A SON ALTESSE MADEMOISELLE DE BOUILLON
Mademoiselle,
C'est avec justice que je vous présente ce qui vous est dû, votre piété ayant été la seule occasun qui nous a porté à dresser ce très-chétif livre pour le seul honneur et la seule gloire de Jésus au très-saint Sacrement, adorable et amoureux mystère, qui fait le sujet de vos plus tendres inclinations et de vos plus douces complaisances. Lorsque jfai vu qu une personne de votre condition venant à la ville d'Evreux semblait n'y être venue que pour y prendre le soin des affaires de Jésus- Christ, pour en soutenir les divins intérêts, pour y procurer de nouveaux respects et de
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nouvelles adorations à ce divin Sauveur au très-saint-Sacrement ; j' ai cru que l'archidiacre, qui par son ministère doit parler en la maison de Dieu, devait faire entendre sa voix aux peuples, pour les animer de plus en plus à une dévotion si juste, si nécessaire, et si utile. C'est ce que nous avons fait datis notre visite de toutes les églises paroissiales d'Evreux. Muis comme votre zèle nous a pressé d'obtenir de feu Monseigneur notre prélat l'établissement d'une dévotion spéciale au très-saint sacrement dans plusieurs de nos paroisses, je me suis trouvé en même temps pressé de donner aux fidèles adorateurs de Jésus en ce mystère tout d'amour quelques motifs ou sujets d'entretiens pour s'occuper en sa présence, avec quelques pratiques ; ce que j'ai fait à l'ordinaire bien simplement, et il suffit que Dieu seul soit honoré : je dois désirer pour moi, ce qui m'appartient, des confusions à l'infini. Continuez, Mademoiselle, à édifier nos églises, à marcher sur les traces de la haute piété que nous avons vue en feue madame la duchesse de Bouillon votre très-honorée mère, l'amour quelle a toujours eu pour l'Eglise, le respect qu'elle a témoigné si hautement pour le souverain pontife, qui en est le chef et le pasteur, déclarant qu'elle était prête d'exposer sa vie pour soutenir son autorité, et qu'elle eût mieux aimé voir mourir à ses yeux tout ce qu'elle avait de plus cher au monde, que d'y voir la moindre désobéisssance au Saint-Siège apostolique ; ce qui me fait dire avec toute sorte de vérité, qu'elle vivait de la foi: mais à peine avons-nous eu le loisir de connaître que nous étions bienheureux, ayant pour dame une princesse si pieuse et si catholique, que le ciel nous l'a ravie au grand regret de tout le monde. Ce qui nous console dans notre douleur, c'est que le même ciel fait revivre en Votre Altesse une si vertueuse mère. La foi continue de vivre en voire cœur tout dédié et consacré au mystère de notre foi, le trèssaint Sacrement. Je conjure le Dieu de bonté, par le cœur très-aimant de la très-sainte Vierge, que Jésus qui est ici-bas sous les voiles des espèces sacramentelles, l'objet de vos amours et de vos adorations, le soit pour jamais en l'autre vie, se découvrant à votre âme tel qu'il est dans ses grandeurs et dans sa gloire. C'est le souhait de celui qui est avec toute sorte de respect,
Mademoiselle,
De Votre Altesse
Le très-humble et très-obéissant serviteur,