‹ Œuvres complétesChapitre 81 sur 397 · A LA DIVINE .MARIE · texte numérisé non relu

A LA DIVINE .MARIE

Toute sainte en sa très-pure conception, toujours immaculée , toujours Vierge, h véritable Mère de Dieu, la Fille du Père éternel , V épouse du Saint-Esprit , reine des ange» , impératrice du ciel et de la terre, ma très-chère, très-admirable, très-fidèle Mère en Dieu seul et pour Dieu seul, mon espérance, ma vie et ma douceur.

Admirable, auguste, tout aimable Marie, Mère de Dieu, me voici prosterné à vos pieds, comme la plus ingrate, la plus infidèle et la dernière des créatures; mais tout plein de désirs et de zèle pour l'honneur, la gloire et l'intérêt de Dieu seul,, votre Fils bien-aimé. Ces désirs et ce zèle , qu'il a plu à Dieu tout bon de nous inspirer, m'ont porté à composer ce très-chétif et très-petit écrit , pour presser , pour exhorter, pour animer les âmes à adorer, à aimer, à s'attacher au seul intérêt de Dieu seul ; j'en attends, j'en espère les bénédictions du ciel qui "me sont nécessaires , par vos charitables et puissantes intercessions. Dans cette vue, je vous l'offre , je vous le dédie , je vous le consacre ; et puis vous savez, ô ma divine Princesse ! qu'il ne m'est pas possible de faire autrement. Je ne puis, sans commettre la plus haute des injustices, en user d'une autre manière, étant obligé d'avouer que si je fais quelque chose de bon, c'est par vous; si l'adorable Jésus nous donne ses grâces, s'il nous communique ses dons, c'est en votre faveur, et par votre puissant crédit. Je ne vous offre donc, ô toute sainte, que ce qui vous appartient. Mon grand regret est de n'avoir pas quelque chose de plus considérable, pour le consacrer à votre honneur et à votre gloire, pour l'honneur et la gloire de Dieu seul; car il est vrai qu'il me semble que mon cœur est mis sous le pressoir de votre chaste et pur amour; que tout ce qui en sort, tout ce que l'on en peut tirer, est un désir très-ardent, un désir tout de feu, que Marie, la divine Marie, la plus sainte, la plus douce, la plus fidèle, la plus obligeante, la plus libérale, la plus charitable, la plus cordiale de toutes les pures créatures, soit honorée, soit glorifiée, soit aimée de tous les hommes. Oh! que si j'avais, ma douce Mère et mon incomparable Reine, tous les cœurs en mon pouvoir, je vous les donnerais tous! Tous ne respireraient que votre chaste et pur amour, que vos louanges immortelles; ils seraient tous vos esclaves, et mon cœur tout le premier. Mais au moins, puisque cela n'est pas en mon pouvoir, je ne puis donner, ma triomphante Princesse , de bornes à mon amour. Mon cœur ne se peut prescrire aucune limite en matière de votre dévotion : il veut vous aimer autant qu'il le peut , selon le bon plaisir divin. Et considérant cela, en faisant réllexion sur tout ee que je pouvais faire pour vous, ô incomparable Mère de Dieu, j'ai cru que je ne pouvais moins, que de faire tout ce quo je pouvais en la vertu de Jésus-Christ votre divin et très-cher Fils. Je veux donc (renouvelant aujourd'hui ce que la grâce de votre Fils adorable m'a fait faire il y a Jomgtemps) vous honorer par toutes les actions de ma vie, et vous donner la valeur" de to\ites mes bonnes actions, autant qu'on Je peut donner. Ainsi, ô la Souveraine des anges et des hommes, me voilà tout à vous. Tous les jours de ma vie seront pour moi des jours de fêtes de la très-sainte Vierge; toutes les messes qu'il plaira à Dieu tout bon de me faire la grâce de célébrer, seront en votre honneur et pour votre gloire, quoique nous les disions au jour, et selon l'ordre de l'Eglise qu'il faut garder. Si nous jeûnons, ce sera en votre honneur; si nous prêchons, si nous faisons quelque œuvre de charité, si nous nous acquittons des devoirs et des obligations de notre ministère; enfin, si nous mangeons et buvons, quoi que ce soit que nous fassions, sans aucune exception ni réserve, tout sera pour votre gloire, dans la vue de Dieu seul, qui seulement et uniquement doit être regardé, considéré et aimé en vous et en tout le reste des créatures. Mais mon cœur ne serait pas content, s'il lui restait la moindre chose qui ne fût pas en votre saint pouvoir. Ce n'est donc pas assez à mes désirs et à l'amour que j'ai pour vous, ô la merveille et le miracle du ciel et de la terre , de vous honorer par toutes mes actions , si je ne vous en donne la valeur autant que je le puis. Je vous remets donc tout, ô ma chère espérance après Jésus , et en Jésus , pour en faire tout ce qu'il vous plaira , en appliquant la satisfaction à qui bon vous semblera, non-seulement la satisfaction que l'adorable Jésus, par sa grâce, mettra en mes bonnes actions, mais e>icore toutes ce Mes qu'on offrira pour

