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Qu'ils soient tous consommés en un, que ce ne soit plus qu'une chose de nous trois ; vous, moi et eux.

Pour ce sujet il institue le Irès-saint sacrement, appelé par les Pères le sacrement d'union, le. mystère de paix, c'est le sacr< ment d'union; car c'est par lui que nous communions, que nous sommes tous unis en Jésus-Christ et à Jésus-Christ, qui nous donnant son corps en nourriture nous unit par ce moyen à lui aussi étroitement que l'aliment s'unit à la personne qui le prend, qui est l'union la plus intime dans la nature : en sorte que, comme Jésus-Christ ne vit que de la vie de son Père, le Chrétien qui communie ne doit vivre que de la vie de Jésus-Christ.

Et c'est pour cela que ce sacrement porte le nom de communion : nous sommes tous unis ensemble, parce que nous sommes tous nourris à la même table, nous mangeons tous d'un même pain, nous recevons tous le même esprit qui doit être le même dans tous les fidèles, puisqu'ils n'en doivent point avoir d'autre que celui de l'adorable Jésus, qui est l'âme de leur vie.

Ces vérités découvrent bien clairement combien les péchés de haine et d'impureté sont opposés à ce divin sacrement. Le grand saint Chrysostome, considérant ce mystère de paix, proteste que celui qui s'en veut approcher, ne doit pas avoir en son cœur la moindre petite aversion du prochain : vérité appuyée par le Saint-Esprit, la vérité même, qui nous donne avis en l' Evangile (Match. y, 23), que s'il nous souvient près des autels, qu'un de nos frères a quelque chose contre nous, que nous laissions là notre présent pour venir le trouver et nous réconcilier avec lui. Sur quoi vous remarquerez combien l'amour et l'union avec le prochain est nécessaire pour s'approcher de la trèssainte communion ; car le Fils de Dieu ne nous dit pas : Si vous avez dessein de vous approcher du saint autel; mais si vous êtes sur le point de participer aux saints mystères. Ensuite se peut-il rien voir de plus pressant, que d'obliger une personne à quitter son offrande ? Ne pouvait-il pas dire, ce Fils du Père éternel : Offrez votre présent, et ensuite allez vous réconcilier? Mais non, il veut que l'union soit établie avec le prochain, auparavant qu'il s'unisse à nous.

Ce n'est pas tout, encore s'il n'exigeait de nos cœurs, que simplement ils n'eussent aucune haine contre personne, mais i! veut que de plus nous fassions tous nos efforts, afin que nos frères n'aient rien contre nous, que nous les allions trouver, et si prompleinent, que nous quittions là son service, même toutes nos dévotions; oui, quand bien même nous n'aurions aucune aversion contre le cher prochain, il suffit qu'il en ait pour nous. C'est un trop grand mal dans la religion chrétienne, que les membres d'un même corps soient divisés : il faut, lorsqu'il s'en rencontre quelqu'un qui est en a&figer d'une division si funeste, que tous ies autres conspirent à empêcher un mal si pernicieux.

Sainte Thérèse, parlant à ses filles, leur dit que s'il s'en rencontrait quelqu'une qui eût quelque chose contre la charité, que toutes les autres prient pour -elle, qu'elles gémissent, qu'elles pleurent; enfin celte admirable sainte proteste qu'elle aimerait mieux voir le monastère brûlé, que de savoir que de telles fautes y fussent commises.

Le charitable patriarche d'Alexandrie , saint Jean l'aumônier, après avoir consacré les mystères divins du corps et du sang de Jésus-Christ, n'osa pas communier, se souvenant qu'un diacre qui le servait avait quelque animosité contre lui. C'est pourquoi, quoiqu'il célébrât en la grande église patriarcale devant tout son peuple, il quitta le saint autel, se relira en la vénérable sacristie pour embrasser ce pauvre diacre, qui fut bien étonné d'une telle charité; puis ensuite le saint prélat revint à l'autel, pour achever en toute assurance le très-saint sacrifice.

C'est de cette manière qu'agissent ceux qui sont remplis de l'esprit de Dieu. Ils pratiquent ce que leur Maître leur ordonne. 11 faut ou renoncer au christianisme ou renoncer à toute inimitié : il faut renier Jésus-Christ ou aimer ses ennemis pour l'amour de Jésus-Christ; non-seulement ne leur pas vouloir de mal, mais leur donner des témoignages d'une sincère amitié.

Ce n'est pas un conseil, dit saint Augustin, c'est un commandement très-exprès : Dominas in Evangelio, ut inimicos diligere debeamas, non dedit consiliam, sed prœceptum. (S. Augustin, serm. 59, De tempore.) C'est une chose attachée à la loi des Chrétiens, qui est une loi toute d'amour; en sorte, dit le docte Tertullien, que si vous me demandez la définition du Chrétien, je vous dirai que c'est une personne qui aime tout le monde, et qui ne hait qui que ce soit : Chris tfànus nultius est hostis.

Lecteur, examinez bien ici voire conscience, sondez votre cœur, mais non pas à la légère ; que ce soit tout de bon et à loisir. Voyez un peu en quel état il est à l'égard du prochain ; car je vous déclare de la part de Dieu tout-puissant, que si vous y voyez quelque haine, que si vous n'y trouvez pas des dispositions d'amour à obliger ceux qui vous ont désobligé, qu'il est l'ennemi du très-saint sacrement, qu'il a conjuré avec le diable contre son honneur et toute sa gloire; qu'il est dans l'état le plus pitoyable où il puisse êlre ; que s'il ne change, c'est un désespéré, tout est perdu pour lui. Il n'y a plus de ciel pour ce misérable cœur, plus de Vierge, plus de Jésus-Christ, plus de Dieu du paradis; que s'il n'est touché de ces vérités, il commence déjà son enter où il brûlera éternellement avec les anges apostats.

Le très-saint sacrement de l'autel est mystère de paix, il ne peut souffrir la moindre division : mais n'est-il pas le sacrement de pureté? Le divin Roi des anges qui y réside, n'est-il pas l'enfant d'une vierge,

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l'époux des vierges, l'ami de la virginité, l'auteur de toute pureté? Quelle apparence que les impurs, qui ne verront jamais Dieu, puissent entrer dans l'union qu'il prétend des fidèles avec lui dans sa divine Eucharistie; qu'une chair tout impure soit unie à sa chair virginale et très-pure ? Nous sommes les temples du Dieu vivant : mais ce Dieu infiniment saint ne demeure que dans la sainteté; son esprit se retire de l'âme sensuelle.

