CHAPITRE VII. Dieu qui est partout, demande de l'amour
Dieu, selon le témoignage de l'Apôtre, est un feu consumant (Hebr. xn,29), et le disciple bien-aimé nous assure qu'il est l'amour même. Si donc Dieu est un feu et l'amour même, et que Dieu étant partout soit en nous, partout nous sommes donc dans le feu et dans l'amour. Quel moyen donc de ne pas brûler et de ne pas aimer? Être au miiieu des feux et des flammes sans brûler, être tout plongé dans l'amour sans aimer, c'est ce qui ne se peut comprendre. Sera-t-il dit que le fer ne pourra pas être longtemps dans une fournaise ardente sans prendre les qualités du feu, et que nous aurons un feu infini dans nos poitrines, et que cependant nos cœurs seront toujous glacés? Il me prendrait ici envie d'aller crier partout : Au feu ! au feu! non pas pour l'éteindre, mais pour rallumer où il ne brûlerait pas, et pour appeler au secours tous ceux qui aiment véritablement, afin que tous ensemble nous le fissions brûler toujours davantage. Si nous considérions bien, dans un profond recueillement, ces paroles de notre Maître : Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que veuœ-je, sinon qu'il y brûle? (Luc. xn, 49) entrant dans les desseins de ce Dieu d'amour, nous ne penserions plus à autre chose, nous ne voudrions plus autre chose, nous ne travaillerions plus à autre chose : c'est tout ce que nous demanderions.
J'ai connu une personne qui , dès son bas âge, prévenue des bénédictions de la douceur de la divine Providence, était pressée de demander fortement et instamment le divin amour : « O mon Dieu, disait-elle, votre saint amour 1 C'est votre amour que je cherche, c'est votre amour que je veux, c'est votre amour que je vous demande; je ne désire que cet amour, je n'aspire qu'après cet amour 1 » Et Dieu qui est riche en miséricorde sur tous ceux qui l'invoquent, lui en a fait porter des effets très-singuliers dans la suite de ses années, et l'a conduite toujours par les voies du pur amour de Dieu seul.
J'ai de la joie de pouvoir, par ce petit écrit, crier à l'amour, au pur amour de ce Dieu seul en trois personnes, à tous ceux qui le liront, et de leur dire : Aimons Dieu généralement dans toutes nos actions, dans toutes nos soulfrances, dans tout ce que nous sommes; aimons Dieu sans cesse dans tous les mouvements de notre vie, dans l'instant de notre mort, pour ne cesser jamais de l'aimer après la mort; aimons Dieu uniquement (toujours Dieu seul, quoi qu'il arrive, quoi qu'il nous en coûte ; ne soyons pas assez malheureux pour partager nos cœurs et nos
affections. Que tout l'être crie, en sorte que Dieu seul le remplisse, sans aucune exception; et il nous doit grandement suffire.
Mais, si nous l'aimons, nous le posséderons, et, si nous en jouissons, nous posséderons un bien souverain, infini. Nous serons donc bien riches, bien en honneur, bien dans la joie, quand, d'autre part, nous serions les plus pauvres du monde, le rebut des hommes, et que notre vie se passerait dans la douleur. Nous serons bienheureux dès ce monde, et d'un bonheur que personne ne peut ô-ter, ni les hommes, ni les démons, il n'y aura que notre seule malice Après cela faut-il s'étonner si le grand Apôtre nous exhorte, et -il le réitère plusieurs fois, à une joie continuelle? (Phil. iv, k.) Il nous apprend donc que la joie du Chrétien doit être sans aucune intermission, ce qu'il faut entendre de la partie supérieure de l'âme : joie qui s'accorde très-bien avec tout ce qui se passe de plus affligeant," et en même temps, dans la partie inférieure. Ce qui ne laisse aucun lieu de douter, c'est l'exemple de notre bon SauveurJésus-Christ : en même temps que sa partie inférieure était abîmée dans une mer de peines, sa trèssainte âme, dans sa suprême partie, jouissait de la vision béatifique.
Dieu seul est l'élément de notre âme; c'est en lui seul que nous pouvons trouver notre véritable repos. L'homme a beau faire hors de lui, quand il aurait tout le inonde entier, il n'aura jamais une pleine satisfaction. Si vous tirez un poisson hors de l'eau, qui est son élément, il souffrira, quand vous le mettriez dans un bassin d'or, chargé de perles : Dieu est donc le lieu divin de lademeure de notre âme; c'est ce que nous avons bien à considérer.
Que le Seigneur soit béni de l'intelligence qu'il donne de ses divines vérités. Je l'avais toujours présent devant moi, dit le Prophète- Roi, c'est pour cela que mon cœur se rejouit, et que ma langue chante de joie, et que de plus ma chair reposera en espérance. (P»xil. xv, 8, 9.) Il appelle ensuite cette voie, le chemin de la vie. Il dit que la vue du visage de Dieu remplira de joie, et que les délices qu'il donne n'auront jamais de fin. Oh 1 qu'il est doux et glorieux de servir un tel maître 1 CHAPITRE VIII.
Exercice de la présence de Dieu.
Cet exercice consiste dans un simple regard de Dieu par la foi, par une application affectueuse, sans tension d'esprit ni d'effort d'imagination, à quoi il faut prendre garde, de jieur que la tête ne soit trop faible et que la santé n'en souffre ; et de cette manière on évitera les inconvénients que l'ignorance et l'indiscrétion causent souvent, et on n'aura pas l'esprit dans la contrainte que quelquesuns attribuent mal à propos à ce saint exercice qui est tant recommandé parles saintes Ecritures etdanslesécritsdes Pères de l'Eglise et de tous les docteurs qui ont été remplis du Saint-Esprit. Il est bon, à son réveil, dès
(72) Voyez sa Vie écrite parle P. Jure, nouvelle édition Avignon, chez Séguin aine.