‹ Œuvres complétesChapitre 365 sur 397 · CHAPITRE PREMIER. égal, qu'il serait vrai de dire que qui le · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. égal, qu'il serait vrai de dire que qui le

Quel esl le meilleur gouvernement : le rigou- l?ourrait W »?'JVfcrner u,n an' n'a,,raii Pas

V reux ou le doux? J !le ^ î '? °?uvern.e<; ^ sa »■ S"!

le petit monde changea tout moment. C est

Tout le monde esl d'accord que le gou- une girouette à tous vents, et autanld'hom-

vernement des hommes esl la chose la plus mes que vous av< z à conduire, ce sont au-

dillicile qui se rencontre dans la conduite tant de mondes différents l'un de l'autre.

de l'univers. Autant qu'il y a d'hommes, L'un est tout de l'eu, et ne fait rien qu'ave ;

ce sont autant de petits mondes, et peut- impétuosité; l'autre est pesant comme du

être n'aurait-on pas tort d'avaicer qu'il esl plomb et aussi peu maniable que du fer;

encore plus malaisé de gouverner le petit si vous le pressez, vous le désespérez. Ce-

aue le grand. Le train du monde esl si lui-là est mobile comme le vif-argent, et

fèsi

«XYIŒS COMl'LKTES DE BOl'DON.

c'est une espèce do mercure qu'on a bien <le la peine à fixer; l'antre est ombrageux et fantasque : il prend tout à rebours, et croit cependant qu'il n'est rien de si innocent et de si égal que lui. Un autre est si glorieux et si rempli de lui même, qu'il semble avoir droit d'attacher sur lui les yeux et les pensées de tout le monde. En Voici un qui veut être Qaltô : celui-là se défie, et se tient sur ses gardes si vous le caressez. Hélas l quelle capacité faut-il avoir ou plutôt quelle bénédiction du ciel, pour conduire des esprits si opposés avec quelque espérance d'y réussir 1

S'il y"a de la diversité dans lès sujets, il ty en a peul-êlre encore bien davantage dans ceux qui gouvernent. Caries uns soutiennent qu'il faut que le gouvernement soit rigoureux et efficace, les autres croient qu'il vaut mieux qu'il soit doux, cordial et plein d'une tendresse de père. Les plus sensés disent qu'il faut tempérer ces deux extrémités, marier la rose avtc l'épine, et avoir une manière de gouverner doucement efficace. Le pis est que chacun se flatte et croit avoir trouvé cette admirable conduite*; chacun s'imagine qu'il a autant de douceur qu'il en faut pour n'être pas tyran, et qu'il a assezde rigueur pour faire exécuter ses ordres avec ponctualité. Que si quelqu'un lui représente qu'il n'est pas encore arrivé à celte juste médiocrité si difficile à trouver, il le traite d'aveugle et d'ignorant, et dit hautement que tout homme de bon sens avouera qu'il a rencontré ce gouvernement tempéré, où il ne se trouve qu'autant de rigueur et de douceur que le sujet, la personne et l'occasion en demandent. Le malheur est que personne lie le croit qu'eux seuls, ou quelque petit flatteur qui fait semblant de le croire. Penserait-on pouvoir acquérir cette perfection si rare en peu de mois, avec si peu d'étude, et n'ayant pour toutes choses qu'un peu de bonne intention? Une marque quasi infaillible que cela n'est pas, c'est que vous le croyez si fermement; car d'ordinaire ceux qui ont ce riche talent, confessent ingénument qu'ils ne le possèdent pas, qu'ils travaillent tous les jours à l'acquérir, jusque-là même, que reconnaissant leur infirmité, ils cherchent-, autant qu'ils peuvent, les charmantes douceurs de l'obéissance et fuient les croix du gouvernement, et le pénible emploi de tenir le timon d'un navire battu Je tant de tempêtes et agité par des vents si contraires. S'estimer donc au fond du cœur incapable de commander et préférer tous les autres à soi, non pas par cérémonie ni par un vain compliment, mais de bonne foi et comme devant Dieu et les anges, c'est porter le caractère véritable d'un homme destiné au gouvernement.

