PRATIQUES DIVERSES
Pour V adoration perpétuelle de la divine Providence.
Certainement il faut être bien ingrat, bien peu touché du divin amour; il faut être insensible, et n'avoir point de cœur, pour ne se pas consumer en amour, en actions de grâces envers une Providence qui nous fait tous les biens et qui ne se lasse jamais de nous bien faire. Celui qui pensera bien sérieusement que nous lui avons autant d'obligations, que nous avons vécu, et que nous vivrons de moments; qui considérera avec grande attention qu'elle veille sur nous durant tous les moments des jours et des nuits, et que l'on ne peut pas assigner un seul instant dans lequel elle ne nous comble de ses bienfaits, ne pourra jamais s'empêcher de reconnaître avec la dernière persuasion, qu'elle mériterait bien d'être adorée continuellement par tous les hommes, les objets de ses soins. Mais au moins l'on verra trèsclairement qu'il serait infiniment juste, que
les personnes qui ont une autorité légitime, établissent une association pour son adoration perpétuelle, à l'imitation de celle de l'adoration perpétuelle du très-saint Sacrement de l'autel, et du Rosaire perpétuel de la très-sacrée Vierge, dans laquelle plusieurs personnes prennent différentes heures du jour et de la nuit, cette Providence divine serait sans cesse adorée et aimée. Ce sont des pensées que nous proposons simplement, sachant bien que c'est l'affaire des prélats ; et qu'il appartient à leur piété, à leur prudence chrétienne et à leur autorité de voir devant Dieu ce qui sera le plus pour sa gloire, et ensuite d'en faire tel règlement qu'il leur plaira.
Au moins il serait à désirer que l'on établît quelque association, dont les associés s'appliqueraient particulièrement à faire de temps en temps des conférences de ses bienfaits, et des obligations que l'on a de les reconnaître ; qui s'entretiendraient des moyens de l'honorer, et qui considéreraient ensemble, après y avoir bien pensé devant Dieu en particulier, toutes les voies que l'on pourrait prendre, pour lui faire rendre les honneurs qui lui sont dus; comme par exemple, de chercher des personnes de piété et d'autorité, qui auraient quelque crédit auprès des prélats, pour en établir quelque société ; de tâcher de trouver des personnes remplies de zèle et de l'Esprit de Dieu, qui pussent en dresser des règlements, des prédicateurs et des directeurs qui en enseignassent avec force la dévotion ; lire les livres qui en traitent, les donner, ou conseiller qu'on les achetât ; s'exciter, et réveiller la foi que l'on en doit avoir dans les occasions, et particulièrement dans les temps des afflictions; s'écrire même les uns aux autres dans ce temps d'adversité, pour la faire voir, et s'encourager à l'aimer toujours et à l'adorer.
Une autre excellente pratique serait de s'assembler au moins plusieurs personnes ensemble, si l'on ne peut pas en faire établir l'adoration ; et de tâcher de faire les choses dont nous venons de parler, si ce n'est en tout, au moins en partie. De plus, communier une fois tous les ans et tous les mois, faire célébrer quelques messes, aller en quelque lieu de dévotion, visiter les malades, les prisonniers , assister les pauvres ; rendre service en ce que l'on pourrait au prochain, et même à ses ennemis, à l'imitation de la divine providence que Dieu très-bon et très-miséricordieux exerce non-seulement envers les bons, mais encore même envers les plus méchants; penser sérieusement à tout le bien que l'on peut faire dans l'ordre de Dieu, et n'en omettre rien pour honorer cette Providence qui opère toutes sortes de biens, et ne se lasser, ou ennuyer jamais d'être bienfaisant, même envers les personnes les plus rebutantes, et qui s'en rendent les plus indignes, pour imiter sa divine conduite; se surmonter généreusement dans les répugnances et les difficultés que la nature, les hommes et les démons y pourraient
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apporter, perdant oe vue toutes les considérations humaines, pour n'envisager qu'une Providence qui nous regarde toujours; faire dis neuvaines de dévotion en son honneur, des abstinences, des veilles; méditer ou contempler ses aimables conduites : enfin, pratiquer tout ce qu'un saint amour en suggérera : et il suffit d'aimer saintement; car à celui qui aime de la sorte, les moyens ne manquent jamais pour l'adoration de la divine Providence.
