‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 20 sur 124 · LE CRIME DU 2 DECEMBRE · texte numérisé non relu

LE CRIME DU 2 DECEMBRE

• Par Victor Hugo. Ce livre sera public prochainement. Ce sera une narration complète de Tinfâme événement de 1851. Une grande partie est déjà écrite ^ Tautcm recueille en ce moment des matériaux pour le reste.

Il croit à propos d'entrer dès à présent dans quelques détails au sujet de ce travail, qu'il s'est impose comme un devoir.

L'auteur se rend cette justice qu'en écrivant cette narration, austère occupation de son exil , il a sans cesse présente à l'esprit la haute responsabilité de l'historien.

Quand elle paraîtra , cette narration soulèvera certainement de nombreuses ci violentes réclamations; l'auteur s'y attend; on ne taille pas impunément dans la chair vive d'un crime contemporain , et à l'heure qu'il est tout-puissant. Quoi qu'il en soit, quelles que soient ces réclamations plus ou moins intéressées, et afin qu'on puisse en juger d'avance le mérite, l'auteur croit devoir expliquer ici de quelle fiiçon, avec quel soin scrupuleux de la vérité cette histoire aura été écrite, ou, pour mieux dire , ce proccs-verbal du crime aura été dressé.

C>c récit du 2 décembre contiendra , outre les fiaits généraux que personne n'ignore, un très grand nombre de fiaits inconnus qui y seront mis au jour pour la première fois. Plusieurs de ces faits, l'auteur les a vus, touchés, traversés; de ceux-là il peut dire : t/tt^r^ête ipse viJi et quorum pars fui Les membres de la gauche républicaine, dont la conduite a été si intrépide, ont vu ces fiaits comme lui, et leur témoignage ne lui mani|ucr4 pas. Pour tout le reste, l'auteur a procédé à une véritable information judii uirc i il s*cst fait pour ainsi dire le juge d'instruction de l'histoire; chaque acteur du il I .une , chaque combattant , chaque victime , chaque témoin , est venu déposer devant \\\\i pour tous les faits douteux, il a confronté les dires et au besoin les personnes. En ^ouoral , les historiens parlent aux faits morts; ils les touchent dans la tombe de leurs vci^cs de juges « les font lever et les interrogent. Lui, c'est aux faits vivants qu'il a parle.

TouH les détails du 2 vlccembre ont de la sorte passé sous ses yeux; il les a enre- »*i^(tos tous, il les a pesés tous, aucun ne lui a échappé. L'histoire pourra compléter IV* uvit , xwsiw non Tinfirmcr. Les magistrats manquant au devoir, il a fait leur office, i^und les témoignages directs et de vive voix lui faisaient défaut , il a envoyé sur les luMix ce qu'on |Hnirrait appeler de réelles commissions rogatoires. Il pourrait citer tel lait p\Mir lequel il a vitesse de véritables questionnaires auxquels il acte minudeusentent lepotulu.

Il le répète, il a svnnnis le i vlecetnbrc J^ un K>ng et sévère interrogatcurc. Il a porté le rtamlKau aussi Kmu et ausxi avant quM a pu. Il a« grâce à cette enquête, en sa |H^Hsesston pt^s vie vieux cents vU^^siiert slont ce livre soutira. II nVst pas un fait de ce UMI vleriièie lequel, quand I ouvrage sera publie, Tauteur ne puisse mettre un nom. V^n comprendra quM sVn alvttienne, on vvinprendra mcinc qu'il substitue qudquc^

fois aux noms propres et même i de certaines indications de lieux , des désignations aussi peu transparentes que possible , en présence des proscriptions pendantes. Il ne veut pas fournir une liste supplémentaire i M. Bonaparte.

Certes , pas plus dans ce récit du 2 décembre que dans le livre qu'il publie en ce moment , Fauteur n*est « impartial » , comme on a Thabitude de dire quand on veut louer un historien. L'impartialité, étrange vertu que Tacite n'a pas. Malheur i qui resterait impartial devant les plaies saignantes de la liberté ! En présence du fait de décembre 1851, l'auteur sent toute la nature humaine se soulever en lui, il ne s'en cache point, et l'on doit s'en apercevoir en le lisant. Mais chez lui la passion pour la vérité égale la passion pour le droit. L'homme indigné ne ment pas. Cette histoire du 2 décembre donc , il le déclare au moment d'en citer quelques pages , aura été écrite , on vient de voir comment, dans les conditions de la réalité la plus absolue.

Nous jugeons utile d'en détacher des i présent et d'en publier ici même un chapitre ^'^ qui, nous le pensons, frappera les esprits, en ce qu'il jette un jour nouveau sur le < succès » de M. Bonaparte. Grâce aux réticences des historiographes officiels du 2 décembre , on ne sait pas assez combien le coup d'État a été près de sa perte et on ignore tout à fait par quel moyen il s'est sauvé. Mettons ce £ait spécial sous les yeux du lecteur.

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