires, qui par la miséricorde de Dieu sont affaires de mon Maître et de son Eglise, a de la peine à trouver un moment de loisir, ce qui ne nous permet presque pas d'avoir le temps seulement d'écrire.
Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul!
Ii nous suffit sa seule gloire, ses seuls intérêts, son seul amour. C'est cet amour que je vous demande, c'est à cet amour que je vous exhorte, c'est de cet amour dont je vous conjure. Si vous avez cet amour , quand vous n'auriez rien, vous avez tout : vous êtes donc bien riches. Si vous ne l'avez pas, possédant tout le reste, vous n'avez rien : vous voilà bien pauvres; tout consiste à aimer Dieu , tout ce qui est dépourvu de cet amour n'est que vanité. Saint Jean Chrysostome et Origène, au lieu de ces paroles qui sont écrites de Job, que nous lisons ordinairement : Erat vir simplex et reclus : «c était un homme simple et droit, o lisent : Erat Vie homo vents : « c'était un homme véritable , » parce que, « dit le docte Origène, » celui qui n'aime pas Dieu n'est pas un homme véritable , puisqu'il cesse d'être raisonnable, toutes sortes de raisons nous convainquant que nous ne sommes que pour l'honneur et l'amour de la Divinité.»
Nous lisons sur ce sujet une chose fort remarquable dans l'histoire de Normandie , où nous voyons qu'autrefois les hommes étaient si fortement persuadés que c'était la chose du monde la plus honteuse de n'aimer pas Dieu, que pour lors c'était faire affront signalé et dire une grande injure à' une personne, lorsqu'on lui disait : Vous n'aimez pas Dieu ; ce qui obligea le prince Richard, qui en était le duc, de faire une loi par laquelle il con-
damnait à l'amende tous ceux qui se servaient de ce reproche. Nous aurions bien ici sujet de soupirer, si nous considérions ce qui se passe en nos jours : nos siècles ont bien changé de face, et sont bien éloignés de ces temps heureux par le peu de rapport qu'ils y ont.
Après tout, le Dieu que nous adorons ne change point, il est toujours le même, par suite toujours digne des mêmes respects et des mêmes amours. Allons donc tous ensemble, ô Ames fidèles , lui présenter nos vieux et nos adorations, lui donner irrévocablement nos volontés, lui consacrer nos cœurs, lui dédier tous nos amours. Aimons Dieu et tâchons de faire régner son divin amour partout. Râpe ad eum quos potes, et die eis : Hune amemus , huncamemus ;* Prenez, » dit saint Augustin, « ravissez-lui tous les cœurs que vous pourrez, dites-leur qu'il faut aimer Dieu,»et il est doux de le répéter : diles-le,ô pasteurs, aux âmes qui vous sont commises ; dites-le, pères et mères, à vos enfants ; dites-le , seigneurs , à vos sujets ; dites-le , maîtres , 5 vos serviteurs.
Disons tous les uns aux autres : Aimons Dieu, aimons Dieu. Die eis ista, ut plorent in convalle plorationis, et sic eos rapetecum ad Deum : «Dites-leur ces choses, poursuit ce saint Pore, afin qu'ils pleurent, afin qu'ils gémissent en cette vallée de larmes,» qu'ainsi ils purifient par leurs larmes les fautes qu'ils ont commises contre le divin amour, pour n'être plus qu'à lui : State eum eo, et stabitis : requiescite in eo, et quieti eritis. Quo itis inaspera? Quo ilisf Bonum quod amatis , ab Mo est. Non est requies ubi quœritis eam. Qucerite quod quœritis ; &ed ibi non est ubi quœritis. «Si vous vous attachez à Dieu par l'amour, vous serez inébranlables; si vous vous reposez en lui, vous trouverez la paix. Pourquoi vous tourmentezvous errant parmi les créatures? Si vous cherchez le véritable bonheur, il n'y a que lui seul qui le donne. Vous ne le rencontrerez jamais où vous le cherchez. Cherchez-le à la bonne heure, mais il n'est pas où vous tâchez de le rencontrer. «Mais si vous aimez en vérité, vous le trouverez; car tout est donné à l'amour. 11 ne faut qu'aimer, et tout ett gagné.
L'n bon anachorète rendant compte de ses exercices spirituels au saint abbé Joseph , lui demanda ensuite ce qu'il devait faire pour marcher sûrement dans les voies de la perfection. Pour lors le saint vieillard se levant, étendit ses mains vers le ciel, et tous ses doigts parurent miraculeusement comme dix flambeaux tout de feu. C'est là, lui dit-il, comme vous devez être pour aller en Dieu en vérité, un homme tout de feu, tout consumé dans les flammes du pur amour. 0 âuies fidèles, c'est là ce que j'ai à vous dire. Il faut être tout à l'amour de Dieu seul.
L'ABIOUR DE JESUS