COMPOSITION DU NOUVEAU MINISTERE
Intérieur, M. de Morny.
Guerre, M. le général dedivision de Saint- Arnaud.
Affaires étrangères, M. de Turgot.
Justice, M. Rouher.
Finances, M. Fould.
Marine, M. Ducos.
Travaux publics, M. Magne.
Instruction publique, M. H. Fortoul.
Commerce, M. Lefcbvre-Duruflé.
J'arrachai l'affiche et je la jetai dans le ruisseau 5 les soldats du train qui menaient les fourgons me regardèrent faire et passèrent leur chemin.
Rue Saint-Georges, près d'une porte bâtarde, encore une affiche. C'était I'appel au peuple. Quelques personnes la lisaient. Je la déchirai, malgré la résistance du portier qui me parut avoir la fonction de la garder.
Comme je passais place Bréda, quelques fiacres y étaient déjà arrivés. J'en pris un.
J'étais près de chez moi, la tentation était trop forte, j'y allai. En me voyant traverser la cour, le portier me regarda d'un air stupéfait. Je sonnai. Mon domestique Isidore vint m'ouvrir et jeta un grand cri : — Ah! c'est vous, monsieur! On est venu cette nuit pour vous arrêter. — J'entrai dans la chambre de ma femme, elle était couchée, mais ne dormait pas, et me conta la chose.
Elle s'était couchée à onze heures. Vers minuit et demi , à travers cette espèce de demi-sommeil qui ressemble à l'insomnie, elle entendit des voix d'hommes. Il lui sembla qu'Isidore parlait à quelqu'un dans l'antichambre. Elle n'y prit d'abord pas garde et essaya de s'endormir, mais le bruit de voix continua. Elle se leva sur son séant, et sonna.
Isidore arriva. Elle lui demanda :
— Est-ce qu'il y a là quelqu'un ?
— Oui, madame
— Qui est-ce.'^
— C'est quelqu'un qui désire parler à monsieur.
— Monsieur est sorti.
— C'est ce que j'ai dit, madame.
— Eh bien? Ce monsieur ne s'en va pas?
— Non, madame. Il dit qu'il a absolument besoin de parler à M.Victor Hugo et qu'il l'attendra.
Isidore s'était arrête sur le seuil de la chambre à coucher. Pendant qu'il parlait, un homme gras, frais, vêtu d'un paletot sous lequel on voyait un habit noir, apparut à la porte derrière lui.
Madame Victor Hugo aperçut cet homme qui écoutait en silence.
— C'est vous, monsieur, qui désirez parler à M. Victor Hugo?
— Oui, madame.
— Il est sorti.
— J'aurai l'honneur de l'attendre, madame.
— Il ne rentrera pas.
— Il faut pourtant que je lui parle.
— Monsieur, si c'est quelque chose qu'il soit utile de lui dire, vous oouvez me le confier à moi en toute sécurité, je le lui rapporterai fidc-
emcnt.
— Madame, c'est à lui-même qu'il faut que je parle.
— Mais de quoi s'agit-il donc? Est-ce des affaires politiques? L'homme ne répondit pas.
— A ce propos, reprit ma femme, que se passe-t-il?
— Je crois, madame, que tout est terminé.
— Dans quel sens?
— Dans le sens du président.
Ma femme regarda cet homme fixement et lui dit :
— Monsieur, vous venez pour arrêter mon mari.
— C'est vrai, madame, répondit l'homme en cntr'ouvrant son paletot, qui laissa voir une ceinture de commissaire de police.
Il ajouta après un silence : — Je suis commissaire de police et je suis porteur d'un mandat pour arrêter M. Victor Hugo. Je dois faire perquisition et fouiller la maison.
— Votre nom. Monsieur? lui dit Madame Victor Hugo.
— Je m'appelle Yver.
— Vous connaissez la Constitution ?
— Oui, madame.
— Vous savez que les représentants du peuple sont inviolables?
— Oui, madame.
— C'est bien , monsieur, dit-elle froidement. Vous savez que vous commettez un crime. Les jours comme celui-ci ont un lendemain. Allez, faites.
Le sieur Yver essaya quelques paroles d'explication ou pour mieux