Ce vice est si honteux que les plus prostitués cherchent les ténèbres et les lieux les plus retirés, pour se cacher aux yeux des hommes. Comment donc ceux qui sont souillés de ces ordures, oseront-ils nonseulement paraître aux yeux de Dieu, mais recevoir son très-pur corps dans leurs infâmes corps ? L'âme dévote au très-saint sacrement doit donc avoir en horreur ce vice sur toutes choses et le regarder toujours comme l'horreur des horreurs. Elle doit trembler dans la seule pensée, la rejetant Aussitôt que Ton ferait tomber un charbon ardent qui tomberait sur un habit : car c'est une étincelle capable d'allumer pour jamais en nous le feu d'enfer. L'on doit savoir que dès lors qu'on y pense avec une advertance entière, que l'on prend plaisir dans ces infâmes plaisirs, que Ton ne commet pas de petits crimes, l'on ne doit pas ignorer que c'est une tromperie visible de penser fuir et éviter le péché, n'en évitant pas les occasions.

Celui qui est chaste, doit éviter la fréquentation des femmes et des filles sans une Eressante nécessité , encore faut-il y être ien considéré , puisque l'on a vu tant de personnes qui, pensant à assister les âmes et les conduire en paradis, se sont ellesmêmes précipitées dans les enfers. Il faut avoir en horreur toutes ces privautés, toutes ces cajoleries, ces mots à doubles enfente, ces chansons trop sensuelles, la lecture des livres qui portent à l'amour mondain , quoiqu'il n'y ait rien de visiblement impur.

Jamais une fille, ni une femme ne se doit laisser toucher ni par amitié ni par badinerie ; car c'est une chose très-dangereuse de regarder une femme, encore plus de lui parler; mais c'est l'extrémité du malheur de la toucher. Il faut condamner ces amitiés trop sensibles entre personnes de sexe différent , quoiqu'elles ne soient pas entièrement mauvaises. Celui qui aime le péril, dit l'Ecriture (Eccli. m, 27), y périra ; et souvent l'on voit, dit le saint évêque de Genève, que ces amitiés où l'on ne veut point de mal, à la fin. et quelquefois après de longues années, aboutissent à des infâmes brutalités.

Le cœur saintement zélé du très-saint sacrement a des inclinations tendres pour la chasteté; c'est sa plus chère vertu, et elle est toute pleine pour lui de saints et de charmants attraits qui la ravissent. Il s'écrie avec l'Apôtre : Serait-il bien possible que des membres de Jésus-Christ, f en fisse les membres d'une prostituée? (I Cor.xi, 15.) Il se souvient

qu'Oza fut frappé de mort pour avoir seulement touché l'arche, parce qu'il était souillé: et il tremble à la vue de ces châtiments, considérant combien il faut être pur pour s'approcher du très-saint sacrement.

filais que diront ici ces dames partisanes de Satan, et ennemies du roi des vierges, qui par leurs appas affectés, par le luxe de leurs habits, par leurs gestes , par les yeux, par leurs gorges, se rendent des tentations vivantes, pour n'aller pas seulement en enfer, mais y entraînant avec elles quantité d'âmes qu'elles ont perdues par des occasions qu'elles leur ont données de pécher? Pourra-t-on assez s'étonner de les voir de temps en temps s'approcher de Jésus, et recevoir son corps virginal, et continuer à lui faire toujours la guerre, paraissant même dans les églises pour y être regardées, en même temps que Jésus y paraît pour y occuper les esprits et Jes volontés? Ainsi les voilà les rivales de leur Créateur, lui disputant la possession des cœurs en sa propre présence.

0 horreur 1 ô désolation 1 que pensent les saints anges, ces purs esprits, quand ils voient ces effrontées venir au sermon, pour disputer à la parole de Dieu la conversion des cœurs (servant au diable souvent avec bien plus de succès que le prédicateur ne fait à Dieu): les hommes qui sont tout sensuels, se laissant aller aux maudits attraits de l'enfer, qui viennent étaler leurs gorges pour servir d'allumette au feu de la convoitise, agaçant, pour ainsi parler, les tentations; ce qui a fait dire à un saint Père, qu'elles étaient les soufflets de l'enfer, dont les démons se servaient pour attiser leur feu infernal. Flabella inferni.

C'est là, Mesdames, ce qui vous a rendues le sujet des horreurs des saints, qui parlant de vous, vous ont appelées un mal tout notoire, une tentation naturelle, un danger domestique, l'entrée du diable, la blessure du serpent. Mais je vous avertis que vous passerez bientôt avec le monde, qui n'ira pas à votre secours au grand jour du jugement, et en ce jour terrible des vengeances du Seigneur, nous vous entendrons crier aux montagnes : O montagnes, écraseznous, tombez sur nous, et cachez sous vos ruines ces misérables créatures , qui ne sont malheureuses que parce qu'elles ont été trop vues. [Apoc. vi, 16.)

Les mères feront retentir les airs de leurs cris, voyant que leurs mauvais exemples auront continué leurs crimes en l'âme de leurs tilles, et les auront comme multipliés de longues années après leur trépas. La même chose arrivera à toutes les autres femmes qui deviennent des sources d'iniquité dans la ville, donnant lieu, par la nudité de leur chair, à quantité de filles de Jes imiter, et introduisant par leurs façons de faire ces modes mondaines et diaboliques/ Tous ces gens sont bien éloignés d'adorer en esprit Jésus au très-saint sacrement» puisqu'ils lui déclarent une si cruelltt guerre.

ŒUVRES COMPLETES DE BOUGON

HUITIEME PRATIQUE

Prier souvent Dieu qu'il donne de bons prêtres à son Eglise , et empêcher , autant qu'on le peut, que ceux qui n'ont pas de vocation à tet état divin, y soient misérablement introduits.

Bogate ergo Dominum messis , ut mittat operarios in messem suam.{Luc. x, 2.) La pratique dont nous parlons, est d'autant plus considérable, qu'elle a été inspirée de Jésus même. Priez, disait ce débonnaire Sauveur, priez le Seigneur, qu'il envoie des ouvriers pour travaillera sa moisson; comme s'il voulait dire ; la chose est bien d'une autre conséquence que vous ne pensez, et elle mérite bien que vous importuniez Je ciel de vos prières pour en obtenir les grâces nécessaires pour un sujet si grand. Mais particulièrement l'âme dévote au très-saint sacrement doit souvent dresser ses dévotions à cette fin, puisqu'il y va entièrement de l'honneur et de la gloire de ce rïrystère.suraimable.

