MISE EN DEMEURE
rÉut a escroqué son mandat, escroque le pouvoir, escroque les Tuileries j le faussaire dira : Le chef de l'État a falsifie un scrutin ^ le bandit du coin du bois dira : Le chef de l'État a coupe leur bourse aux princes d'Orléans j le meurtrier dira : Le chef de l'État a fusillé, mitraillé, sabré et égorgé les passants dans les ruesj — et tous ensemble, escroc, faussaire, faux témoin, bandit, voleur, assassin, ajouteront : — Et vous, juges, vous êtes allés saluer cet homme, vous êtes allés le louer de s'être parjuré, le complimenter d'avoir fait un faux, le glorifier d'avoir escroqué, le féliciter d'avoir volé et le remercier d'avoir assassiné I qu'est-ce que vous nous voulez ?
Certes, c'est là un état de choses grave. S'endormir sur une telle situation , c'est une ignominie de plus.
Il est temps, répétons-lc, que ce monstrueux sommeil des consciences finisse. Il ne hut pas qu'après cet effrayant scandale, le triomphe du crime, ce scandale plus ef&ayant encore soit donné aux hommes : l'indifférence du monde civilisé.
Si cela était, l'histoire apparaîtrait un jour comme une vengeresse j et des à présent, de même que les lions blessés s'enfoncent dans les solitudes, l'homme juste, voilant sa face en présence de cet abaissement universel, se réfugierait dans l'immensité du mépris.
ON SE REVEILLERA.
Mais cela ne sera pas^ on se réveillera.
Ce livre n'a pas d'autre but que de secouer ce sommeil. La France ne doit pas même adhérer à ce gouvernement par le consentement de la léthargie 5 à de certaines heures, en de certains lieux, à de certaines ombres, dormir, c'est mourir.
Ajoutons qu'au moment où nous sommes, la France, chose étrange à dire et pourtant réelle, ne sait rien de ce qui s'est passé le 2 décembre et depuis, ou le sait mal, et c'est là qu'est l'excuse. Cependant, grâce à plusieurs publications généreuses et courageuses, les faits commencent à percer. Ce livre est destiné à en mettre quelques-uns en lumière, et, s'il plaît à Dieu, à les présenter tous sous leur vrai jour. Il importe qu'on sache un peu ce que c'est que M. Bonaparte. A l'heure qu'il est, grâce à la suppression de la tribune, grâce à la suppression de la presse, grâce à la suppression de la parole, de la liberté et de la vérité, suppression qui a eu pour résultat de tout permettre à M. Bonaparte, mais qui a en même temps pour efFet de frapper de nullité tous ses actes sans exception, y compris l'inqualifiable scrutin du 20 décembre, grâce, disons-nous, à cet étouffement de toute plainte et de toute clarté, aucune chose, aucun homme, aucun fait, n'ont leur vraie figure et ne portent leur vrai nomj le crime de M. Bonaparte n'est pas crime, il s'appelle nécessité 5 le guet-apens de M. Bonaparte n'est pas guet-apens, il s'appelle défense de l'ordre 5 les vols de M. Bonaparte ne sont pas vols, ils s'appellent mesures d'État j les meurtres de M. Bonaparte ne sont pas meurtres, ils s'appellent salut public 5 les complices de M. Bonaparte ne sont pas des malfaiteurs, ils s'appellent magistrats, sénateurs et conseillers d'État} les adversaires de M. Bonaparte ne sont pas les soldats de la loi et du droit, ils s'appellent Jacques, démagogues et partageux. Aux yeux de la France, aux yeux de l'Europe, le 2 décembre est encore masqué. Ce livre n'est pas autre chose qu'une main qui sort de l'ombre et qui lui arrache le masque.
Allons, nous allons exposer ce triomphe de l'ordre 5 nous allons peindre
ce gouvernement vigoureux, assis, carré, fort} ayant pour lui une foule de
petits jeunes gens qui ont plus d'ambition que de bottes, beaux fils et vi-
ains gueux } soutenu à la Bourse par Fould le juif, et à l'église par Monta-
lembert le catholique} estimé des femmes qui veulent être filles et des