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L'AMOUR DE JESUS AU TRES-SAINT SACREMENT DE L'AUTEL. - I" TRAITE

car, hélas! y avions-nous jamais

tranto! Son esprit demeure tout interdit; car elle voit, en sa lumière, que ce mystère surpasse toute pensée ; elle se perd dans un abîme d'admiration ; sa vie n'est plus qu'une vie d'étonnement, elle voudait crier à tous ]es hommes : « Ah! l'aveuglement! » considérant leurs cœurs si glacés et si endurcis. Si on lui demande ses pensées sur une vérité si adorable, elle ne peut dire autre chose que ces paroles : « Merveille, merveille, merveille! » car elle sait que quand une créature parlerait de la langue des hommes et des anges, elle ne pourrait pas exprimer la bonté du Dieu des miséricordes, en la demeure qu'il a choisie parmi nous au très-saint sacrement. C'est ce qui lui tire, de temps en temps, de grands soupirs du cœur sur les ténèbres des hommes. C'est ce qui la fait pleurer inconsolablement, de ce que le Dieu d'amour est si peu aimé. C'est ce qui lui donne de grands attraits pour la solitude, afin d'y soupirer plus à l'aise sur des malheurs si extrêmes. C'est ce qui produit, en elle, une aversion à l'infini du monde qui ne connaît point Dieu, selon le témoignage de Dieu même, et qui fait voir, par tant d'expériences, ses obscurités malheureuses à l'égard de son Créateur, de son Sauveur, et de son tout. O mon Seigneur! Fulgura coruscationem (Psal. cxliu, 6) : vous, qui êtes la divine source de toutes les clartés, envoyez quelques éclairs de la lumière inaccessible que vous habitez, aux enfants des hommes, pour leur ouvrir les yeux et les tirer du sommeil déplorable où ils sont.

C'est pour ce sujet, ô âme catholique 1 que la dernière des créatures écrit ces lignes, vous criant avec l'Apôtre : Ilora est jam nos de somno suryere; nunc enim propior est nostra salus quam cum credidimus. (Rom.

xiii, 11.) Il est temps, il est temps de nous tirer du sommeil où nous étions, notre divin Sauveur est bien plus proche que nous ne pensons. Le voilà caché derrière les espèces du pain et du vin, considérant de là comme au travers des treillis sacrés (comme il est écrit aux Cantiques), ce que feront nos âmes pour lui. Il disait, cet amant des hommes, que celui qui le sert, le doit suivre, et que ses serviteurs doivent être où il est. Mais voici qu'il est sur nos autels, qu'il est dans nos tabernacles ; c'est donc à ses pieds qu'il faut choisir notre retraite; c'est là où il faut nous rendre avec toutes les ardeurs possibles pour lui offrir nos vœux et nos adorations et le sacrifice de nos cœurs ; gémissant et fondant en larmes, brisant nos cœurs d'une amoureuse contrition sur le peu de soin que nous avons eu par le passé de venir rendre nos respects à notre unique tout. Il sera bien difficile que nous ne lui soyons plus fidèles, si nos yeux s'ouvrent une bonne fois à ses divines clartés; et nous dirons avec Jacob, après nous être tirés. de l'assoupissement où nous étions : Cumque evigilasset Jacob de somno, ait : Vcre JJominus est in loco isto, et ego nesciebam. Eu verilé, le Seigneur est ici, et nous ne le sa-

vions pas; pensé?

DEUXIEME MOTIF

Jésus est au très-saint sacrement avec toutes ses grandeurs.

Pavete ad sanctuarium meutn. (Levit. xxvi, 2.) 11 est vrai que la majesté des rois et des princes souverains de la terre, l'éclat et la pompe de la cour attirent les peuples, et rendent nombreuses les troupes qui lessuivent. Dans cette vue je m'écrie : O enfants des hommes , jusqu'à quand serez-vous pesants de cœur, et vous arrêter ez-vous aux illusions trompeuses du siècle (Psal. iv, 3), courant après le monde, qui dans son inconstance ne se laisse jamais bien posséder, et qui échappera sitôt de nos mains, vous mettant si peu en peine de celui qui seul peut faire toute notre félicité? Voici le Roi des rois devant qui mille mondes ne sont qu'un point, en la présence duquel la majesté des rois de la terre s'évanouit comme les ombres, et n'est qu'un pur néant; devant qui tremblent les colonnes du ciel; et on le laisse seul en nos églises. Hélas ! à peine trouve-t-on une personne qui lui tienne compagnie.