Remarquez que notre Maître ordonne les prières pour avoir de bons ouvriers, de bons prêtres, et à qui il appartient de travailler en la maison du Seigneur: premièrement, parce que c'est lui seul qui les doit envoyer; secondement, c'est qu'il n'y a que lui qui puisse leur donner les dispositions nécessaires. Il n'y a que Dieu seul, à qui il appartient d'appeler les hommes à l'état tout divin du sacerdoce: c'est une vérité établie aussi fortement qu'elle se peut „en YEpitre aux Hébreux (v, k), où le grand Apôtre, parlant par l'esprit de Dieu, fait assez voir la nécessité delà vocation par ces paroles :Nec quisquam sumit sibi honorent : « Que personne, sans aucune exception, ne prenne de luiméme l'honneur du sacerdoce. »

Mais non content d'apprendre Jcette vérité aux hommes, il assemble tous les deux Testaments, l'Ancien et le Nouveau, pour rendre cette vérité plus éclatante, et ne laisser aucun lieu aux'homnies de douter d'une matière où il n'y a point à hésiter. Il apporte l'exemple du^ souverain pontife de l'Ancien Testament, et ensuite celui de Noire-Seigneur môme . sic et Christus non semetipsum clarifteavit ut pontifex jïeret.

A [très cela je ne sais pas ce que pourront répondre ceux qui, sans considérer ce que Dieu demande d eux, sans examiner longuement leur vocation, sans en demander avis à des personnes éclairées, pieuses, remplies de l' Esprit-Saint, prennent avec tant d'empressement la tonsure, les ordres mineurs, les sacrés, et enfin le sacerdoce. Si l'on me dit qu'ils n'en savent pas l'impôt tance, je réponds que c'est ce qui les damne, ils la doivent savoir. Quoi l Jésus ne se sera pas appelé soi-même; mais il aura attendu que son Père l'appelât, et vous avez bien cette hardiesse? N'est-ce pas porter l'impudence dans le dernier point? En vérité, une insolence si téméraire mérite des supplices bien rigoureux. Examinez-vous ici, si vous êtes prêtres, si vous avez attendu les ordres de

Dieu pour entrer dans les ordres sacrés que vous avez reçus : si vous ne l'avez pas fait, tremblez, ayez recours aux larmes, à la pénitence ; voyez des personnes de Dieu, pour savoir ce que vous devez faire dans un pas si glissant, et où vous courez un danger trèsévident de tomber dans le précipice de la damnation éternelle; mais si vous n'avez pas encore été admis aux saints ordres, attendez avec patience, considérez bien la chose que vous allez faire : de là dépend ou votre bonheur, ou votre malheur éternel. N'écoutez pas vos parents, vos amis du monde; n'écoutez pas la nature, n'envisagez pas le bien ni vos aises, ne regardez que Dieu seul et sa seule gloire.

Mais vous qui lisez ceci, n'êtes-vous point du nombre de ces personnes qui conseillent à la hâte d'entrer clans l'état ecclésiastique; considérez si vous n'avez point été cause que quelque personne se soit introduite dans les ordres sacrés. N'y avez-vous point coopéré par votre recommandation? Ne vous êtes-vous point servi de votre autorité ou de vos amis pour faire recevoir en cet état redoutable, des personnes, sans considérer si Dieu les y appelait ou non? A votre avis, est-ce que vous, qui conseillez, qui recommandez, qui pressez vos enfants; vous, qui aspirez si légèrement au sacerdoce, êtes plus sage que Jésus-Christ? Car encore bien que cet homme soit de bonne vie, soit très-savant, soit très-pur, pensez-vous que cela suffise? Jésus n'était-il pas chaste, saitit, très-savant? Etes-vous plus saint que lui, plus éclairé, plus zélé pour la gloire de son Père? Et cependant, ô vérité terrible, et qui mériterait bien d'être entendue de tous les hommes, il ne s'est pas appelé soi-même, il attend que son Père l'appelle.

Non, si le Seigneur n'édifie, en vain travaillent ceux qui bâtissent la maison. Il n'appartient qu'au Seigneur, dit le Saint-Esprit chez le prophète Jéréraie (c. x, v. 23), de disposer de la fortune des hommes. C'est à Dieu de nous mettre en telle condition qu'il lui plaira : ce n'est pas a nous à la choisir. Ce n'est point aux pères, ni aux mères, ni aux oncles, ni aux maîtres, ni à nous; c'est l'affaire de Dieu seul.

L'on me dira ici que si ce jeune homme n'aspire à l'état ecclésiastique, il ne pourra pas vivre selon sa condition, un bénéfice sortira de la famille. A la bonne heure, qu'il soit pauvre, qu'il soit pauvre, qu'il perde le bénéfice; et si l'on me réplique que cela est bien aisé à dire, mais bien difficile dans la pratique, je répondrai qu'il est encore plus fâcheux d'être damné. J'entends le monde qui continue à nous objecter que l'on peut se sauver en toute condition, et par suite dans celle de l'état ecclésiastique. 11 est vrai : mais il faut que Dieu y appelle. s Dieu donnera-t-il ses grâces pour s'acquitter des obligations d'un état où il n'appelle point, où l'on s'introduit contre son gré? Vous qui dites ces choses, donneriez-vous des gages à des personnes, qui, impunément, malgré vous, en dépit de vos volontés, s'in-

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troduiraient en votre maison pour y être domestiques?

Il faut donc qu'il y ait une véritable vocation de Dieu; mais secondement, l'on doit remarquer, en la personne appelée, une fidèle correspondance en ses mœurs à l'état divin où Dieu la veut. Sic nobis decebat Pontifex sanctus, innocens, impollulus. segregatus a peccatoribus. (Hebr. vu, 26.) Car, il faut que celui qui aspire au sacerdoce, soit conforme à Jésus-Christ, non-seulement en sa vocation, mais encore en sa disposition : il doit mener une vie pure et innocente, qui ait rapport à celle du Fils de Dieu. De là vient que le grand Apôtre, parlant des qualités qui doivent accompagner ceux qui sont dans l'état ecclésiastique, dit que ces personnes doivent être sans crime et sans reproche. Ce qui fait dire aux saints Pères qu'il faut avoir mené une vie exempte de tout péché mortel, pour être promu aux saints ordres. A présent que l'Eglise ne garde pas une rigueur si sévère, on doit au moins en avoir fait une bonne et grande pénitence.

