‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 28 sur 124 · LA JACQUERIE. III · texte numérisé non relu

LA JACQUERIE. III

Mais il fallait que M. Bonaparte s'en allât. Là était lobstacle. De là est venue la catastrophe.

Ainsi, cet homme un beau matin a pris à la gorge la Constitution, la Republique, la loi, la France j il a donné à l'avenir un coup de poignard >ar derrière j il a foulé aux pieds le droit, le bon sens, la justice, la raison, a liberté j il a arrêté des hommes inviolables, il a séquestré des hommes innocents, il a banni des hommes illustres $ il a empoigné le peuple dans la personne de ses représentants} il a mitraillé les boulevards de Paris 5 il a fait patauger sa cavalerie dans le sang des vieillards et des femmes 5 il a arquebuse sans sommation, il a fusillé sans jugement^ il a empli Mazas, la Conciergerie, Sainte-Pélagie, Vincennes, les forts, les cellules, les casemates, les cachots de prisonniers, et de cadavres les cimetières^ il a fait mettre à Saint- Lazare la femme qui portait du pain à son mari caché, il a envoyé aux galères pour vingt ans Thonmie qui donnait asile à un proscrit^ il a déchiré tous les codes et violé tous les mandats j il fait pourrir les déportés par milliers dans la cale horrible des pontons^ il a envoyé à Lambessa et à Cayenne cent cinquante enfants de douze à quinze ans 5 lui qui éuit plus grotesque que FalstaflF, il est devenu plus terrible que Richard III j et tout cela pourquoi.'^ Parce qu'il y avait, il l'a dit, «contre son pouvoir un complot »$ parce que l'année qui finissait s'entendait traîtreusement avec l'année qui commençait pour le renverser} parce que l'article 45 se concertait perfidement avec le calendrier pour le mettre dehors j parce que le deuxième dimanche de mai voulait le « déposer » 5 parce que son serment avait l'audace de tramer sa chutej parce que sa parole d'honneur conspirait contre lui !

Le lendemain du triomphe, on le raconte, il a dit : Le deuxième dimanche de mai est mort. Non ! c'est la probité qui est morte , c'est l'honneur qui est mort, c'est le nom de l'empereur qui est mort !

Comme l'homme qui est dans la chapelle Saint-Jérôme doit tressaillir, et quel désespoir! Voici l'impopularité qui monte autour de la grande figure, et c'est ce fatal neveu qui a posé l'échelle! Voici les grands souvenirs qui s'effacent et les mauvais souvenirs qui reviennent. On n'ose déjà plus parler d'Iéna, de Marengo, de Wagram. De quoi parlc-t-on .'^ du duc d'Enghien, de JafFa, du 18 brumaire. On oublie le héros, et l'on ne voit plus que le despote. La caricature commence à tourmenter le profil de César. Et puis quel personnage à côté de lui ! Il y a des gens déjà qui confondent l'oncle avec le neveu, à la joie de l'Elysée et à la honte de la France! le parodiste prend des airs de chef d'emploi. Hélas! sur cette immense splendeur il ne £dlait pas moins que cette immense souillure! Oui! pire que Hudson Lowe! Hudson Lowe n'était qu'un geôlier, Hudson Lowe n'était qu'un

bourreau. L'homme qui assassine véritablement Napoléon , c*est Louis Bonaparte j Hudson Lowe n'avait tué que sa vie, Louis Bonaparte tue sa gloire.

Ah! le malheureux! il prend tout, il use tout, il salit tout, il déshonore tout. Il choisit pour son guet-apens le mois, le jour d'Austerlitz. Il revient de Satory comme on revient d'Aboukir. Il fait sortir du 2 décembre je ne sais quel oiseau de nuit, et il le perche sur le drapeau de la France, et il dit : Soldats, voilà Taigle. Il emprunte à Napoléon le chapeau et i Murât le plumet. 11 a son étiquette impériale, ses chambellans, ses aides de camp, ses courtisans. Sous l'empereur c'étaient des rois, sous lui ce sont des laquais. Il a sa politique à lui) il a son treize vendémiaire à luij il a son dix-huit brumaire à lui. Il se compare. A l'Elysée, Napoléon-le-Grand a disparu $ on dit : /W/f Napoléon. L'homme du destin est passé Géronte. Le complet, ce n'est pas le premier, c'est celui-ci. Il est évident que le premier n'est venu que pour faire le lit du second. Louis Bonaparte, entouré de valets et de filles, accommode pour les besoins de sa table et de son alcôve le couronnement, le sacre, la légion d'honneur, le camp de Boulogne, la colonne Vendôme, Lodi, Arcole, Saint- Jean d'Acre, Eylau, Friedland, Champaubert... — Ah! français! regardez le pourceau couvert de £uige qui se vautre sur cette peau de lion!

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