CHAPITRE III
La continuation perpétuelle de la divine Providence.
Si les saints s'étonnent que Dieu, qui est le grand Tout, veuille bien arrêter ses yeux sur la créature qui n'est qu'un pur néant , que devons-nous faire, et dans quel abîme d'admiration devons-nous nous perdre , si nous ne pouvons douter que ce Dieu d'infinie majesté y pense toujours, y veille toujours par son aimable providence? Voici sur ce sujet des vérités bien capables de nous toucher, si nous nous laissons aller aux mouvements de l'Esprit de Dieu.
La première est que Dieu, en tout temps , veille continuellement sur nous par sa divine providence; mais il le fait avec un amour si fidèle et si ravissant , qu'il ne se passe p.as un seul moment qu'il ne pense à nous. Et qui a jamais entendu parler d'un amour si attaché? Il n'y a jamais eu d'amour, quelque passionné qu'il soit, qui n'eût quelques intervalles dans son application; c'est ce qu'il a de singulier, c'est ce qu'il a de propre , c'est ce qui ne se rencontre qu'en lui seul. 0 grandeur suradorable , tout le long des nuits, dans ces temps où nous ne pouvons penser à rien , sans cesse vous veillez amoureusement sur nous ; à notre réveil, vous nous continuez cet honneur, et il ne se passe aucun moment de la nuit et du jour que vous ne nous favorisiez de cette grâce. La seconde vérité est que si la divine Providence est continuelle en toute sorte de temps, elle est encore perpétuelle en toute sorte de lieux. Quelle consolation de savoir bien cette vérité! On est quelquefois obligé de changer de lieu, et dans ce changement on se trouve privé de l'assistance de quelques uersonnes qui nous aimaient beau-
coup; mais partout on trouve Dieu, et partout on trouve son divin secours. La troisième est, et qui suit des deux autres, que, dans toutes les occasions, soit grandes, soit petites, la divine Providence prend toujours soin de nous, et de tout ce qui nous regarde, et de tout ce qui nous arrive ; et cela , sans la moindre petite exception. Heureuse l'âme qui est bien pénétrée de cette vueî La quatrième nous apprend que Dieu veille sur nous sans cesse, non-seulement par quelque vertu qu'il nous ait laissée, et qu'il ait donnée aux autres créatures , mais par un concours actuel, par un regard actuel. Sa connaissance actuelle s'étend incessamment , comme il a été déjà dit, sur toutes choses ; il les voit toujours, il n'en détourne pas un seul moment ses yeux divins, non pas même de dessus la plus petite fourmi , de dessus le plus petit grain de sable. La cinquième nous enseigne qu'il ne veille pas sur toutes choses seulement par sa connaissance, mais par son intime présence. 11 est très-réellement en toutes choses, leur donnant l'être , et donnant la vie et le mouvement à celles qui sont animées. Quelle douceur de considérer avec attention, que nonseulement nous avons partout le secours de Dieu, mais Dieu même 1 La sixième nous instruit que, si la divine Providence cessait un momeut de prendre soin des choses , dans le même instant elles cesseraient d'être,, et tomberaient dans le rien. La septième nous montre que Dieu, veillant continuellement sur nous, il Je fait avec un amour infini de toute son essence divine. La huitième nous doit persuader que Dieu, prenant soin d'une chose , il s'y applique avec- autant d'attention que s'il n'avait autre chose à faire; comme s'il n'y avait que celte seule chose au monde, n'étant pas plus occupé de toutes les créatures que d'une seule. La neuvième nous fait voir que ses soins ne sont jamais interrompus par nos malices. Il concourt aux actions naturelles des pécheurs ses ennemis, et même dans le temps qu'ils l'offensent, au mouvement de la langue qui Je blasphème, au mouvement du bras , du pied qui vont contre ses ordres. Le concours perpétuel de la divine Providence, lui est si cher, qu'il aime mieux s'assujettir à toutes ces choses, que de le faire cesser un moment.