Il faut de plus avoir de la science. Car, faites ce que vous voudrez, dit saint Jérôme, l'innocence, sans la doctrine, ne suffit pas en la personne d'un prêtre. Ubi sunt qui innoccntiam sacerdoli dicunt posse suffxcere? (Epist.ad Fabiolam).Le défaut de ces choses, de la vocation, de la pureté de vie, de la science, n'est-il pas la source de tous les désordres et de tant de scandales que nous voyons tous les jours en l'Eglise? Combien de prêtres avares qui ne pensent qu'à amasser? Combien d'impurs? Combien qui ne songent qu'à faire grande chère et à bien boire? Mais combien, ensuite, d'irrévérences contre le saint sacrement? Ils apprêtent à rire aux fidèles et aux hérétiques, par le peu de dévotion qu'ils ont en la célébration du plus auguste de nos mystères. Ils traitent le corps du Fils de Dieu comme un morceau de pain : encore, quand ils dînent ou quand ils soupent, sont-ils souvent plus attentifs à ce qu'ils mangent, que lorsqu'ils participent au corps et au sang du Fils de Dieu. A peine auront-ils le soin de regarder sur la patène ou sur les corporaux s'il n'y reste point de parcelles : en sorte que souvent, n'y prenant pas garde, elles tombent par terre, ou demeurent au moins sur ces choses sans aucun respect.

Mais ce qui est déplorable à larmes de sang, c'est que la [dupait des prêtres qui sont habitués ou attachés, par le soin pastoral, à la paroisse, sont obligés de dire et célébrer tous les jours le saint sacrifice de la messe : mais, ô Dieu, avec quelle disposition! Figurez-vous ici, vous qui êtes prêtre, ce que vous demanderiez d'une personne laïque pour communier tous les jours. Non-seulement, dit le grand évêque de Genève, il faut mener une vie exempte de tôt)'. péché mortel, de toute attache à tout péché véniel, mais encore il faut être dans la pratique des plus excellentes vertus : il faut aimer la pauvreté, le mépris, le délais-

sement des créatures. C'est ce qu'on demanderait d'un laïque. Que doit-on exiger d'un ecclésiastique, qui, non-seulement, communie, mais sacrifie; qui, non-seulement prie pour ses péchés, mais pour ceux du peuple, y étant le médiateur entre Dieu et les hommes? Qui apaisera la colère de Dieu, si, ceux qui, par état, doivent fléchir ce Dieu de justice, eux-mêmes l'irritent et attirent ses vengeances?

C'est ici, ô âmes dévoles au très-saint sacrement, que vous devez ouvrir la porte à vos soupirs, et leur donner toute liberté :. car non-seulement la plupart des prêtres no sont pas dans ces dispositions requises pour célébrer tous les jours; mais il y en a qui approchent des saints mystères en péché mortel : jugez ensuite des profanations du très-saint sacrement;- et si nous n'avons pas eu grande raison de dire qu'une pratique excellente pour honorer le très-saint sacrement était de demander à Dieu de bons et de saints prêtres.

Un laïque qui sera méchant, pour l'ordinaire n'apprOvdiera pas de la sainte communion : s'il le fait à Pâques pour éviter le blâme des hommes, ce n'est qu'une fois l'année; en sorte que pendant cinquante années ce ne sera que cinquante communions. Mais un prêtre en une seuie année, s'il est méchant, fera autant de communions mauvaises qu'il v a de jours à l'année : en deux mois il profanera autant de fois le saint sacrement, et plus, qu'un laïque en toute sa vie. Jugez combien de sacrilèges se commettront pendant les dix, vingt et trente ans, si vous voulez, ou plus, qu'un méchant prêtre célébrera les divins mystères : et jugez ensuite de combien de profanations vous êtes cause, sans faire mention des scandales et des autres maux, si ces personnes se sont engagées par vos avis, et peut-être par vos importunités, à ce saint ministère. Pensez quel compte vous en rendriez à Dieu, qui que vous sovez qui coopérez à un tel désordre.

Le célèbre prédicateur Jean d'Avila, cet homme apostolique , en une Epître à un jeune homme, par laquelle il le dissuade du dessein qu'il avait d'être prêtre, remarque que le diable donne de grandes inclinations à plusieurs pour le sacerdoce. Crtde mihi, charissime,nonalius acacodœmone, tanta et tam enormi audac'm corda plurimorum hominum hujus tœeuli incitavit ad acquirendum supremum sacerdotis h^norem.

[Epître, p. 1, ep.tjl.) C'est que ce malheureux esprit, par une rage qu'il a contre le très-saint sacrement, voyant un jeune homme que Dieu n'appelle point à l'état ecclésiastique, ou bien sachant ses inclinations méchantes, il tâche de l'engager dans cet état sacré, il lui donne même pour ce sujet des inclinations tendres, de beaux préceptes ; afin qu'y étajat introduit par la nature, il s'y rende coupable des maux dont nous avons parlé.

Je prie de tout mon cœur les personnes charitables, qu'elles prennent bien garde aux sentiments de ce grand serviteur do

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

Dieu, et se souviennent si elles veulent assister de leurs biens quelques personnes, pour les mettre ensuite dans les fonctions sacrées de l'Eglise, qu'auparavant elles les fassent examiner par des personnes qui aient la science des saints; car souvent il serait plus à propos de leur faire apprendre un métier, que de leur faire courir risque de leur salut, et d'exposer le corps du Fils de Dieuaux profanations qui pourraient en arriver. Enfin mes os et ma chair sont transpercés de la crainte du Seigneur, quand je fais réflexion, moi qui écris ces lignes, que je suis un prêtre. O grandeur de Dieu 1 quelle dignité, quel état 1 et si nous n'y prenons garde, combien de malheurs nous sont préparés !

Denys le Chartreux (de k novissimis , part, ni, art. 13) rapporte qu'un saint personnage à qui Dieu avait fait voir les peines du purgatoire, s'étonna de ce qu'il y remarquait peu de prêtres ; mais il plut à Dieu tout bonde lui en faire connaître la raison. C'est que les prêtres, lorsqu'ils sont méchants, à peine se convertissent-ils, je dis véritablement, à leur mort ; ainsi ils ne vont point en purgatoire, mais en enfer. N'est-ce point ce qui fait prononcer ce terrible Vœ au Fils de Dieu, parlant des prêtres dans les Révélations de sainte Brigitte, lib. îv, cap. 135. Vœ talibus, quod unquam nati fuerunt : ipsi enim profundius cadunt in infernum, quam aliquis alius : « Malheur, malheur à ces misérables! bien leur eneût pris, si jamais ils n'eussent vu le jour : car ils sont plus cruellement tourmentés en enfer que le reste des hommes. »

NEUVIEME PRATIQUE

Ne présenter et ne recevoir aux bénéfices que des personnes très-dignes.