Tout le monde convient que le plus parfait gouvernement est celui qui est efficacement doux, ou, pour parier plus juste, celui ou la rigueur et la douceur sont employées à propos, et se servent mutuellement de tempérament. Car enlin si celui qui gouverna se met en colère quelquefois,

il faut que ce soit une colère de colombn et d'agneau, qui ne blesse personne; s'il flatte, il faut qu'il ne relâche rien de la sévérité de la discipline, et que ses caresses ne servent qu'à encourager, et à faire exécuter les choses les plus difficiles avec plus de cœur. Il doit avoir les sentiments de père quand il se fâche, et les tendresses de mère quand il flatte, et se souvenir que l'un et l'autre ne laissent pas de punir quand il est nécessaire. Il faut avouer que c'est une chose extrêmement rare de trouver ce phénix qui tient celte médiocrité dorée, et qui lient la balance d'or du sanctuaire si justement, que jamais elle ne penche ni d'un côté ni d'autre, sans que la raison, par les mains de la charité, mette un grain d'un côté pour emporter l'avantage sur l'autre.

Confessons donc de bonne foi qu'il n'y a quasi personne qui ne penche un peu trop d'un côté, quoique peut-être fort innocemment devant Dieu. La question qui se peut faire sur ce principe, c'est de savoir lequel vaut mieux des deux, de pencher du côté de la douceur ou de la rigueur ; de donner de l'amour ou de la crainte; et s'il n'est pas plus avantageux d'avoir trop de bonté que trop de sévérité.

Ceux qui tiennent le parti de la rigueur, qu'ils appellent fermeté d'esprit , courage, esprit mâle , zèle de la discipline, disent pour leur défense :

1. Que la nature humaine se relAche trop aisément, qu'il faut par nécessité y apporter un peu de rigueur pour la tenir dans son devoir, et que quand elle s'est échappée, il lui faut une forte bride et un coup d'éperon qui se sente jusqu'au vif, en dût-il sortir une goutte de sang.

2. Si on ne fait quelque effort, on ne fait que plâtrer le mal, "et on retombe aisément ; en sorte qu'on peut dire que la douceur entrelient la plaie ouverte et nourrit l'apo>tume qui entin crèvera et fera voir toute l'ordure qu'elle renfermait.

3. Les apôtres mêmes sont nommés les enfants du tonnerre {Marc, m, 17), pour nous montrer qu'il est impossible de bien guérir les âmes malades, si on ne les étonne par quelque petite rigueur et quelque bruit de paroles vives qui réveille leur lâcheté.

4-, Pour faire que les actions des sujets soient méritoires, il faut se servir de son autorité, et non pas de la prière, car autrement, ils perdent la moitié de leur obéissance.

o Les grands fondateurs des ordres religieux ont usé d'une exacte sévérité et d'une austérité rigoureuse; ils ne parlent, dans leurs règles, que de prisons, de cilices, de rudes châtiments, d'excommunications, quand on fait quelque lourde faute; et on s'en peut bien rapporter à ces grands hommes, qui, outre qu'ils étaient animés de l'Esprit de Dieu, connaissaient bien les besoins de la nature humaine.

6. Il est vrai qu'il y faut de l'amour; mais infailliblement un oeu de crainte mô-

QUEL EST LE MEILLEUR GOUVERNEMENT. —ClIAP. I.

lé'' bien h propos, maintient le cœur dans son devoir. Dieu ne 'lit il pas que ses apôtres sont le sel du monde? Si le sol n'est un peu mordieant et un peu piquant, il n'assaisonne pas bien la viande, et n'empêche pas ia pourriture du corps humain.

7. La verge que portait Moïse, et celle de laquelle saint Paul menaçait les chrétiens, montrent bien que, comme ce n'était pas assez que la manne, et qu'il fallait enrnre la baguette pour conduire le peuple de Dieu, la douceur serait sans fruit, si elle n'était accompagnée de rigueur et de sévérité.

8. Qu'on en dise ce qu'on voudra , c'est une douce nécessité que celle qui contraint de bien faire, et les sujets qu'on mène un peu rudement en savent bon gré à la fin de la vie et demeurent d'accord qu'ils eu avaient besoin.

9. L'expérience fait assez voir que la crainte est le commencement de la sagesse ; et peut-être plusieurs s'émanciperaient et se perdraient tout à fait, s'ils n'étaient retenus par une sainte crainie et par une rigU'Mir raisonnable.

10. Peut-on mieux gouverner le monde que Dieu? Cependant, quoiqu'il soit la bonlé même, il se sert de menaces, il fait gronder son tonnerre, il veut être nommé le Terrible, le Foudroyant, le Dieu des armées, et un feu dévorant qui consume tout ce qui n'obéit pas à ses lois et a ses commandements.