Mais si ce sont les grandeurs qui vous plaisent et qui vous attirent, sachez que le corps de mon adorable Maître, qui est au très-saint sacrement, a plus de lumière lui seul que tous les corps des bienheureux ensemble n'en auront jamais dans le séjour de la gloire : ils brilleront tous comme des soleils. Il faut bien dire que les clartés de ce corps divin, plus grandes que toutes ces lumières ensemble , lui donnent des grandeurs immenses et des excellences inénarrables.

Sachez encore que l'âme sainte de ce précieux corps s'y rencontre, belle âme, la merveille du paradis, l'amour, les délices, la consolation de tous les fortunés habitants du ciel: sachez que le Verbe, image vivante du Père des lumières, y est le Dieu de toute grandeur, et devant qui toutes les autres grandeurs ne sont que bassesse, ou pour dire mieux, ne sont rien du tout, fenite, adorenytis. (Psal. xciv, 6.) Venez donc y adorer la majesté infinie du Seigneur de toutes choses,' et souvenez-vous de ces paroles qu'il dit au Lévilique, xxvi, 2 : Pavete ad sanctuarium meum; que les hommes doivent s'anéantir d'une sainte crainte, entrant dans le lieu où il habite avec toutes ses grandeurs.

TROISIEME MOTIF

Jésus est au très-saint sacrement pour toujours.

Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sœculi : « Voici que je suis avec vous tons les jours jusqu'à la consommation des siècles, » nous assure noire divin Sauveur (Matth.xxvm, 20.) Faveur inestimable, bonheur incomparable, bonté excessive, miséricorde inouïe! Que Dieu en sa bonté se souvienne de l'homme, c'est ce qui fait le sujet desétonnements des saints. Domine,

ŒUVRES COMPLETES DE BOIDON

quid est homo, quod memor es ejus ? (Psal. vim, 5.) Mais que deviendra cet homme, lorsqu'il saura que non-seulement le Dieu de toute grandeur veut bien se souvenir de lui, selon la multitude de ses grandes miséricordes, mais encore qu'il a résolu de demeurer avec ses créatures jusqu'à la fin des temps?

Mais quel moyen de ne pas se perdre dans un abîme d'admiration, si nous considérons que. le créateur du monde, ayant paru en notre terre, le monde ne l'a pas connu! Le conçoive qui pourra, la créature n'a pas voulu recevoir son Créateur qui est descendu du ciel pour la visiter selon les entrailles de sa miséricorde : ce n'est pas tout, elle l'a crucifié, le faisant mourir ignominieusement, après lui avoir fait soutfrir tous les tourments possibles, lui avoir déchiré son corps virginal de tant de supplices, le lui avoir couvert de tant et de si profondes plaies; et, après un traitement si honteux, non-seulement il la visitera encore, mais il prendra des desseins de demeurer avec elle jusqu'à la consommation des siècles.

Si les séraphins ne sont ravis à la vue d'un tel spectacle, je ne sais plus qui les pourra ravir. Mais que diront les hommes? que feront-ils après un amour si excessif? Hélas 1 la plupart y penseront peu, et en seront peu touchés : ce qui fait bien voir que nous portons des cœurs plus durs que les rochers et plus insensibles que les pierres. Voici ce que disait et ce que faisait un cœur vivement touché de ces bontés miraculeuses. C'était la divine Thérèse, la grande amante du Fils de Dieu. Toute transportée d'un amour si ravissant, elle en\parlait au ciel, elle en parlait à la terre, elle s'adressait aux hommes, elle s'adressait aux anges, elle s'adressait à Dieu, soupirant d'une manière pitoyable de ce que le Dieu d'amour était si peu aimé. Elle priait le Père éternel au milieu de ces divins transports d'avoir pitié de son Fils bien-aimé. Ah! oui, disaitelle, ô grandeur souveraine, si vous n'y donnez ordre, ce divin Sauveur est tellement consumé d'amour pour les hommes, qu'après en avoir été traité si cruellement il s'exposera de rechef à de nouvelles souffrances et à de nouvelles humiliations. Elle appelait ses sœurs à son secours pour unir ensemble leurs prières, afin que l'aimable Jésus ne fût plus traité si honteusement et avec tant de dureté par les hommes.