Cum videritis abominationem desolationis stantem in loco sancto, etc., erit tune tribulatio magna. (Mat th. xxiv, 15.) Quand serace que les hommes ouvriront les yeux aux fraudes vérités de notre sainte religion? usques à quand seront-ils plongés dans le profond sommeil, ensevelis dans les noires ténèbres qui leur cachent tout ce qui se passe de plus saint ou de plus étonnant dans Je christianisme? Faut-il que leurs yeux se ferment de plus en plus aux lumières de Ja grûce, et que leurs oreilles se bouchent aux oreilles de l'Eglise et des saints Pères? Où trouverons-nous une personne fidèle qui n'envisage les choses que comme Dieu les regarde, leur donnant le prix et la valeur, selon l'estime qu'en fait la Sagesse éternelle, et non pas le jugement trompeur des hommes? La [dupait de nos désordres seraient ôtés, si l'on vivait de -a foi , si l'on se conduisait par ses lumières, faisant un saint mépris de l'estime des nommes. 4*

Considérons une vérité si sensible à l'Ame éclairée, dans le mauvais usage que l'on fait des bénéfices, parce qu'on y envisage la créature, et que ce que Dieu y voit est négligé. Deux sortes de bénéfices se présentent à mon esprit : ceux qui ont charge

d'âmes, ceux qui sont simples, et qui n'en ont point; et en même temps faisant réflexion sur le peu de soin . que l'on a d'en pourvoir des personnes très-dignes, je ne puis m'empêcherqueje ne connaisse en ce dérèglement la source des plus énormes profanations du très-saint sacrement.

Je considère à loisir et dans la tranquillité de mon esprit, que les bénéticiers qui ont charge d'âmes, sont les coadjuteurs de Jésus- Christ; ainsi qu'un curé doit aller en sa cure , et un prélat en son diocèse, comme le Fils du Père éternel est venu du ciel en terre. N'est-ce pas le sentiment du Fils de Dieu, lorsque parlant à ses apôtres, il leur dit : Comme mon Père ma envoyé, je vous envoie. (Joan. xx, 21.) Us doivent y travailler sur le divin modèle que le Père éternel leur a donné en son Fils Jésus-Christ, n'y ayant point d'autre vue que la pure gloire de Dieu, le salut des âmes, pour qui ils doivent non -seulement parler par sermons, exhortations, catéchismes; mais encore être prêts de mourir, si l'occasion s'en présente.

Ensuite je regarde combien peu l'on pense à ces choses , combien ces vérités sont peu pénétrées, et par ceux qui cherchent les bénéfices, et par ceux qui les confèrent. Ne sait-on pas qu'il y en a très-peu qui regardent la personne qui aspire aux charges de l'Eglise, si elle est une copie sainte de Jésus-Christ, si elle en est revêtue, si elle entre dans ses mêmes desseins, si elle marche dans ses voies ; voies de pauvreté, de mépris, de souffrances; voies de détachement, voies de mortification, voies d'oraison. Mais plutôt on y considère la recommandation d'un ami, l'intérêt d'une famille, l'amitié d'une créature.

Là-dessus je laisse élever mon esprit par les mouvements de la grâce, j'entre dans les puissances du Seigneur, je me retire dans le cœur de Jésus-Christ, et là dans l'immensité de l'amour de ce cœur infiniment charitable, je prends l'estime que je dois avoir des âmes, et je dis avec Bernard : Hélas ! que la valeur d'une âme est bien plus grande qu'on ne pense : je ne le savais pas sans la science de l'amour d'un Dieu crucifié pour leur salut.

Une seule âme vaut plus que tout le monde, il est aisé de le prouver; mais lorsque je pense que leur salut a coûté la vie d'un Dieu, je sens mon esprit défaillir d'étonnement. Je dis, je dis : Assurément le salut est une chose d'une conséquence inénarrable, puisque mon Dieu en fait un tel état. Qui nous donnera donc ici une voix de tonnerre, pour faire entendre par toute la terre à ceux qui présentent ou qui contèrent les bénéfices? vous les donnez à des recommandations, à des parents, à des amis, sans regarder s'ils en sont très-dignes; et voici ce que vous faites : voyez si jamais vous y avez bien fait réllexion.

Vous êtes dans un tel oubli de Dieu, que vous faites moins d'état du prix de son sang, que vous ne faites d'une de vos terres, de vos

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fermes, O Dieu! qui le croirait? car n'est-il pas vrai que, si un de vos amis vous priait de donner une de vos terres à un fermier qui n'aurait p;is de quoi là f.iire valoir, que vous sauriez bien vous en excuser! Pourquoi ne fcriez-vous pas la môme chose h celui qui vous prie de donner la charge du prix du sang du Fils de Dieu à une personne qui n'en est pas capable?

Si vous présentez un indigne à un bénéfice, si vous le lui conférez, vous êtes obligés à restitution à l'Eglise. Comment la ferez-vous? 11 ne vous sera pas possible d'ôter le bénéfice, quand vous l'aurez une fois donné : quel remède donc ? Car tous ceux que l'on y apportera, comme d'y envoyer des missions, et des prédicateurs de temps en temps, ne sont que des secours passagers.

Il me semble que je vous vois au redoutable jugement de Dieu, et que là plusieurs âmes, dont la perte est plus considérable que celle de tout l'univers, se présentent pour vous accuser de leur malheur éternel. Que direz-vous à ces âmes environnées de feu et de flammes, et pour un jamais? Sera-ce une bonne excuse de leur dire que vous n'avez osé refuser votre ami , qu'il vous fallait récompenser un de vos domestiques ? Ah ! mais que direz-vous à Jésus-Christ votre juge, lorsqu'on considérant sa majesté, il vous fera voir les anéantissements qu'il a portés pour sauver ceux que vous avez si misérablement perdus, en leur donnant des guides aveugles, et des pasteurs mercenaires ? Vous serez coupable d'autant d'enfers, que vous avez été cause de la perte d'âmes.