11. Dans l'arche d'alliance, le Décalogue y était enfermé avec la manne, mais ia verge y était aussi : car, pour faire bien garder la loi de Dieu, s'il faut la douceur de la manne, il y faut aussi la rigueur de la verge.

12. Si on plie si aisément, et si on se rend à la moindre excuse des sujets, on ne fera jamais rien qui vaille, chacun s'excusera; jamais il ne se fera rien de vif, les mutins l'emporteront toujours; il n'y aura que les bons et les obéissants qui seront accablés, et l'on ne pourra empêcher qu'il ne naisse à tous moments des murmures importuns et de fâcheuses divisions.

13. Le Saint-Esprit n'a-t-il pas dit que quiconque épargne les verges, gale ses cillants et ruine sa famille ? Et comment pourrait.on garder l'étroite observance des règles de son ordre, sans quelque rigueur modérée qui tienne chacun dans les bornes d'une exaeie discipline religieuse?

\k. Hélifut châtié et puni de mort; il perdit ses enfants, l'arche de Dieu, la vie, l'honneur et le sacerdoce, pour avoir épargné ses enfants et leur avoir parlé trop mollement ; et Dieu même ne donna point d'au - Ire cause de la ruine de ce patriarche, que celle lâche indulgence qui lui faisait souffrir tous leurs crimes sans les punir.

15. On donne aux supérieurs le nom de pasteurs. Qui vit jamais un berger sans houlette? ne la lieul-il pas toujours à la main, et ne l'a-t-il pas toute prêle à frapper la brebis qui s'écartera tant soit peu~ des autres et qui sortira hors du troupeau? Ces

brebis innocentes h l'ombre seule de |l( houlette tremblent et se tiennent dans le bercail.

16. Tous les jours on voit par expérience que plusieurs abusent de la trop grande bonté de leurs supérieurs. Ils ont des désirs déréglés, ils font des demandes insolentes, et veulent des dispenses préjudiciables à l'ordre, dans l'espérance qu'ils ont qu'un ne leur refusera rien ; si bien que les plus hardis, devenant insolenls, no font. que ce qu'ils veulent, et les modestes, portant le faix de la religion, sont toujours dans les emplois les plus bas et les plus pénibles, et deviennent l'objet du mépris, pendant que les autres triomphent et se moquent de leur simplicité.

17. Il arrive souvent que la trop grande facilité d'un supérieur fait naître le mépris, qui, passant insensiblement de la personne aux commandements, met la confusion et le désordre dans la religion; et il me semble qu'on ne peut considérer celte tiédeur qui se trouve pour lors dans l'obéissance, que comme la ruine des religieux, qui deviennent si délicats, qu'il les faut manier comme du verre, qui ne peut souffrir le moindre coup sans se briser.

18. On dit ordinairement que les médicaments doux affaiblissent l'estomac, et que les remèdes anodins flattent l'ulcère et ne le guérissent jamais parfaitement. Un peu d'absinthe soutient le cœur et, quoiqu'elle ait de l'amertume dans la bouche, elle n'est pas moins bienfaisante à IVstomac. La rigueur a son amertume d'abord, mais ies bonnes âmes savent le se. ret d'en faire leur profit. Quand il tonne, chacun tremble et se met à couvert, et prie Dieu de bon cœur.

Toutes ces preuves, et une infinité d'autres qu'il serait trop long de rapporter, montrent évidemment que si , dans la question proposée, il laul pencher d'un côté ou de l'autre, il est plus assuré de prend-e le parti de la rigueur, el «le cette douce sévérité qui sait l'art de faire garder avec plus d'exactitude la discipline régulière. Dieu môme se nomme le Terrible et le Foudroyant, et ne parle que d'exterminer les rebelles.

Ceux qui tiennent le parti de la douceur dans le gouvernement, ont des raisons en plus grand nombre, qui paraissent plus fortes et plus solidement appuyées que celles de la rigueur. Ils disent :

1. Que les trois plus grands hommes du monde qui se sont signalés dans le gouvernement, el qui ont si heureusement pris la conduite des enfants de Dieu, savoir, Moïse, Jésus-Clirisl et sainl Pierre, n'éeoutaieni que les mouvements de la douceur. On dit, à l'avantage de Moïse, quV était le plus doux, de ceux qui vivaient de son temps, que le peuple aimait mieux lui parler qu'à Dieu même, qui ne se faisait entendre que par des tonnerres, et qui se faisait toujours accompagner d'éclairs el de foudres, el que sa manière de traiter avec lout le monde

loS&

était si engageante, qu'il était le roi des cœurs, et le dieu de Pharaon même. On ne lit dans le Nouveau Testament que de grands exemples de l'humilité et de la douceur de Jésus-Christ, et il semble que tousses préceptes se réduisent à celui de la bonté et de la miséricorde. Pour saint Pierre, il pleurait plus <]u'il ne commandait, et quand il fut question de lui donner le gouvernement de l'Eglise, on ne lui demanda que de l'amour, et on voulut savoir s'il aimait plus que les autres, comme si on eût été persuadé que l'amour et la douceur étaient les uniques moyens de bien gouverner.