Mais je m'adresse à vous, vous qui lisez ces pages, je vous demande ce que votre cœur dit, ce que votre esprit pense sur un amour de Dieu si excessif. Dans quelles résolutions êles-vous, ou plutôt quelles résolutions devez-vous prendre? Je sais bien ce que vous devez faire, mais je demande à votre cœur ce qu'il fera.

11 y a plusieurs siècles que le Dieu d'amour est sur nos autels pour l'amour de vous ! Hélas ! pour l'amour de lui combien de temps avez-vous passé en sa divine présence? Soupirez fortement ici, brisez votre cœur par la douleur d'une contrition amoureuse.

Il y a plus, ce même Dieu par un amour infini sera avec les hommes jusqu'à la consommation des siècles ; sondez votre cœur sur les inclinations qu'il a de lui tenir compagnie : combien d'heures lui voulez-vous donner pour lui témoigner vos amours, et lui rendre vos adorations ?

QUATRIEME MOTIF

Jésus est au très-saint sacrement continuellement.

Ecce tabernaculum Dei cum hominibus.

(Apoc. xxi, 3.) O amour immense du Dieu que nous adorons ! Il ne lui suffit pas d'avoir visité les hommes pendant les jours de sa conversation visible avec eux, ou de paraître de temps en temps sur nos autels au milieu du plus auguste de nos mystères 1

Ce serait assez pour l'accomplissement de la promesse qu'il nous a faite d'être avec nous jusqu'à la fin des temps; mais son amour ne lui permettra pas de se séparer d'avec nous pour un moment. Il est dans nos églises tout le long des jours, il y est pendant toute la nuit, en tout temps, à toute heure, à tout moment: Confitemini Domino quoniam bonus; quoniam in sœculum miser icordia ejus. (Psal. cvi, t.) O âmes chrétiennes, avouez que les miséricordes du Dieu de nos cœurs sont admirables, chantez-lui des cantiques éternels, pour des bontés si ravissantes. Que tous ceux qui craignent le Seigneur s'approchent, et disons tous ensemble : Quarn bonus Israël Deus! « Que le Dieu d'Israël est bon, que ses miséricordes sont aimables ! » (Psal. lxxii, 1.) Voici que le Père éternel a sanctifié sa maison : El erunt oculi mei, et cor meum ibi cunctis diebus (III'Reg. ix, 3) ; qu'il y a mis et ses yeux et son cœur, non pas en passant, mais pour toujours, sans aucune exception de temps.

Mais, ô mon Dieu, permettez à ma chétive âme de vous demander d'où vient que nonseulement vous demeurez dans nos tabernacles pendant le jour, mais encore tout le long des nuits? Car je vois bien que pendant le jour vous y trouverez quelques adorateurs, quelques personnes qui vous tiennent compagnie* mais quand je pense que vous êtes tout seul dans vos églises toutes les nuits, mon esprit demeure tout interdit, je ne sais plus que devenir. Je considère sur le soir nos temples que l'on ferme, parce que les hommes s'en retirent; et je vois que l'amour vous y fait demeurer : au moins, ô mon Seigneur, que ne quittez-vous pour lors ces demeures que vous avez établies si divinement avec les hommes, puisqu'il n'y a plus d'hommes avec qui vous puissiez demeurer ? Mais l'amour vous a rendu notre prisonnier.

O enfants des hommes, l'amour excessif que le grand Dieu des éternités a eu pour vous Ta rendu captif, l'a rendu esclave. O cieux, soyez grandement étonnés, votre. souverain est détenu, enfermé sous la clef dans un petit tabernacle ; l'amour letient liésous des espèces fragiles. En vérité la vue d'un amour si étonnant et excessif est »n motd

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davantage ? Apprenons ces vérités terribles par ce que nous voyons. N'est-il pas vrai que,

bien pressant pour nous obliger à nous rendre souvent en nos églises, à y demeurer le plus que nous pourrons, à n'en sortir jamais qu'à regret, à laisser nos coeurs et toutes nos affections sur nos autels, au pied de notre ciboire, quand la nécessité nous oblige de nous en séparer de corps, à tendre continuellement et sans cesse au lieu où sont toutes nos véritables délices ; à penser le jour au milieu de nos affaires, de nos occupations, des compagnies et des conversations avec les créatures, à l'aimable Jésus qui réside continuellement en la divine Eucharistie par amour, pour nous exciter d'y envoyer nos soupirs, lorsque nous serons éveillés les nuits, regrettant amoureusement l'impuissance où nous sommes de n'être pas toujours et dé corps et d'esprit en un lieu où Jésus habite avec son âme, avec son corps, avec sa divinité. Oh 1 qu'il serait juste dédire àce sujet avec le Psalmiste : C'est ici qu'est mon repos dans tous les siècles des siècles : c'est ici la demeure que j'ai élue, parce que le Seigneur l'a choisie. (Psal. cxxxi, \k.) 0 mon âme, chacun fera ce qu'il voudra ; mais j'entends que ce lieu soit pour nous notre plus douce et plus continuelle retraite.