N'allez pas me dire que vous ne savez pas s'ils sont indignes, que vous l'ignorez; car je vous dis de la part du grand Dieu des éternités, que vous le devez savoir. Quoi 1 estce ainsi que vous traitez le sang d'un Dieu, que vous traitez son corps, que vous avez soin de i'honneur de l'Eglise, que vous pensez au salut des âmes ? Si vous avez des bénéfices à donner, ne devez-vous pas vous adresser à des séminaires, ou à des personnes qui ne cherchent que Dieu seul, pour leur demander, pour les prier, que dans l'occasion ils vous cherchent de véritables ouvriers , pour être les coadjuleurs de Jésus-Christ? Mais que deviendront les parents ? Mais j'en ferais des amis. O paroles dignes de toute horreur! O pensées qui méritez l'exécration de tous les fidèles ! Est-ce donc que mon Dieu servira à la créature, qu'on se servira de ses intérêts pour l'établissement de l'intérêt des \evs de terre? O profond oubli de Dieu et de sa gloire 1 O mépris entier de son salut, du paradis, de l'enfer, de l'éternité ! Ne voit-on pas souvent un bénéficier, sur le point de mourir, être pressé de résigner à un parent, à un ami qui n'en sera pas capable? Voilà un des plus grands crimes que l'on puisse jamais faire. Quand un homme serait saint, il sera damné comme le diable, s'il tombe et meurt dans un tel désordre : cependant c'est ce que l'on fait tous les jours, tant il est vrai qu'il y a peu de personnes qui soient à Dieu seul !

On voit des personnes d'autre part as>-ez vertueuses qui se laissent aller à un si grand mal. O confesseurs, que faites-vous? quelle absolution donnez-vous? Parents, à quoi pensez-vous ? O le malheur des malheurs, qui' le misérable intérêt qui fait damner tout le monde !

In bénéficier d'autre part; qui aurait mené une vie vertueuse, se fera damner à la mort par une résignation qui n'est pas comme Dieu la veut; ettousceuxqui devraient l'en détourner, l'y poussent, et quelquefois même les confesseurs. Oui , je soutiens , et je le soutiens en face du ciel et de la terre, qu'un prêtre, qu'un bénéficier éclairé de Dieu, et qui l'aime en vérité, verrait toutes les puissances de la terre à ses pieds pour lui demander son bénéfice, sans s'ébranier ni d'aucunes prières, ni d'aucunes menaces. Vive Dieu : celui qui en considère la majesté no fera jamais rien que pour sa plus grande^ gloire.

Je passe donc plus avant, et je dis avec les conciles, que ce n'est pas assez de donner les bénéfices aux dignes, mais à ceux d'entre les dignes, qui sont les plus disrnes. N'est-ce pas encore un grand compte à rendre à Dieu, de la gloire dont on l'aura privé? 11 y a bien de la différence entre un homme qui a de bonnes qualités, bien craignant Dieu, bien capable, et entre un autre qui excelle dans ces qualités. L'un fera du bien en un lieu, dans une cure ,. si vous voulez ; l'autre répandra les bénédictions delà grûco dans tous les lieux circonvoisins : et de vrai, l'expérience fait voir qu'un grand homme de Dieu fait des progrès merveilleux, pour l'établissement de ses intérêts.

L'on a vu quelquefois un curé sanctifier tout un pays par ses conférences, en imitant l'exemple, en prenant les avis, la noblesse y ayant recours en ses besoins spirituels, les peuples y trouvant loin assistance en toutes leurs nécessités. Toutes ces choses ne fussent point arrivées sans les soins d'une telle personne : n'appelle-l-on cela rien, pour n'en pas rendre un compte très-rigmireux au sévère jugement de Dieu? Knlin, pour les bénéfices simples, l'on dira peutêtre que la chose n'est pas île si grande conséquence ; mais sachez qu'il n'y a rien de petit quand il s'agit de Dieu.)

Plût à Dieu que vous sussiez ce que les saints Pères divinement éclairés entendaient" si bien sur cette matière. Vous donnez des bénéfices simples, parce que, dites-vous, la chose n'est pas de grande conséquence. Saint Bernard vous répond dans une de ses Epitres à Henri, archevêque de Sens, qua~ près qu'on en a pris ^simplement le nécessaire, tout le reste est aux pauvres ; et vous faites si peu d'état du patrimoine dus nécessiteux, vous le donnez ainsi indifféremment à ceux qui le voleront, et qui, en rctqnant la substance pour faire bonne chère, tuent, pour me servir des termes de ce Père,, ceux à qui ils ôtent ce qu'ils devraient leur donner : Spoliando perimitis. Car, assure lomême saint, les biens de l'Eglise sont las

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biens des pauvres; et tout ce qu'un bénéficier en prend, outre ce qui lui est nécessaire précisément pour son vivre et sa nourriture, rapina est, sacrilegium estj c'est un vol, c'est un sacrilège.

Saint Jérôme, en l'épître à Népotian, est bien dans le même sentiment, lorsqu'il enseigne que de prendre le bien d'autrui est un larcin : si on dérobe à l'Eglise, c'est un sacrilège; mais de le prendre aux pauvres, c'e:>t ce qui surpasse la cruauté des plus infâmes voleurs : Omnium prœdonum crudelitutem superat.

Ces ecclésiastiques, qui sont attachés à leurs intérêts, sont les ministres de Jésus- Christ, dit encore saint Bernard parlant au clergé ; et dans le concile de Reims, et ils servent à l'Antéchrist : Magistri Christi sunt , et serviunt Antichristo. Qu'il eût mieux valu pour eux, enseigne cet homme divin, qu'ils eussent été mendier de porte en porte, ou bien qu'ils eussent travaillé dans les champs : Bonum crat m.igis fodere, aut mendicare. C'est comme les sainl^Pères en parlent. Et vous, il semble, à vous entendre , que la chose à peine mérite qu'on y pense. Je ne dis rien des grands biens qui seraient arrivés à l'Eglise, aux peuples du lieu où est le bénéfice, si un homme de Dieu en eût été pourvu ? ce que nous avons dit des bénéfices qui ont charge d'âmes sur ce sujet se doit encore appliquer

Enfin, la parole de mon maître est bien véritable, qu'il y en aura peu de sauvés. L'on commet tous ces crimes énormes, et l'on n'y pense pas ; l'on ne s'en confesse pas même, tant l'aveuglement est extrême et universel 1 L'on ne voit que des personnes qui courent de tous côtés aux bénéfices, que des parents et amis qui les briguent pour ceux dont ils aiment l'intérêt, bien éloignés du sentiment de saint Bernard que je ne puis me lasser de citer, qui dit : Que quiconque demande un bénéfice, ou le fait demander, est déjà jugé, et son crime est tout notoire : Qui rogat pro se, jamjudicatus est, <nec interest per se, an per alium quis roget.

