‹ Œuvres complètes: HistoireChapitre 56 sur 124 · CURIOSITÉS DE LA CHOSE · texte numérisé non relu

CURIOSITÉS DE LA CHOSE

rassuré contre son propre crime. A quelques expédients qu'il ait recours pour s*étourdir, quoiqu'il fasse sonner perpétuellement à ses oreilles les sept millions cinq cent mille grelots de son «plébiscite», Thomme du coup d'Éut songe par instants $ il entrevoit vaguement un lendemain et se débat contre l'avenir inévitable. Il lui faut purge légale, décharge, mainlevée, quittance. Il la demande aux vaincus et au besoin il les met à la torture pour l'obtenir. Au fond de la conscience de chaque prisonnier, de chaque déporté, de chaque proscrit, Louis Bonaparte sent qu'il y a un tribunal et que ce tribunal instruit son procès j il tremble, le bourreau aune secrète peur de la victime, et, sous figure d'une grâce accordée par lui à cette victime, il fait signer par ce juge son acquittement.

Il espère ainsi donner le change à la France qui, elle aussi, est une conscience vivante et un tribunal attentif, et que, le jour de la sentence venu, le voyant absous par ses victimes, elle lui fera grâce. Il se trompe. Qu^'il perce le mur d'un autre côté, ce n'est pas par là qu'il échappera.

l6o NAPOLÉON-LE-PETIT.

LE 5 AVRIL l8j2.

Le j avril i8j2, voici ce qu'on a vu aux Tuileries : vers huit heures du soir l'antichambre s'est remplie d'hommes en robes rouges, graves, majestueux, parlant bas, tenant à la main des toques de velours noir à galons d'or, la plupart en cheveux blancs. C'étaient les présidents et conseillers de la cour de cassation, les premiers présidents des cours d'appel et les procureurs généraux, toute la haute magistrature de France. Ces hommes restèrent dans cette antichambre. Un aide de camp les introduisit et les laissa là. Un quart d'heure passa, puis une demi-heure, puis une heure^ ils allaient et venaient de long en large, causant entre eux, tirant leurs montres, attendant un coup de sonnette. Au bout d'une heure ils s'aperçurent qu'ils n'avaient pas même de fauteuils pour s'asseoir. L'un d'eux, M. Troplong, alla dans une autre antichambre où étaient les valets et se plaignit. On lui apporta une chaise. Enfin une porte à deux battants s'ouvrit 5 ils entrèrent pêle-mcle dans un salon. Là un homme en fiac noir se tenait debout adossé à une cheminée. Que venaient faire ces hommes en robes rouges chez cet homme en habit noir.»^ Ils venaient lui prêter serment. C'était M. Bonaparte. Il leur fit un signe de tcte, eux se courbèrent jusqu'à terre, comme il convient. En avant de M. Bonaparte, à quelques pas, se tenait son chancelier, M. Abbatucci, ancien député libéral, ministre de la justice du coup d'État. On commença. M. Abbatucci fit un discours et M. Bonaparte un speech. Le prince prononça, en regardant le tapis, quelques mots traînants et dédaigneux j il parla de sa « légitimité » 5 après quoi les magistrats jurèrent. Chacun leva la main à son tour. Pendant qu'ils juraient, M. Bonaparte, le dos à demi tourné, causait avec des aides de camp groupés derrière lui. Quand ce fut fini, il tourna le dos tout à fait, et eux s'en allèrent, branlant la tcte, honteux et humiliés, non d'avoir fait une bassesse, mais de n'avoir pas eu de chaiiics dans l'antichambre.

(]ommc ils sortaient, ce dialogue fut entendu : — Voilà, disait l'uim vfcvu, un serment qu'il a fallu prêter. — Et qu'il faudra tenir, reprit ua. iiCvAMhI. - - (iOmme le maître de la maison, ajouta un troisième.

1\hu vcvi est de l'abjection, passons. Parmi ces premiers présidents qui jvu^ivMU fulcliic à Louis Bonaparte, il y avait un certain nombre d'ancienskVAU* vW l^'uucc qui, comme pairs, avaient condamné Louis Bonaparte à la. LUUvUi kWïjMjuicllc, Mais pourquoi regarder si loin en arrière? Passons en-

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