‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 55 sur 124 · CURIOSITES DE LA CHOSE · texte numérisé non relu

CURIOSITES DE LA CHOSE

Toute morale est niée par un tel serment, toute honte bue, toute pudeur affrontée. Aucune raison pour qu'on ne voie pas des choses inouïes $ on les voit. Dans telle ville, à,Évreux^*^, par exemple, les juges qui ont prête le serment jugent les juges qui l'ont refusé^ l'ignominie assise sur le tribunal fait asseoir l'honneur sur la sellette j la conscience vendue « blâme » la conscience honnête j la fille publique fouette la vierge.

Avec ce serment-là on marche de surprise en surprise. Nicolet n'est qu'un maroufle près de M. Bonaparte. Quand M. Bonaparte a eu fait le tour de SCS valets, de ses complices et de ses victimes, et empoché le serment de chacun, il s'est écrié : Tiens I j'ai oublié quelque chose! alors il s'est tourne avec bonhomie vers les vaillants chefs de l'armée d'Afrique et leur a f tenu à peu près ce langage » : — A propos, vous savez, je vous ai fait arrêter la nuit dans vos lits par mes gens 5 mes mouchards sont entrés chez vous

^'^ Le prudent du tribunal de commerce k Êyreux refuse le serment. Laissons parler le M»mitemr :

c M. Vrraey, ancien président du tribunal de commerce d'Évreux, éuit cité k comparaître jeudi dernier devant MM. les juges correctionnek d'Évreuz, en raison des faits qui ont d& se passer, le 29 avril dernier, dans Tenceinte de Taudience consulaire.

c M. Vemey est prévenu du délit d'exciution \ la haine et au mépris du gouvernement. »

Les juges de première instance renvoient M. Vcmey et le hlàmemt par jugement. Appel a mmima du c procureur de la République n. Arrêt de la cour d'appel de Rouen :

a La cour,

«Attendu que les poursuites ont pour unique objet la répression du délit d*excitacion a la haine et au mépris du gouvernement;

«Attendu que ce délit résulterait, d*après la prévention, du dernier paragraphe de la lettre écrite par Vcrnej au procureur de la République ^ Évreux, le 26 avril dernier, et qui est ainsi conçu :

«Mais il serait trop grave de revendiquer

(c plus longtemps ce que nous croyons être le a droit. La magistrature elle même nous saura «gré de ne pas exposer la robe du juge k a succomber sous la force que nous annonce « votre dépêche. »

«Attendu que, quelque blâmable qu'ait été la conduite de Verney dans cette affaire, la cour ne peut voir dans les termes de cette partie de sa lettre le délit d'excitation \ la haine et au mépris du gouvernement, puisque Tordre en vertu duquel la force devait être employée pour empêcher de siéger les juges qui avaient refusé de prêter serment n*cmanait pas du gouvernement;

« Qu'il n'y a pas lieu dès lors de lui faire l'application de la loi pénale;

« Par ces motifs,

«Confirme le jugement dont est appel, sans dépens. »

La cour d'appel de Rouen a pour premier président M. Franck-Carré, ancien procureur gcniîral près la cour des pairs dans le procès de Boulogne, le même qui adressait à M. Louis Bonaparte ces paroles : « V»)us avez fait pratiquer l'embauchage et distribuer l'argent pour acheter la trahison, v

répée haute 5 je les ai même décorés depuis pour ce fait d'armes 5 je vous ai fait menacer du bâillon, si vous jetiez un cri^ je vous ai fait prendre au collet par mes argousinsj je* vous ai fait mettre à Mazas dans la cellule des voleurs et à Ham dans ma cellule k moij vous avez encore aux poignets les marques de la corde dont je vous ai liés^ bonjour, messieurs. Dieu vous ait en sa sainte garde, jurez-moi fidélité. — Ghangarnier Ta regardé fixement et lui a répondu : Non, traître! Bedeau lui a répondu : Non, faussaire ! Lamoricicre lui a répondu : Non, parjure! Le Flô lui a répondu : Non, bandit! Charras lui a donné un soufflet.

A l'heure qu'il est, la face de M. Bonaparte est rouge, non de la honte, mais du soufflet.

Autre variété du serment : dans les casemates, dans les bastilles, dans les pontons, dans les présides d'Afrique, il y a des prisonniers par milliers. Qui sont ces prisonniers? Nous l'avons dit, des républicains, des patriotes, des soldats de la loi, des innocents, des martyrs. Ce qu'ils souffrent, des voix généreuses l'ont déjà dénoncé, on l'entrevoitj nous-mcmc, dans le livre spécial sur le 2 décembre, nous achèverons de déchirer ce voile. Eh bien, veut- on savoir ce qui arrive?

Quelquefois, à bout de souffrances, épuisés de forces, ployant sous tant de misères, sans chaussures, sans pain, sans vêtements, sans chemise, brûlés de fièvre, rongés de vermine, pauvres ouvriers arrachés à leurs ateliers, pauvres paysans arrachés à leur charrue, pleurant une femme, une mère, des enfants, une fiunille veuve ou orpheline sans pain de son côté et peut-être sans asile, accablés, malades, mourants, désespérés, quelques-uns de ces malheureux faiblissent et consentent à «demander grâce». Alors on leur apporte à signer une lettre toute £aite et adressée à a monseigneur le princeprésident ». Cette lettre, nous la publions telle que le sieur Quentin-Bauchart l'avoue :

«Je, soussigné, déclare sur l'honneur accepter avec reconnaijiance la grâce qui m'est faite par le prince Louis-Napoléon, et m'engage à ne plus faire partie des sociétés secrètes, à respecter les lois, et à cxxtfidèk au gouvernement que le pays s'est donné par le vote des 20 et 21 décembre i8ji. »

Qu^on ne se méprenne pas sur le sens de ce fait grave. Ceci n'est pas de la clémence octroyée, c'est de la clémence implorée. Cette formule : demandeznous votre grâce, signifie : accordez-nous notre grâce. L'assassin, penché sur l'assassiné et le couteau levé, lui crie : Je t'ai arrêté, saisi, terrassé, dépouillé, volé, percé de coups, te voilà sous mes pieds, ton sang coule par vingt plaies j dis-moi que tu te repens, et je n'achèverai pas de te tuer. Ce repentir des innocents, exigé par le criminel, n'est autre chose que la forme que prend au dehors son remords intérieur. Il s'imagine être de cette façon

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