Nous avons bien voulu conclure nos pratiques de dévotion envers le très-saint sacrement parcelle-ci, comme étant celle qui est une des plus solides et des plus importantes pour l'honneur et la gloire de ce divin mystère, dont jamais le culte ne sera bien parfaitement établi que par les soins des zélés pasteurs et des saints bénéficiers, tout étant dans le désordre en la maison du Seigneur, lorsque ceux qui la gouvernent ne sont pas dans l'esprit de Dieu. Mais les désordres sont si grands, que l'on peut dire que c'est rabomination de la désolation dans le lieu saint, qui a été prédite par le prophète.

Conclusion par une exhortation à tous (e$ fidèles à l'amour et à l'adoration de Jésus au très-saint sacrement de l'autel.

Charitas Christi urget nos : « V amour de Dieu ti n us presse, d i 1 1 e grand A pôtre (// Cor. v, 1 k) ;

et en vérité, c'est bien avoir le cœur sous le pressoir, que d'être aimé du souverain des anges, et en être aimé avec des amours si pressants. Par pur amour, ce Dieu de toute bonté ne nous a-t-il pas tirés du néant et donné l'être? Car, il y a quelques années, 6 âmes chrétiennes, qu'étions-nous? Où étionsnous? Et vous, et moi, nous n'étions rien. C'est ce qui donne premièrement à mon Dieu des droits infinis sur nos cœurs; c'est ce qui leur impose des obligations à l'infini de l'aimer, puisqu'il nous a tirés du nonêtre à l'être, y ayant entre ces deux choses une distance infinie.

Mais ne vous a-t-il pas rachetés par son sang tpii est d'une valeur et d'un prix infini ? Ne vous gouverne- t-il pas par sagesse infinie 1 Ne vous aime-t-il pas d'un amour infini? Sa beauté infinie, ses grandeurs immenses ne lui donnent-elles pas des droits nouveaux à l'infini sur tout ce que nous sommes, sur toutes nos inclinations, sur tous nos amours? Â qui appartient une statue, sinon à celui qui l'a faite ? Le serviteur n'est-il pas à son maître, le sujet à son roi, le fils à son père, l'épouse à son époux? Une chose qui est vendue n'est-elle pas à celui qui l'a achetée? Mais après toutes ces choses, après la vue de toutes ces vérités, si l'on jette les yeux sur l'amour de Jésus au très -saint sacrement envers les hommes, trouvera-t-onbien un moyen de se défendre de l'amour? Nimis durus est animus, qui dileclionem si nolebat intendere, nolit rependere. Ce cœur-là, dit saint Augustin, est bien par trop dur, qui, s'il ne voulait pas aimer le premier , nu moins ne se laisse pas aller à un saint amant, lorsqu'il est aimé.

Non, dit l'incomparable évêque de Genève, rien ne blesse tant un bon cœur d'amour, que de se voir aimé. Que fera donc ce sauvage, s'écrie l'éloquent saint Chrysostome, en parlant de l'homme? Où ira-t-il pour ne pas trouver l'amour? Où se cachera-t-il à l'amour? L'amour s'étant incorporé à lui par la communion vivifiante du corps et du sang du prince de l'amour.

Adorons, adorons ces amours précieux, ô âmes chrétiennes, au très-saint sacrement ; allons souvent au pied de nos sanctuaires, présenter nos vœux et nos respects à celui qui y réside avec des miséricordes si grandes et si excessives; mais surtout soyons sans réserve, entièrement et avec une fidélité inviolable, à celui qui par amour est tout à nous. L'amour de Dieu nous presse ; Ja charité de Jésus-Christ, dit le divin Paul, estimant ceci, il est indubitable que le cœur qui médite, qui considère ce que la foi nous apprend des bontés de notre Dieu, il faut qu'il aime, on bien qu'il cesse d'être cœur.

C'est ce qui tirait ces amoureuses paroles du cœur aimant du grand François de Sales : Ou aimer ou mourir. De plus, la vie sans l'amour est pire que la mort. Mourir donc et aimer, mourir à tout amour de créature et de nous-mêmes, pour vivre à l'amour de Jésus. C'est la conclusion du grand Apôtre qu'il tire de ces paroles : L'amour de Jésus-

Ifftg L'AMOUR DE JESUS AU TRES-SAINT SACREMENT DE L'AUTEL. - !!• TRAITE. U30

Christ nous presse, et ce sera le nôtre, 6 âmes chrétiennes I que ceux qui vivent ne vivent plus à eux, mais à Dieu seul. Que notre vie ne soit plus la nôtre, que nous ne vivions plus à nous, mais à Dieu seul; non en nous, mais en Jésus seul ; non pour nous, mais pour le seul Jésus.

Si vous me demandez ensuite combien nous aimerons le tout aimable Jésus, combien nous aimerons l'amour, saint Léon nous apprend que l'amour étant Dieu, il ne doit pas avoir de bornes, puisque la divinité n'a aucuns termes ni limites : Si dilectio Deus est, niillum débet habere terminum charitas , quia nullo potest claudi fine divinitas. [S. Léon, serm. 39.) Aimons donc de toutes nos forces, aimons autant que nous pourrons aimer, selon l'étendue de votre grâce; et soyons bien honteui, lorsque nous aurons fait notre possible, d'aimer si peu, d'avoir si peu d'amour.

La bienheureuse Etiennette de l'ordre de Saint-Dominique, dans une extase, vit tous les saints et tous leurs amours ensuite; elle découvrait clairement qu'ils étaient éloignés d'aimer Dieu autant qu'il le mérite. Lorsqu'elle était occupée en ces considérations, il lui sembla qu'on tirait un grand rideau. 11 lui fut montré un abîme d'amour que personne n'aimait jamais assez : mais la vue de ces excellences lui pressant le cœur, lui tira ces paroles de la bouche : Ah 1 que je l'aime, ou bien je mourrai. Ma fille, dit Notre- Seigneur, de laimer autant qu'il le peut être, c'est ce qui est impossible par les créatures : tous les anges et tous les hommes sont finis; mais console-toi dans l'amour que je me porte à moi-même.