CINQUIEME MOTIF

Jésus est au très-saint sacrement en toute sorte de pays.

Non est alia natio tam grandis, quœhabeat deos appropinquantes sibi, sicut Deus noster adest nobis. (Deut. iv, 7.) Non, il n'y a point de nation si heureuse que le peuple chrétien, dans la facilité qu'il y a de s'approcher de son Dieu. Autrefois dans l'ancienne loi il n'y avait qu'un temple pour la terre, il n'y avait qu'un sanctuaire, dont l'entrée n'était permise qu'au grand prêtre; encore remplissait-il par respect ce lieu sacré de la fumée de l'encens, de peur que les yeux n'y vissent rien ; et aujourd'hui non-seulement le Dieu d'infinie grandeur habite dans un temple par les effets de sa grâce, mais corporel- Iement en autant de lieux qu'il y a d'églises au monde, qu'il y a d'autels.

Anciennement' non-seulement il n'était pas permis de toucher l'arche, mais encore de la regarder de trop près. Les Betsamites, pour y avoir jeté les yeux avec trop de curiosité, en furent punis. A présent on peut, eLil est commandé, non de toucher simpleplement , mais de manger celui dont l'arche n'était que l'ombre. L'on peut dire ici qu'il n'y a point de foi, qu'ayant des yeux nous ne voyons pas, ayant des oreillles nous n'entendons point.

L'on fait des pèlerinages en des pays étrangers pour y honorer Dieu dans les reliques de ses saints, et !c'est bien fait; et à peine fera-t-on cent pas pour aller rendre ses respects au corps adorable de ce Dieu de majesté !

Disons de plus, que l'excès de l'amour de Dieu fait l'excès de nos glaces et de nos insensibilités, par le mauvais usage que nous en faisons. Est-il possible que, si Dieu ne nous avait pas tant aimés, nous l'aimerions

si l'aimable Jésus n'avait établi la présence de son divin corps que dans un lieu de la terre, tous les peuples se sentiraient pressés d'y aller de toutes parts pour lui rendre leurs adorations et lui offrir leurs vœux en ce sanctuaire adorable? et lorsqu'ils seraient arrivés en ce lieu, leurs cœurs sans doute s'anéantiraient en la présence de nos redoutables mystères, et ils seraient saisis d'une divine frayeur à la considération de leur grandeur ; l'on ferait tout dans le respect, dans l'étonnement et dans l'amour : mais parce que Dieu dans une bonté infinie, non-seulement a établi la présence de son corps en un lieu du monde , non-seulement en chaque province , ou en chaque ville , mais en autant de lieux qu'il il y a d'églises, et qu'il y en a partout dans les plus chétifs villages mêmes, c'est ce qui fait que l'on ne s'en met pas en peine, et que ses amours sont si rebutés. Le voilà à nos portes, il nous y attend les jours et les nuits ; et par un mépris qui ne se peut comprendre, ce divin amant des hommes est abandonné de ses créatures.

Mais quelle bonté , hélas 1 quel amourl II est dans nos églises de la campagne: et il est seul pendant toutes les semaines , afin que ces pauvres gens, les dimanches et les jours de fêtes, n'aient pas la peine de l'aller chercher bien loin. O fous et insensés que nous sommes! nos cœurs seraient-ils toujours insensibles aux attraits du divin amour?

L'on estime le bonheur des mages qui sont venus adorer le divin Sauveur de nos âmes, mais avec combien de peines et de difficultés? Nous n'avons pas des royaumes comme eux pour les quitter ; il n'est pas nécessaire que nous fassions de si longs voyages : et après tout, que faisons-nous pour rendre nos respects à notre Maître au trèssaint sacrement?