2. L'un des plus forts arguments se tire du sens commun. Car enfin, qu'on demande à tous les hommes s'ils aiment mieux la douceur que la rigueur, on verra bientôt, par la promptitude et par la facilité de leur réponse, qu'ils sont tous pour la première, au préjudice de la seconde.

3. Cela est si vrai, que ceux-là mômes qui ont de la sévérité pour les autres pendant leur supériorité, quand ils sont sujets ne sauraient supporter dans leur supérieur la moindre de leurs rigueurs, et ils se croiraient très-malheureux s'ils tombaient entre les mains d'un homme qui les gouvernât comme ils ont gouverné les autres. Ils sont contraints de publier hautement que l'empire de la douceur est plus fort, plus efficace et plus constant que celui de la rigueur, et que son règne est mille et mille fois plus heureux.

k. Le chardon et la rose eurent un jour une querelle, et dans leur animosilé ils se reprochèrent leurs défauts. Le chardon disait à la rose, que son extrême douceur affadissait l'air, que son odeur qu'elle vanlait tant était un poison qui donnait la mort à l'escarbol. La rose répliquait au chardon, qu'il était si rude, qu'il n'y avait pas moyen de le toucher, que ses caresses allaient à déchirer la peau et à faire verser le sang. L'homme qui survint à cette dispute les mit d'accord, et prononça que la rose sans comparaison était préférable au chardon, et que si l'escaibot mourait d'une si délicieuse odeur, ce n'était qu'un elfet de son mauvais naturel, et de la malignité de sa complexion.

5. Jl faut un cœur bien plus vertueux et plus ferme, pour gouverner avec douceur, qu'avec rigueur; et en elfet, comme l'homme n'est impérieux que parce qu'il ne saurait rien supporter, on peut dire que cet esprit hautain, qui domine en lui-même, n'est que la faiblesse et l'impuissance de sa nature, qui, sous un faux masque de zèle, laisse agir ses passions, et n'écoule que l'amour-propre qui ne peut rien soulFrir.

6. Arislote remarque parfaitement bien cette vérité , quand il dit, que naturellement les personnes faibles sont plus impérieuses, plus cruelles et plus hautes à la main que les autres; la raison qu'il en apporte, est qu'étant d'une méchante constitution, et qu'ayant le cœur fort étroit, elles saut toujours dans fa crainte d'être mépri-

sées. Et pourqun», je vous prie, remarquel-on que les vieillards, les malades, les gens chagrins et de mauvaise humeur, les mélancoliques, les jeunes personnes, pleines de sang, de feu et de colère, et en un mot tous ceux qui n'ont point des talents extraordinaires sont impérieux, si ce n'est parce que l'impuissance et la faiblesse se trouvent dans ces différents caractères? Un grand cœur ne s'étonne de rien et remédie à tout sans peine, et un petit cœur prend incontinent feu, et sous couleur de zèle parle aigrement, et ne se sert que de menaces.

7. Un argument encore plus fort, c'est que ceux mêmes qui d'ailleurs sont extrêmement doux, quand ils se portent mal, ou qu'ils ont l'âme occupée de quelque fâcheux chagrin, deviennent impérieux, aigres et rudes, et on est tout étonné de voir ces agneaux de V Apocalypse changés en lions; mais on voit bientôt que ce n'est qu'une surprise et une marque évidente que cette fierté n'est qu'une impuissance et un témoignage certain du peu de pouvoir qu'on a sur ses passions. Un homme sage, dit Sénèque, ne se met jamais en colère et ne se laisse jamais emporter par sa mauvaise humeur. Les mouches piquent aussitôt qu'on les touche, et les lions et les éléphants no daignent pas seulement tourner la tête pour voir ces petits animaux qui jappent après eux.