Disons donc que nous sommes des serviteurs inutiles, lors même que nous aurons aimé, ce nous semble, beaucoup; gardonsnous bien de ces paroles- terribles et dignes de toute horreur à toutes les âmes qui aiment : J'aimerai Dieu jusque-là, je garderai ses commandements ; mais de l'aimer de la belle manière, comme les saints, ce n'est point ma pensée.

Saint Machaire l'ancien, en une de ses homélies, rapporte une histoire étrange, qui semble plutôt être une parabole, que non point une chose qui soit réellement arrivée. Voici quelle elle est. Il dit, ce grand serviteur de Dieu, qu'il y a de certaines brebis qui vivent sur des montages qui jettent continuellement le feu et vomissent desflammes de toutes parts, et que pour toute nourriture^iles n'ont que ces feux. Si la laine qui les couvre se salit, elle devient belle, et elle perd tout ce qui la pourrait avoir gâtée dans ces flammes. Mais si l'on transporte ces animaux hors de ces montagnes , au même temps ils meurent, ils ne peuvent vivre que de feu et dans le feu. Là-dessus il s'écrie : C'est de cette manière que doivent vivre les Chrétiens, ils ne doivent se nourrir que du feu céleste que Jésus est venu apporter en terre : l'Esprit-Saint qui les anime est un esprit de feu ; c'est de la manière qu'il a paru le jour de sa descente sur la très-divine

Marie et sur les Apôtres. C'est dans le feu de l'amour divin qu'ils doivent se laver et purifier leurs fautes qu'ils doivent se sanctitier. Ce feu doit les nourrir et les perfectionner. C'est leur air, c'est leur vie : ils n'en peuvent sortir sans mourir, sans être suffoqués par les malins esprits. Qui non amat Jesum, sit anathema. (I Cor. xvi, 22.) Anathème donc à l'âme, et au cœur qui n'aime point Jésus.

C'est avec grande justice, que nous enseigne le grand amant du Fils de Dieu saint Augustin, que celui-là qui n'aura pas voulu en cette vie brûler du feu du ciel, sera brûlé éternellement du feu de l'enfer. 11 n'y a point de place dans le paradis pour lui, où il n'y a que les amants de Jésus; ni dans les airs, ni dans les eaux, ni sur la terre, où les oiseaux, les animaux, les poissons, quelque froids qu'ils puissent être, sont au service de l'amour, et aiment à leur mode. Faites donc, ô mon Seigneur, que mon âme vous aime, et qu'elle soit toute transformée en votre pur amour; mais, ô mon Dieu 1 que je sois tout consumé, tout perdu, et tout abîmé dans votre amour, et, au très-saint sacrement.

O âmes chrétiennes, c'est ici qu'est celui que les nations ont désiré. Voici le désir des collines éternelles. C'est ici le Fils bienaimé du Père éternel, celui en qui il met toutes ses divines complaisances. Voici le prince des séraphins, le grand Dieu des éternités; c'est celui qui a été le sujet des soupirs et des désirs des anciens patriarches et des prophètes. Abraham a désiré de voir ce jour heureux que nous avons vu. Les prophètes ont tressailli de joie., et se sent embrasés d'amour dans le peu dé connaissance qu'ils avaient des grandes lumières qui nous environnent.

O hommes, que devenir ici? Anges du firmament, accourez en foule pour voir les spectacles d'amour que les yeux des hommes considèrent en terre. Tous les jours, misérable que je suis, et le dernier et le plus ingrat de tous les hommes, je tiens entre mes mains celui qui fait la félicité des bienheureux, je touche de mes lèvres, je le reçois en ma poitrine. Ah! amour, ah! amour, que faites-vous? Pourquoi vous oublier ainsi de vos grandeurs? Dites-moi, anges du paradis, ne pensiez-vous pas, lorsque vous vîtes votre souverain se consumer d'amour en la divine Eucharistie, que tous les hommes, après une telle faveur, ne mourraient plus que d'amour? Ne fûtes-vous pas étrangement étonnés, lorsque vous aperçûtes le contraire?

O mon cœur, écoute encore ces vérités, et mœurs de regret, si tes péchés te privent de la mort du pur amour. Saint Jean-Baptiste n'a jamais reçu de telles caresses, que celles que notre "Dieu nous fait au trèssaint sacrement, et n'a vécu que d'amour. Sainte Thérèse est percée par un séraphin, avec un dard en flamme, et toutes ses actions ne sont plus animées que du pur amour. L'histoire nous apprend que la très-sainte

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Vierge apparaissant à une fille très-pure et très-innocente, tenait son fils entre ses bras. Ce divin enfant lui demanda si elle l'aimait. 0 mon Seigneur, répondit-elle toute baignée de larmes, je vous aime de tout mon cœur. Hé quoi ! lui répondit le divin Enfant, ne m'aimes-tu pas plus que ton cœur môme?

A ces paroles, son pauvre cœur s'ouvrit, et elle mourut d'amour. Ah ! mon cœur, ce séraphin qui blesse d'amour. Sainte Thérèse n'est qu'une créature; cet enfant qui paraissait à cette vierge , n'était qu'une image miraculeuse, qui représentait la personne de Jésus : mais en la divine Eucharistie, c'est Jésus même que nous avons reçu tant de fois, et que nous recevons tous les jours.

Ouvrons-nous aonc, mon cœur, ouvronsnous, éclatons-nous d'amour, mourons d'amour ; perdons-nous, soyons pour jamais abîmés dans l'amour.

Aimable séraphin, embrasez-nous de vos feux! Incomparable Reine du pur amour, consumez-nous dans vos flammes, afin que

brûlés de toutes parts si saintement, nous puissions être des victimes à l'amour même, le grand et divin roi Jésus au très-saint sacrement.

Chacun fera ce qu'il voudra; mais tant que j'aurai une mémoire, je penserai à l'amour de mon Dieu : tant que j'aurai un cœur, je l'aimerai : tant que j'aurai une langue, je prêcherai, j'irai partout publier les amours admirables de Jésus. Je crierai a tous les hommes, je dirai en toute occasion qu'il ne faut plus vivre que de l'amour do Dieu seul, pour mourir uniquement dans la pureté de cet amour. Je veux finir tous mes discours, comme faisait le grand saint Ignace, lorsqu'il exhortait les peuples, en pressant tous les cœurs de se donner tout à l'amour, mais à l'amour de Dieu seul, car il sullit. Finissons donc de cette manière, Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul! et il est doux, plus qu'on ne peut le dire, de le répéter : Dieu seul, Dieu seul, toujours Dieu seuil à la vie, à la mort, après la moit.

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