Pendant qu'il prêchait, il était bien dii£cile de l'aborder , à cause de la foule des peuples qui l'environnaient de toutes parts ; et ces pauvres gens étaient si zélés, eux qui ne le connaissaient pas comme nous, qu'ils se faisaient des ouvertures par Je toit des maisons, pour y descendre leurs malades, et les mettre en la présence de celui qui est venu si miséricordieusement pour nous guérir de tous nos maux. Les portes de nos temples sont ouvertes , et les voies de Sion pleurent, parce qu'elles sont désertes, et que l'on n'y voit presque personne.

Enfin sera-t-il dit que la sainte Vierge, cette grande et cette aimable princesse des anges du firmament, n'a pas eu toujours l'accès qu'elle eût souhaité auprès du Fils le plus aimable qui fut jamais, ne pouvant pas quelquefois l'approcher, comme le saint Evangile nous l'enseigne; pendant que nous, vermisseaux de la terre que nous sommes, aurons toute la liberté possible de l'aborder, de lui parler , d'être en sa divine présence ; et cependant nous ne ferons pas un <-aint usage d'une faveur si précieuse !

SIXIEME MOTIF

Jésus est au très-saint sacrement pour toutes sortes de personnes.

Ycnite ad me , omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos : « Venez à moi , vous tous, dit l'aimable Jésus (Matth. xi, 28), qui avez des peines , et qui portez des charges pesantes, et je vous soulagerai. » Ces paroles amoureuses, que l'amour a exprimées du cœur aimant du charitable Sauveur de nos âmes, s'adressent à toutes sortes de personnes.

Il est au très-saint sacrement pour les pauvres aussi bien que pour les riches. Il s'y donne également aux savants et aux ignorants, aux grands, aux petits, aux monarques, à leurs sujets, à ceux qui vivent parmi la poussière du monde , aussi bien qu'à ceux qui sont assis sur le trône. Le pain des anges, chante l'Eglise , est devenu le pain des hommes. 0 merveille, ô miracle! le Seigneur de toutes choses est donné eu nourriture au pauvre, à l'esclave , aux personnes les plus abjectes du monde. Jésus, le souverain du firmament, n'a point de gardes qui éloignent de sa divine personne ceux qui en veulent approcher; toutes les avenues des palais de ce Roi de l'empyrée sont libres; il ne coûte rien, il ne faut point (''argent pour avoir l'honneur de lui parler. Consolation indicible pour les âmes chrétiennes, qui pouvant avec tant de facilité jouir de la présence de celui qui fait la félicité des bienheureux, participent déjà en quelque manière aux joies de la sainte éternité. Elles trouvent le paradis hors du paradis : la terre est changée en un ciel de délices, et les hommes n'ont pas grand sujet d'envier le bonheur des anges , puisqu'ils possèdent celui qui fait le comble de leur félicité.

Plût à Dieu que tous les pauvres , tous les affligés, ious ceux qui sont persécutés, qui sont dans l'abandonnement, qui vivent dans le mépris, qui ont fait de grandes pertes, entendissent bien ces vérités, se souvenant des paroles de l'Apôtre : Quomodo non cum illo omnia nobis donavit? (Rom. vm, 32) que le Père éternel nous ayant donné son Fils bien-aimé, en nous le donnant il nous a donné toutes choses.

Jésus est à nous au très-saint sacrement, il e^àtousceux qui veulent l'y recevoir; mais Jésus est Dieu, et par suite le grand et l'unique tout. Peut-il donc manquer quelque chose à celui qui est dans la possession de ce bien infini? O âmes qui êtes affligées, consolez-vous : eelui qui donne la parfaite satisfaction des cœurs, qui contente pleinement leurs désirs, est à vous. Réjouissez-vous, pauvres, vous êtes bien riches; car vous pouvez jouir d'un bien immense: et pendant que les grands du monde, les riches du siècle vous rebutent, vous chassent de leurs maisons et de leurs compagnies, et ne vous écoutent pas, le grand Roi des anges vous donne toute l'audience que vous pouvez souhaiter, il se plaît à

vos entretiens, quand ils partent d'un bon cœur ; il vous remplit de ses grâces , il vous caresse de ses plus précieuses faveurs , et vous met enfin au rang et au nombre de ses plus chers favoris. Esurientes implevit bonis, et diviles dimisit inanes. (Luc. î, 53.) Il a comblé de ses dons, chante notre aimable princesse , ceux qui sont dans la nécessité, laissant là les riches mondains, bien pleins du siècle, mais bien dépourvus de ses faveurs.

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