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moi , soit fendant ma vie , soit après ma mort. Ainsi , j'entends que si l'on prie pour moi , si l'on célèbre des messes pour moi après ma mort , et que l'infinie miséricorde de Dieu m'ait délivré de l'enfer que je mérite, tout cela sera en votre pouvoir, sainte Vierge, pour l'appliquer à tant d'autres âmes qu'à la mienne, si vous le voulez. Car j'aime mieux cent fois , et un million de fois, brûler impitoyablement dans les feux du purgatoire, si vous le désirez ainsi , que d'en sortir , si ce n'est pas votre bon plaisir. 0 ma chère Maîtresse, permettez ici à mon cœur ces élans d'amour: je vous aime mieux que moimême; tout ce qui vous regarde m'est plus cher incomparablement que mes propres intérêts: je 5-uis plus content de vos joies , de vos plaisirs, de vos grandeurs, que de tout ce qui pourrait me toucher. Je veux m'oublier moi-même , pour penser à vous, et je vous proteste du plus profond de mon Ame , que s'il y allait d'un seul degré de votre gloire à souffrir les tourments inconcevables du purgatoire jusqu'au jour du jugement, sans délibérer je voudrais les souffrir. Mais les désirs de mon cœur, ne s'arrêtent pas là; je les expose aux yeux de mon divin Maître, qui les connaît, et dans la vue de qui vous les voyez. O la Mère du bel amour! voici que mon cœur vous aime; mais fasse le ciel qu'il vous aime davantage! Ah! qui me donnera, et qui m'obtiendra du Dieu de toute bonté, que ne vivant que de l'amour de Marie, qui est le pur amour , et l'amour de Dieu seul , qu'enfin une bonne fois je meure à force de l'aimer? O jour fortuné! O heureux moment 1 qui me donnera la grâce de recevoir le coup de la mort par la douce main de ma très-douce Mère , de ma divine Princesse , et d'expirer de son amour par ses virginales mains, entre ses très-pures mains, pour aller dans l'éternité sainte, là, lui chanter h jamais des cantiques d'amour, de louanges, de remercîments , d'actions de grâces pour tant de bontés qui sont inconcevables , et à quoi les hommes ne pensent guère? Ah! sainte Vierge, si l'on savait ce que vaut votre dévotion! si les hommes connaissaient Je prix de la valeur de votre amour! Dieu seul. Dieu seul , Dieu seul.

ÂVfS ET EXHORTATION.

A l'amour de l'honneur, de la gloire et de l'intérêt de Dieu seul.

.., u seul intérêt de Dieu seul nous pi esse vivement le cœur, ô âmes chrétiennes; estimant ceci, que si le seul intérêt des clioscs créées fait la grande occupation des créatures, en sorte que c'est ta propre intérêt qui donne le branle et le mouvement à toutes choses dans le monde, à plus forte raison les intérêts sacrés du Dieu de gloire doivent occuper nos esprits et nos cœurs. L'intérêt de la créature est un intérêt de néant : et ce rien emporte tout. L'inléiêt de Dieu, qui seul est considérable, ne sera-t-il

l'autre de l'eau, pour brûler le paradis, à ce qu'elle disait, et pour éteindre les flammes de l'enfer. Elle voulait dire qu'il ne faut voir que Dieu seul, et son seul intérêt. Hélas ! ai-je dit en moi-même, une simple femme aura bien le courage de courir par les rues comme une folle, en apparence, pour dire ans hommes qu'ils aiment le pur amour ; et moi qui, par mon ministère, et par la d gnité que j'ai < ans l'Eglise, suis obligé de prêcher l'amour de mon Dieu, ne dirai-je pas en toutes les manières possibles,, qu'il n'y a que Dieu seul à aimer, et ses seuls intérêts? Il m'a semblé que ce me serait une étrange confusion, si je me taisais clans une occasion où toutes choses parlent, où toutes choses annoncent le pur amour.