8. Ce qui est admirable, c'est que ceux qui sont un peu rigides ne veulent pas qu'on le croie, et eux-mêmes ne se le sauraient persuader; ils s'imaginent qu'ils sont fort doux et qu'on se trompe de croire le contraire ; enfin ils se congratulent eux-mêmes d'être arrivés à cet état parfait d'une juste douceur. Mais hélas 1 qu'ils sont abusés I On pourrait se moquer d'eux, comme on ferait d'une épine qui voudrait passer pour une rose, parce qu'elle sort d'une même branche, et qu'elle est entée sur un mémo rosier.

9. Un jour les apôlres piqués de quelques refus, demandèrent à Jésus-Christ s'il ne serait pas à propos qu'ils tissent descendre le feu du ciel, pour réduire en cendres ces méchants qui étaient si insolents que de refuser l'entrée do leur ville à des apôlres et au Maître absolu de tout l'univers. Mais ce Dieu de bonté et de douceur les reprit aigrement, et leur dit que ce n'était pas parler en apôtre, et que cet esprit de sévérité n'était pas celui qu'il leur avait inspiré et prêché tant de fois.

10. Ce n'est pas qu'ils ne le méritassent bien ; mais le ciel parle un autre langage, et ce n'est pas là le style du Dieu qui gouverne le monde avec une douceur digne de sa bonté. L'expérience fait voir qu'une personne de néant commandera plus en un mois, en vertu de la sainte obéissance, qu'un grand supérieur en vingt ans: c'est une marque d'une extrême faiblesse de monter d'abord au plus haut point de rigueur et d'exercer sur ses frères-une espèce

1357 QUEL EST LE MEILLEUR GOUVERNEMENT

d'empire, qu'on peut justement appeler une petite tyrannie spirituelle.

11. Quand il n'y aurait point d'autre raison, il ne faudrait que jeter les yeux sur ces sortes de gouvernements. On peut dire que celui qui est plus craint qu'aimé de ses sujets, est haï de tous : car naturellement on hait ce qu'on craint, et le haïssant, on ne lui obéit qu'à contre-cœur; on trouve des impossibilités dans tout ce qu'il ordonne, on a mille excuses pour se défendre, el quoi que l'on fasse, le jugement ne se rend point, il murmure de tout et désapprouve toutes choses ; le cœur y rencontre ses peines, il est comme, glacé, le joug lui paraît insupportable, et il i e se trouvo rem-

f)li que de dépit et de chagrin. On compte es jours de son gouvernement ; quand le terme en est venu, tout le monde s'en réjouit, on voudrait déjà qu'il fût éloigné : s'il demeure, on lui témoigne assez publiquement le peu d'affection qu'on a pour lui et on ne laisse guère échapper d'occasion qu'on ne lui montre le mépris qu'on fait de sa personne. Le plus grand souhait qu'on fasse, c'est de ne le voir jamais supérieur, ou du moins de n'être jamais sous sa conduite. On parle, on écrit, on pense mille choses à son désavantage, et on voit enfin qu'au lieu d'avoir gagné les cœurs , il les a tous effrayés, et que de ce gouvernement il n'en demeure que de la haine, ou au moins de l'aigreur. Il arrive tout le contraire à ceux qui gouvernent avec douceur : tout le monde les veut ; on pleure quand ils parlent ; et quant ils meurent, il semble, à voir la tristesse universelle, que tout soit mort avec eux.

12. Le soleil el la bise , au rapport de Plutarque (75), disputèrent un jour à qui aura{t plus d'ar. rails pour attirer à soi les hummes el leur gagner le cœur. La bise furieuse commença vivement à pousser sa rage el lout renverser avec son souffle violent ; mais l'homme se couvrant de sa robe s'enfuit à l'abri, el fermant les portes el les fenêtres de sa maison maadil la bise et ses fureurs. Le soleil vint à son tour; il darde un doux rayon sur la tête el dans le sein de l'homme, el lui porte jusque dans le cœur une douce chaleur. Aussitôt l'homme ouvre sa robe, découvie son estomac, et Voudrait pouvoir ouviir son cœur même à ce soleil bienfaisant, qu'il regarde comme une image du grand Dieu vivant. La rigueur est une véritable bise el un vent glacé, qui gèle tous les cœurs ^ la douceur esi ce soleil qui les amollit pour en faire tout ce qu'il lui plaît.

13. Nous pouvons bien nous en rapporter au grand saint Paul, qui apprit au troisième ciel la belle maxime de gouverner. Ce zélé directeur nous avertit que si quelqu'un de nos frères tombe malheureusement dans quelque faule, ceux qui sont les plus éclairés et qui sont les plus avancés dans la spiritualité, doivent le reprendre

Page 1