Tout ce qui se fait en commun glorifie Dieu d'une manière plus glorieuse; mais ce qui ne s'y pourra faire, il faudra tâcher de le faire en son particulier; et particulièrement par l'usage des oraisons jaculatoires, dont au moins il se faudra servir à toutes les heures du jour, tantôt acceptant avec amour tout ce qui nous arrive, soit de consolant, soit d'ailligeant, comme venant de la pari de la divine Providence, le recevant même, non-seulement avec conformité, mais avec actions de grâces; tantôt en adorant, en aimant, en bénissant ses conduites; quelquefois en renonçant à tous les raisonnements contraires; tantôt en s'y abandonnant sans réserve. Une grande et excellente pratique, que l'on peut appeler une adoration perpétuelle de la providence de Dieu, est de l'adorer et de l'aimer par état, en sorte que dans son fonds, malgré tout ce que la partie inférieure peut faire, l'on porte toujours une disposition de soumission et d'entier
abandon à ses ordres, et d'adoration pour sa divine conduite; tellement qu'au même instant qu'on a le loisir de faire réflexion sur son intérieur, on le trouve toujours dans cette disposition, de laquelle il ne faut jamais sortir : or ceux qui sont en cet état, sont les véritables adorateurs de l'a providence de Dieu, et ils le sont d'une autre manière, que ceux qui n'en pratiquent que les actes de temps en temps, et qui ne sont pas fidèles dans le temps de l'adversité et de la contradiction. Enfin finir et commencer les années, les mois et les jours par la considération et reconnaissance de ses bontés ; ce qui se peut faire pour tous les jours en très-peu de temps : particulièrement prendre chaque année le jour de sa naissance, et quelques jours suivants pour le faire avec plus de loisir. Ah Dieu! quelle providence sur nous , de nous avoir tirés du néant, donné l'être, et le conserver; de nous avoir délivrés de l'enfer par le saint baptême, et d'avoir fait, de toute notre vie, le grand objet de ses miséricordes . Avoir une vénération spéciale aux saints qui ont plus excellé dans l'amour et l'adoration de la divine Providence ; comme par exemple à la très-sainte Mère de Dieu, aux bienheureux anges dont elle se sert presque pour tous ses ordres, à saint Etienne de Grandmont, à saint François d'Assise, à saint Gaétan et autres semblables.
ORAISON A SAINT GAETAN
Et aux autres saints qui ont excellé (hms l'abandon à la divine Providence.
Glorieux saint Gaétan, qui avez renouvelé la vie apostolique avec tant de sainteté dans nos derniers temps en votre sacrée personne, et en celles de vos enfants ; homme de Dieu, par la vie de grâce que vous avez menée; homme céleste, ne tenant plus à la terre par votre parfait détachement ; homme chrétien, étant rempli du Saint-Esprit, et continuant la vie de Jésus-Christ d'une manière admirable ; homme tout de providence, et le grand saint de la Providence, par l'un des plus parfaits abandons à ses soins qui fut jamais. 0 bienheureux saints, vous tous qui dans une entière désoccupation de l'être créé, attendiez tout de votre Créateur et de votre Sauveur, rejetant tous vos soins sur le Seigneur, après avoir adoré la conduite de la divine Providence en vous , après l'avoir remercié des signalées faveurs qu'elle vous a faites, après vous avoir témoigné la joie de mon cœur, et la part que je prends à toutes vos grâces; après vous avoir fait une protestation solennelle, que je désire avec le secuurs divin vous honorer le reste de ma vie, et à l'heure de ma mort, comme les grands saints de ma plus spéciale dévotion, jjinyoque en toute humilité votre secours, afin que je marche, soutenu de la divine vertu* d'une manière digne de ma vocation, que je m'y rende toujours fidèle, et que rien ne m'en sépare jamais. Grands saints, obtenez-moi quelque part à votre grâce, et que je meure plutôt que d'avoir l'ombre du plus petit appui sur aucune chose créée. Ah 1 que Dieu seul soit à jamais toute mon unique confiance, par le cœur de Jésus et de Marie, par ses anges el ses saints. Je ne veux autre appui, ni pour le temps ni pour l'éternité. Dieu seul donc, Dieu seul, Dieu seul. Ainsi soit-il, ainsi soit-il, ainsi soit-il.
4i-> DIEU SEUL. — A LA DIVINE MARIE. 4§<i
DIEU SEUL
ou