J'avoue qu'il y a bien peu de personnes qui entendent ce divin langage, à cause des attaches que l'on a aux choses sensibles; mais n'esl-il pas bien juste de réveiller les esprits en la vertu de Jesus-Christ et sous la protection de sa divine Mère et des saints anges, pour leur faire voir qu'il faut s'attacher aux seuls intérêts de Dieu? Il s'est trouvé des amants du Fils de Dieu , qui disaient qu'il y avait une certaine langue d'amour qu'ils entendaient en toutes choses; et les solitudes les plus écartées leur semblaient environnées d'intelligences. Je connais une personne qui se trouvant , il n'y a pas longtemps , sur les bords d'un grand fleuve, et en un lieu éminent d'où l'on voyait un agréable paysage, quantité de bois, de montagnes, de prairies, d'eaux, de pierres, de rochers, tout à coup se trouva l'esprit fortement occupé de la vue du pur amour; mais ce qui la ravissait, c'est qu'il lui semblait que ces pierres, ces bois, ces eaux lui prêchaient le divin amour. Elle ne se souvient point d'avoir jamais entendu un si beau sermon, ni prêcher avec tant d'éloquence. O mon Seigneur et mon Dieu, qui, dans votre toute-puissance, faites ce qu'il vous plaît, vous qui non-seulement rendez disertes les langues des enfants, mais qui faites parler les bêtes brutes, comme autrefois l'âne à Balaam, vous donniez à toutes ces choses insensibles un certain langage qu'on ne peut exprimer, par lequel elles disaient d'une manière admirable, qu'il faut vous aimer. Oh ! que ce langage muet crie hautement à qui sait entendre! Il lui semblait même que les rochers, les eaux, les pierres, tout cela était pur amour , que le pur amour était un abîme qui absorbait toutes choses : en quelques moments elle avait la liberté d'admirer cette manière de parler des créatures insensibles. Une pieuse compagnie avec laquelle elle était, venant l'entretenir, ce ne fut pas sans peine qu'elle quitta une si douce conversation. Bonté de Dieu, que ces vues donnent de forts et sacrés mouvements a un bon cœur! Quoi donc! Srra-t -il dit que les choses mè.ne insensibles raconteront dans leur langage la gloire de Dieu, et que la créature raisonnable v et que ceux qui doivent distribuer la parole de Dieu garderont le silence? ce qui ne me semble pas possible. Chacun fera ce qu'il voudra ; mais pour moi je sim résolu, tant que j'aurai une mémoire, de penser à l'intérêt de Dieu , au pur amour, a Dieu seul.

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Tant que j'aurai un cœur pour l'aimer, je l'aimerai ; tant que j'aurai une langue, je le prêcherai ; tout mon

piaisir, toute ma satisfaction, tous mes soins, seront de dire partout : Dieu seul, Dion seul, Dieu seul Je veux le dire en la vie, je veux le dire à ma mort : c'est là ma grande et unique affaire. Nous resterons au monde tant qu'il plaira à sa bonté : mais dans le temps, aussi bien que dans l'éternité , je n'y ai point d'autre affaire que celle-là, et je renonce pour jamais à toute autre. C'est là toute ma fortune, mon ambition et mes richesses : Dieu seul, Dieu seul; ah! qu'il est doux de le répéter. Non, je ne veux jamais me lasser de le dire, et toule l'éternité ne me semble pas trop longue pour dire et redire toujours : Dieu seul. C'est ce que je désire uniquement me dire en moi-même en toutes sortes d'élats, en toutes sortes de rencontres : c'est ce que je prétends dire à toutes les créatures à qui je parlerai : D.eu seul, Dieu seul, Dieu seul. C'est ce que je fais à présent dans ce peu de feuilles, à la vérité d'une manière très-chétive, mais assurément le sujet en est grand.

J'ai appelé ce petildiscours Dieu seul, ou l'Association pour l'intérêt de Dieu seul, souhaitant grandement une sainte union parmi les Chrétiens , pour tendre unanimement à servir Dieu, à lui rendre à loi seul l'honneur et la gloire qui lui appartiennent. Comme celle société se pratique seulement d'une manière spirituelle, sans aucune obligation contraire aux différents élats de la vie , non-seulement il est libre à chacun d'y rentrer, mais encore je ne vois pas le moyen de n'en pas être : puisque ce n'est aulre chose que l'Evangile pratique, qui nous enseigne à mourir et à renoncer à nous-mêmes, pour ne vivre qu'à Dieu et pour Dieu ; qui nous apprend que nous devons quitter nos propres intérêts, pour ne chercher qui; l'intérêt de Dieu. Comme le saint amour inspire de temps en lemps de pieuses industries pour l'honneur et la gloire de Dieu, j'ai cru que ce pelil dessein pourrait bien être de ce nombre. Si je me suis servi du mot d'association, ce n'a été que pour marquer l'union des cœurs dans le même désir de L'intérêt de Dieu, et non pas dans le dessein d'établir aucune de ces sociétés qui ne le peuvent éire que légitimement que par la permission particulière de nosseigneurs les prélats. Je dis de même des règles, des pratiques, des dévolions de ce petit discours, qui ne sont que de simples pensées sans aucune obligation, pour port, r les âmes au pur amour, et leur en inspirer quelques moyens, sans s'arrèler aux termes, dont chacun usera selon qu'il le trouvera plus à propos. ÎNous ne prétendons qu'une seule chose, qui est la recherche du pur amour, du seul intérêt de Dieu seul. Pourvu que Dieu seul soit estimé, soit honoré, soit aimé en lui, et en toutes choses, selon son bon plaisir divin , je suis content : c'est le but de ce pe;it dessein, et la fin unique de tous mes désirs.

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